‹ Le Livre de MormonChapitre 70 sur 135 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

1 Les fils d'Alma allèrent parmi le peuple annoncer la parole. Aima lui-même, qui ne pouvait rester en repos, y fut également. Nous n'avons plus rien à dire de leurs prédications, si ce n'est qu'ils prêchaient la parole et la vérité suivant l'esprit de révélation et de prophétie. Et ils le faisaient d'après le saint Ordre de Dieu , par lequel ils étaient appelés.

2 Je reviens maintenant au récit des guerres des Néphites avec les Lamanites, dans la dix-huitième année du règne des juges. Les Zoramites étaient devenus des Lamanites; et, au commencement de la dix-huitième année , les Lamanites se préparèrent à marcher contre les Néphites pour leur faire la guerre; ce que voyant les Néphites, ils rassemblèrent leurs armées dans le pays de Jershon. Et les Lamanites vinrent par milliers au pays d'Antionum, qui était le pays des Zoramites ; et Zerahemnah était leur chef. Et comme les Amlicites avaient des dispositions plus perverses et plus sanguinaires que les Lamanites n'en avaient naturellement, Zerahemnah ne donna pour chefs-capitaines aux Lamanites que des Amlicites et des Zoramites. Ce qu'il fit pour exciter leur haine contre les Néphites, et pour se les assujétir, ainsi que les Néphites, comme il en avait le dessein. Les Néphites , de leur côté , avaient à défendre leurs terres^ leurs maisons, leurs femmes et leurs enfants , dans la crainte de les voir tomber entre les mains de leurs ennemis ; ils avaient aussi à conserver leurs droits et leurs privilèges, et la liberté d'adorer Dieu selon leurs désirs, sachant que, s'ils lombaient sous la domination des Lamanites, quiconque adorerait Dieu en esprit et en vérité, le Dieu vrai et vivant,

il serait mis à mort par les Lamanites. lis connaissaient la haine extrême que ceux-ci avaient pour leurs frères, le peuple d'Anti-Néphi-Léhi, appelé le peuple d^Ammon ; ce peuple qui avait fait serment de ne point prendre les armes et qui ne voulait point le rompre ; de sorte que, s'il avait pu tomber entre les mains des Lamanites, il aurait été exterminé par eux. C'est ce que les Néphites ne pouvaient permettre, c'est pourquoi ils lui donnèrent ,des terres pour héritage. Et le peuple d'Ammon donnait aux Néphites une grande partie de leur subsistance pour le maintien de leurs armées. Ainsi les Néphites furent obligés, eux seuls, de tenir tête aux Lamanites, qui étaient un peuple composé des descendants de Laman, de Lémuel, des fils d'ismaël et de tous les dissidents des Néphites, qui étaient les Amlicites, les Zoraraites, et les descendants des prêtres de Noah. Ces derniers étaient alors presque aussi nombreux que les Néphites. C'esl ainsi que les Néphites se virent contraints de se battre contre leurs frères, même jusqu'à l'effusion du sang.

3 Et comme les armées Lamanites étaient rassemblées au pays d'Antionum, les armées des Néphites se préparèrent à leur livrer bataille dans le pays de Jershon. Ils avaient choisi pour leur capitaine en chef, Moroni, qui prit le commandement et la direction de la guerre. Il n'avait alors que vingt-cinq ans.

4 11 rencontra les Lamanites sur les confins du pays de Jershon. Son peuple était armé d'épées, de cimeterres et d'armes de guerre de toute espèce. Quand les Lamanites virent que Moroni avait ainsi préparé ses hommes au combat , avec des cuirasses et des boucliers au bras et pour la tête, et qu'ils étaient couverts d'épais vêtements, ils redoutèrent excessivement d'en venir aux mains avec eux ; car les soldats de Zerahemnah n'avaient point de tels moyens de défense : ils n'étaient pourvus que d'épées, de cimeterres, d'arcs et de flèches, de pierres et de frondes. Ils étaient nus, simplement couverts d'une peau qui ceignait leurs reins , à l'exception toutefois des Zoramites et des Amlicites ; et encore ces derniers n'avaient ni cuirasses ni boucliers; et bien qu'ils fussent considérablement plus nombreux que les Néphites , ils les redoutaient extrêmement à cause de leurs armures.

