‹ Le livre de Marco PoloChapitre 295 sur 357 · CHAPITRE CXCIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCIV

Et quant la bataille ot ,6 tant duré que le soleil aloit à déclin, si s'en parti cliascuu, et ala à son champ, à leur tentes. Ceus qui esloient dentourez sains, si las et si travailliez estoient, que il n’en y avoit nul qui se peust aidier. Et les navrés dont il en y avoit assez d’une part et d’autre, cliascun se plaignoit selonc son mal. Si que chascun avoit plus grant niestier* de reposer que de combattre. Et se reposa chascun moult volentiers la nuit. Et quand le matin fit venuz, le roy Caïdu, qui avoit oy nouvelles, par ses espies îS, que le grant Kaan envoyoit un grant ost en l’aide de son (îlz, si se pensa à soi meisme que il feroit mal de demourer ; et fist armer u son ost, et montèrent à cheval à l’aube du jour; et se mistrent *9 à la voie, pour retourner en leur contrée. Et quant le fdz du grant Kaan, et le neveu du Prestre Jehan (6) virent que le roy ('.aida s’en aloit atout son ost, si l’en laissèrent aler, et ne leur alerent pas derrière, pour ce qu’il estoient trop travailliez 3o aussi ; et se reposèrent moult volentiers. Et le roy C.aïdu chevaucha tant atout son ost, par ses journées, sans arrester en nulle part, que il vinrent ' en leur régné ; ce est la grant Turquie, à Samarcand (y); et illec demoura lontemps en paix sans nulle guerre.

1 Ms. B. meilleur mestier (était plus occupé}. — ° Nos deux mss. portent ardoir pour armer. — * Ms. B. vindrent.

16 Eut. — *7 Blessés. — *• Espions. — *9 Mirent. — io Fatigués , harassés.

texte Français de la Société de Géographie porte seulement : ■ Car maintes homes amortirent e ■ mantes dames en furent veves, e maint enfans « en furent orfaues, e mantes autres dames ne m (en) furent à toz jorz mes en plores et en « termes : ce furent les me res et les araines « {fiancées, rac. arainamentum), de homes qe • hi morurent. » (P. 25t.)

On peut juger par cet exemple que notre rédaction a clé évidemment revue et retouchée par Marc Pol, ou sous sa dictée.

(6) Nous ne serions pas éloigné de penser que Marc Pol apprit à la cour de Khoubilaï Khaân , de ce même descendant du Prestre Jehan , les détails tellement circonstanciés qu'il nous donne de cette expédition. Quoi qu'il en soit, <?e

chapitre est, scion nous, un des plus remarquables, comme composition et comme style, de notre célèbre voyageur.

(7) En commençant son chapitre Ll (p. 13C), Marc Pol nous a\ait déjà dit : « Samarcan (Sa- « markand) est une grand isme cité et noble. Les « genz sont crestiens et sarrazins. ll sent au nem peu du grant Kaan. Mais il s’entreheent moult « et (le neveu) a nom Caidou. • On voit par là que Marc Pol, qui passa par la - grant Turquie» ou le Turkislân, en se rendant près de Khoubilaï avec sou père et son oncle , était bien informé des faits qu'il nous raconte ; et que Kliaidou, contrairement à l’opinion des historiées chinois et persans, posséda réellement Samarkand (voir pour la situation de cette ville la

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