‹ Le Livre de MormonChapitre 66 sur 135 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

4 Après que le peuple d'Ammon se fut établi dans le pays de Jershon , après que les Lamanites en furent chassés, et qu'on eut enterré leurs morts , si nombreux qu'on ue les comptait pas, ainsi que ceux des Néphites ; après avoir passé les jours de jeûnes, de deuil et de prières (c'était alors dans la seizième année du règne des juges sur le peuple de Néphi), on commença à jouir d'une paix complète dans tout le pays. Le peuple gardait les commandements de Dieu; il observait strictement les ordonnances de Dieu suivant la loi de Moïse, étant enseigné à garder la loi de Moise jusqu'à ce qu'elle fût accomplie. Le peuple, ainsi, n'eut aucun trouble pendant la seizième année du règne des juges sur le peuple de Néphi.

2 La dix-septième année du règne des juges fut aussi une année de paix. Mais vers la fin, un homme vint au pays de Zarahemla, qu'on appelait un antechrist , préchant au peuple, contrairement aux prophéties des prophètes, sur l'avénemen( du Christ. H n'y avait point de lois contre la croyance d'un homme : car il était expressément contraire aux commandements de Dieu qu'il y eût une loi qui pesât inégalement sur les hommes ; car ainsi disent les Ecritures : Choisissez-vous aujourd'hui celui que vous voulez servir. Maintenant quiconque désirait servir Dieu^ il en avait le privilège ; on plutôt s'il croyait en Dieu, il avait le privilège de le servir ; mais s'il n'y croyait point, il n'y avait point de loi pour l'en punir. S'il tuait, il était puni de mort ; s'il dérobait, il en était puni ; s'il pillait, il était également puni ; s'il était adultère, on le punissait; tous ces crimes étaient punis : la loi voulant que tout homme fut jugé selon ses crimes. Mais il n'y avait point de loi contre la croyance d'un homme , et les hommes n'étaient punis que selon leurs crimes; ainsi l'égalité parmi les bommes était maintenue.

3 Cet antechrist , qui se nommait Korihor (et la loi ne pouvait l'atteindre), commença donc à prêcher au peuple qu'il n'y aurait point de Christ. Voici ce qu'il disait : 0 vous, qu'on enchaîne à de vaines et ridicules espérances, pourquoi vous soumettre à de telles folies P Comment êtes-vous aans l'attenté d'un Christ P Peut-on connaître les choses à venir? Ces choses que vous appelez des prophéties, que vous dites vous avoir été transmises par de saints prophètes, je vous dis que ce sont de folles traditions de vos pères. Comment savez-vous qu'elles sont vraies P Sauriez-vous connaître ce

que vous n'avez pas vu P Vous ne pouvez donc pas savoir s'il y aura un Christ. Vous jetez vos regards dans l'avenir, et vous dites y voir la rémission de vos péchés. Mais ceci n'est rien autre que l'effet d'un esprit malade ; et ce dérangement d'esprit vous vient de la tradition de vos pères, qui vous a conduit à croire des choses qui ne sont pas. Et il leur prêchait bien d'autres choses pareilles, disant qu'il ne peut y avoir d'expiation pour les péchés des hommes, mais qu'il arrivait à chaque homme, dans sa vie, selon qu'il s'était conduit comme créature : de là, chaque homme était heureux en raison de son génie , chacun domptant en raison de ses forces, et que tout ce qu'un homme taisait n'était pas criminel. H leur prêchait ainsi, amenant à lui un grand nombre de gens , les enorgueillissant dans leur méchanceté ; entraînant les hommes et les femmes à se livrer à l'impudicité, finissant par dire qu'après la mort de l'homme, il n'y a plus rien.

4 Cet homme arriva au pays de Jershon pour y prêcher ces choses au peuple d'Ammon, qui avait été jadis Lamanite. Mais ils furent plus sages que n'avaient été beaucoup de Néphites, car ils se saisirent de lui, le lièrent et le menèrent devant Ammon, qui était le Grand-Prêtre de ce peuple.

5 Et il ordonna qu'il fut emmené hors du pays. Alors il

Î)artit pour le pays de Gidéon , où il se mit à prêcher égaement. Mais il n'y eut pas grand succès , car il fut pris , garrotté, et conduit devant le Grand-Prêtre et le Grand- Juge du pays.

6 Et le Grand-Prêtre lui dit : Pourquoi pervertissez-vous les voies du Seigneur P Pourquoi enseignez-vous à ce peuple, en vue d'interrompre leur joie, qu'il ne viendra point de Christ P Pourquoi parlez-vous contre toutes les prophéties des saints prophètes P Ce G rand-Prêtre avait nom Giddonah. Korihor lui répondit : C'est parce que je n'enseigne pas les folles traditions de vos pères, et que je n'enseigne pas à ce peuple la soumission aux folles ordonnances et aux trames des anciens prêtres qui cherchent à usurper le pouvoir et l'autorité , pour les maintenir dans l'ignorance, dans l'humilité, afin qu'ils fléchissent devant leurs paroles. Vous dites que ce peuple est libre, moi je dis qu'il est dans l'esclavage. Vous dites que vos anciennes prophéties sont vraies, moi je dis que vous ne savez pas si elles sont vraies. Vous dites que ce peuple est un peuple pécheur et déchu, à cause de la transgression d'un parent, moi je vous dis qu'un enfant n'est pas coupable des actes de ses parents. Vous dites encore que le Christ viendra, et moi je vous dis que vous ne savez pas s'il y aura un Christ. Et vous dites qu'il

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sera mis à mort pour les péchés du monde, et vous entraînez ainsi ce peuple dans les folles traditions de vos pères, pour satisfaire vos propres désirs; vous les tenez, pour linsi dire, en état dWlavage, pour vous assouvir des travaux de leurs mains , en sorte qu'ils osent à peine lever leurs yeux , n'osant pas non plus jouir de leurs droits et privilèges; oui, ils n'osent pa^user de ce qui leur est propre, de crainte d'offenser leurs prêtres, qui les asservissent à leur volonté, et leur font croire, à l'aide de leurs traditions, de leurs chimères , de leurs visions et de leurs prétendus mystères, que, s'ils ne suivaient pas ce qu'ils disent, ils offenseraient quelque être inconnu qu'ils appellent Dieu; un être qui n'a jamais été vu ni connu, qui n'a jamais été et qui ne sera jamais. Quand le Grand-Prêtre et le Grand- Juge virent l'endurcissement de son cœur et ses blasphèmes contre Dieu , ils ne voulurent point lui répondre ; mais ils le firent lier et le livrèrent aux mains des officiers , pour qu'il fut envoyé au pays de Zarahemla , pour y être traduit devant Aima et le juge en chef, gouverneur de tout le pays.

