‹ Le livre de Marco PoloChapitre 36 sur 357 · CHAPITRE CXV1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXV1I

Quant l’eu se part du flun que je vous ai dit, l’en va .v. journées par ponent trouvant villes et chasteaus assez ; et c’est une province* là où naissent de moult bonsclievaus'. Il vivent du bestail et du proulit de la terre. Il ont language par eus 1 qui est moult gries’ à entendre. Et au cliief de ces .v. journées treuve l’en la maistre cité et celle qui est chief du régné, que l’en appelle Jacin (a), qui moult est grant et noble. 11 y a marclians 11 et hommes d’ars assez. Il y a genz de pluseurs maniérés ; car il y a [Sarrazins et ydres1] un pou1 de Crestiens nestorins. Il ont froument et ris assez k; mais il ne menguent J mie le pain de froument, pour ce qu’il est enferme 3 ou pais ; mais menguent ris et en font espices et boisson 1 qui moult est bon et cler4. Il ont monnoic si faite ; car il despendent 5 poureelaines blanches que l’en treuve en la mer (3), et qui se mettent au sel”, comme devant est dit, et valent les .Ixxx. poureelaines un pois6 d’argent qui font .ij. venissiens gros de Venisse, qui valent .xxiiij. livres*; et les .viij. pois d’argent valent un poys d’or (4).

• Ms. B. — 1 Ms. À. chevaus. — * Ms. B. moult grief et moult mauvais . — Id. moult démarchons. * Ms. C. — J Ms. A. poy, — 1 Le ms. B. ajoute : a grant plante . — 1 Ms. C. Les mss. A. B. p oison. — m Ms. C. coU des chiens. Id. S. G. — » Mss. **.

CXVn. — 1 Une langue qui leur est propre. — * Mangent, — 3 Malsain , de mauvaise qualité; de infirmitas , ou infirmitatem producens. — 4 Claire, — 'J Dépensent , emploient comme monnaie . — 6 Poids.

s’extrait de puits, comme le dit Marc Pol, que l’on trouve dans les monts Siuë-pan (de la coupe de neige) ; l’or, que produit le K in- c ha kiàng, ou fleuve aux Sables d’or; le fer, extrait des mines par les hommes des tribus barbares Mo et Sié; le musc recueilli aussi par eux ; le millet sans barbes, dont les graius sont parfaitement ronds» des boeufs à longs poils ; de la vigne (poû-tào) ; de l’ambre (hoù-pf) ; de la pierre à savon (/* ouâchT)\ du cuivre, du lapis-lazuli ( thsing-chï ).

(2) U-kiang fou. Voir la note précédente.

(3) U est ici question de ces petites coquilles marines, blanches comme de la porcelaine, connues, dans le Bengale, sous le nom de kati ou kar'i , dont les Anglais ont fait cvwriet, et que les na-

turalistes appellent Cyprea moneta. En Chine, ce coquillage servit aussi primitivement de monnaie, et il était représenté dans l’éciiture chinoise par un caractère figuratif, dont la forme est aujourd’hui pe'î, le radical des composés qui désignent des objets précieux. (Voir le Dictionnaire impérial de Kliang-hi, sub voce, où ce caractère est expliqué très au long.)

(4) Le texte français de la Société de Géographie porte : « Il ont monoie en tel tnaincre con a je vos dirai, car il espendent porcelaine blance, a celle qe se Irovcut en la mer et qe se metent a au cuel des chieuz, et vailent les quatre-vingt « porcelaines un saie d’arjenl que sunt deus ve-

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11 ont puis salines desquelles il font sel, et de ce sel vivent tuil cil de la contrée. Et vous di que le roy en a grant proufit de cest sel.

Il n’en fontmie force? se l’un couche à la faîne à l’autre, pourque8 il soit à la volenté de la faîne. Encore ont il lac qui bien est grant * cent milles (5) ouquel a grant quantité de poisson p des meilleurs du monde, et sont moult granz et de toutes façons. Encore vous di je que la gent de cest pais y menjuent? la cliar crue, soit de mouton, de buef, de bugle IO, de gelinne 11 et toutes autres chars11; car il vont à la boucherie et prennent le foye cru sitost comme il est issu de la bcsle et le taillent menueement , et le mettent en sauce que il font d’yaue chaude et d’espices, et ainssi menguent» luit toutes les autres chars 11 crues ainssi ’ bien comme nous mengons la cuite.

° Ms. B. lonc. — P Le ms. B. ajoute : et si dit on que ce sont. — <t Mss. B. C. ainsi.

7 ■ Nec curant si unus jaceat cum femina alterius dummodo sit sua voluntas ». (f^ers. lat. de la S. G., p. 4°*.) — * Pou ntt que , —9 Mangent. — *° Buffle. — 11 Poule, de gallina. — '* (Jiairs.

• ncsians gros, etc. ■ Le traducteur de l'édition illustrée a encore ici traduit le mot s aie (saiga, suie, petite monnaie, le saggio de Venise) par sac), et il dit (p. 349; : « Les quatre-vingts por- « celaines valent un sac d'argent de deux gros ■ de Venise ; » et puis en note : « A Calcutta, il faut, dit-on, cinq mille koris pour équivaloir à une roupie. * Là n’est pas la question. Le nom de porcelaines blanches de notre texte, pour désigner le coquillage servant de monnaie, est emprunté de l'italien porcel/ana , nom qui était donné dans le moyen Age à un coquillage du genre du cyprta.

Dans ce pays, comme aujourd'hui encore au Japon, la valeur relative de l'or et de l’argent était dans le rapport de 8 à 1, au lieu de 1& A 1 comme en Europe.

(S) Le lac dont il est ici question est le Loûng thdn , situé à 10 H ou une lieue au sud-ouest de la ville de Li kiang, d’une largeur de plusieurs me ou (plusieurs fois 400 mètres; la géographie des Ming lui donne 30 li ou 3 lieues de circonférence). » Il est si profond, ajoute la Géographie impériale (k. 3 ‘J G, fol. 4 v°) , qu’il est impossible

d'en atteindre le fond. D’un côté il est tout rouvert de roseaux, mais des trois autres il est abordable ; U y a des hommes qui en approchent. Il s’en élève quelquefois soudainement des vents et de la pluie. »

Klaproth, après avoir soutenu (Heu cite) que la province de Caraian de Marc Pol était le département actuel de Thsou hioung fou, au centre du Yûn-udn (lat. de la ville, 25° t*' 00" ; long. E. 99* 23' 10"), embarrassé de trouver le lac en question, dit que a c’est sans doute le Eulh haï » , situe prés de la ville de Ta-li, dans le département de ce nom, dont il sera question dans les chapitres suivants. C’est montrer peu de souci du jugement de ses lecteurs.

On trouve parmi les « Ministres célèbres » qu’a produits le département de Li-kidng (voir Tai-lhùng i thoung-tchi, k. 326 , fol. 6 v*j Tchang-kic Tte-mou ( Dchaughis Timour), natif de cette contrée, qui suivit Khoubilaï-KbaAn lorsqu’il ht la conquête du pays de Ta-li. II se distingua par ses talents dans de nombreux combats; c’est pourquoi il reçut à titre d’honneur le nom de Tiemour.

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