CHAPITRE CXXXVlll
Comment le grant Kaan conquesla la pro' ince de Mnngi.
Il fu voir" que de la grant province de Manzi " estoit roys et sires uns que l’en nommoit Facfur(i), qui moult estoit grant roys et puis-
r Ms. C. et ce flnn tin, ij. citez, l'une de çà, et l’outre tir là. — * Mas. A. B. Cognignuguy ; nu. C. Congnnguy. — 1 Mis. B. C. Mttngy.
CXXXVlll. — » Ms. B. tus. C. vray. — - b Ms. C. Sfangy,
(4) J J |J- ‘ Hont-gan fou , ville clief-
lim de départ emeiit de la province de Kanguâ>t ( lat. 33" 32* 24" ; Umg. 110" 54' 12"); sous les Mongols celai! mi loù, •* cirniil ». dépendant du gouvernement du Hô-nàn ( l/ô-iuin tin g). Sous les Soung, elle se nommait ’Hoatgait-tclieon. Ce. nr fui qnVn 1283 (pi’on l’éleva au rang de « chef-lieu de circuit * sous le nom de *//«»'•/ ng tn-fut. C’est le premier nom qu’a conservé Marc Pol La population du «• circuit » était d« 01,022 familles euiegistrérs et de 547,2*? I tourbes Soumises à la rapitalinn (Yuru~ ne, k. 59, fol. 2t). Sa distance de Péling esl de 19*5 h- Le P Magaillaiis, dans sa Nouvelle Relation de la Chine llrad. franç., 1 («88 , p. 10), avait déjà reconnu l’identité de la ville nommée Ci oguiga nguy par Marc Pol , avec Môaimgân-Jîi, qui, dit-il, est très-riche et tris-marchande. »
(5) Cette petite ville ne figure pas duns la grande Géographie impériale, ni dans la serliou géographique de l’ histoire des Mongols ( Yurntee, k. 59, fol. 20-21). Elle devait être située sur la rive gauche du Hoéug liô, là où est aujourd’hui Wang-k ia-yng , et où les Mongols établirent, en 1280, des campements militaires {y" g) dont l’un se nommait Hodng lia (« familles du
Hoàng hô » ). C’est là que séjourna l’ambassade hollandaise, à son retour de Pé-king. avant de traverser le fleuve Jaune. ( Van Braam , Yoyage de l’ambassade, etc., t. 1, p. 307.)
(6) Ce nom est écrit de différentes manières dans nos itiss. et dans le même à quelques lignes de distance, comme on le voit ici. La leçon de Magi est la représentation vulgaire du nom de MàtchtH n la grande Chine » donné par Rachid-cd-diii, et autres historiens persans, à 1 empire des Soung comprenant les provinces njérid «males actuelles de la Chinr, dont le fleuve Jaune formait la limite septentrionale. Le mot Manz>, au contraire est la transcription, comme nous l’avons déjà fait observer, du terme chinois, Mdn-tse , « fi U de barbares »;
terme de mépris employé par les Chinois du nord envers ceux du midi, parce que les provinces méridionales de la Chine furent conquises plus tard à la civilisation chinoise que celles du nord. Aussi Marc Pol, qui avait pratiqué le persan, emploie ces tenues iudifTéremmrnt l'un pour l’autre. Le second est exprimé en persan par Manzi, dont le mot Manzi de Marc Pol est la transcription parfaitement exacte.
CXXXVlll. — (1) jÿ*-* Faghfour, chez
CHAPITKE eXXXVlH.
sans de trésor et de gent et de terre ; si que poi " avoit au monde nul greigneur de lui fors le grant Kaan. Mais sachiez qu’il n’estoient mie une gent d’armes ; car tout leur délit n’estoit autre chose que des famés d, et proprement le roi sur tous; si qu’il n’avoit d’autre chose cure 1 fors des famés d, et de faire bien aus * povres genz. Et en toute sa province, sachiez qu’il n’y avoit nul' cheval, ne il n’estoient mie coustumier ‘ de bataille, ne d’armes, ne d’aler en ost 3 ; car ceste province de Mangi est moult très fort
r Mas. B. C. pou. — d Ma. B .femmes. — • Id. aux. — t Ms. C. — C Id. accoustumrz.