7 Amené devant Aima et le juge en chef, il se comporta de la même manière qu'il avait fait au pays de Gidéon, blasphémant, s'élevant en paroles injurieuses devant Aima, injuriant les prêtres et les instructeurs^ et les accusant d'entrainer le peuple dans les folles traditions de leurs pères, en vue de se gorger des travaux du peuple. Alors Aima lui dit : Tu sais que nous ne nous gorgeons point des travaux du peuple, car depuis le commencement du règne des juges jusqu'à ce jour, j'ai travaillé de mes propres mains pour mon soutien, malgré mes nombreux voyages dans le pays pour* annoncer la parole de Dieu à mon peuple. Et nonobstant mes nombreux travaux dans l'Eglise , je n'ai jamais rien reçu, pas même une sénine. Ainsi en est-il de mes frères, si ce n'est pour le siège du jugement , où nous avons été payés pour notre temps selon la loi. Donc , si nous ne recevons rien pour nos travaux dans l'Eglise , quel profit en tirons-nous, si ce n'est d'annoncer la vérité , et de nous réjouir de la joie de nos frères. Pourquoi dis-tu donc que nous prêchons à ce peuple par intérêt, quand tu sais toi-même que nous n'en recevons rien ? Et crois-tu que nous trompons le peuple . en lui annonçant ce qui met tant de joie dans son cœur P Et Korihorlui répondit : Oui. Alors Aima lui demanda : Crois-tu qu'il y a un Dieu P Et il répondit : Non. Alors Aima lui fit cette question : Nieras-tu encore qu'il y a un Dieu, et nieras-tu le Christ aussi P Car je te le déclare, je sais qu'il y a un Dieu, et le Christ viendra.

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Quelle preuve as-tu donc qu'il n'y a point de Dieu , et que le Christ ne viendra pas ? Je te dis que tu n'en as aucune, si ce n'est ta parole seule. Mais j'ai toutes choses pour prouver que ce que j'enseigne est vrai ; et toi aussi tu as ce même témoignage : les nieras-tu P Crois-tu qu'elles sont vraies ? Je sais que tu les crois ; mais , possédé par l'esprit du mensonge, tu repousses l'esprit de Dieu, de sorte qu'il ne trouve plus de place en toi. Le diable te domine, et il t'emporte çà et là, faisant toutes sortes d'inventions pour

Serdre les enfants de Dieu. Alors Korihor dit à Aima : lontre-moi un signe qui me donne la conviction d'un Dieu, qui me montre son pouvoir, et je croirai à la vérité de tes paroles. A quoi Aima répliqua : Mais n'en as-tu pas eu assez de signes; veux-tu donc tenter ton DieuP Tu me dis de te ^ montrer un signe, quand tu as le témoignage de tous ceuxci, tes frères, et celui de tous les saints prophètes? Les Ecritures ne sont-elles pas devant toi ; oui. et toutes choses démontrent qu'il y a un Dieu; oui, même la terre, et toutes les choses qui sont à sa surface, et son mouvement, et toutes les planètes qui se meuvent dans leurs marches régulières : tous témoins de l'existence d'un suprême créateur. Et, malgré cela, tu t'en vas çà et là, pervertissant les cœurs de ce peuple , lui déclarant qu'il n*y a pas de Dieu. Nierastu encore tous ces témoignages P Et il disait : Oui, je nierai, à moins que tu ne me montres un signe.

8 Aima lui dit : Je suis affligé de l endurcissement de ton cœur. Résister encore à l'esprit de vérité, c'est vouloir la perdition de ton âme. Mais il vaut mieux que ton àme soit perdue, que de causer, par tes paroles pleines de flatteries et de mensonges, la perdition d un grand nombre d'autres. C'est pourquoi, si tu nies encore. Dieu te frappera; tu deviendras muet, afin que, n'ouvrant plus la bouche, tu ne puisses plus tromper ce peuple. A quoi Korihor répliqua : Je ne nie pas l'existence a'un Dieu, mais je ne crois pas qu'il V en ait un ; et j'ajoute que vous ne savez pas qu'il y ait un Dieu; et à moins de m'en donner un signe, je ne le croirai point. A cela Aima lui dit : Voici le signe que je te donne ; c'est que tu deviendras muet à ma parole. Et je dis au nom de Dieu : Sois muet; tu n'as plus la faculté de parler. Et aussitôt que Aima eut prononce ces paroles, Korihor devint muet, et n'eut plus la faculté de parler, d'après ce qu'avait dit Aima. Et quand le Grand-Juge vit cela, il écrivit ces mots à Korihor : Es-tu maintenant convaincu de la puissance de Dieu P Sur qui donc as-tu voulu que Aima opérât un signe P As-tu voulu qu'il affligeât d'autres personnes pour te montrer un signe P Voici qu il t'a montré un signe ; disputeras

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tu davantage P Korihor étendit sa main et écrivit ces mots : Je sais que je suis muet, et crue je ne puis parler. Je sais qu'il n'y avait que la puissance de Dieu qui pût ainsi m'affliger ; oui , et je savais aussi qu'il y avait un Dieu. Mais le diable m'a trompé. 11 m'est apparu sous la forme d'un ange, et il m'a dit : Va, et réforme ce peuple qui s'est égaré en suivant un Dieu inconnu. 11 ajouta : 11 nW a point de Dieu; et il m'enseigna ce que j'aurais à dire. Et ce sont ses paroles que j'ai enseignées, et je les ai enseignées sachant qu'elles plaisaient à Tesprit charnel; et je les enseignais avec tant de succès, que j'en vins à croire qu'elles étaient vraies ; et c'est pour cela que, luttant contre la vérité, je me suis attiré cette malédiction sévère. Après avoir dit cela , il implora Aima de prier Dieu pour que cette malédiction lui fût ôtée. Mais Aima lui répondit : Si cette malédiction t'était ôtée, tu entraînerais de nouveau les cœurs du peuple; mais qu'il soit fait selon la volonté du Seigneur.

