CHAPITRE CXVI
compliement Et quant il a ce dit et commandé, si s’en va à ses vingnes r ou à ses champs dehors, et ne retourne devant " que le forestier s’en soit parti, cpii aucune fois demeure trois jours ou quatre en la maison de ce chétif soulaçant * avec sa famé, ou sa fdle, ou sa sereur ou avec telle qu’il aura plus chier le déduit. A tant ,a comme il demeure laicns si pent” à la fenestre ou à la porte le forestier, son cliapel ou aucune autre enseigne qui soit seue, à ce que le seigneur de l’hostel congnoisse que celui est encore laiens ’. Et, tant comme il y verra l’enseigne, il n’y osera entrer. Et cest usage font par toute ceste province.
11 ont monnoie en tel maniéré. 11 ont or en verge et le poisent à poys 13 ; et tant comme il poise il vaut. Mais nulle monnoie congniée 14 il n’ont. Leur petite monnoie est si faite. Il prennent sel et le font cuire et puis le getent en forme ; et est si grant chascune que puet peser entour demie livre. Et les .lxxx. fourmes de ce sel vaut un sage ,5 d’or fui. C’est un pois l3, et ceste est la petite monnoie que il despendent ,e. Il ont des bestes qui font le mugueliat 17 en grant habondance ; et ont du mugueliat assez à grant foison. Et ont poisson assez ; et le traient du lac que je vous ai dit là où se treuve* les perles. Bestes sauvages, si comme lyons, ours, et dains, et loups ’, et serviers et chameus ont il assez; et oiseaus à grant foison de toutes maniérés ont il en grant habondance. Vin de vingnes* n’ont pas; mais il font vin de fourment 18 et de ris et d’espices moult bons. Et croist en ceste province girofle assez. Il y a un ar-
r Ms. C. vignes. — • Id. soulnssnnt. — • Ms. B. seur; ms. C. suer. — u Mss. À. B. pende. — v Ms. B. feans (là). — * Mss. À. B. que l’en treuve. — J Ms. A. tous * Ms. C. vigne.
10 D'une manière complète. — 11 II ne revient pas avant. — >* réussi longtemps. — *3 Poids. — >4 Frappée ; le ms. C. porte férue. — ,5 Du mot saïga t petite monnaie citée dans la loi Salique. Le ms. C. porte saie. Le traducteur du texte français de la S. G. pour l'édition illustrée, a traduit ce mot (page 347), par sac: « Quatre-vingts de • ces morceaux de sel valent un sac d'or tin!» Le saggio de Venise valait, selon Mars* don, en poids , la sixième partie d’une oncet et par conséquent chaque pain de sel équivalait à la partie d'une once d’or, ou, environ, o fr. 20 c.} quatre-vingts pains de sel vaudraient 16 fr. Il y a loin de là à un sac d’or fin! — ,6 Dé/xnsent ; c’est la monnaie courante. — >7 Musc. — >8 Froment.
bre petit qui a Cueilles comme laurer plus louguetes et plus estroites. La fleur est blanche, petite comme de girofle (a). Encore ont gingembre et canelle en graut habondance, et d’autres espices assez, qui ne viennent" onques en notre pais; et pour ce n’en fait besoing à parler.
Or vous lairons de ceste province que bien vous avons conté. Et dirons encore de ceste contrée meismes de Gaindu, que quant on a chevauchie dix journées toutes fois trouvant citez et chasteaus assez; les gcnz sont de celle meismes maniéré. Il ont venoison et oiscillons 10 assez de toutes maniérés. Et quant l'en a chevaucliie ces dix journées si treuve l’en un flun qui est appelez Brins auquel fenist 11 la province de Gaindu. Et en ce flun treuve l’en quantité d’or de paillote ” ; et y a aussi canelle assez. Ce flun vait“ à la mer occeanne.
Or vous lairons de cest flun por ce qu’il n’y a chose qui à ramentevoir face ’2 3. Et vous conterons d'une autre province qui a nom Caraian, si comme vous pourrez oir et entendre si avant.
** Mu. B. C. ne vindrent (ne furent apportés). — '*•* Ms. C. va.
'9 Laurier. Ce nom est resté en blanc dans le ms. C. — *° Fenatio et aucupatio. 11 Finit . — ** Des paillettes d’or . — *3 Qui soit digne <C être racontée.
(2) Nous avons encore ici une preuve de plus de la supériorité de nos manuscrits sur tous les autres. Le texte français de la Société de Géographie porte (p. 1 30) : n Et en ceste provence
« naisent garofol aseï ; car U est (mais il y a) un " arbre petit qe il fait que a fronde corne or- " heque (laurier), aucune chouse plus longue et « plus estroit. Le flor fait hlanc peitet comme le * garoufle. » Le traducteur de l'édition française illustrée a rendu ainsi ce {tassage qu’il n'a pas compris : - En cette province viennent beaucoup de girofliers ; ce sont de petits arbres qui ont une feuille comme celte du laurier , seulement un peu plus longue et plus étroite ; leur fleur est blanche et petite (p. 347). » S'il avait consulté la version latine publiée par la même Société, il y aurait vu que Marc Pol parle de deux espèces d'arbres et non d'un seul, car sans cela on ne comprendrait pas que, pour mieux
faire connaître le giroflier, il dise que sa fleur est blanche et petite comme la girofle , ou fleur du giroflier. Celte version porte (p. 401) : - ln « ista provincia nascuntur garofoli salis ; et est n tuta arbor parva, et facil frondes sicut 1 au r us, « sed aliquantulum magis lungas cl magis stric- « tas ; florera facit album et parvum sicut garo - « folum. » Les textes italiens de Baldclli Boni et de Ramusio coufoudent aussi les deux arbustes en tut seul. C'est ce qui faisait dire au traducteur de Y Histoire des drogues et épiceries , <tc.r qui naissent ci Indes, par Charles de l’Escluse , (Lyon, 1(119, p. 139) : « Quant à la description « que fait M. Paul Vénitien, au livre 2, ch. 38, « du girofle , c’est une autre plante du tout di~ n verse. » la faute u'en est pas à Marc Pol, mais à ses éditeurs et traducteurs, qui n'ont pas su établir la distinction parfaitement exprimée dans nos manuscrits,