L'ETANG PROFOND
À une amie en deuil.
Oui, toujours le gouffre sans fond M'attire vers son onde pure
Et j'aime mieux l’Étang profond Que le gai ruisseau qui murmure;
On y voit souvent des remous Monter sans bruit jusqu’à l’air libre; Eaux mortes! vous réveillez-vous ? .
Est-ce donc votre âme qui vibre?
Mais je chéris les cœurs brisés, Tombes closes et douloureuses, Abîmes par les pleurs creusés, Bien plus que les ondes rêveuses:
J'aime les pauvres cœurs meurtris Des coups qu ils reçurent naguère
Et qu’on pourrait croire guéris
Tant ils semblent pleins de lumière.
Cette lumière est-elle en eux?
Non! Comme les ondes frémissent En reflétant l’azur des Cieux C’est l’ Au-delà qu'ils réfléchissent ;
Pour un mot qu’on leur a jeté, Pour des rires d'enfant qui sonnent, Ainsi que l’Étang agité
Ils s’éclairent... puis ils frissonnent!
— Et j'ai compris un cœur profond, À tous 1l cachait sa tristesse,
Mais je l’ai vu jusques au fond
À la clarté de ma tendresse.
Villequier, 21 septembre 1910.