‹ Le Livre de MormonChapitre 61 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Histoire des fils de Mosiah qui, ayant renoncé à leurs droits à la royauté pour la Parole de Dieu, allèrent au pays de Néphi pour prêcher aux LamanUes, Leurs souffrances et leur délivrance; d'après le récit d'Alma,

1 A cette époque , comme Aima était à voyager du pays de Gidéon au sud, pour aller au pays de Manti. il rencontra, à son grand étonnement, les fils de Mosiah, cheminant vers le pays de Zarahemla. Aima s'était trouvé avec les fils de Mosiah, alors que l'ange lui apparut la première fois; c'est ce qui fit qu'il eut une grande joie à revoir ses frères. Et ce qui augmentait sa joie , c'est qu'ils étaient encore ses frères dans le Seigneur. Ils étaient devenus puissants dans la connaissance de la vérité ; leur esprit était devenu solide, ayant diligemment étudié les Ecritures, pour connaître la parole de Dieu. Ce n'est pas là tout : Ils s^étaient beaucouo

livrés à la prière et au jeûne, et ils en avaient acquis Tesprit de prophétie et de révélation ; de sorte que quand ils enseignaient, c'était avec le pouvoir et Tautorité de Dieu. Ils avaient, pendant quatorze ans, prêché la parole de Dieu aux Lamanites, avec beaucoup de succès, et en avaient amené un grand nombre à la connaissance de la vérité; oui, par la puissance de leurs paroles, un grand nombre avaient été amenés devant Tautel de Dieu à implorer son nom et à conlesser leurs péchés devant lui.

2 Voici maintenant le récit et les circonstances de leurs voyages , car ils eurent beaucoup d'afflictions ; ils souffrirent beaucoup, tant du corps que de Tesprit ; de la faim, de la soif, des fatigues, et toutes sortes de tourments d'esprit. Ayant donc pris congé de leur père Mosiah dans la première année du règne des juges, après avoir refusé le royaume que leur ijëre aussi bien que le peuple désiraient leur conférer, ils quittèrent le pavs de Zarahemla, munis de leurs épées, de leurs lances, de leurs arcs, et de flèches et de frondes : ce qu'ils firent afin de pourvoir, dauç le désert, à leur nourriture et à celle des hommes qu'ils avaient choisis pour les accompagner au pays de Néphi , où ils allaient prêcher la parole de Dieu aux Lamanites.

3 Ils voyagèrent plusieurs jours dans le désert, jeûnant beaucoup, afin mie le Seigneur leur accordât toujours une portion de son Esprit, et qu'ils pussent devenir un instrument dans les mains de Dieu à amener, si cela était possible^ leurs frères, les Lamanites, à la connaissance de la vérité, et à connaître aussi la perversité des traditions de leurs pères.

4 Dieu les visita avec son- Esprit, et leur dit : Ayez bon courage ; et ils furent fortifiés. Et il leur dit encore : Allez

Çarmi les Lamanites^ vos frères, et établissez ma parole, 'outefois, soyez patients dans vos longues souffrances et dans vos afflictions , afin de leur être un bon exemple envers moi ; et vous serez en mes mains un instrument de salut pour grand nombre d'âmes.

5 Et le cœur des fils de Mosiah et de ceux qui les accompagnaient prirent courage pour aller au milieu des Lamanites, leur annoncer la parole de Dieu.

6 Arrivés sur les confins du pays des Lamanites, ils se séparèrent, se confiant en Dieu pour qu'il leur fût donné de se rencontrer à la fin de leur moisson ; car ils supposaient que grande était l'œuvre qu'ils avaient entreprise. Et assurément, elle était grande : ils avaient à apporter la parole de Dieu à un peuple endurci, sauvage et féroce, qui se plaisait à massacrer les Néphites, à les voler et à les piller ;

(lui mettaient leurs cœurs dans les richesses, dans For et 1 argent, et dans les pierres précieuses; qui cherchaient à s'enrichir par le meurtre, par le pillage, et non point par le travail de leurs' mains. Aussi, étaient-ils très indolents. Un grand nombre adoraient des idoles ; et la malédiction de Dieu pesait sur eux à cause de la tradition de leurs pères. Toutefois, les promesses du Seigneur leur avaient été laites, à la condition du repentir ; c'est ce qui porta les fils de Mosiah à entreprendre leur œuvre, dans Tespoir qu'ils les amèneraient peut-être au repentir, et à la connaissance du plan de Ist rédemption. Ils se séparèrent donc, et se rendirent isolément parmi eux, avec la parole et la puissance que chacun d'eux tenait de Dieu