5 Ils n'osèrent donc pas attaquer les Néphites sur les confins de Jershon ; c'est pourquoi, ils quittèrent le pays d'Antionum, le contournèrent, et, passant dans» le désert auprès des sources de la rivière Sidon, ils pénétrèrent dans le pays de Manti pour s'en emparer, supposant que les armées de Moroni ne sauraient où ils étaient allés. Mais, dès

ALMA. Gfl. XX. 301

quils furent partis pour le désert , Moroni y envoya des espions pour surveiller leur camp. Et sachant qu'Âlma était prophète, il lui dépécha quelques hommes, afin qu'il s'enquît du Seigneur en quel lieu devaient aller les armées des Néphites pour se défendre des Lamanites. Et la parole du Seigneur étant venue à Aima, il informa les messagers de Moroni que les armées des Lamanites arriveraient sur le pays de Manti par un détour qu'elles faisaient dans le désert, et qu'elles y attaqueraient la plus faible partie du peu- Sle. Et les messagers s'en furent rapporter ces paroles à [oroni.

6 Alors Moroni laissa une partie de son armée au pays de Jershon, dans la crainte que des Lamanites n'y vinssent et ne prissent possession de la ville, et il se rendit avec le reste de son armée dans le pays de Manti. Et il fit rassembler tout le peuple de cette partie du pays pour combattre les Lamanites, en défense de leurs terres, de leur patrie, de leurs droits et de leur liberté. Et il fit ainsi ses préparatifs pour repousser les Lamanites. Puis, Moroni cacha son armée dans une vallée proche de la rivière Sidon, à l'ouest, dans le désert; et il plaça des espions à l'entour pour être prévenu de l'arrivée des Lamanites.

? Et comme Moroni savait que les Lamanites avaient l'intention de tuer leurs frères, ou de les réduire en servitude, pour établir leur domination sur tout le pays ; et comme il savait aussi que les Néphites navaient qu'un seul désir, celui de conserver leurs terres, leur liberté et leur Eglise ; il ne pensait pas pécher en usant de stratagème. C'est pourquoi il découvrit , à l'aide de ses espions , la route qu'allaient prendre les Lamanites. Alors il divisa son armée : il en mena une partie et la cacha dans la vallée à l'est, au sud du mont Rlplah ; et il cacha le reste dans la vallée d'ouest, à l'ouest de la rivière Sidon, le long des confins du pays de Manti. Ayant ainsi disposé son armée à son gré, il se trouva tout prêt à jles recevoir.

8 Et les Lamanites passèrent au nord du mont où une partie de l'armée de Moroni était cachée. Ayant dépassé le mont Riplah, et étant descendus dans la vallée, ils commençaient à traverser la rivière Sidon, quand l'armée qui était cachée au sud du mont, commandée par un homme du nom de Léhi, sortit de son embuscade et entoura les Lamanites, à l'est, sur leurs derrières.

9 Alors ceux-ci, voyant les Néphites qui venaient les attaquer en queue, se retournèrent et livrèrent bataille à l'armée de Léhi. Et le carnage commença des deux côtés, mais il fut plus terrible du côté des Lamanites, leur nudité les

302 ALHA. GH. XX.

exposant anx charges meurtrières des Néphîtes qui, avec lears épées et leurs cimeterres, donnaient la mort presque â chaque coup ; tandis que les Néphîtes ne perdirent que peu de monde, étant protégés dans les parties les plus vitales du corps, contre les coups des Lamanites , par leurs cuirasses, leurs boucliers au bras et leurs casques ; ainsi les Néphîtes portèrent la mort dans les rangs des l>amanites. Us furent tellement épouvantés de ce grand carnage, qu'ils prirent la fuite vers la rivière Sidon. ^is, poursuivis par Léhi et ses hommes, ils furent culbutés dans les eaux de la rivière Sidon, et ils la traversèrent. Et Léhi retint son armée sur la rive, Fempéchant de repasser.

