‹ Le livre de Marco PoloChapitre 62 sur 357 · CHAPITRE CXXVll · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVll

Ci dit de la province <ï Aniu.

Aniu (i) est une province vers soleil levant, et sont au grant Kaan ; et sont idolastres*. Il vivent de bestaus et du proufit de la

CXXVll, — » Mss. A. B. rdrrs.

le P. Amiot, avec sept autres vocabulaires de differents peuples tributaires de la Chine, accompagnés de Suppliques de ces différents peuples, adressées aux empereur* de Chine de la dynastie des Ming qui a succédé à celle des Mongols, écrites avec les caractères et dans la langue de ces différents pays, et accompagnées d'uue traduction chinoise, Le P. Amiot y a joint une traduction française qui a été imprimée dans le quatorzième volume des Mémoires concernant les Chinois. Les huit vocabulaires, rangés par ordre de matières, sont aussi accompagnés d'une traduction latine, mais qui n'a pas été publiée; seulement, des copies para Usent en avoir été faites en certain nombre, ainsi que de la traduction latine du P. Amiot. Ces vocabulaires sont :

1» Kaà-tchang, c'est-à dire - Ouïgour ».

2° Hoci-hoéï, c'est-à-dire « Roukharien »;

J® Si-t/iitin , c'est-à-dire « Sanskrit » (trèsimparfait) ;

4° Siàn-lo, c'est-à-dire « Siamois >*;

à" Miin-tièn, c'est-à-dire - birman «;

G® Pà-pi , c’est à-dire « Tching » ou Xièngmai ;

*• Pt-t (peuples voisins du Yûn-nàn) ;

8" Si-fan, c'est-à-dire - Tibétains ».

Voici quelques mots des Pâ-pë-sï, ou Xiéngmûi : Fa, n ciel « ; Mo, » nuages « ; Fn-lang, ou plutôt F'-rang, « tonnerre*'; Fen, « pluie»; Lié, «• soleil » ; Leu g, a lune » ; Mci-nonng, - neige >*; Loung, ■ vent »; Ssee, « esprit »;/*/,« démons Ixù , « montagne »; Me-nang, » lleuve » ; Xan ou Nting, « eau »; Lin, « pierre »; JV«, «champ-; Pa-mai, « forêt »; Nonng, « mer»; Lin , « terre», Me-nang koung, « lac ». Mo un g est une appellation commune des nombreuses peuplades de ce* contrées, (pii comprennent la partie méridionale de la province du Yûn-nàn ; les Pà-pé se nomment Mong ping Tching-mâi ; Je Lao ou !. no-

te ha o : Mong-tchoa ; le Tehè-li , aussi nom d’une contrée : Mong-lo ; Hong- ken, Màn-mong, sont des noms de pays et de tribus. l‘n roi se nomme encore Pou-la-tchao, ou Tchào comme ceux du royaume du midi : Xàn-tchao , qui existait dans la province de Yûn-nàn, et dont il a été parlé précédemment (p. 391) , ce qui prouve leur communauté d'origiue.

CXXVll. — (1) Voici encore un de ces noms qui ont dérouté tous les commentateurs de Marc Pol. Il est vrai que tous les éditeurs et traducteurs de son livre mit lu et imprimé Antu au lieu de Aniu, que porteut très-lisiblement nos deux premiers mss., quoique l’éditeur du texte de la Société de Géographie , dans sou Tabtean comparait/ des variantes de divers manuscrits, ail lu Amu.

Marsden (n. 891) dit que « Amu semble cor- « respondre par sa situation a Ramu (situé sur «■ rirawàdi et décrit par Syinct), comme pro- « vince frontière entre le royaume des Bir- » ma ns et le Yûn-nàn en Chiue. » Baldelli Boni (p. 289) est ici de l’avis de Marsden. Aucun d'eux ne lient compte des indications précises de Marc Bol, qui a bien soin de dire qu'il marche vers le soleil levant, en partant de Hangala comme en partant de Cattgigu , et il ajoute enrore dans ce ehnpiire-ri, pour mieux orienter se* lecteurs, « Et sachiez que de cet Aniu (où nous <■ 'sommes maintenant) jusqu'à Cangign ( d’où « nous sortons), qui derrière est , si a quinze « journées; eide Cangign jusqu a Pan gala, qui « est tierce province en arrière , si a trente jonr- * nées. ■

Ainsi riliuéraire de Marc Pol, se trouve parfaitement tracé par lui. Du royaume de Rangata, le Bengale, où il nous a conduits en quittant celui de Mien, ou Ara, le liant Birman, il se dirige à IVj# (ms soleil levant), et après trente

terre. 11 ont langage par euls. Les daines portent aus jambes et ans bras braceusb d’or et d’argent de grant vaillance 1 ; et les lionimes

b Ms. B. braceaux ; ms. C. hraccllrz.