9 La malédiction ne cessa donc pas d'affliger Korihor ; on le mit dehors, et il alla de maison en maison mendier son pain. Maintenant 2 on publia partout dans le pays ce qui était arrivé à Korihor. Et le juge en chef envoya au peuple une proclamation, annonçant à ceux qui avaient cru aux paroles de Korihor de se repentir au plus tôt, dans la crainte qu'un même jugement ne tombât sur eux.

10 Et tous, convaincus de la perversité de Korihor, se convertirent au Seigneur ; et l'iniquité de la doctrine de Korihor cessa.

14 Jl allait de maison en maison, mendiant son pain. Gomme il était parmi le peuple des Zoramites, ainsi appelé du nom de Zoram, qui s'était séparé des Néphites, il fut renversé, foulé aux pieds, et il en mourut. Ainsi, nous voyons comment finit celui qui pervertit la voie du Seigneur. Nous voyons aussi que Satan ne peut soutenir ses enmnts au dernier moment, mais qu'il les entraîne subitement dans Tenfer.

12 Après la mort de Korihor. Aima apprit que les Zoramites pervertissaient les voies au Seigneur, et que Zoram, leur chef, détournait le cœur du peuple, lui faisant adorer des idoles muettes , et l'entraînant à toutes sortes d'autres choses vaines. Et son cœur en fut abattu. L'iniquité de ce peuple fut pour lui un grand sujet de douleur, s'affligeant de voir les Zoramites séparés des Néphites. Les Zoramites venaient de se rassembler à Antionum . ville située à l'est du pays de Zarahemla, peu éloigné des bords de la mer. au sud du pays de Jershon , bordant aussi le désert du Sud, qui était plein de Lamanites. Les Néphites craignaient beaucoup de voir les Zoramites entrer en relation avec les La-

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manites : ce qui pouvait causer de grandes pertes aux Néphites. Et comme la prédication de la parole avait la puissance de conduire le peuple à la justice, oui, elle était plus puissante sur l'esprit du peuple que l'épée ou arme quelconque, Aima pensa qu'il était expédient d'essayer la vertu de la parole de Dieu. C'est pourquoi, il prit avec lui Âmmon, Âaron et Omner . laissant Uimni à TËglise de Zarahemla/ Il prit aussi Amuieck et Zeezrom, qui étaient à Méleck, ainsi que deux de ses fils, Shiblon et Gorianton , laissant seulement l'aîné qui se nommait Hélaman. Et ce sont là tous ceux avec qui il alla chez les Zoramites, pour leur prêcher la parole.

43 Les Zoramites étaient des dissidents des Néphites. La parole de Dieu leur avait donc été préchée, mais ils étaient tombés dans de graves erreurs : ils ne voulaient point garder les commandements de Dieu^ ni ses statuts, qu'ordonnait la loi de Moïse ; ils ne voulaient point non plus observer les ordonnances de l'Eglise , comme d'être exacts à prier et à supplier Dieu chaque jour, afin de ne point succomber à la tentation ; enfin, ils pervertissaient les voies du Seigneur en beaucoup de choses. C'est pour cela qu'Aima et ses frères allèrent dans le pays leur prêcher la parole.

4 4 Mais à leur grande surprise ils trouvèrent, en arrivant, que les Zoramites avaient construit des synagogues, et qu'ils s'y rassemblaient un jour de la semaine, quils appelaient le jour du Seigneur. Ils professaient un culte que ni Aima ni ses frères n avaient jamais connu. Ils avaient élevé une place dans le centre de leurs synagogues, qui dominait la tête des auditeurs , et dont le sommet ne pouvait recevoir qu'une seule personne, debout. Et quiconque voulait adorer, il fallait qu'il y allât et se tint sur le sommet ; puis, il étendait ses mains vers le ciel, criant à haute voix, disant : Saint, saint Dieu, nous croyons que tu es Dieu, et nous croyons que tu es saint, que tu étais un esprit^ que tu es un esprit, et que tu seras un esprit à tout jamais. Saint Dieu , nous croyons que tu nous as séparés de nos frères ; et nous ne croyons pas aux traditions de nos frères, qu'ils tiennent de la puérilité de leurs pères, mais nous croyons que tu nous as élus pour être tes saints enfants; et aussi, tu nous as fait connaître qu'il n'y aura point de Christ, mais que tu es le même, hier, aujourd'hui et à l'éternité; tu nous as élus pour être sauvés, tandis que tous ceux qui nous entourent sont élus pour être réprouvés dans ta colère, pour être jetés dans l'enfer. C'est pourquoi, ô Seigneur, nous rendons grâces à ta sainteté ; nous te remercions de nous avoir élus pour que nous ne nous égarions point dans les folles tra-

ditions de nos frères, cpii les enchaînent à croire à Christ, et porte leurs cœurs à s'éloigner de toi, notre Dieu. Et de plus, nous te remercions, ô Dieu, de nous avoir fait un peupie choisi et saint. Âmen.

