CHAPITRE CXXXVIII
en son astronomie qu’il ne povoit " perdre son royaume, fors par nn homme qui eust .C. iex ; si que il se tenoit aseur pour ce ; car
m Ms. A. pooit.
« il savait toujours prendre les meilleures dcci- •t «ions. En conduisant, comme général en chef, ■ deux cent mille hommes pour combattre les » Soung, il n’éprouvait pas plus d’embarras que « s'il eût commandé à un seul homme. Tous scs « officiers le considéraient comme un génie mani- « festé (jo cltin min g). De retour à la cour (apres « ses expéditions), il ne lui arrivait jamais de » parler de ses exploits. Après sa mort, il fut « honoré du titre de « grand protecteur de « l'Empire « (fai pao), et élevé à la dignité de « roi de Jloai-ngdn (Hoai-ngàn W dng), »
L’auteur des Observations instructives ( Fei ming\ ajoute : * Pt-yin sut habilement diriger n de grandes armées. Il ne se plaisait pas dans « les débordements et les massacres. 11 exigeait « que l'on se soumit à ses demandes, mais il ne « détruisait pas par plaisir. Il accomplissait de * grands exploits , mais il ne s’en attribuait « point le mérite. Après avoir fait la conquête « de l’empire des Soung, il fut le même homme » qu'auparavant. Les auteurs du Kang-mou , b après sa mort, lui devaient bien ce tribut d’éb loges. -
On voit, par ces passages (que nous avons traduits aussi littéralement que possible, pour en conserver tout le caractère), que les historieus chinois savent apprécier les qualités et les belles actions d’un homme, lors même qu’il est étranger, et qu'ils peuvent écrire dignement l'histoire.
La destinée de Marc Pol (qui était aussi des <■ contrées occidentales », ma» plus lointaines), ne manque pas de ressemblance avec celle de Pé-ycn, ou Satan , comme il le nomme , et comme l’appellent aussi les écrivains persans. Ainsi que lui, il s’attacha à la fortune du souverain mongol qu'il servit aussi avec dévouement, mais avec moins d’éclat , dans une carrière (pii dut les mettre souvent en rapport ; car Marc Pol remplit des fondions civiles dans l'expédition de Péyèu, qu’il raconte avec de curieux détails ; et il fut même nommé, par le grand Khaàn, gouverneur de l’une des villes nouvellement conquises, dont il sera question dans les chapitres suivants.
Seulement Pe-yèn ne revit pas sa patrie et ne survécut que quelques mois au souverain qu’il avait si loyalement servi; tandis que Marc Pol put revoir la sienne, et mourir trente ans après à Venise, en léguant à la postérité un Livre qui ne périra pas plus que le souvenir des faits qu’il a si bien racontés.
La date de I2C8 donnée par Marc Pol, pour l’expédition de Pt-yin contre les dernières possessions des Soung, est erronée ; cette expédition n’eut lieu, selon les historiens chinois, qu’en 1273. Mais, dès 12G8, Klioubilaï avait conçu le projet de conquérir l'empire des Soung ; car on voit, dans l’histoire, qu’en 12G9 il envoya de grands renforts au général Sse T bien- 1 si, qui assiégeait Siâng-ydng. Ce général, d’oi igine arabe, connu» nous l'avons dit, avait avec lui, à ce grand siège, Pt-yin et beaucoup d’autres Occidentaux asiatiques. C’est là que PS-yèn se distingua tellement, comme on le verra plus loin, qu’il fut nommé, eu 1274, général en chef et •• ministre d’État » (ou maréchal), à la grande satisfaction de l'armée.
Quant au nom même de Satan ou Pt-yin , il signifie, en chinois, comme il est écrit par h s historiens, « qui a un aspect de cent hommes » ; mais écrit ainsi avec la même prononciation :
Pë-jrin , il signifie ;
qui a cent
yeux ». C’est là l’origine de l'anecdote racontée par Marc Pol. Il est probable que l’intelligence supérieure du général, son activité, le soin qu’il prenait de surveiller l’organisation et la discipline des troupes qu’il commandait , avaient donné naissance à cette interprétation populaire de son nom, qui avait frappé l’impératrice dis Soung, lorsqu'elle entendit pour la première fois prononcer le nom du général de l’armée mongole qui venait conquérir ses États.