10 Alors Moroni et son armée ayant rencontré )es Lamanites dans la vallée, sur Tautre bord de la rivière Sidon, fondirent sur eux. Et les Lamanites s'enfuirent de nouveau vers le pays de Mantî, où ils furent encore attaqués par un autre corps de l'armée de Moroni. Les Lamanites, dans une telle position, se battirent avec fureur. Non, jamais ils n'avaient déployé tant de force et un si grand courage, pas même depuis le commencement. En cela, ils étaient animés par les Zoramites et les Àmlîcites, leurs capitaines en chef et leurs conducteurs, et par Zerabemnah, leur chef supérieur. Ils se battirent comme des lions, et nombre de Néphîtes tombèrent sous leurs coups , leurs casques fendus , leurs cuirasses percées, et beaucoup eurent le bras tranché. C'est ainsi que les Lamanites frappèrent dans leur fureur désespérée. Cependant les Néphites étaient mus par une meilleure cause ; ils ne se battaient pas pour la monarchie, ni pour le pouvoir; mais ils se battaient pour leurs foyers, pour leur liberté^ leurs femmes, leurs enfants, et pour tout ce qu'ils possédaient; oui, pour leur culte et leur Église ; et ils faisaient ce qu'ils sentaient être leur devoir envers leur Dieu : car le Seigneur leur avait dit, ainsi qu'à leurs pères : Tant que vous ne serez pas coupables de la première offense, ni de la seconde , ne permettez pas à vos ennemis de vous tuer. Et le Seigneur a dit encore : Vous défendrez vos familles jusqu'à reffusion du sang. C'est pour ces motifs que les Néphites se battaient contre les Lamanites : ils se défendaient, eux-mêmes, leurs familles, leurs terres, leur patrie, leurs droits et leur religion.

H Les hommes de Moroni, en voyant la férocité et l'acharnement des Lamanites, étaient tout prêts à fléchir et à prendre la fuite. Mais Moroni s'apercevant de leurs intentions, leur envoya des hommes pour enflammer leurs cœurs au nom de leur patrie et de leur liberté, et leur inspirer la haine de l'esclavage. Alors Us se retournèrent contre les

Lamanîtes, criant d'une voix unanime au Seigneur leur Dieu, pour leur liberté et leur délivrance de l'esclavage. Et ils tinrent tête aux Lamanites avec fermeté ; et à l'heure même où ils criaient au Seigneur pour leur liberté, ceux-ci s'enfuirent jusqu'aux eaux de Sidon. Cependant les Lamanites, quoique nombreux de plus du double que les Néphites, furent culbutés à tel point qu'ils se rassemblèrent en un seul corps dans la vallée près des bords de la rivière Sidon, où les armées de Moroni les enveloppèrent , même des deux côtés de la rivière ; car à l'est se trouvaient les hommes de Léhi. Aussi, quand les gens de Zerabemnah virent ce corps à l'est de la rivière Sidon, et les armées de Moroni à l'ouest, ainsi enveloppés de toutes parts par les Néphites, ils furent saisis d'épouvante. Alors Moroni, voyant leur frayeur, ordonna à ses hommes de cesser l'effusion du sang.

42 Ce qu'ayant fait, ils se retirèrent d'eux, un peu. Et Moroni dit à Zerahemnah : Vous voyez, Zerabemnah, que nous ne voulons pas être des hommes de sang ; vous savez que vous êtes à notre discrétion, et pourtant nous ne voulons pas vous tuer. Nous ne sommes pas venus pour verser votre sang, afin d'obtenir du pouvoir ; nous ne voulons pas non plus réduire qui que ce soit en servitude. C'est là, de votre part, le vérRable motif qui vous a portés à marcher contre nous, oui. et vous êtes irrités contre nous à cause de notre religion. Mais à présent vous devez voir que Dieu est avec nous, et vous voyez qu'il vous a livrés entre nos mains. Je souhaiterais que vous comprissiez que ceci nous est fait à cause de notre religion et de notre foi en Christ. Voyez aussi que vous ne sauriez nous enlever notre foi, qui est la véritable foi de Dieu, qui nous soutiendra, nous gardera, et nous conservera aussi longtemps que nous serons fidèles au Seigneur^ à notre foi et à notre religion ; et le Seigneur ne souffrira jamais notre destruction, à moins que nous ne tombions dans les trûngressions et la négation de notre foi. Or, je vous ordonne maintenant, Zerabemnah , au nom de ee Dieu tout-puissant, qui a renforcé nos bras et nous a donné la victoire sur vous ; par notre foi, par notre religion, notre culte, notre Eglise, par le soutien sacré que nous devons à nos femmes et à nos enfants , par cette liberté qui nous attache à nos terres et à notre patrie et au maintien de la Parole Sainte de Dieu, à laquelle nous devons tout notre bonheur, et par tout ce qui nous est le plus cher ; et ce n'est pas tout; je vous ordonne, par le désir que vous avez de vivre, de nous livrer vos armes de guerre; et nous ne chercherons plus à verser votre sang ; mais nous vous épargnerons la vie, si vous partez, et ne revenez plus nous faire

la guerre. Et si vous ne le faites : sachez-le, vous êtes en nos mains , et je commanderai à mes hommes de tomber sur vous, et de vous exterminer. Alors nous verrons qui gouvernera c« peuple; oui, nous verrons qui tombera dans fesclavage.

