CHAPITRE CXXXni
Et sachiez que Cundinfu est une grandisme cité ; et jadis avant estoit royaumes et grans " ; mais le grant Kaan la conquesta par forces d'armes. Mais toutes foiz vous di qu’elle est la plus noble cité qui soit en toutes ces contrées. 11 y a grandismes marclieans qui font grans marchandises “. Il ont si grant habondance de soie que c'est grant merveille*. Et si ont de moult beaus 1 jardins et delitables 1 et plains de granz fruiz. Et sachiez que ceste cité de Cundinfu a soubs1 sa seigneurie ,xj. emperiaus " citez de grant vaillance *, et de grans marchandises et de granz proufit “ ; car il ont soie outre mesure. Et sachiez que à .m.cc. et .Ixxiij. (1273) ans de Crist (a) le grant Kaan
•> Ms. B. jadis avait esté royaumes grans . — * Le ms. B ajoute : de soie. — j Id. une très grant merveille. — k Ms. A. Itiaus. — 1 Id. souz. — ™ Ms. C. emperialles . — ® Ms. B. proufis.
CXXXUI. — » Délectables. — » Richesse.
• franc et sincère, et que leurs mœurs sout
• celles des lettrés. » (K. 99, fol. 7.)
« Du temps de l'ancien empereur Yu (est-il dit dans le même ouvrage, fol. 1), ce pays formait deux « arrondissements » portant le nom de Yen. Sous la djnastie des Tchéou (1131-25(1 avant notre ère), ce fut le royaume de Lou. Pendant 1rs guerres civiles, il appartint à celui de TUsou. Les Tks/n (255-20C) eu firent la principauté de Sic -, les Han (202 av., 264 ap. J.-C.), celle de Chdn-ydng ( - du midi des montagnes » ). Sous les trois royaumes (221-204), le pays appartint à celui de ff'ei. Les Tçin (265- 419) en firent le royaume de Kao-ping («la grande tranquillité»). Kn 42C, 1rs Son "g du nord commencèrent à y établir un « arrondissement » nommé Yen ( Yen-tchéou ). En 005, les Sont en firent la principauté de Ijju. Kn 022, le fondateur de la dynastie des Titan g lui fit reprendre le nom de Yen-tchéou ; mais, en 742 , Ming-hoang-ti , empereur de cette même dynastie, lui rendit le nom de « Principauté de Lou * ( Loukittn ), etc. Voir, pour de plus amples détails, notre Description t/e la Chine, partie moderne (t. II, p. 97 et suiv.),
(2) Il y a ici deux erreurs dans les manuscrits et les éditions de Marc Pol : l'uuc de date et l’autre de lieu. Selon les Annales chinoises (lù tai
ki sse, k. 97, fol. 7 ; — Sou Thoung kian kang mou, k. 21, fol. 17) , ce fut l’année correspondant à 1202 de notre ère que Li-tan , élevé la même année à la dignité de « Roi de Thst-kitin - ( ■ principauté de Thsi « , créée pour lui par Klioubilaï) , et qui avait voulu s’y rendre indépendant, fut attaqué par une armée mongole , pris et exécuté. Ce fut ensuite dans la ville de Thsi-ndn , chef-lieu de sa réceute principauté (dont il a été question dans le chapitre précédent), qu’il fut assiégé et pris, et non à Yen tchéou ( Tai-ting-fou ), dont il est parlé dans celui-ci. C’est ce qui a induit aussi eu erreur Marsden et les autres commentateurs , qui ont identifié Condinfu ou Toudinfu avec Thsi-ndn fou. Le fait historique raconté par Marc Pol aura été transposé de chapitre, soit par les copistes, soit par lui-mcine, par suite d’uue confusion de souvenirs.
Voici comment ce fait est rapporté dans les • Fastes universels de la Chiite • ( Li-tai ki sse , k. 97, fol. 6, v°) i
« Ycb* Cut-TSOC, 3* année tchoung-taung , ■ lu-Tan, gouverneur général militaire du Kidr.g « hoai (aujourd'hui le Kiàng sou) , se révolte « dans l’est et se soumet aux Soung. »
[Développeuests]. « Ton tenait sa posiliou u du chef mongol ; il avait eu lui-même le désir
si avoit envoie un sien baron qui avoit nom Liytan Sangon, avec bien quatre vins 3 mille hommes à cheval en ceste cité et en la pro-