La qualification de Cincsan, que Marc Pol lui doiiue sans en dire la signification, est la trans-
cription assez fidèle, du Tching-sidng, « ministre
liire de ffj
d’Êtat qui lui fut
il povoit penser nul homme de nulle nature qui eust .c. iex Mais
il se déçut en ce qu'il ne veoit3 pas le nom de cestui.
Cestui Baian avoit grant multitude de genz que le grant Kaati li donna °, et proprement à cheval et h pié. Aussi s’en vint à Manzi ; puis ot r> grant quantité de nés p pour porter les genz à cheval et à pié quant inestier’ estoit. Et quant il fu venu atout son ost 7 en la terre du Manzi : ce est en ceste cité de Coguiganguy (4), là où nous sommes ores 8, de laquelle nous vous conterons tout avant 9, si leur dist. que il se rendissent au grant Kaan son seigueur. Et cens li respondirent qu’il n’en feroient rien. Et quant Baian vit ce, si ala avant lo et trouva une autre cité, et encore' ne se voult rendre. Et encore ala avant , et ce faisoit il , pour ce qu’il savoit que le grant Kaan li envoiroit apres lui un autre moult grant ost
Et que vous en dirai je ? sachiez que il ala à .v. citez ; ne il ne prist nulle', por ce que il ne se vouloient combattre ou il ne se vouloient rendre ,J. Or avilit que la ,vj', cité fu prise à force; et puis il prist une autre ; et puis la tierce, et puis la quarte. Si que il prist l’une apres l’autre par force .xij. citez (5). Et quant il ot
■ Ms. B. cent yeux ; ms. C. .C. yeulx. — ° Ms. B. lui avait donné. — p Ms. B. nefs. — 9 Ms. C. besoins;, — - r Ms. C. qui. — * ld. que il n'en prist nulle.
4 Payait . — 4 * 6 Eut . — 7 Avec toute son armer. — 1 En ce moment. — 9 Par la suite.
— *° En avant. — " Une autre grande armée. — 11 Parce qu'il ne voulait pas les prendre
de force, ou qu elles ne S'oit la te ni pas se rendre de bonne volonté.
donné, comme on Ta vu ci-dcssus, par l'empereur Khoubilai, en 1274, lorsqu'il l'envoya, à la (été d'une armée, conquérir les dernières possessions des empereurs de Soung. Dans ce mol, comme dans tous cous q.ie cite Marc Pol , c'est la prononciation alors en usage (et qui l'est encore aujourd'hui jiour beaucoup de caj), qui est fidèlement représentée, sauf les erreurs des copistes.
(4) Voir la note 4 du chapitre précédent. Nos deux premiers uss. portent bien ici Coguiganguy.
(5) Après la prise de Sidng-yàng , à la 2* lune de l'année 1273, et dont il sera longuement question ci-après (ch. cl), la conquête
de tout l'empire des Soung fut décidée. Pi-yen , nommé en 1274 général en chef de la nouvelle expédition, prit, à la 10e lune, les villes de (lan~lo ou Ngando-fni (lat. SI» |2't long. 110* II' 58"), de Si’i-fching, située vis-à-vis la précédente, de l outre côté du Hau-kiàng; puis il se dirigea avec son année du côté du grand fleuve Kidng, après avoir fait reconnaître, par quelques-uns de ses officiers, à quel endroit ce dernier fleuve reçoit les eaux de la rivière Han , qui passe à Sidng-yàng ; cet endroit se nomme encore aujourd'hui Han-khèou, « bouche, ou embouchure du Han -, dans le Hou-pi , point extrême jusqu’où les navires de commerce européens sont autorisés, par les traités de 1858, à