CHAPITRE CXVI
Ci dist de la province de Caraian.
Quant l'en a passé ce flun adonc treuve l’en et entre on en la province de Caraian qui est si grande qu'il y a .vij. reaunies* ; et est vers ponent, et sont ydresb et sont au grant kaan. Mais un sien filz en est roys, qui a nom Essantemur (1), qui inoult est grant
cxvn. — » Mas. B, C. royaumes. — h Ms. B. itttes ( idolâtres ).
CXVII. — (1) Selon l'histoire officielle des Mongols de Chine (Yiien-sse, k. 108, fol. 6, v®), U province du Yùn-nân eut successivement plusieurs vice-rois, ayant un sceau d or avec la poignée à figure de chameau, pour marque de leur dignité. Le premier de ces vice-rois fut 'Uo-kotchi (voir ci-devant, p. 264, n° 4), ou, comme les nouveaux éditeurs de cette histoire orthographient le nom, d’après le mongol : 'Ho-khiitiy cinquième fils de Khoubilaï-hhaàn, qui fut élevé à cette dignité eu 1267. On ignore l'époque de sa mort. Son fils Yesien-tèmour (nouv. orth. Khe-sen-lé-mon-rh) fut revêtu de celle dignité en 1280 (la 17* année tchi-youan). Il fut vice-roi du Yùn-nân jusqu’en 1307, année dans laquelle il fut appelé à la vice-royauté de Ying, dans le Liao-toung (voir Li lai ki s se, k. 98 , fol. 1 v°. et fol. 38).
Cette date de 1280, donnée par les Annales mongoles pour l'élévation de Eseniémonr à la vice-royauté du Yûn nàn, place le passage de Marc Pol, dans cette province, à dater de l’année 1280. Mais comme il nous dit, au chap. 112, qu'à son passage dans cette ville le vice-roi qui y régnait était Mangola , et que ce vice-roi mourut en 1280, ce dut être cette année même que Marc Pol visita ces provinces.
Des faits historiques qui précèdent, il résulte que U province de Caraian de Marc Pol doit se trouver dans la partie de la province chinoise du Yùn-nân limitée par le flou , ou Lou-kiàng, dont il a été question dans le chapitre précédent.
Klaproth prétend (Nouv. Jonrn. asiat. , février 1828, p. 111) que « c'était le département « actuel de Thsu hioung fou, qui, du temps de
• Khouhilaï-Kban , portait le nom de Goei
• thsu , que les Mongols prononçaient Ya ni. • Mais ce département du Yùn-nân se trouve placé au centre de la province, au-delà des deux localités que Marc Pol décrit dans les chapitres suivants; et il n’y a pas d'autres raisons de la choisir qu’une prétendue ressemblance de prononciation dans le nom de Goei thsu, qui, selon Klaproth, sc prouonçail par les Mongols Ya-tsi; ce qui est plus que douteux.
Le département actuel du Yùn-nân , qui correspond à la province de Caraian de Marc Pol, est celui de Li kiâng, c’est-à dire U-kiàng fois , sur la frontière occidentale de la province (lat. 26® 51' 36* ; long. K. 98" 07' 20"). La sccliou de géographie des Annales mongoles ( Yuen sse, k. 61, fol. 7-8) le décrit ainsi : « Circuit ne Li-kiaxg. » Du temps des deux dynasties des Han (de 202 avant à 220 après notre ère) jusqu'à celles des Soui et des Thàng (581-905) , ce pays fut l’État de Yué-si, formant le territoire de circulation ou de passage à l’occident (Si kido II). C’est là qu'habitaient autrefois les barbares nommés Mo et Sié (Mo màn et SU mân). Ensuite ce fut le royaume de Yüe-si (Yüe-si Ichâo), composé de deux tribus de la race des Ou mân (Imrharrs Ou) , qui demeurent près du pont de fer (thii khiao ). Dans les années tching-yonan (785-804) leur territoire fut réuni à celui du Roi du midi (Nàn Ichâo). La troisième année du règne de Niouen thsoung des Yuen (1253), l’armée mongole conquit le pays de Tadi, s’avança jusqu’au fleuve au Sable d’or (Kin-chH kiâng), où elle s’arrêta. Læs tribus de Mo et de Sié résistèrent vigoureusement et ne
roys et riches et puissant ; et maintient bien sa terre ' en justice ; car il est sage et preudomnie'1.
e Mu. A. B. cité. — d Ms. C. prtudoms.
voulurent pas se soumettre. En 1254 , au printemps, ils furent rouquis et pacifiés. On y établit l'administration des Tcha-han-lchang (ou Djalhan-djang) et des magistratures populaires. En 1271, on y établit une « direction de pacification et d'apaisement » ISiourn M visse). En 1 27 (î, on changea cette administration et on fit de ce pays le « Circuit de Li-kiàng u , en y établissant en même temps une « administration générale militaire * (Kiun min thsoûng kuüaii fou) , un » département >• et sept ■ arrondissements ». (Voir aussi Tai thsing i ihoting tchi , k. 326.)