CXXXYIII. — * Plus grant que lui. — * Souci. — 3 En guerre.
les historiens arabes, persans et turcs. D’Herbe* lot dit que c’était le « titre et surnom des rois « de la Chine. » Il dit, en outre, au mot Sût : h Les anciennes histoires de Perse disent que n Feridoun , roi de la première dynastie, nom* « mée des Pichdadieas, donna à sou fils, Tour, « la Chine et le Turkestan, pour son partage, et - le qualifia du titre de Fagfour , qui est den meure héréditaire aux rois de ce pays là,
■ comme celui de Pharaon aux rois d’Égypte. • Il suffit de dire ici que les Orientaux, en par- « lant de la Chine en général, l’appellent T chia
■ et Matcitin (Chine et Grandc*Chiue). ■ Go*
lius, dans son Additamentum de Catayo, à la suite du Novus Allât sinensis à Martino Martinio descriptus (Autverpise, 1624 P1), dit, page Il : « In scriplis suis Arabes, Persa?, Turca*n que testantur, hoc ipsum nomen * *
m Fagfûr effcnml illij lmperatoribus Sinensibus « commune esse : quo fere modo suum Ægypliis a Pharao fuit, Assyriis Califa, Tartans suum « Càn est. Idem tamen nomen esse exoticum a credo, scythicum aut simile , non sinicum, « quoniam a Ult ra R Sineuses abhorrent. »
Golius avait raison. Le mot de Fagkfour n’est nullement chinois; mais, s’il n’est pas chinois, il est la traduction en langue tourano-arienne
du terme thiéu-tse, a fils du Ciel ,
qualification qui , dès la haute antiquité , a été donnée aux souverains chinois, mais qu’ils ne prenaient pas cux-mêiues. On retrouve l’origine
de ce nom en sanskrit, où bhaga (avec le b aspiré, qui se change facilement en f en passant dans d’autres langues), dans les Vèdàs (en zeud, boga ; en russe, bog), signifie l'Étre auquel on porte le plus grand respect, que l’on révère, et auquel ou rend un culte ; de la racine sanskrite bhâdj , qui a le même sens. C’est là ce que signifie la première syllabe Fag. Quant à celle de fourt c’est l’altération du mot sanskrit pourra, n fils ; «zend : pouthra ; persan, pour ; d’où
le nom composé Fngpour, et Faghfour, que l’on trouve dans les Prairies rf or de Maçoudi (voir l’édition de cet ouvrage curieux que publient MM. Barbier de Meynard et Pavet de Courtrille, avec une traduction française, t. I, p. 300), appliqué aux souverains de la Chine, avec l’interprétation, par l’auteur arabe, de fds du Ciel.
Saint-Martin, dans ses Mémoires sur C Armé • nia (t. Il, p. 54), avait déjà reconnu que les historiens arméniens interprétaient le mot de Pacour , donné par eux aux souverains du Djen nul an ( Djinestan , Tchinettân), pays des Chinois, par fils du Ciel. • Ce mot de pacour est certainement le même , dit-il , que celui de j* a » fa gh four , que les Arabes donnaient
généralement au monarque de Tchia , et qui a exercé, sans succès, 1a critique de plusieurs savants, qui l’ont cherché vainement dans la langue chinoise. > Ces savants avaient le tort de chercher l’étymologie du mot dans la langue chinoise ; ils eussent mieux fait d’y chercher le sens.
lieu ; pour ce que toutes les cités sont avironnées d’yaues plus larges d'une arbaleste “ et moult parfonde. Si que se les genz eussent été hommes d'armes, jamais ne l’eussent perdue ; mais pour ce qu’il ne l’estoient mie la perdirent il (a). Car en toute leur cité l’en entre par pont.
