VISION — REVERIES
(Au pays des Hellènes)
A M. René Bazin.
Les femmes, vers le soir, au pays des Hellènes, Descendant. pour remplir avec des gestes lents
Leurs amphores, s’asseoient aux rebords des fontaines Et baissent leurs beaux yeux vers ces miroirs tremblants.
L’albâtre est éclatant de leurs amphores pleines, Mais leurs bras relevés semblent encor plus blancs, Lorsque se redressant avec des airs de reines Elles vont repartir de leurs pas indolents.
C'est ainsi que parfois mes douces rêveries, À l'heure où le jour tombe, en longues théories, Aux sources ide mon cœur lentement vont s'asseoir,
Et, se penchant vers moi, me parlent à voix basse. Ah! pourquoi donc t ’enfuir, heure divine, où passe Leur murmure confus dans la brume du SOIT ?
Paris, 23 février 1911.
PREFACE AUX « PRIMEVERES »
Quand Mai paraît naissent les fleurs; Il jette ses premières roses
Aux familles d’oiseaux siffleurs
Qui dans les branches sont écloses.
Mai vient comme un enfant Joyeux Tout bouillonnant de vie ardente; Avec du soleil dans les yeux
Et des lys dans les bras, 1l chante.
Et mon cœur m’a dit : « Il est temps, Chante aussi, chante ton ivresse! »
— Voici les fleurs de mon printemps Et les chansons de ma jeunesse.