3 Vingt.
« de retourner dans le midi. Avant et après le « fait rapporte* , on avait instruit l'Empereur « d’une quantité d autres actes qui témoignaient
■ tous de la disposition des sentiments ulcères,
■ douteux, de Li-tan, sur lequel les avertisse- « monts restaient vains, et qui s'était «appliqué à « se rendre maître de la situation, en faisant de
* grands préparatifs pour porter ses troupes au « complet, et en y ajoutant de nombreux ren-
■ forts. 11 alla même jusqu'à rappeler près de « lui son fils, qui était occupé de fonctions lit-
■ té rai res distinguées à Kai ping fou. Il Ht ré- « parer les fortifications des villes de Thsi-nàn « et de Y-tou (Thsing-tchéou fou), en les aug- « mentant beaucoup et en y ajoutant de nou- « veaux remparts de terre. Il avait en consé- « quence épuisé tous scs moyens en armements « et en levées de troupes pour passer au Su un g «* avec trois villes maritimes (lien liai sari tching). « H cn-toung (lettré chinois qui était à la cour « de Khouhilaï) lui envoya son fils Jao pour l’en- « cou rager dans ses résolutions. L'affaire ayant « été sue, ce lettré fut mis à mort.
« Eu été, à la quatrième lune, Li-tan s’ciu- « pare de Tsë-tchéou (arrondissement de Tsf,
* dans le Chan-touug), Il est ordonne au mia nuire Sic Thien-tchë d'aller le punir. Il est a investi dans Thsi-nàn.- — [Dévkloppemr.xts]. « Tan s'étant emparé de Y- tou, et ayant envahi « l'arrondissement de Tse, le chef mongol (*) « donna l’ordre au prince du sang *A-pi-tche de « prendre le commandement des troupes de tous « les cercles à proximité et d’aller punir Tan. « Un nouvel ordre prescrivit à Thien-tche de « marcher en avant. Celui-ci donna ses iuslruc- « lions à tous ses généraux , et marcha sur
* Thsi-nàn. »— Suivent les détails de l’affaire, qui prendraient ici trop déplacé.— -A la 8' lune, Thsi-nàn est pris et Li-tan mis à mort. Il y eut un grand carnage de part et d'autre.
(*) 7 «Ah ; la dynaitir dn Souaf n'jyint P** caaié de rfrgnrr
dsna la Chine méridionale, les hiUiiriens chinois ne donnent pas ciwoee aui tnsaveraia» conquérants anonjolt le litre de Ti, on d'F.nipejrwr. Ils ne commencent a le leur donner qu’apréa la mort da dernier chef rejoant de la djnastia délrdoée.
Marc Pol appelle 1rs deux chefs de l'armée de Khouhilaï envoyés contre Li-tan : « Kguil » et « Mongatay »; ils sont nommés « ‘A-pi-tché » et « Sse Thfen-tchi * ; il ajoute que Li-tan avait réuni cent mille hommes à cheval et une graude quantitè de fantassins pour les opposer aux trempes mongoles , qui étaient aussi au nombre de cent mille. Les historiens chinois disent que, dans le principe, Li-tan n'avait que vingt mille hommes de troupes, mais « braves et tres-aguerris aux combats, et divisés en deux corps d’armées » ( Li-tai , etc., k. 07, fol. 7). Un des lieutenants de * A-pi-tchè, H' en-pin g, qui avait tué deux mille hommes à Li-tan, engagea le premier son général à la clémence , en lui disant que - Li-tan « était le seul coupable de la révolte , et qu'en « rendant compte au fils du Ciel (l’empereur) du « carnage du midi (l'affaire en question) , si on « ne voulait pas faire mourir des personnes in- « noceutes , à l'exception des principaux chefs « qui seraient punis , il u'était pas convenable « d’en faire périr d'autres. 1 A-pi-tché suivit ce - conseil, » De plus, Khouhilaï s'y conforma ; ce qui confirme le dire de Marc Pol.
Quant à l'épithète mi surnom qu'il donne dans notre texte à Li-tan , celui de Sangon , c’est évidemment la transcription vulgaire, ou du langage parlé, de ^J^j- Tj tsiang k'ioun, « général
de division ». Cette particularité, peu importante en elle-même, méritait d’être signalée en faveur de l'exactitude ordinaire des récits de notre voyageur, cl de notre rédaction eu particulier ; car on ne trouve pas ce litre dans les autres. Si quelques-uns des noms sont méconnaissables et différent de ceux des historiens chinois, mongols ou persans, la faute pourrait bien en retomber sur ses copistes.
Marc Pol rappelle , dans ce chapitre , que la ville dont il parle - fut conquise par la force des annes du grand Khaàn. » C’est en 1220 que Vou-hoa-li, l’un des quatre compagnons d’armes de Dchinghis-Khaân, qui l’aidèrent puissamment «i faire ses conquêtes, et qu'il éleva aux plus hautes dignités (ce sont les Quèsitan, dont parle