CX XVII. — ' De grande valeur.

tourné* s démarché, arrive à la province de Cangigu [Tchiag-màiou Xtèng-mdikoue) dans le pays des l.ao, après avoir parcouru em iron huit degrés de longitude dans la direction de l'est-sud ; puis, repartant de ce pays, et se dirigeant toujours à l’est [vers soleil levant) , pendant quinze journées de marche, il arrive à la province à' A nui, qui doit être cherchée à environ quatre degrés à Vest, et non à quatre degrés au nord-est , comme se trouve Vamou, qui u’a été ainsi choisi par Marsden et le comte Baldolli Itoui, que pour une ressemblance apparente et fortuite de nom.

La province du Toùng-king ou 1 An-ndm , qui

se nomme aussi K dn-yi/e (et selon ht

prononciation du pays : Ndn-wiet ), « le lointain du midi *, pour les Chinois, répond aux conditions voulues. Dans la transcription de ce nom par Marc Pol ou ses copistes, le n initial a été omis, comme il pouvait l’être dans la prononciation vulgaire, et il est resté : iAn-yüe [Anyu, Aniu), qui en est la représentation suffisamment exacte.

C’est donc Y Annam ou le Toùng-king qui est décrit brièvement dans ce chapitre de Marc Pol, en suivant, sans interruption, les limites extrêmes, à l’ouest et au sud, du vaste empire de Khoubila'i-Khaân, comprenant les États nouvellement soumis à cet empire, ou sur lesquels l’empereur mongol cherchait à exercer son influence. Aussi, lorsque ces Étals sont soumis, Marc Pol ne manque pas de dire : et sont au grant Kaan , ce qu’il n’a pas fait pour le Bengale, où il a bien soin d'écrire, que le grant Kaan ne l'avait pas encore conquestè, en 1290, lorsqu’il était à sa cour , mais que toutefois ses armées y avoir ni été envoyées pour te conquérir.

Le Toung-king ou A'dn-yue, l’avait été dès 1257, sous le regue de Hien-tsonng (Ogodai), ou du moins, ce royaume avait été envahi par l’armée mongole placée sous le commandement de Ou-ftang-ho-tai, qui en avait pris la capitale.

Les Annales chinoises rapportent ainsi ce fait important (Voir Li toi kisse , k. 9G, fol. 38 v*, et Sou Thouug kian kang mou , k. 20, fol. 47 et 48):

» Le généra] mongol Ou-la-sou- tai envoie « deux exprès au roi du royaume de •An-nàn n [Xdny ùé) nommé Tching ji k'ioùng (eu anua- « mite Tràn Shutkhdnh ), c’est-à-dire Shut khdnlt « de la dynastie des Tràn , pour l'engager à se

soumettre. Ces envoyés sont tons deux mis en « prison. Ou-liang-ou-tai et ses officiers s’avan- " cent avec une armée pour soumettre la ville. « Ji k'ioung [S but khdnlt ) s’enfuit dans une

• ile de la mer. Ou-liang-ho-tai , ayant appris « que ses envoyés étaient en prison, les ineni- •< lires liés avec des pièces de bamltous qui leur » étaient entrées profondément dam les chaire, « les fit délivrer ; mais, à peine furent-ils déliés - que l'un des envoyés mourut. Aussitôt le gé- « néral mongol mit la ville au pillage eu fain saut massacrer les habitants. L'armée mon-

• gole passa neuf jours à cette exécution ; mais « la chaleur devint si forte qu'elle ne put la « supporter, et se retira. »

les éditeurs du Supplément au Thoung-kiankang-mou, font sur ce fait les Observations suivantes :

« Par le sac de la ville et le massacre de ses habitants [thon) le commandant (de l’expédition) montra sa cruauté. Les Mongols avaient le cirur porté à la violence et à la destruction; ces penchants sont ici portés au comble. Ils devaient se borner à prendre la ville de l’ennemi ; qu’avaient-ils besoin de la détruire et d’en anéantir In population ? Peut-on s'étonner, après cela, de trouver (dans les populations) des sentiments de révolte ? (U*ux qui agissent ainsi envers les populations barbare* ne connaissent pas les sentiments de justice que possède le peuple du royaume du Milieu. Oh ! il est du devoir des rédacteurs du Kong mou (les « yeux de l'histoire *) d’infliger à ces faits un blâme sévère [Kang mou tdti choù fd yen ï). -

Page 1