15 Quand Aima, ses frères et ses fils eurent entendu ces prières, ils en furent étonnés au delà de toute mesure ; car, chaque homme montait et offrait la même prière. Cette place était appelée Rameumpton, qui, interprète, signifie la sainte chaire. C'est de cette chaire qu'ils offraient à leur Dieu la même prière, le remerciant d'avoir été choisis de lui, de les conserver en dehors des traditions égarées de leurs frères, et de les préserver de croire à des choses à venir, dont ils ne savaient rien.

4 6 Et lorsque le peuple avait ainsi offert des remercîments, il s'en retournait à sa maison, sans plus s'occuper de leur Dieu, si ce n'est quand^ réuni de nouveau à la sainte chaire, il offrait encore ces mêmes remercîments. Alma^ en voyant cela, fut gravement affecté, car il reconnut en lui un peuple criminel et pervers, dont le cœur était placé dans l'or, dans l'argent, et dans les richesses ; de plus, très exalté en vanterie et en orgueil. Alors il cria vers le ciel, disant : 0 Seigneur, combien de temps souffrirez-vous que vos serviteurs demeurent ici-bas en corps et en chair, pour y voir de si grossières iniquités parmi les enfants des hommes. Ils vous implorent, ô Dieu, et leurs cœurs sont engloutis dans l'orgueil. Ils vous prient des lèvres , ô Dieu » tandis que , dans ce même orgueil, ils ne sont enfiés que des vanités du monde. Leurs vêtements somptueux, leurs anneaux, leurs bracelets , leurs ornements d'or, toutes les choses dont ils se parent, sont leurs seules affections. Cependant ils crient, ô Dieu, et te disent : Nous te rendons grâces de nous avoir choisis, quand les autres périront. Oui, et ils disent que tu leur as déclaré qu'il n'y aurait point de Christ. 0 Seigneur Dieu, combien de temps souffrirez-vous que de telles iniquités abominables continuent au milieu de ce peuple P 0 âeigneur, accordez-moi la force de supporter mes infirmités, car je suis infirme, et de telles iniquités abîment mon àme. Elle en est accablée de douleur ; veuillez la consoler en Christ. Accordez-moi la force, ô Seigneur, d'endurer patiemment ces afflictions, que les iniquités de ce peuple vont faire tomber sur moi. Consolez mon âme, en me donnant, à moi et à mes frères, mes collaborateurs dans le bien, le succès de notre œuvre: donnez-le à Ammon, à Aaron, à Omner, à Amuleck, à Zeezrom, ainsi qu'à mes deux fils. Consolez-les, ô Seigneur, consolez leur âme en Christ. A eux, aussi, accordez-leur la force d'endurer les afflictions

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que vont leur causer les iniquités de ce peuple. Donneznous le succès de le ramener à vous, en Christ. Leurs âmes sont précieuses, ô Seigneur, et beaucoup d'entre eux sont nos frères ; donnez-nous donc le pouvoir et la sagesse de vous les ramener.

17 Après avoir dit ces choses, Aima imposa ses mains sur tous ceux qui raccompagnaient. Et ils furent remplis du Saint-Esprit. Puis, ils se séparèrent, sans souci d'avoir à manger, à boire, et de savoir comment se vêtir. Et le Seigneur pourvut à ce qu'ils ne souffrissent ni de la faim , ni de la soif; et ils n'eurent aucune affliction qui ne fût aussitôt engloutie dans leur joie en Christ. Et ceci fut accordé à la prière d'Alma, qui avait prié avec foi.

18 Ils allèrent, et commencèrent à prêcher au peuple la parole de Dieu, entrant dans leurs synagogues, dans leurs maisons , leur préchant la parole même au milieu des rues. Et , par leurs travaux , ils eurent quelques succès dans la classe pauvre du peuple. Ces gens avaient été chassés des synagogues à cause de la grossièreté de leurs vêtements, et il ne leur était point permis d'y entrer pour adorer Dieu, étant regardés comme des malpropres , parce qu'ils étaient pauvres; oui, ils étaient considérés par leurs frères comme l'écume, et ils étaient pauvres quant aux biens du monde; et aussi étaient-ils les pauvres d'esprit.

1 9 Comme Aima était un jour sur la colline Onidah , à prêcher et à enseigner le peuple, il y vint une grande multitude de ceux dont nous venons de parler, ces pauvres d'esprit , pauvres parce qu'ils étaient privés des biens de ce monde. L'un d'eux, plus hardi, lui dit : Que doivent faire mes frères, qui sont méprisés des hommes, à cause de leur pauvreté et qui le sont plus particulièrement des prêtres , qui nous chassent de nos synagogues, que nous avons bâties de nos propres mains, ils nous en chassent parce que nous sommes très pauvres , et nous n'avons aucun lieu où nous puissions adorer notre Dieu. Or, que nous faut- il fa jre P Alors, Aima , se tournant à lui aussitôt , le regarda avec joie. Il était visible que les afflictions les avaient rendus humbles et disposés à écouter la parole. Aussi, ne parlat-il plus à l'autre multitude, et regardant ceux qui semblaient de vrais pénitents, il leur dit : Je vois que vous êtes humbles de cœur ; et s'il en est ainsi vous êtes bénis. Votre frère a dit : Que devons-nous faire P nous qui sommes chassés de nos synagogues, désormais sans lieu pour adorer notre Dieu P Mais , je vous le demande , supposeriez-vous que vous ne puissiez adorer votre Dieu que dans vos synagogues? Je vous le demande encore : supposez-vous qu'il ne