7 Ammpn était leur chef, ou plutôt il les administrait. Il s'en sépara , après les avoir bénis , selon leurs différents

grades, leur ayant, avant le départ, donné la parole de )ieu, et la règle de leur conduite. C'est ainsi qu'ils se dis- {)ersèrent pour aller dans tout le pays. Ammon partit pour e pays d'ismaël, ainsi appelé des fils d'ismaêl qui devinrent aussi des Lamanites. Et comme il y entrait, les Lamanites se saisirent de lui, le garrottèrent, selon leurs coutumes envers les Néphites qui tombaient entre leurs mains, pour les conduire devant le roi. Et il était laissé au bon plaisir du roi de les faire mourir ou de les garder captifs, ou de les jeter en prison, ou de les chasser du pays. Ammon fut donc amené devant le roi du pays d'ismaêl, qui se nommait Lamoni. Il était un descendant d'ismaël. Alors le roi demanda à Ammon s'il souhaitait demeurer dans le pays parmi les Lamanites. son peuple. Ammon répondit : Oui, je désire rester au milieu de ce peuple . penoant un certain temps, et peut-être y resterai-je jusqu^à ma mort.

8 Le roi Lamoni, étant fort content d' Ammon, il lui fit ôter ses chaînes ; et il lui manifesta son désir de lui voir prendre une de ses filles pour femme. Mais Ammon lui dit : Non, mais je serai votre serviteur. Il fut ainsi mis au nombre des autres serviteurs qui avaient à surveiller les troupeaux de Lamoni, suivant la coutume des Lamanites. Il y avait déjà trois joui*s qu'il était au service du roi, quand, allant avec les serviteurs lamanites à la place des eaux de Sébus, pour abreuver les troupeaux (c'était là que tous les Lamanites conduisaient abreuver leurs troupeaux), un certain nombre de Lamanites , qui y étaient aussi avec leurs troupeaux, dispersèrent ceux d'Ammon et des serviteurs dn roi, au point qu'ils s'enfuirent de toutes parts.

9 Les serviteurs du roi commencèrent à s'en plaindre avec douleur, disant : Le roi nous fera mourir, ainsi qu'il a

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fait de nos frères, pour avoir laissé disperser leurs troupeaux par la méchanceté de ces hommes. Et ils pleuraient amèrement, disant : Nos troupeaux sont déjà dispersés. Et leurs pleurs venaient de la crainte d'être mis à mort. Quand Ammon vit cela, son cœur s'en gonfla de joie ; car, se disait-il, je montrerai mon pouvoir aux serviteurs, mes compagnons, je leur montrerai ce que je puis, en restituant au roi ses troupeaux ; et je gagnerai le cœur de ces serviteurs, mes compagnons, et je les amènerai à croire en mes paroles. Telles étaient les pensées d' Ammon, en voyant l'affliction de ceux qu'il appelait ses frères.

10 Et il parvint à les gagner, en disant : Mes frères, rassurez-vous, et allons à la recherche des troupeaux ; nous les rassemblerons et nous les ramènerons à l'abreuvoir ; et de la sorte, nous conserverons au roi ses troupeaux, et il ne nous fera pas mourir.

1 1 Us furent donc à la recherche des troupeaux, suivant Ammon, et courant en toute vitesse ils atteignirent les troupeaux qu'ils ramenèrent à l'abreuvoir. Et les mêmes hommes revinrent pour disperser leurs troupeaux. Mais Ammon dit à ses frères : Entourez les troupeaux pour qu'ils ne s'enfuient pas ; et moi, j'irai combattre ces hommes qui les dispersent. Et ils firent ce que Ammon leur ordonna. Quant à iui, il alla et se mit à combattre ceux qui se tenaient auprès des eaux de Sébus, qui étaient en assez grand nombre, et qui, par conséquent, ne redoutaient point Ammon. Ils s'imaginaient que, s'ils le voulaient, un de leurs hommes pourrait le tuer, ignorant que le Seigneur avait promis à Mosiah (|u'il délivrerait ses fils de leurs mains. De plus , ils ignoraient le Seigneur, se plaisant dans la mort de leurs frères; c'est pour cela qu'ils dispersaient les troupeaux du roi.

