CHAPITRE CXCIV
torna à grant joie en sa terre; et demoura bien deux ans en paix, qu’il ne fist nulle guerre au grant Kaan.
[« Or avint que, à cliief de deus anz, le roy Caïdu assembla un grant ost, si que bien furent une grandissme gent d’hommes à cheval. Il savoil que, à Caracoron, estoit le fllz au grant Kaan '] qui avoit nom Nomagan (3) . Et avec lui estoit Jeorge qui estoit filz du
* Cette phrase entre crochets est tirée, avec quelques modifications de l'orthographe, du texte de la S. G., pour combler une lacune qui existe ici dans nos mss. A. et B., les seuls qui, avec la rédaction susdite, contiennent ce chapitre.
(3) Voici comment cette première guerre, entre Khaïdou et les troupes de Khouhilaï-Khaân, est racontée par Mailla, d'après les Annales chinoises ( Histoire generale de la Chine , t. IX, p. 380) :
« l'ne révolte dans le Nord, qui menaçoit d'enlever à Houpilaï-han toute la Tartarie, avoit forcé ce prince de rappeler ses troupes (occupées alors à achever la conquête du midi de la Chine). Le même prince Haïtou (Khaïdou), neveu de Houpitaï-han, autrefois exilé par Mengko-han pour avoir été attaché au parti de Shiramoun (Chélimen), s'étoit formé un État considérable dans les pays d'OItmali (Almaligh) et avoit gagné les chefs des hordes établies au nord-est du Turfan, et à l'ouest et au nord des monts Altaï, avec le secours desquels il faisoit des courses dans toute la Tartarie. Ln 1276, Houpilai-han lui opposa son fils Aanmouhan (le Nomagan de Marc Pol), prince de Pf-ping («le Nord pacifié *, nom donné alors aux contrées dans lesquelles se trouvait située Almaligh), qu’il établit gouverneur d'Almaligh, et à qui il donna des forces considérables, commandées par le ministre Ngan-tong (nom qui se prononce aussi An-toüng, le Hantonm des historiens persans), excellent capitaine; mais Haïtou, ayant su gagner depuis le prince Siliki, fils de Mengko-ban, celui-ci, joignant ses forces à celles de ses alliés, battit les troupes de Nanmou-han, fit ce prince prisonnier, ainsi que Ngan-toung, et Je là marcha avec une armée considérable au nord de Holin (Karakorum).
« HoupUaî-han se reposa sur Péyrn du soin d'éteindre cette révolte. Ce dernier rencontra l'ennemi retranché près de la rivière Onalouhoan
(Orgon), et il s'attacha à lui couper les vivres de toutes parts. (Telle manœuvre produisit l'effet qu'il s'en promettait; Siliki, craiguaut d'être affamé dans son ramp, lui présentu la bataille ; on se battit jusqu'au soleil couchant avec un avantage égal de part et d’autre, lorsque Péyen, profitant en habile homme d’une faute que fil Siliki, le rompit enfin, et le poussa si vivement qu’il le mit en fuite. Liliug, Tartarc A miche, et l’un des généraux en qui Péyeti avait le plus de confiance, prit et tua Siliki ; de là il passa la rivière de Tamir, à l'ouest, et défit plusieurs corps de cette armée, commandée par les officiera des princes Haïtou et Toua. Le prince Totemour, qui s'étoit retranché entre la source du Toula et la rivière d’Onon, fut entièrement défait par le général Toutouha, descendant de l'un des rois du Kintcha , qui commandoit un corps de troupes de sa nation au service des htongous . »
Le P. de Mailla, tout en puisant les éléments de sa grande Histoire dans les Annales chinoises, est moins exact dans son récit que Marc Pol. Lu effet, par un artifice très-commun ebex les historiens, il a groupé des faits qui sc sont passés à plusieurs années de distance, tandis que Marc Pol a bien eu soin de les distinguer. Au surplus, voici comment ces faits sont rapportés dans les « Fastes universels de la Chine » {Li tai ki ste nien p'iao, k. 97, fol. 29 v«) : m 12* année teki-youan (1276 de notre ère), 2r lune, l’euipcreur (Khoubilai) ordonne à son fils, le prince fta-mou-'han , d'aller prendre le commandement de la frontière du Nord, avec * An toua g, ayant les fonctions actives d'administrateur général de toutes les affaires civiles et militaires (lung sèng yoùen ste).