faille adorer Dieu qu'une seule fois par semaine P Je vous le dis : il est heureux pour vous d'avoir été rejetés de vos synagogues pour apprendre l'humilité et la sagesse, qu'il est nécessaire que vous appreniez. C'est parce que vous avez été chassés, c'est parce que vous êtes méprisés de vos frères, c'est parce que vous êtes d'une extrême paiivreté, que vous avez été conduits à l'humilité du cœur. Et maintenant, parce que vous êtes forcés à l'humilité, vous êtes bénis. N'arrive-t-il pas quelquefois que l'homme, forcé de s'humilier, cherche à se repentir. Alors, et en toute vérité, quiconque se repent , trouve de la miséricorde ; et celui qui trouve de la miséricorde, et qui persévère jusqu'à la fin, sera sauvé. Et si vous, qui êtes contraints à l'humilité, êtes bénis, ne pensez-vous pas que ceux qui s'humilient volontairement, à cause de la parole, serout encore plus bénis P Oui , celui qui s'humilie réellement, qui se repent de ses péchés, en continuant jusqu'à la fin, celui-là sera béni, oui, beaucoup plus béni que ceux qui sont contraints à l'humilité par leur indigence. C'est pourquoi, bénis sont ceux qui s'humilient sans y être obligés ; eu d'autres termes , béni est celui qui croit en la parole de Dieu, qui est baptisé sans avoir le cœur endurci, sans avoir été amené à connaître la parole, ou même forcé de la connaître avant de vouloir croire. Il y en a beaucoup qui disent : Si vous nous montrez un signe du ciel, alors nous connaîtrons assurément et alors nous croirons. — Maiiltenant, je le demande : est-ce là de la foi P Je vous dis que non : car si un homme connaît une chose, il n'a pas lieu de croire, car il sait. Or, combien plus est maudit celui qui connaît la volonté de Dieu, et ne la fait pas, que celui qui croit seulement, ou a seulement lieu de croire et qui tombe en transgression. De ce fait, jugez. Pour moi, je vous dis que c'est d"un côté comme de l'autre, et il arrivera à tout homme selon son œuvre.

20 Et comme je vous disais, touchant la foi : que ce n'est pas de la foi d'avoir une connaissance parfaite des choses, mais qu'avoir de la foi, c'est espérer en des choses qui ne sont pas vues, qui sont vraies. Voici, je vous dis : Je désirerais que vous vous souvinssiez que Dieu est plein de miséricorde pour tous ceux qui croient en son nom; c'est pourquoi , il désire en premier lieu que vous croyiez à sa parole. Et maintenant, il envoie sa parole aux hommes par des anges, non pas seulement aux hommes, mais à des femmes aussi ; et ce n'est pas là tout , des petits enfants reçoivent souvent des paroles qui confondent les sages et les prudents.

21 Vous désirez maintenant, mes bien-aimés frères, que

je vous dise ce que vous devez faire, parce (jue vous êtes affligés et rejetés. Gardez-vous de penser que je veuille vous juger par autre chose que ce qui est la vérité ; ne voulant pas dire, que , tous , vous avez été contraints à vous humilier ; car je crois^ en vérité, qu'il s'en trouve parmi vous qui se seraient humiliés volontairement , quelque ait pu être la circonstance où ils eussent été placés. De même que je vous disais à propos de la foi, qu'elle n'est pas une connaissance parfaite, de même en est-il de mes paroles, vous ne pouvez pas en avoir une connaissance parfaite au premier abord. Mais, veuillez vous éveiller et donner l'essor à vos facultés, éprouvez mes paroles , en leur accordant quelque peu de foi ; oui, ne feriez-vous que désirer de croire ; puisse ce désir s'augmenter en vous au poiiit de recevoir une partie de mes paroles. Mais, comparons la parole à une semence. Or, si vous laissez dans votre cœur une place pour y planter une semence^ eh bien! si la semence est vraie, ou si elle est bonne, si vous ne la détruisez pas par votre incrédulité, si vous ne résistez point à l'Esprit du Seigneur, voici, elle commencera à germer dans votre sein. £t quand vous en sentirez la croissance, vous vous direz en vous-mêmes, il faut que ce soit une bonne semence ou que la pardle soit bonne, car elle commence à m'élargir l'âme ; elle commence à éclairer mon intelligence ; elle commence à m'être délicieuse. Alors, est-ce que votre foi n'en sera pas au^entée ? Je vous dis que oui, bien qu'elle ne soit pas au point d'être une connaissance parfaite. Mais, comme le grain enfle, germe et commence à pousser, vous serez, de même, obligés de dire que la semence est bonne, car elle enfle, germe et commence à pousser. De cette façon, vous pouvez être sûrs que c'est là un bon grain. Je vous dis que c'est là un bon grain, car toute semence apporte son semblable. Donc, si un grain pousse, il est bon ; et s'il ne pousse pas, il est mauvais; il faut le rejeter. Si, maintenant, après l'avoir expérimenté, et après avoir planté la semence , elle enfle, germe et commence à croître, vous savez positivement que la semence est bonne. Est-ce que, en cela, votre connaissance est parfaite ? Oui, elle est parfaite, et votre foi n'y est pour rien , parce que vous le savez ; vous savez que la parole a élargi vos âmes, vous savez qu'elle a germé, que votre intelligence en est éclairée , et que votre esprit commence à se dilater. Est-ce que cela n'est pas une réalité P Je vous dis que oui, parce que c'est une lumière ; et tout ce qui est lumière est bon, parce qu'elle est visible. Nous savons, donc, qu'elle est bonne. Et de ce que vous goûtez cette lur mière, est-ce que votre connaissance est parfaite ? Je vous