12 Mais Ammon s'avança et commença à leur lancer des pierres avec sa fronde, et il en tua un certain nombre : ce qui les porta à s'étonner de sa puissance. Mais, furieux de la mort de leurs frères, ils se déterminèrent à l'abattre ; et voyant qu'ils ne pouvaient l'atteindre de leurs pierres, ils coururent à lui avec des bâtons pour le tuer. Mais chaque homme qui levait son bâton pour fraçper Ammon, il lui tranchait le bras de son épée, car il se défendait de leurs coups avec le tranchant de son épée , en sorte qu'ils en étaient terrifiés , et commençaient à fuir devant lui ; et quoiqu'ils fussent nombreux, il les faisait fuir par la force de son bras. 11 en avait déjà tué six par la fronde, mais de son épée il ne tua que leur chef; et chaque bras qui se levait contre lui, et ces bras étaient nombreux, autant il en coupait. Après les avoir chassés au loin, il retourna. Puis, ils abreuvèrent

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leurs trouj^eaux et les ramenèrent dans les pâturages du roi. Alors ils entrèrent chez le roi, portant les bras de ceux qui avaient voulu tuer Ammon ; et ils lurent donnés au roi, en témoignage de ce qu'ils avaient fait.

43 Le roi Lamoni les fit approcher pour qu'ils lui rapportassent tout ce qui était arrivé. Et quand ils eurent attesté tout ce qu'ils avaient vu, et quand il eut appris la fidélité d' Ammon à lui conserver ses troupeaux, et la grande puissance qu'il avait montrée en combattant ceux qui voulaient le tuer, il en tut extrêmement étonné, et il s'écria : Assurément, celui-ci est plus qu'un homme. Ne seraitrce pas le Grand-Esprit qui envoie ces grands châtiments à ce peuple, à cause des meurtres qu'ils ont commis P Et ils répondirent au roi : Est-ce le Grand Esprit; n'est-il qu'un homme? nous ne le savons ; mais ce que nous savons, c'est qu'il ne peut être tué par les ennemis du roi; et que, non plus, ils ne peuvent disperser les troupeaux du roi , lorsqu'il est avec nous, à cause de son adresse et de sa force puissante : aussi voyons-nous qu'il est ami du roi. Après cela, ô roi, nous ne croyons pas qu'un homme ait un si grand pouvoir, car nous savons qu'il ne peut être tué. Le roi, après avoir entendu ces paroles, leur dit: Maintenant, je sais que c'est le Grand-Esprit ; il est venu pour vous conserver la vie, que j'aurais pu vous ôter, ainsi que j'ai fait de vos frères. Il est, assurément, le Grand-Esprit dont nos pères ont parlé.— telle était la tradition de Lamoni qu'il avait reçue de son père, qui disait qu'il y avait un Grand- Esprit. Bien qu'ils crussent en un Grand-Esprit, ils supposaient que ce qu'ils faisaient était juste. Toutefois, Lamoni commençait à craindre excessivement d'avoir mal fait en tuant ses serviteurs ; car il en avait tué un grand nooobre, pour avoir laissé disperser ses troupeaux à l'abreuvoir par leurs frères , les Lamanites, dont c était l'habitude de disperser les troupeaux du peuple , lorsqu'ils se tenaient aux eaux de Sébus, afin de les emporter dans leur propre pays: c'était une manière de piller parmi eux.

44 Et encore le roi Lamoni demanda à ses serviteurs: Où est cet homme qui a une si grande force ? Et ils lui répondirent : Il soigne vos chevaux. Or, avant que le temps fut venu d'aller abreuver les troupeaux, le roi avait ordonné à ses serviteurs de préparer ses chevaux et ses chariots pour le conduire au pays de Néphi, où un grand festin avait été apprêté par le père de Lamoni, qui était le roi de toute la contrée. Or , le roi Lamoni apprenant qu' Ammon se livrait aux apprêts de ses chevaux et de ses chariots, lut encore plus étonné de tant de fidélité, et il dit : Parmi mes

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serviteurs il n'y en a jamais eu un qui fut aussi fidèle que cet homme ; il se souvient de tous mes ordres, et il les exécute. Actuellement^ je sais positivement que c est le Grand- Esprit, et je souhaiterçiis qu'il vînt à moi, mais je n'ose.

