CHAPITRE CXXVI
kaan, et font trou 1 cliasoun an. Et si vous <Ji que leur rov est si luxurieus que il a bien .ccc. femmes b. Car quant il ont aucune belle femme en la contrée : il la prent et l'espouse. L’en treuve en reste province or assez; et si ont aussi espiceries à grant foison. Mais il sont trop loing de mer ; pour ce ne valent gaires leur marchandises, de quoi il y a grant marchie'. Il ont olifans assez et autres bestes de plusetirs façons. Il ont venoison assez. Il vivent de chars et de lait * et de ris. I^ur vin si est de ris et d’espice moult bonne. Toutes les gens communément font euvre * il l’aiguille, à lyons, à dragons et à oyseaux, et a maintes autres diverses choses. Et ce est fait en tel maniéré que jamais ne deffera Et si ont reste œuvre par la chiere*, et par le col et par le pis5, et par les bras et par les mains, et par le ventre, et par tous le corps. Et ce font il par grant gentillesce. Et cens qui plus ont de ce labour i si sont tenuz à plus beaus (a).
*' Mss. A. B. famés. — c Ms. B. desquelles il y a (tes grant ni archie. — d Ms. A. lait. — • Ms. C. ont leurs chars labourées avecques iagutllt (sont tatoués). — f .Ms. C. ne s'en va.
('XXVI. — - 1 Payent tribut. — * Le visage. — * La poitrine. — 4 Tatouage.
« longue; on n’y parvint pas, et l'expédition
• s’en retourna. Par la suite on leur envoya des « émissaires pour les engager à se soumettre ,
• et on y établit une « Direction militaire » avec « une garnison pour protéger le pays , etc. b Suit l'histoire des relations de ce pays avec la Chine jusqu’à la fin de la dynastie mongole. On y voit que, sous l'empereur Wén-tsoung (1338-1333), un envoyé des Pa-pl-ù/où (autrement Tc/angmài, romme ils se nommaient) , appelé Tchâoffgài, apporta un tribut à la cour rhinoise. Il dit que «leur territoire confinait a l’est, avec les » Lach te h o un ; eu midi, avec les barbares Po-te
• (Po-le-màn) ; à l’ouest, avec les Ta-la ; et au ■ nord, il s'éteiidait jusqu'à la ville départemen-
• taie chinoise de Moung-ken /où (dans la pro-
• rince du Yûn-tuin). »
Cette description du « pays des huit cents épouses «répond parfaitement, et par sa situation, et par la coutume singulière attribuée à ses chefs dans l'histoire. chinoise, au Cangigu de Marc Pol dont • le roi avait bien trois cents femmes *.
Mais son identité sera complètement démontrée dans les notes suivantes.
(2) On lit dans la « Relation d'un voyage au « royaume de Ijios- par M. J. -B. Crandjean, missionnaire apostolique {Revue de C Orient t 1. IX, p. 60, janvier 1846) : « On distingue ordinairement, dit-il, deux sortes de Laociens ; les uns qu’on ap|»elle Phoung-dam, c'est-à-dire Ventresnoirs, et les autres qu’on appelle Phoung-kao, c'est-à-dire Ventres-blancs. On les nomme ainsi parce que les hommes de la race Ventres-noirs, arrivés à lage de quatorze ou seize ans, ont coutume de faire peindre sur leurs corps différentes figures d’hommes, de (leurs, d’éléphauls, de tigres, de serpents et autres animaux. Cette opération se fait en pratiquant, au moyen de plusieurs aiguilles jointes ensemble , une foule de piqûres sur l’épiderme; puis ils y versent une encre noire qui fait ressortir tous les traits dessinés sur la peau ; Us ont beau se laver ensuite, l’impression ne s’efface jamais...
- Tous ers peuples s'étendent au nord, jus-
Or vous lairons de ceste province et vous conterons d'une autre province qui a nom Aniu qui est vers soleil levant.
R Ms, C. Canin ou Camu,
qu'aux frontières de la Chine; au midi jusqu'au royaume de Siam ; à l'est, ils confinent avec la ('.ochinchine et le Tong-king , et à l’ouest avec l’empire des Birmans. Au* Ventres-blancs appartient la région orientale ; les V tnt res-noirs occupent les provinces de l'ouest, lis sont divisés en une foule de petits royaumes, dont chaque prince a droit de vie et de mort sur ses sujets...
