POUR, THERESE
Hier nous avions pris un chemin de berger Montant vers la colline où pousse la bruyère;
On sentait le soleil sous le brouillard léger
Comme on sent un regard que voile une paupière.
Nous cueillimes des fleurs sur la lande vermeille, Mais bien vite nos doigts de cueillir furent las; Comme nous n’avions pas emporté de corbeille, Il fallut ramasser la moisson dans nos bras.
Par-dessus ton épaule ayant mis la bruyère,
Tu marchais devant nous, pensive, sans nous Voir; Et moi, J'avais plongé mon âme tout entière Dans l’extase idéale et divine du soir!
J'aurais voulu chanter pour dire mon ivresse, Mais ma voix hésitait comme un oiseau blessé; Et je cherchais des mots embaumés dé tendresse Comme en dit la forêt, quand le vent a passé.
J'avais en moi captif un élan d’harmonie,
Tout un vol enivré qu’une main arrêta.
Alors, les yeux remplis d’une joie infinie,
Ton cœur, ayant soudain compris mon cœur, chanta..….
Villequier, septembre 1910.
GEÉYEINES
For a Friend.
J'adore les glycines pales, Surtout à l’arrière-saison; On dirait des grappes d’opales Ou bien des bulles d’horizon,
Ou des yeux ouverts, pleins de rêve...
Et dans un geste de baiser
Elles s’alanguissent sans trêve Autour du vieux mur familier.
Ce sont les fleurs de la tristesse, Elles portent le demi-deuil ;
Je leur trouve plus de tendresse Pour le départ que pour l'accueil;
Leur teinte est mauve et nuancée, Leur tige pleine de vigueur :
Ainsi s’enroule ma pensée,
Ma chérie, autour de ton cœur.
Combien tu la sentiras fine Et douce en son affection!
Ma pensée est une glycine Comme ton âme est ma maison.
Et combien tu la verras franche Et forte en sa fidélité!
Car ma pensée est une branche Qui fleurit l’hiver et l'été,
Et c’est vers toi qu’elle s'élève Et si tu lui manquais un jour, Tu ferais s’écrouler son rêve, Et se briser tout mon amour.
Villequier, septembre 1910.