dis que non, et vous ne devez point mettre de côté votre foi, car vous n'avez fait qu'exercer votre foi en plantant le grain pour savoir s'il était bon. Et comme l'arbre commence à croître, vous vous direz: Cultivons-le avec grand soin, afin qu'il prenne racine, croisse et porte du fruit. Et si vous le cultivez avec grand soin , il prendra racine , il croîtra et donnera du fruit. Mais si vous négligez l'arbre, et ne prenez nul soin de sa culture , il ne prendra pas racine ; et quand la chaleur du soleil viendra et le brûlera, n'ayant point de racines il dépérit ; vous l'arrachez et le rejetez. Ce n'est pas que le grain était mauvais , ni parce que le fruit éUût à deaaigner, mais c'est parce que votre terrain est aride, et que vous ne voulez pas cultiver l'arbre. Vous ne pouvez donc pas en recueillir le fruit. Si donc vous ne voulez pas cultiver la parole, attendant, avec l'œil de la foi, d'en avoir le fruit, vous ne cueillerez jamais de fruit de Tarbre de la vie. Mais si vous cultivez la parole ; si vous cultivez l'arbre dès qu'il commence à croître, en foi, en diligence, et avec patience , espérant d'en recevoir du fruit, il prendra racine , et il deviendra un arbre croissant à la vie éternelle. Et par votre diligence^ par votre foi et votre patience à cultiver la parole pour qu elle prenne racine, incontinent vous en cueillerez le fruit qui est ce qu'il y a de plus précieux, de plus doux au-dessus de tout ce qui est doux, blanc, au-dessus de tout ce qui est blanc, et pur, audessus de tout ce qui est pur ; et de ce fruit, vous vous en régalerez, même jusqu'à satiété , à n'en avoir plus ni faim ni soif. En faisant cela, mes frères, vous recueillerez les récompenses de votre foi, de votre diligence, de votre patience , et de vos longues souffrances, dans l'attente que Tarbre vous apporte du fruit.

22 Quand Aima eut prononcé ces paroles, on envoya lui demander s'il fallait qu'ils crussent en un seul Dieu pour obtenir ce fruit dont il venait de parler ; comment ils devaient planter le grain ou la parole qu'il avait dit devoir être planté dans leurs cœurs ; ou comment ils devaient commencera exercer leur foi. Alors Aima dit : Vous vous êtes plaints de ne pouvoir adorer votre Dieu parce que vous êtes chassés de vos synagogues. Mais je vous réponds que si vous supposez ne pouvoir adorer Dieu, vous vous trompez grandement. Il faut scruter les Saintes Ecritures, et si vous supposez qu'elles vous ont enseigné cela, vous ne les comprenez pas. Vous souvenez-vous d'avoir lu ce que dit Zénos, le prophète de l'ancien temps, touchant la prière ou Tadoration? 11 dit : Tu es plein de miséricorde, 6 Dieu, car tu as exaucé ma prière, même quand j'étais dans le désert. Tu as

été miséricordieux quand j'ai prié pour ceux cpii étaient mes ennemis, et tu me les rendis propices; tu m'as été miséricordieux, quand je t'implorai dans mon champ; et quand je t'implorais, tu m'as entendu. Et encore, ô Dieu, quand je suis revenu en ma maison, tu m'as entendu dans ma prière. Dans mon cabinet , ô Seigneur , tu m'as entendu ; tu fus miséricordieux à mes enfants, lorsqu'ils t'implorèrent pour être écoutés de toi, et non des hommes. Et tu les as écoutés. Oui, ô Dieu, tu m'as été miséricordieux, et tu as entendu mes cris au milieu de tes assemblées ; tu m'as entendu quand j'ai été repoussé et méprisé de mes ennemis, tu as entendu mes cris ; tu fus courroucé contre mes ennemis, et dans ta colère, tu les as visités d'une subite destruction ; tu m'as entendu à cause de mes afflictions et de ma sincérité ; et c'est à cause de ton Fils, que tu m'as été si miséricordieux. Aussi, t'implorerai-je dans mes afflictions, car en toi je mets ma joie ; car, à cause de ton Fils, tu as détourné de moi tes jugements. '

23 Puis, Aima dit : Croyez-vous ces Ecritures Saintes qui ont été écrites par les anciens P Si vous y croyez , il faut croire ce que disait Zénos, en disant: Tuas détourné tes jugements à cause de^ton Fils. Je vous demanderais, maintenant, mes frères, si vous avez lu les Ecritures. Si vous les avez lues , comment pouvez-vous ne pas croire au Fils de Dieu. Il n'est pas écrit que Zénos seul ait parlé de ces choses, Zénock en a aussi parlé ; il a dit : Tu es courroucé contre ce peuple, ô Seigneur, parce qu'il ne veut pas comprendre les grâces que tu lui as accordées, à cause de ton Fils. Vous voyez,,mes frères, qu'un second prophète des temps anciens a témoigné du Fils de Dieu ; et comme le peuple ne voulait point comprendre ces paroles, il le lapida, et le fît mourir. Mais ce n'est pas là tout : Ils ne sont pas les seuls qui aient fait mention du Fils de Dieu. Il en a été parlé par Moïse qui en éleva une image figurative dans le désert, afin que tous ceux qui voulaient y jèler leurs regards pussent vivre. Beaucoup ont regardé et ont vécu. Mais ils étaient en petit nombre ceux qui comprirent le dessein de ces choses, parce qu'ils avaient le cœur endurci. Et ceux qui ne voulurent point regarder parce qu'ils étaient endurcis dans leurs cœurs, et ils étaient fort nombreux, ceux-là périrent. Ce qui les portait à ne vouloir point regarder, c'est qu'ils ne croyaient point que cela les guérirait. 0 mes frères, si vous pouviez être guéris rien qtfen levant vos yeux, ne vous empresseriez-vous pas de regarder? ou préféreriez-vous endurcir vos cœurs dans l'incrédulité, être si peu soucieux de lever les yeux, et périr .î> S'il en est ainsi, le malheur

VOUS atteindra. Mais s'il en est autrement, élevez vos regards ; commencez à croire au Fils de DieiK à croire qu'il viendra pour racheter son peuple, qu'il souffrira et mourra pour l'expiation des péchés ; et qu'il ressuscitera des morts pour opérer la résurrection, où tous les hommes se tiendront devant lui pour en être jugés selon leurs œuvres, au jour final, qui sera le jour du jugement. Or, mes frères, je souhaite que, dès ce jour, vous plantiez cette parole dans vos cœurs. Et lorsqu'elle commencera à germer, nourrissezla de votre foi. Et elle deviendra un arbre croissant à la vie éternelle. Et alors, puisse Dieu vous accorder que vos fardeaux soient légers par la joie en son Fils. Et tout cela, vous pouvez le faire, si vous le voulez. Amen.