Or avint que au temps mil .cc. lxviij. (ia68) de l'incarnation de Crist, le grant Kaan, qui orendroit * régné', s’y establi et commanda1 un sien baron qui avoitnom liaian Cincsan*, qui vaut à dire : liaian cent iex' (3). Et sachiez que le roy de Mangy trouvoit
k Ms. C. larges et profondes. Si que il ny a nulle cite' qui ne soit aùronnée et y nue plus large que le trait (f une arbaleste et moult parfonde. — ' Le ms. C. ajoute : c’est Cublay. . — j Id. manda. — k Ms. B. tine san ; ms. C. chinclan. — 1 Ms. C. • Bar an .c . reu/x, •
4 En ce moment.
(2) Ces réflexions de Marc Pol ne manquent pas de justesse. Il y a certainement toujours des causes apparentes ou cachées à la chute des dynasties ; mais l’étude de ces causes, et l'exemple qui en est donné , uVrapécbent pas les événements de suivre leur cours. Les rédacteurs des Fastes universels de la Chine (Li tai ki ne, k. 07, fol. 00) disent : « Quoique la dynastie des a Soung sc fût élevée par l’emploi des armes, « et qu ‘ensuite elle eût établi un gouvernement « très-méritoire, eu dounaut à tout l’Empire des « exemples à suivre d'humanité et de justice, cen pendant cette disposition de ses souverains a a été perdue par suite de leur mollesse (Jo). Vers « le milieu de leur règne, ils voulurent employer « la violence pour fortifier leur faiblesse. Ils se « servirent, pour arriver à ce but, de moyens - pervers (*). Le gouvernement, de bienveillant ■ et régulier qu’il était, devint d’un arbitraire et « d’une confusion désordonnés (tu ùn tchi fia • jào); il occasionna dans la société les plus « grands ravages. Tous 1rs éléments de protec- « lion rt de libertés locales (iho'u jù) furent •i rompus et brisés. Ce qu’avaient pu établir les
(*) Tarn»/ * ■»*•’« 1 *»• fa*t On fan Mn< doute Ici alloiion ant rtlurmc* radicale* propagea par M , minutie
d# l’rmpcrrar YitfUom ag ;>uC» ioêj) «t runUc Iraqncllc* M|i|iaérrnl tout le* r»IAf« lettre* de l'érole de Conrurim. (Voir notre HtslUrt tt description de la Otar, t. I, p. 343 •I Mil.)
« six premiers souverains de cette dynastie pé- • rit après cent cinquante ans de règne, etc. »
(3) IBM Pt -yint était le nom donné à l'un des généraux les plus habiles et les plus éclairés de Rhoubilai-KhaAn. Il était originaire drs « contrées occidentales », disent les historiens chinois. Ce fut effectivement lui qui conquit aux Mongols une grande partie de l'Empire des Soung. En 1274 , Kboubilaï le fit - ministre d'Etat de la gauche » ( fcltdting chou tso Tehing siâng) (•*) ; et, à la 8* lune, il reçut l’ordre, avec Sse Tkun+i$ e (général arabe du nom d' A mou. Omar) d’aller, en qualité de chef d’armée, combattre les Soung ( U taiki sse, k. 97, fol. 26 v»). Après de nombreuses et brillantes campagnes, ce fut lui qui, eu 1294, à la mort de Kboubilaï Khain, fit nommer empereur Timour, le petit-fils du prince qu’il avait si brillamment servi. Après l'avènement de ce dernier, il fut élevé à la dignité de •• grand tuteur de l'Empirr - (Tai tchouàn) ; mais il mourut quelques mois après, à la 12* lune de la même année 1294.
Les auteurs du Supplément au Thoung-kiankang-mou, pour l'histoire drs Soung et des Mongols, en font le plus grand éloge (k. 23, fol. 45 v*): • Pi •yen, disent-ils, était profondément versé dans « les affaires d'Etat; et, dans les délibérations,
(**) Cette même année, I la kaili4<af lotie, un ’Pn-le, mnummt Sa a h • le jjnjeui • , ni minUtre d'Éui de U droite.