^ 5 Ammon ayant achevé d'apprêter les chevaux et les chariots pour le roi et ses serviteurs, il entra chez le roi, auquel il vit le visage tout altéré. Il était sur le point de se retirer de sa présence , mais un des serviteurs du roi lui dit : Rabbanah. Ce qui , interprété , signifie : puissant ou grand roi , considérant leurs rois comme puissants. 11 lui dit donc : Rabbanah, le roi souhaite que vous restiez. Alors, Ammon se retourna vers le roi et lui dit : Que désirez-vous que je fasse pour vous, ô roi ? Et le roi fut plus d'une heure sans lui répondre, selon la manière de compter le temps alors, car Û ne savait ce qu'il devait lui dire. Ammon lui demanda de nouveau : Que désirez-vous de moi, et le roi ne réj^ondit point encore.

46 Ammon, rempli de l'Esprit de Dieu, pénétrait les pensées du roi. 11 lui dit : Est-ce parce que vous avez appris que j'ai défendu vos serviteurs et vos troupeaux; est-ce pour avoir tué de la fronde et de l'épée sept de leurs frères, et avoir tranché le bras à quelques autres qui voulaient enlever vos troupeaux , est-ce là la cause de votre étonnementP Je suis homme, et votre serviteur, tout ce que vous demanderez de juste, je le ferai. Quand le roi eut entendu ces paroles, il s'émerveilla encore davantage, car il vit bieii qu' Ammon lisait dans ses pensées. Quoi qu'il en soit, Lamoni parla et lui dit : Qui es-tu ? serais-tu ce Grand-Esprit qui sait toutes choses ? Ammon lui répondit : Je ne le suis pas. Alors le roi ajouta : Comment as-tu connu les pensées de mon cœur ? Dis-moi aussi par quel pouvoir tu as tué quelques-uns dé mes frères et tranché le bras à d'autres, qui dispersaient mes troupeaux. Si tu m'éclaircis ces choses, je te donnerai tout ce que tu souhaiteras; et s'il était nécessaire, jeté ferais garder par mes armées. Mais ne sais-je pas que tu es plus puissant que toutes mes armées? Néanmoins, tout ce que tu désireras, je te l'accorderai. Maintenant, Ammon, sage et sans malice, dit à Lamoni : Croirez-vous à mes paroles, si je vous iais connaître par quel pouvoir je fais ces choses ? c'est' ce que je désire de vous. Le roi lui répondit : Oui, je croirai à toutes vos paroles. Et de la sorte il fut pris par finesse.

17 Et Ammon commença à lui parler avec hardiesse, et il lui dit : Croyezrvous qu'il y ait un Dieu ? 11 répondit, disant: Je ne sais pas ce que cela signifie. Ammon reprit : Croyez-vous qu'il y ait un Grand-Esprit? Il répondit : Oui. Alors Ammon dit : C'est Dieu. Et il ajouta : Croyez-vous