«• Après avoir dit un mot en gênerai sur les Ventres-noirs et les Ventres-blancs, je vais maintenant parler plus en particulier du royaume de Xieng-JUai, que j'ai habité pendant deux mois et demi.
« Ce royaume est le pins à l’ouest de tous les États du Laos, et c’est aussi un des plus considérables. La capitale, qui porte le meme nom, est Isâtic au pied et à l’est d’une assez haute montagne, dans une vaste et belle plaine. Elle a une double enceinte de murailles, entourées chacune de fossés larges et profonds...
« Chez ce peuple la culture se borne à peu prés au riz. L’industrie est encore moins florissante. Comme la rivière qui va à Bangkork est très-dangereuse, et que les communications avec d’autres villes ne peuvent se faire que par éléphants, et à travers des montagnes sans lin, il est peu de Laociens qui s’adonneut au commerce. Les indigènes font tous du vin de riz qu’ils boivent avec excès, etc. »
L'identité des Pn-pë-sî-foû , c’est-à-dire des Tchùtg-mài, comme ils se nomment eux-mêmes, selon l'historien chinois cité, ou Xieng-Mai, selon M. Grandjean qui les a visités, lie peut pas être, pensons-nous, mieux établie. Mgr. Pallegoix, vicaire apostolique de Siam, dans sa Description du Royaume de Thaï ou Siam (1854, t. 1, p. 45), après avoir reproduit les mêmes détails que M. Grandjean, ajoute :
« Le commerce principal des Xieng-JUai consiste en riz, coton, ivoire, encens, laque, rire, bois de teinture, etc. Ce sout les Chinois du Yun-ndn qui viennent échanger ces marchandises contre des soieries, de l’acier, des vases de cuivre, etc., qu’ils chargent sur le dos de petits mulets ; ce
voyage, toujours au milieu des montagnes et des forêts, dure plus d’un mois.
« Xieng-JUai est une ville très-ancienne, car il est rapporté, dans les annales de Siam, que Phra- Ruang, qui régnait à Siam vers l’an 500 de l’ere chrétienne, maria son frère à une princesse de Xieng-JUai, et l'établit souverain de cette contrée. »
Ij» ville de Xieng-Mai est placée, dans la carte qui accompagne l’ouvrage de jMgr Pallegoix, sur le fleuve JUei-nam, qui y est nommé Khui Xiêngmàï, par 20® 40' de lal. N., et 91° 30' de longitude K.
I.e nom de Cangigu de nos nus. et des autres rédactions est évidemment une altération de Klng (mât) koitf: - le royaume de K la g ou Tching ou Xieng-Mdi » ; la syllabe finale gu l^gou) représentant, dam les récits de Marc Pol, le mol chi-
n ois j^y kouë, qui signifie royaume. Les habitants du pays professent la religion bouddhique. Selon la table chronologique des chefs ou rois de Labong et de Xieng-JUai (par altération Zimmaï, que les Européens nomment Imos septentrionaux, et les Birmans Yioun chan ), traduite de documents indigènes, par le 1)T D. Richardson, et publiée dans les Essaya on Jndirrn Antupùties de J. Priusep, édition de M. Edward Thomas (I. Il, Useful Tables , p. 294), leur premier roi était Bouddha ; mais les premiers chefs historiques, V àsoudita et Takadanda, fondèrent Là-phoiin ( Laboun ) , en 576 de notre ère ; puis régnèrent trente-cinq rois qui se nommaient les « maîtres des hlancs éléphants » ; puis une vingtaine d’autres. Enfin, en 1289, à l’époque qui nous occupe, commença le règne du roi Benyatso mm y a, qui, en 1294, changea sa capitale en fondant Tchfng-mai pour en faire sa nouvelle résidence.
Les Pa-pf-sï ont, comme le dit Marc Pol, un langage par euls. Personne à notre connaissance n’en a encore public de spécimen. Il en existe un Vocabulaire manuscrit à la Bibliothèque impériale de Paris, qui a été envoyé autrefois par