24 Aima, après avoir ainsi parlé se rassit, et Amuleck se leva et commença à leur enseigner, disant : Je pense, mes frères, qu'il est impossible que vous ignoriez les choses qui ont été dites sur Tavénement du Christ , que nous enseignons être le Fils de Dieu; oui, je sais qu'elles vous ont été beaucoup enseignées, avant que vous ne fussiez séparés de nous. Mon frère bien-aimé , pour satisfaire à votre désir, vous a dit ce que vous aviez à faire dans vos afflictions ; il a commencé par préparer vos esprits ; il vous a exhortés à la foi et à la patience ; il vous a exhortés à avoir assez de foi pour planter la parole dans vos cœurs, pour expérimenter sa bonté ; et nous avons vu que ce qui vous préoccupe est la question de savoir s'il vous faut croire que la parole est dans le Fils de Dieu, ou s'il faut croire qu'il n'y aura pas de Christ- Et mon irère vous a prouvé, en plusieurs points, qu'il faut croire que la parole est dans le Christ pour le salut. Il vous 3 cité les paroles de Zénos qui annoncent la rédemption par le Fils de Dieu ; il vous a cité celles de Zénock ; il a également fait mention de Moïse, pour vous prouver que ces choses sont vraies. Or, et de moi-même je vous témoigne aussi de leur vérité. Voici, je vous déclare que je sais que le Christ viendra parmi les enfants des hommes pour prendre sur lui les transgressions de son peuple, pour expier les péchés du monde : le Seigneur Dieu l'a déclaré ; il a déclaré qu'il fallait qu'une expiation fût faite ; car, suivant le grand dessein du Dieu éternel , il est expédient qu'il y ait une expiation, sans quoi le genre humain périrait infaiUiblement. Son cœur étant endurci, en état de chute et de perdition, il périrait sans l'expiation, car il est expédient qu'il V ait un grand et dernier sacrifice. Ce ne sera pas un sacrifice d'hommes, ni le sacrifice de bestiaux, ni d'aucune espèce d'oiseaux; ce ne sera pas un sacrifice humain, mais bien un sacrifice infini et éternel. Il est évident qu'aucun

homme ne peut lui-même faire le sacrifice de son propre sang pour expier les péchés d'un autre homme. Supposons qu'un homme commette un meurtre, notre loi, qui est juste,

{)rendra-t-elle la vie à son frère P Je vous dis que non ; mais a loi demande la vie de celui qui a commis le meurtre. Or, rien moins qu'une expiation infinie suffira pour les péchés du monde.

25 11 est donc expédient qu'il y ait un grand et dernier sacrifice, qu'il y ait une fin à l'effusion du sang. Et c'est alors que la loi de Moïse sera accomplie ; oui, elle aura son accomplissement en tout iota, en tous points; et rien ne sera omis. C'est là toute la signification de la loi ; tout y désigne ce grand et dernier sacrifice ; et ce grand et dernier sacrifice sera le Fils de Dieu : sacrifice infini et éternel qui donnera le salut à tous ceux qui croiront en son nom. Voilà le but de ce dernier sacrifice, qui réalisera la miséricorde, qui dominera la justice, et donnera aux hommes la foi au repentir. Ainsi, la miséricorde peut satisfaire aux exigences de la justice ; elle les encerclera dans les bras du salut ; mais celui qui n'exerce pas la foi au repentir restera exposé à la loi tout entière, aux exigences de la justice. Aussi, le grand et éternel plan de la rédemption n'aura-t-il d'effet que pour celui qui a la foi au repentir.

26 Que Dieu vous accorde la grâce, mes frères, de commencer à exercer votre foi au repentir ; commencez à implorer son saint Nom pour obtenir sa miséricorde ; oui, implorez-le pour avoir sa grâce , toute-puissante pour le salut ; humiliez-vous, priez-le sans cesse ; priez-le dans vos champs et pour tous vos troupeaux ; priez-le dans vos maisons pour votre famille, le matin, à midi, le soir; implorez-le contre le pouvoir de vos ennemis ; implorez-le contre Satan , l'ennemi de toute justice et de toute sainteté. Implorez-le pour la récolte de vos champs, afin qu'ils soient prospères. Implorez-le pour les troupeaux de vos champs, afin qu'ils croissent en nombre. Mais ce n'est pas là tout: il vous faut verser vos âmes à Dieu, quand vous serez dans vos cabinets, dans vos places secrètes et dans vos solitudes. Et si vous n'êtes pas â crier vers Dieu, que vos cœurs, au moins, soient continuellement attirés vers la prière, pour votre bien-être et pour celui de tous ceux qui vous entourent.

27 Et n'allez pas supposer , mes bien-aimés frères , que ce soit encore là tout ; car, après avoir fait toutes ces choses , si vous renvoyez les indigents et les nus ; si vous ne visitez pas les malades et les affligés; si vous ne donnez de votre subsistance, en cas que vous en ayez, à ceux qui en ont besoin, je vous le dis» si vous ne faites aucune ae ces

choses, vous aurez prié en vain , et vous n'en profiterez en rien. Vous êtes dans le même cas que les hypocrites qui nient la foi. Manquant de la charité , vous êtes comme récume que lès raffîneurs rejettent (étant sans valeur) pour être foulée aux pieds des hommes.