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3ue ce Grand-Esprit, qui est Dieu, ait créé toutes choses, ans le ciel et sur la terre. Et il répondit: Oui; je crois qu'il a créé toutes les choses de la terre , mais je n*ai pas connaissance du ciel. Et Ammon lui dit : Le ciel est la place où Dieu demeure avec tous ses anges. Le roi Lamoni demanda : Est-ce au-dessus de la terre P Et Ammon dit : Oui; et il regarde d'en haut sur tous les enfants des hommes ; et il connaît toutes les pensées, toutes les intentions du cœur; car, par sa main, ils ont tous été formés, dès le commencement. Puis, le roi Lamoni ajouta : Je crois toutes les choses dont tu me parles. Es-tu donc eiïvoyé de Diçu 9 A quoi Ammon répondit : Je suis un homme ; et Thomme, au commencement, fut créé à l'image de Dieu ; et par son Saint- Esprit, je suis appelé à annoncer ces choses à ce peuple, afin qu'il soit amené à la connaissance de la vérité et de la justice. Une portion de cet Esprit demeure en moi, laquelle me donne de l'intelligence et du pouvoir, suivant ma foi et mes désirs à l'égard de Dieu. Ammon, ^près ces paroles, remonta à la création du monde, et à la création d'Adam; il lui parla de la chute de l'homme ; il répéta et lui exposa les Ecritures Saintes et les annales du peuple, annoncées par les prophètes jusqu'au temps où Léhi quitta Jérusalem; et il leur raconta aussi (car il s'adressait au roi et à ses serviteurs) les voyages de leurs pères dans le désert, leurs souffrances par la faim et la soif, et leurs nombreuses pérégrinations. Il leur rapporta également les rébellions de Laman, de Lémuel, et des fils d'ismaêl. 11 leur expliqua encore les annales et les Ecritures, à partir du temps où Léhi quitta Jérusalem jusqu'à ce moment. Mais ce n'est pas là tout : car il leur dévoila le plan de la rédemption, préparé dès le commencement du monde ; et enfin il leur donna connaissance de l'avènement du Christ, et de toutes les œuvres du Seiffneur.

i 8 Ces choses dites et expliquées au roi, il crut en toutes les paroles d' Ammon. Alors, le roi commença à crier au Seigneur, disant : 0 Seigneur, aie pitié ; répands sur moi et sur mon peuple l'abondante miséricorde que tu as eue pour Je peuple de Néphi. Et ayant dit ces paroles, il tomba à terre, comme frappé de mort. Ses serviteurs le prirent et le portèrent chez sa femme. 11 fut couché sur un lit, où il resta comme mort pendant deux jours et deux nuits. Et sa femme , ses fils et ses filles, le pleurèrent avec de grandes lamentations, ainsi que c'était la coutume parmi les Lamanites.

19 Après ces deux jours et deux nuits, les serviteurs étaient sur le point de prendre son corps et de le déposer

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dans le sépulcre, qu'ils avaient préparé pour y ensevelir leurs morts. Or, la reine qui avait entendu parler de la renommée d'Ammon , l'envoya prier de venir à elle. Ce que fit Ammon. Et il entra chez la reine, pour savoir ce qu'elle voulait de lui. Elle lui dit : Les serviteurs de mon mari m'ont appris que tu es un prophète d'un saint Dieu, et que tu as le pouvoir de faire de grandes œuvres en son nom. S'il en est ainsi, je désire que tu voies mon mari, qui est étendu sur son lit depuis deux jours et deux nuits. Les uns disent

3u'îl n'est pas mort, d'autres disent qu'il est mort, qu'il est éjà corrompu, et qu'il doit être mis au tombeau. Mais pour moi il ne sent pas. C'est là précisément ce que désirait Ammon, car il savait que le roi Lamoni était sous l'influence du pouvoir de Dieu ; il savait cpe le voile épais de l'incrédulité était enlevé de son esprit, et que la lumière qui l'éclairait, qui était la lumière de la gloire de Dieu, la merveilleuse illumination de sa bonté , il savait que cette lumière avait répandu la joie dans son âme, que l'obscurité des ténèbres avait été dissipée, et qu'il n'y régnait plus que l'éclat de la lumière éternelle, laquelle avait aîbattu son corps naturel, et l'avait ravi en Dieu. C'est pourquoi, ce que la reine attendait de lui, c'était son unique désir. Il entra donc auprès du roi, qu'il vit et qu'il savait n'être pas mort. Alors, il dit à la reine : Votre époux n'est pas mort, mais il repose en Dieu; et demain il se lèvera. Qu il ne soit point enterré. Puis. Ammon lui demanda : Le croyez-vous? Et elle lui ré-' ponait : Je n'ai d'autre témoignage que ta parole, et la parole de nos serviteurs. Néanmoins, je crois qu'il en arrivera selon ce que tu dis. Et il lui dit : Tu es bénie à cause de ta mnde foi. Je te dis, femme, il n'y a pas eu de plus grande loi parmi tout le peuple des Néphites

