MORT DE MOUETTE
Je vais souvent rêver près de la mer immense; Je comprends sa douleur, j’admire sa beauté, Je m’unis à ses pleurs, j’ai peur de sa démence Et je m'’anéantis dans son énormité.….
La mer aime un oiseau .: c’est la Mouette grise, Qui vient se reposer dans son flot inconstant, Ainsi qu’un Idéal emporté par la brise,
Qui tomberait soudain dans un cœur palpitant.
Les ailes de l’oiseau vont caresser l’écume, Son être tout entier s’enivre de la mer,
Ainsi que tout à l’heure 1l se grisait de brume Et comme dans la nue il s’enivrait d’éther!
: Il plane lentement... sa grande aile entr'ouverte; La vague qui l’accueille a semblé s’apaiser; Le flot monte... À moitié l’envergure est couverte Par l’eau bleue où’ le soir est venu s’iriser.
I1 flotte lentement... sa tête s’est baissée;
Il aspire à longs traits son bonheur infini; è La trace de son aile est bientôt effacée: :
Je vois qu’il disparaît, s'enfonce... c’est fini! Hélas! quand le poëte, enivré de sublime, Mourra-t-il en oiseau, submergé de beauté,
Par un flot d'harmonie emporté vers l’abîme,
Pour s’envoler enfin jusqu’à l'éternité ?
Au bord de la mer, août 1908,