13 Quand Zerahemuah eut entendu ces paroles, il s'avança et livra son épée, sou cimeterre et son arc entre les main de Moroni , lui disant : Voici nos armes de guerre ; nous vous les rendrons, mais nous ne nous permettrons pas de jurer ce que nous savons bien ne pas pouvoir tenir, ni nos enfants non plus. Prenez nos armes de guerre et laissez-nous partir au désert ; autrement nous gardons nos épées, et nous vaincrons ou périrons. Je vous le dis, nous ne sommes point de votre foi , nous ne croyons point que c'est Dieu qui nous a livrés entre vos mains ; nous croyons que ce sont vos artifices qui vous ont garantis de nos épées. Ce sont vos cuirasses et vos boucliers qui vous ont préservés. — Après ces mots, Moroni rendit à Zerahemnah son épée et ses armes de guerre, et lui dit : Eh bien ,^ nous finirons la lutte. Je ne puis reprendre les paroles que j'ai proférées. Mais, aussi vrai que le Seigneur vit, vous ne partirez point sans faire le serment de ne plus revenir nous combattre. Vous êtes entre nos mains, vous vous soumettrez à mes conditions, ou la terre boira votre sang. Moroni ayant prononcé ces paroles, Zerahemnah reprit son épée, et, furieux contre lui, il s'élança pour le tuer. Mais comme il levait son épée, un des soldats de Moroni la renversa et la rompit à la poignée; et de la sienne, il frappa Zerahemnah, de manière à lui enlever le péricrâne qui tomba à terre.

4 4 Alors^ Zerahemnah se retira au milieu des siens. Et le soldat qui lui avait coupé le péricrâne, le ramassa par les cheveux, le mit à la pointe de son épée, et le tendant vers eux. il dit d'une voix forte : De même que ce péricrâne est tombé par terre, qui est le péricrâne de votre chef, de même vous tomberez à terre, à moins que vous ne livriez vos armes de guerre et ne partiez, après avoir juré de garder la paix.

15 Or, un grand nombre de ceux qui entendirent ces paroles et virent le péricrâne fixé au bout de l'épée, en furent saisis de frayeur, et venant jeter bas leurs armes aux pieds de Moroni, ils contractèrent alliance avec lui. Et il fut permis à tous ceux qui firent alliance de s'en aller au désert.

4 6 Zerahemnah, plein de fureur^ se mit à exciter le reste de ses soldats pour les porter à faire un dernier effort contre les Néphites. Moroni , de son côté , était irrité de voir tant d'opiniâtreté dans le cœur des Lamanites. C'est pourquoi, il ordonna à ses hommes de se jeter sur eux et ae les

exterminer. Les Laraanites leur opposèrent une résistance désespérée. Mais leur peau nue , et leur tête découverte , les exposaient aux épées aiguës des Néphites. Ils en furent frappés et percés, et tombèrent rapidement sous les coups des Néphites ; et ils furent moissonnés , ainsi que l'avait prophétisé le soldat de Moroni.

1 7 Zerahemnah; voyant qu'ils étaient sur le point d'être tous exterminés , cria fortement à Moroni , lui promettant d'entrer, lui et son peuple, en alliance de paix, s'il voulait leur laisser la vie sauve ; lui jurant de ne plus jamais revenir leur faire la guerre. Moroni fit alors cesser le carnage. 11 fit enlever de leurs mains les armes de guerre ; et après avoir fait alliance, il leur permit de s'en aller au désert. Et on ne compta point leurs morts, tant ils étaient nombreux ; oui, de part et d'autre le nombre des morts fut extrêmement considérable. Ils furent jetés dans les eaux de Sidon , et entraînés par le courant ; et ils sont ensevelis dans les abîmes de la mer. Après quoi, les armées des Néphites ou de Moroni se retirèrent dans leurs foyers et sur leurs terres. C'est ainsi que finit la dix-huitième année du règne des juges sur le peuple de Néphi. Et ici finit le récit d'Alma, qui était écrit sur les plaques de Néphi.

Page 1