20 Et elle veilla auprès du lit de son époux depuis ce moment jusqu'à l'heure fixée par Ammon, heure à laquelle il devait se lever. Et il se leva effectivement , ainsi que l'avait annoncé Ammon. Et en se levant, il tendit la main à son épouse, lui disant : Béni soit lé nom de Dieu; et tu es bénie, car, aussi sûrement que tu vis, j'ai vu mon Rédempteur; et il viendra; il naîtra d'une femme, et il rachètera tout le genre humain qui croira en son nom. Quand il eut dit ces paroles, son cxmr se gonfla, et de nouveau il tomba de joie ; et la reine tomba aussi, ravie par l'Esprit. Or, Ammon, voyant l'Esprit du Seigneur répandu sur les Lamanites, ses frères, qui avaient causé tant de deuil aux Néphites ou au peuple de Dieu; et voyant que ses prières avaient été exaucées . se mit à genoux et de nouveau il versa son àme en prières de reconnaissance à Dieu , pour ce qu'il venait de

faire envers ses frères. La joie le dominait; et tous les trois, ils tombèrent à terre. Et quand les serviteurs du roi les virent à terre, eux, aussi, ils commencèrent à implorer Dieu, car la crainte du Seigneur les avait également pénétrés ; ils étaient les mêmes qui étaient venus au roi rendre témoignage de la grande puissance d'Ammon.

2 1 Et tous, ils implorèrent le nom du Seigneur, en grande ferveur, au point de tomber à terre, à l'exception d'une femme Lamanite, nommée Âbis, convertie au Seigneur depuis plusieurs années , par une vision extraordinaire qu'avait eue son père. Elle avait toujours caché sa conversion. C'est pourquoi^ voyant tous les serviteurs de Lamoni, sa maîtresse la reine , le roi , Ajnmon , les voyant tous prosternés à terre , elle l'attribuait à la puissance de Dieu. Et supposant que c'était l'occasion de faire connaître au peuple ce qui venait d'arriver, afin qu'en voyant cette scène, il pût croire à la puisssance de Dieu, elle courut de maison en maison ; et le peuple commença à se rassembler chez le roi. Il vint en foule , et son étonnement fut extrême en voyant le roi , la reine , et leurs serviteurs , la face contre terre, comme s'ils eussent été morts. Quant à Ammon, il lut reconnu pour un Néphite. A ce spectacle , le peuple se prit à murmurer : les uns disaient que c'était un grand malheur survenu à eux-mêmes, ou au roi et à sa maison, pour avoir permis aux Néphites d'habiter le pays. Mais d'autres les reprenaient, disant : Le roi a attiré ce malheur sur sa maison, pour avoir tué ses serviteurs qui avaient laissé disperser leurs troupeaux aux eaux de Sébus. Et ceux-ci étaient encore repris par ces hommes qui avaient dispersé les troupeaux du roi aux eaux de Sébus ; ils étaient furieux contre Ammon pour avoir tué plusieurs de leurs frères, eu défendant les troupeaux du roi. Or, il arriva qu'un d'eux, dont le frère avait été tué de Tépée d'Ammon, extrêmement irrité contre lui, leva son épée^ s'avançant pour l'en frapper et le tuer. Mais comme il levait son épée, il tomba mort.

*22 Nous voyons, par là. qu'Ammon ne pouvait pas être tué, carie Seigneur avait ait à Mosiah, son père : Je l'épargnerai , et il lui sera fait selon ta foi ; c'est pourquoi , Mosiah le confia au Seigneur.

23 Et quand la multitude vit que l'homme, qui avait levé son épée pour tuer Ammon, était tombé mort, ils furent tous saisis de crainte ; et pas un seul n'osa tendre ses mains pour toucher ni Ammon ni aucun de ceux qui étaient tombés à terre. Et ils s'émerveillaient entre eux de ce qui pouvait avoir causé ce grand pouvoir et de ce que cela pouvait signifier.