D’après cette citation, il n’est pas douteux que
cet ancien « royaume de YiU-ti » : j|:]^ jjijj |j^j Yüe-tX tc/uio, qui, en 12C4, lorsqu'il fut
conquis par les Mongols, devint le « Gouvernement des Dja-'han-djang (*) • , ne soit la province de Ca raton de Marc Pol, dont la capitale était nommée lacin, d’autant plus que ce pays ne fut érigé en toit ** Circuit » qu’en 1276, quatre ans avant le passage de Marc Pol ; que le nom de la capitale ne fut pas changé, cette ville n’avant pas été érigée en fuît, ou « chef-lieu de département • ; que les écrivains mahométans de l’Asie centrale, comme l'a reconnu klaprotb, nomment encore aujourd'hui la proviuce chinoise du
Yim-nàn: \jS Karàyàn, l’ancien nom des
indigènes, qui sout répandus aussi dans l'ancien pays de Mien (royaume d 'Àvat l’empire Birman actuel) , où ils portent le nom de Knrien. On en trouve des tribus disséminées entre le 92' et le 102* degré de longitude E., et du 10e au 28* degré de latitude N. Les missionnaire» protestants anglais et américains ont étudié la langue de ces tribus, dans laquelle langue uue traduction de la Bible a été faite par M. F. Mason (Tavoy, 1853, in-4u). Des vocabulaires cl des
(*) R»cl.KJ-rd-i!iii nomme et p*>», *-n il.vrrt raJrotn Ar ton hlloirr,
Ttha$kan djumf, Ar lirai mrii mottfoti «lui drugnrat, Ir pie* mitr le» On-md n. oa . fitrtuifi noir», e* le trrorwt le» Fr-
mdm, mi • lia» tiare» blaira. •
dictionnaires de cette langue ont été aussi publiés par M. J. Wade (Tavoy, 1842-1850), sous le titre de Sgau JC areu, et Karen Dictionary. Cet idiome a certaines affinités avec la langue birmane. Il est moult gries (ou pénible) a entendre, comme dit Marc Pol. lia beaucoup de sons nasaux et d'autres qu'il est très-difficile de transcrire avec l’alphalwt européen.
Selon M. Cross, missionnaire baptiste américain, les tribus de Karen , qui se trouvent dans les possessions anglaises de l'empire Birman , sont païennes; quelques-unes cependant professent le bouddhisme. Leur gouvernement est patriarcal; mais, outre les anciens, deux autres classes d’hommes exercent une influence considérable sur la population des tribus; on les nomme boukho et m. Le boukho réunit en lui les fonctions de prêtre, de prophète et de magicien; il est aussi plus ou moins médecin. Le «v, d'un autre côté , est un chaman , prédisant les événements futurs, rappelant les esprits des morts, ayant la faculté de voir les fantômes revêtus d’un corps, mais cela, cependant, dans de certaines conditions physiques, etc. (Voir Lathain, Descriptive Ethnology , vol. 1, p. 165).
La grande Géographie impériale de la Chine (k. 316, fol. 2) dit des habitants du département actuel de U-kiàng : « Ils aiment beaucoup o à monter à cheval et à tirer de l’arc; ils sont « vigoureux, mais laids et difformes; leur ma- « nière de s'habiller ne diffère pas de celle des « Han (les Chinois}. Ils n'ont pas l’habitude de î se laver le v isage ; le sol des habitations n’est n pas carrelé ; ils brûlent les os (des morts) et ne « les ensevelissent pas (ftin koü poü tsàng ) ; ils « portent un poignard à leur ceinture en guise « d’ornement. Ils sont très -parcimonieux dans « leurs vêtements et leur nourriture. Le pays « est exposé aux vents froids de l’hiver ; au « printemps et eu été, il est embrasé par le feu « du soleil. Le naturel des hommes est franc , r mais sans culture. •
Quant aux productions du pays, la même Géographie (k. 316, fol. 7 v°) énumère le stl, qui