fi]/. l’restre Jehan (4). Et ees deux barons avoient aussi moult grant gent à cheval. Et quant le roy Caïdu Tu appareilliez, si se
- I* petit-fils de Tai-thsoung (Ogodaï) avait dit : - ‘Haï -tou (Khaïdou) habite dan* les contrées du Nord ; depuis Ting-thsoung (Gouyuuk-khan ) jusqu’à ce moment, il ne s’est pas passé de jour sans qu’il n'ait cherché à faire usage e outre nous des lances et des Imucliers. » — Sur cela, un édit impérial appela Na-mou- ‘han, des princes du sang, à prendre le commandement de la garde de la froutière (du Nord), et 'An-toung, l’administration générale (de cette tuéme frontière). »
Deux ans après, en 1277, on lit dans les mêmes « Fastes universels • (//>., k. 97, fol. 53) : • En automne, à la 7e lune, l’un des priuces du sang, S'bh-kl (fils de Mangou-Khan, nommé Schirêki par les historiens persans), s’était révolté et avait enlevé violemment Na-mou-‘han, prince du «Nord pacifié» ( Pi-ying-wâng ) , ainsi que 'An-toung. L'empereur envoya Pé-yen pour punir les rebelles et pacifier les populations.
« Si-li-ki avait enlevé avec violence le prince de Pc-p'ing, sur le territoire de ’Ali-ma-li ; il avait emmené, enchaîné à sa suite, le ministre de la gauche (miuislre assesseur : y cou iching ùdng) ‘An-lhoûng, ayant pour complices dans sa rébellion plusieurs princes du sang, et il les envoya à 'llaî-tou pour obtenir ses bounes grâces, ‘lluitou ne voulut pas les recevoir ; mais il s’avança aussitôt avec sou armée jusqu'au nord de 1a ville de Ho-liu (Karakoruin). L'empereur ordonna immédiatement à Pd-ycn d'aller avec une armée pour s'opposer à sa marche. Pc-ycn avec ses troupes le rencontra près du fleuve ürgou, et lui livra bataille prés de celte rivière où il l'avait acculé. Siang-té-mi-ji (un de scs généraux), qui s’était tenu à l’écart pour attendre et surprendre l’ennemi, acheva sa déroule. Si-li-ki se sauva et mourut ensuite. »
Les mêmes faits sont rapportés aux mêmes dates, avec les mêmes termes, dans le Sou Thoung kian kang mou (k. 22, P* 4, et k. 22, P 40, v*).
Les deux expéditions contre khaïdou sont ici bien distinguées, comme dans Marc Pol ; seulement notre historien fait diriger la secoude par Namougan, tandis qu'elle le fut en réalité par le célébré et habile général Pé-yèn, auquel khou-
hilaï-Khaân dut en grande partie la conquête de la Chine méridionale sur les Soung, comme on a pu le voir aux ch. CXXlvtii-cxLvn de ce livre. On y lit même à la page 457, dans une note traduite par nous du chinois, « qu’à la septième « lune de l’année 1275, Pé-yèn fut nommé mi- « nistre d'Élat de la gauche; qu’il fut mandé à « Ohang-tou, en Mougolie, par Khoubilaï, pour « être envoyé, dans le Nord, contre ‘Haï-tou; « mais que Pé-yèn avait alors prié l'empereur « de k laisser dans le Midi, à la tête de son « armée. » Il était alors demandé pour la première expédition contre khaïdou. Ce ne fut qu'après qu’il eut pris Lin-ngân (Hang-tchéoufou), la capitale des Soung, qu’il se rendit au désirde l'empereur (voir p. 401, n.), et qu’il fut chargé par lui de la seconde expédition contre khaïdou.
(4) Nous voyons avec surprise reparaître ici un nom célèbre dans le moyeu âge, époque à laquelle ou plaçait généralement le souverain qui le portail, dans l’Inde, en Abyssinie, partout enfin où il n’clait pas. il a déjà été souvent question de lui dans ce Livre (voir les chap. LXill à LXY1II, et surtout le chap. LXXVlll). Ici, c’est son-pclit-hL, nommé Jeorge ou George, qui revient incidemment sur la scène de l’histoire, sans aucune autre intention évidemment, de la part de Marc Pol, que celle de raconter fidèlement ce qu’il en sait.
Il nous avait déjà dit, au chap. LXXIII, p. 208 et suivantes, que les descendants du Prestre Jean régnaient au pays de Tanduc, et que, de son temps, eu était roi un de ses descendants nommé Jorge , à titre de vassal du grand Khaân. C'est ce même George que nous retrouvons ici, allant avec les généraux de Khoubilai-Khaân combattre kbaidou. Quoiqu'il se fût, comme son ancêtre, converti à la religion nestorienoe (voir précédemment, p. 219, la lettre de Jean de Monte- Corvino, adressée au pape Clèmeul V),et que, selou plusieurs historieus, Khaïdou, comme Nayan (voir chap. lxxviii, p. 247), eût aussi adopté cette religion, alors très-répandue en Asie, le prince George , dont les domaines apanager» étaient dans la Mongolie, ne pouvait