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24 Beaucoup disaient qu'Ammon devait être le Grand- Esprit, d'autres disaient qu'il était un envoyé du Grand- Esprit. Mais d'autres les reprenaient, disant : C'est un monstre, envoyé par les Néphites pour nous tourmenter: d'autres encore disaient qu'Ammon leur avait été envoyé par le Grand-Esprit pour les affliger, à cause de leurs iniquités ; que c'était ce même Grand-Esprit qui avait toujours assisté les Néphites , et qui les avait toujours délivrés de leurs mains ; enfin que c'était ce Grand-Esprit qui avait détruit tant de leurs frères, les Lamanites. La contestation commençait à devenir très vive. Et au milieu de ces débats arriva la servante qui avait rassemblé la multitude ; et en voyant tout ce tumulte, elle fut très affligée, même jusqu'à en répandre des larmes.

S5 Alors , elle avança et prit la reine par la main , supposant pouvoir la lever de terre. Et elle n'eut pas plus tôt touché sa main , qu'elle se leva et se tint debout sur ses pieds, s' écriant à haute voix : 0 Jésus béni, qui m'avez sauvée d^un épouvantable enfer! 0 Dieu saint, ayez pitié de ce peuple! Et quand elle eut dit ces paroles, elle battit des mains, ravie de joie ; et elle prononça beaucoup de mots, dont le sens n'était pas compris. Après cela, elle prit le roi Lamoni par la main, et il se leva, et se tint debout. Et lui, voyant la dissension parmi son peuple , il commença à les reprendre, et à leur enseigner ce qu'il avait entendu de la bouche d'Ammon ; et tous ceux qui l'entendirent , crurent et furent convertis au Seigneur. Mais beaucoup d'entre eux, qui ne voulurent point écouter ces paroles, s'en allèrent.

26 Ammon, après s'être levé, les administra. Les serviteurs de Lamoni en firent autant ; et tous ils annoncèrent au peuple les mêmes choses : que leurs cœurs étaient changés; qu'ils n'avaient plus le penchant à faire le mal. Plusieurs déclarèrent avoir vu des anges et avoir conversé avec eux, et qu'ils leur avaient annoncé des choses touchant Dieu et sa justice. Et un grand nombre crurent en leurs ^rôles , et tons ceux qui crurent furent baptisés. Ils devinrent un peuple juste et établirent une Eglise parmi eux; et ainsi l'œuvre du Seigneur commença parmi les Lamanites; et Dieu versa son Esprit sur eux. Nous voyons que son bras est étendu vers tout peuple qui veut se repentir et croire en son nom.

27 Quand l'Eglise eut été établie, le roi Lamoni désira d'Ammon qu'il vînt avec lui au pays de Néphi, afin de le présenter à son père. Et la voix du Seigneur vint à Ammon, disant : Tu n'iras pa^ au pays de Néphi , car le roi cherchera à t'arracher la vie; mais tu iras au pays de Middoni;

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où ton frère Aaron, ainsi que Huloki et Atnmah sont en prison.

28 Lorsque Ammon eut entendu la voix, il dit à Lamoni : Mon frère et mes frères sont en çrison à Middoni, et j*y vais pour les en délivrer. A quoi Lamoni répondit : Je sais que tu peux toutes choses par la puissance de Dieu. Toutefois, je t'accompagnerai au pays de Middoni : le roi du pays, qui est Antiomno, est mon ami, et J'irai le gagner pour quil délivre tes frères de la prison. Puis, il ajouta : Mais qui t'a dit que mes frères sont en prison P Et Ammoii lui répondit : Nul autre que Dieu, qui m'a dit : Va , et délivre tes frères qui sont en prison dans le pays de Middoni. Or, quand Lamoni eut entendu cela, il fit apprêter ses chevaux et ses chariots, et dit à Ammon : J'irai avec toi au pays de Middoni, je parlerai au roi, afin qu'il délivre tes frères de la prison.

