CHAPITRE CXCIV
mist à la voie et issi 3 de son régné4. Et tant ala par ses journées, sans aventure trouver, que il fu près à Caracoron, là où le filz du grant Kaan, et le nouveau “ Prestre Jehan estoient atout grant ost, qui l’atendoient. Car bien avoient seu que Caïdu leur venoit sus atout grant gent. Si que il s’appareillierent comme vaillans hommes, et de riens ne furent esbahiz, et avoient plus de .Ix.iu. 1 (soixante mille) hommes à cheval bien appareilliez. Et quant il sorent5 que le roy Caïdu et sa gent leur' estoient si près, si alerent à l’encontre vaillamment. Et furent près 6 au roy Caïdu entour dix milles ; et illec mistrent leur tentes et firent leur champ ’. Leurs ennemis1 qui bien estoient plus, d’autre part, .lx.m. (soixante mille) hommes à cheval, s'appareillierent. Et quant il furent bien appareilliez et d’une part et d’autre, si fist chascun six eschielles ' de son ost8. Il estoient chascun, et d’une part et d’autre, bien appareilliez d’armes, d'espées, de macess et d’escus", et d’ars, et de saiettes10, et d'autres armes " à leur maniéré. Et sachiez que les Tartars ont tel usage que quant il vont en ost, si portent chascun un arc et .lx. (soixante) saiettes; les .xxx. (trente) sont soutilz " à petiz fers aigus”, qui sont pour passer et pourchacier de loins; et les autres .xxx. (trente) grosses et à grans fers et larges, que il gietenl ' quant il sont de
h Ms. A. nouviau. — * Ms. B. quarante. — j Id. lui. — k Ms. A. leur aneniis. — ’ Ms. A. escielles = colonnes ou corps de troupes. — m Ce mot manque dans le ms. B. — boucliers. — n Ms. B. ar meures. — ° Ms. A. a gu s. — P Ms. B. jrctcnt.
3 Sortit. Le ms. B. porte issu. — * Ses États. — 5 Surent. — 6 Ils s'approchèrent. —
7 Placèrent leurs tentes et établirent leur campement . — 8 Armée. — 9 Massues.— 10 D’arcs
et de flèches. Latin : arcus et sagitta. — ” Légères.
se refuser à marcher contre Khaidou , sans paraître un rebelle aux yeux de Khoubilaî Khaàn. On pourra objecter que ce nom de George n'est pas cité par 1rs historiens orientaux qui ont fait le récit de l'expédition. Mais cette objection n’aurait aucune valeur, car, d'abord, tous les noms des chefs cl généraux qui firent partie de l’expédition en question sont loin d'étre cités (il y en a à peine quelques-uns) ; ensuite le descendant du Prestre Jehan ne devait porter le nom de George que parmi les chrétiens, et il peut, ou il aurait pu figurer dans l'histoire de l'expédition
sous son nom indigène qui nous est inconnu, ou être simplement compris sous la dénomination générique de « prince du sang » (fc/ioü wàng) , qui est donnée par les historiens chinois à plusieurs princes qui en faisaient partie. Il se pourrait même que le général tartarc, cité, nous ne savons d'après quelle autorité, par Mailla, dans le passage rapporté précédemment , et qu’il nomme JYiutche, fut le même que le Jeorge de Marc Pol ; car ce nom de fiiutche peut se lire aussi en chinois Jou-tche , ce qui serait une transcription assez exacte du mot Jeorge.
près; qu’il taillent les cliieres 11 et les bras, et les cordes des ars, et s’entrefont *3 grant domage. Et ce font il par commandement chascun. Et puis ont les masses et les espées et les lances, de quoi il s'entrefont grant domages aussi.
Et quant il furent andeus 14 bien appareilliez, il commencierent les nacaires 1 5 à sonner grandement, de chascune part un ; car tel est leur usage, que nul ost n’assembleroit 16 jusques alatit que le grant nacaire sonne. Et quant les nacaires commencierent à sonner, si commença adonc la bataille moult grant, moult aspre, et moult fiere ; et couroient felonnessement 17 les uns sus les autres. Si que il en morul tant, et d’une part et d’autre, que de male eure 18 fu celle bataille commenciée, pour chascune des deux parties; car la terre estoit toute couverte de gens mors et de navrés '9, et de chevaus aussi. Si y avoit si grant cri et si grant tempeste que l’en n’y oïst pas Dieu tonnant 30 . Et sans faille, le roy Caïdu y fist moult proesces ’ de son corps 3I, et moult confortoit sa gent. Et d’autre part aussi le fils du grant Kaan et le neveu ' de Prestre Jehan ne firent pas mains de lui **. Car il se prouvèrent moult vaillamment ès grans presses13, et faisoient tant d’armes, et si bien conseilloient leur genz, que c’estoit une merveilles.
Et que vous en diroie je ? Sachiez que celle bataille dura tant qu’elle fu ‘ une des plus aspres qui oncques fust entre Tartars. Et moult s’elTorçoit, chacune des deux parties, de métré l’une l’autre à desconfiture. Mais tout ce ne valoit riens ; et dura ainsi la bataille jusque au vespre 31 que l’une ne l’autre ne pot 35 aler à desconfilure. Mais tout ce ne valoit rien ; ne nulz ne savoit laquelle partie en avoit la meilleur (5),
*1 Ms. C. prouesches. — r Ms. B. nepveu. — * Id. que c estoit.
** Chairs, — * Se font mutuellement. — *4 Tous deux , de ambo duo. — Grandes trompes de guerre. — *6 Ne s'assemblerait. — *7 Méchamment , avec toutes sortes de ruses, — •* Heure. — *9 Blessés. — 10 Que l'on n'y eût pas entendu Dieu tonnant. — De sa per sonne. — ** Moins que lui. — *3 Ils donnèrent des preuves de leur titilla nce dans les grandes mêlées. — *4 Soir. — - ,s Put.
(5) Pour tout ce paragraphe, à partir de ces d'autre, que de male heure fu celle bataille cornmots : « Si que il en morut tant, el d’une part et mondée pour ciiascune des deux parties, » le