28 Or, mes frères, je souhaite que tous ces témoignages, conformes aux Saintes-Ecritures qui attestent les mêmes choses, vous portent à produire les fruits du repentir. Oui, je souhaite que plus longtemps vos cœurs ne restent point endurcis, car aujourd'hui est le temps de votre salut. Si donc vous voulez vous repentir et ne point endurcir vos cœurs^ dès ce jour le grand plan de la rédemption sera accompli pour vous. Sachez-le , la vie est le temps donné aux hommes pour se préparer à entrer dans la présence de Dieu ; oui, les jours de cette vie sont accordés aux hommes pour faire leurs œuvres. Les témoignages ne vous auront point manqué; ne différez donc point votre repentir, et persévérez-y jusqu'à la fin. Car, après ces jours de la vie, qui nous sont donnés pour nous préparer nous-mêmes pour l'éternité , si nous n'en avons pas profité, vient la nuit des ténèbres pendant laquelle nul travail ne saurait être fait. Sauriez-vous dire , alors que vous vous trouverez dans la crise terrible, je veux me repentir, je veux aller à mon Dieu 9 Non, vous ne pourrez pas le dire : l'esprit qui possède vos corps à votre sortie de la vie, ce même esprit aura le pouvoir de posséder vos corps dans le monde éternel. Et si vous remettiez votre repentir au moment de votre mort, vous seriez soumis à l'esprit de Satan , qui vous scellera à lui comme sien. En cet état, il n'y a plus de place en vous pour l'esprit du Seigneur qui aura été retiré, mais le diable aura

Ïlein pouvoir sur vous ; et c'est là l'état final du méchant, e sais cela, parce que le Seigneur a dit qu'il n'habite point des temples profanes, mais le cœur des justes. 11 a dit aussi que les justes seront assis dans son royaume pour n'en plus sortir ; et leurs vêtements seront blanchis par le sang de l'agneau.

29 Rappelez-vous ces choses, mes bien-aimés frères, c*est là mon désir. Je souhaite encore que vous opériez votre salut en crainte devant Dieu ; que désormais l'avénement du Christ ne soit plus nié par vous ; que vous ne luttiez plus contre le Saint-Esprit , mais que vous le receviez en prenant le nom du Christ ; que vous vous humiliiez conune n'étant que poussière ; que vous adoriez Dieu en quelque lieu que ce soit, en esprit et en vérité ; que vous viviez en rendant grâce, chaque jour, pour les miséricordes et les bénédictions nombreuses qu'il vous aura accordées. Je vous

289 ALMA. Cil. XVI.

exhorte, mes frères à être vigilants à prier sans cesse, afin de ne pas succomber aux tentations de Satan, pour n'être pas dominés par lui, et ne pas devenir ses sujets au jour final ; car il ne vous donnera en récompense rien de bon. Je vous exhorte encore, mes, frères bien-aimés, à vous revêtir de patience et à souffrir toutes les afflictions; à ne point injurier ceux qui vous chasseront à cause de votre extrême pauvreté, dans la crainte de devenir pécheurs comme eux. Soyez au contraire patients à supporter les maux, dans l'attente et l'espoir inébranlable du jour où vous vous reposerez de toutes vos afflictions.

30 Quand Amuleck eut fini de parler, ils s'éloignèrent de la multitude et partirent pour le pays de Jershon ; et ceux de ses frères qui étaient allés prêcher la parole aux Zoramites, vinrent aussi au pays de Jershon.

31 Et une partie de la classe pauvre des Zoramites, qui venait d'entendre la prédication de ces paroles, s'étant consultée, elle en fut courroucée et les dédaigna, car elles ruinaient leur métier. Ils envoyèrent rassembler tout le peuple du pays, pour se concerter sur tout ce qui leur avait été dit. Et pour découvrir secrètement les pensées du peuple , les chefs, les prêtres et les instructeurs lui cachèrent leurs intentions.

32 Et quand ils eurent ainsi connu les opinions du peuple, ils chassèrent du pays tous ceux qui étaient favoraîbles aux paroles d'Alma et de ses frères. Le nombre en était grand. Et ils s'en furent au pays de Jershon , où ils furent administrés par Aima et ses rrères.

33 Alors les Zoramites devinrent furieux contre le peuple d'Ammon qui était à Jershon. Leur gouverneur en chef, un très méchant homme , envoya dire au peuple d'Ammon de renvoyer hors de leur pays tous ceux des Zoramites qui y étaient venus, proférant contre eux de terribles menaces. Mais le peuple d'Ammon n'en tint aucun compte. C'est pourquoi , loin de les chasser , ils accueillirent tous les pauvres zoramites qui vinrent à eux. Ils les nourrirent, les habillèrent et leur donnèrent des terrains pour leur héritage ; et ils les secoururent selon leurs besoins. La colère des Zoramites en devint plus vive contre le peuple d'Ammon; et ils se mêlèrent aux Lamanites pour les exciter contre lui. Et les Zoramites et les Lamanites se préparèrent à lui faire la guerre, ainsi qu'aux Néphites. C'est ainsi que finit la dixseptième année du règne des juges sur le peuple de Néphi.

34 Le peuple d'Ammon abandonna le pays de Jershon pour aller au pays de Méleck, laissant la place aux armées des Néphites qui allaient y combattre les Lamanites et les

Zoramites. Ainsi commença, dans la dix-huitième année du rèçne des juges, la guerre entre les Lamanites et les Néphites , dont le récit en sera donné ci-après. Alors Aima, Ammon , leurs frères et les deux fils d'Alma retournèrent au pays de Zarahemla , après avoir été , dans les mains de Dieu, riujstrument dont il s'était servi pour amener au repentir un grand nombre de Zoramites. Tous ceux-là avaient été chassés de leurs pays ; mais on leur concéda des terrains dans le pays de Jershon , et ils prirent les armes pour se défendre, eux, leurs femmes, leurs enfants et leurs biens. Et Ahna était fort affligé des iniquités de son peuple, oui^ des effusions de sang, des dissensions et des guerres qui régnaient parmi eux. il alla prêcher la parole, et il envoya la prêcher au peuple de toutes les villes. Mais, voyant l'endurcissement des cœurs et l'irritation que leur causait la rigueur de cette parole^ il en fut fort abattu. C'est pourquoi, il réunit ses fils pour donner à chacun ses conseils touchant les choses de la justice et de la sainteté. Et nous avons un récit de ses commandements, contenu dans ses propres annales.

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