29 Et comme Ammon et Lamoni étaient en route , ils rencontrèrent le père de Lamoni , roi de tout le mys , qui lui demanda : Pourquoi n'étes-vous pas venu au festin , en ce grand jour où j'ai fêté mes fils et mon peuple P Et il lui demanda encore : Où allez-vous avec ce Néphite , un des enfants d'un menteur P Lamoni lui expliqua alors où il allait , car il craignait de l'offenser. 11 lui expliqua aussi le motif qui l'avait retenu en son royaume, et ce qui l'avait empêché de se rendre au festin préparé par son père. Après que Lamoni eut raconté ces choses , voici , à son grand étonnement, son père devint furieux contre lui ; et il dit à Lamoni : Vous allez délivrer ces Néphites , qui sont les fils d'un menteur. N'a-t-il pas pillé nos pères P Et maintenant, ses enfants sont venus parmi nous, pour nous tromper avec leurs finesses et leurs supercheries , et nous dérober encore nos biens. Alors le père de Lamoni lui commanda de tuer Ammon , et de ne point aller au pays de Middoni, mais de venir avec lui au pays d'Ismaêl. Mais Lamoni lui répondit : Je ne tuerai point Ammon , et je n'irai pas au pays d'Ismaêl. Je vais au pays de Middoni , pour délivrer les frères d'Ammon, car je sais qu'ils sont des hommes justes, et de saints prophètes du vrai Dieu. Or, quand son père entendit ces paroles, il fut extrêmement irrité contre lui, et, tirant son épée, il voulut le tuer. Mais Ammon s'avança et lui dit : Tu ne tueras pas ton fils. Pourtant il vaudrait mieux qu'il tombât que toi, car il s'est repenti de ses péchés. Mais si tu tombais en ce moment, dans la colère où tu es, ton âme ne serait pas sauvée. Et de plus, il est expédient que tu retiennes ta main , car si tu tuais ton fils, qui est un homme innocent, son sang crierait de la terre

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au Seigneur son Dieu, pour que la vengeance retombe sur toi; et peutHre perarais-tu ton âme. Quand Ammon lui eut ainsi pané^ il répondit : Je sais que si je tuais mon fils, je répandrais un sang innocent, car c'est toi qui as cherche A le perdre. £t il leva son bras pour tuer Ammon. Mais Ammon se défendit de ses coups, et il lui frappa le bras si fortement , qu'il ne lui fut plus possible de s'en servir. Le roi voyant qu' Ammon pouvait le tuer, le pria de lui épargner la vie. Mais Ammon leva son épee, et lui dit : Je te frapperai , à moins que tu ne m'accordes la délivrance de mes frères. Et le roi, craignant pour sa vie, lui dit : Si tu m'épargnes, je t'accorderai tout ce que tu me demanderas, même la moitié de mon royaume.

30 Ammon, ayant amené la roi à faire ce qu'il voulait, lui dit : Si tu m'accordes la délivrance de mes frères, si Lamoni conserve son royaume, si tu n'es point offensé contre lui, mais que tu lui laisses la liberté d'agir selon sa volonté, en toutes choses, alors je t'épargnerai; autrement je te tuerai. Quand Ammon eut dit cela, le roi commença à se réjouir d'avoir la vie sauve. Et voyant qu' Ammon ne cherchait plus à le tuer, voyant aussi la grande affection qu'il avait pour son fils Lamoni , il en fut fort étonné et dit : Comme c'est là tout ce que tu m'as demandé, de mettre tes frères en liberté, et de laisser à mon fils Lamoni son royaume ; voici, je le lui accorde dès ce moment et à toiyours, et je cesse de le gouverner, et je t'accorde aussi la délivrance de tes frères ; et toi et tes frères, pouvez Tenir me voir dans mon royaume: je désirerais vivement te Toir: car le roi avait été irappé de ses paroles et de celles de son fils Lamoni j et il oésirait s'instruire.

31 Ammon et Lamoni poursuivirent leur route au pays de Middoni. Et Lamoni ayant l'estime du roi du pays, les frères d'Ammon furent délivrés. Ammon, en les. voyant, fut extrêmement affligé . ils étaient nus , leur peau avait été écorchée par les grosses cordes dont ils avaient été garrottés. Ils avaient aussi souffert de la faim^ de la soit, et de toutes sortes de maux. Cependant ils avaient été patients dans leurs souffrances. C'était leur destinée d'être tombés entre les mains d'un peuple très endurci et très obstiné, qui, ne voulant point écouter leurs paroles, les avait repoussés, battus, chassés de maison en maison, de place en place, jusqu'au moment où ils étaient arrivés au pays de Miodoni. Là on les avait pris et mis en prison, liés de cordes, et retenus jusqu'au jour où ils furent délivrés par Lamoni et Ammon.

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