CHAPITRE XXL
Histoire du peuple de Néphi; leurs guerres^ leurs dissensions durant la vie d'Hélaman, d'après les annales d*Hélaman, tenues pendant sa vie,
h Les Néphites éprouvèrent une joie extrême, de ce que le Seigneur les avait délivrés des mains de leurs ennemis. C'est pourcpioi ils rendirent grâces au Seigneur leur Dieu, jeûnant, priant, et adorant Dieu avec un très grand zèle.
2 Et dans la dix-neuvième année du règne des juges sur le peuple de Néphi, Aima vint à son fils Hélaman et lui dit : Crois-tu à ce que j'ai dit touchant les annales qui ont été gardées. Et Hélaman lui répondit : Oui, j'y crois. Aima lui ait encore : Crois-tu en Jésus-Christ, qui viendra P lit il répondit : Oui, je crois à toutes les paroles que tu as annoncées. Aima lui dit de plus : Garderas-tu mes commandements P à quoi il répondit : Oui , je garderai de tout mon cœur tous tes commandements. Aima lui dit alors : Tu es béni; et le Seigneur te fera prospérer dans ce pays. J'ai
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quelque chose à te prophétiser ; mais tu ne le feras point connaître. Oui , ce que je te prophétiserai ne doit être révélé que lorsque la prophétie aura reçu son accomplissement; c'est pourquoi, écris les paroles que voici :
3 Je vois (jue ce peuçte, les Néphités, d'après Vesprit de révélation qui est en moi, quatre cents ans après que Jésus- Chrisl se sera manifesté à eux, tomberont dans l'incrédulité. Alors Us auront des guerres, des pestes, des famines, de grandes effusions de sang, même jusqu'à l'extinction du peuple de Néphi. Ces maux leur viendront pour être tombé dans l'incrédulité , dans les œuvres dé ténèbres et de lasciveté, et dans toutes sortes d'iniquités. Oui, je vous le dis, pour avoir péché contre tant de lumières et tant de connaissances, à partir de ce jour, la quatrième génération ne passera pas entièrement que cette grande iniquité n'arrive. Et quand ce grand jour sera venu , le temps sera proche où ceux qui sont maintenant, où la postérité de ceux qui sont maintenant con^ptés parmi le peuple de Néphi, ne le seront plus ; mais quiconque restera et ne sera pas détruit en ce grand et terrible jour sera compté parmi les Lamauites, deviendra semblable à eux; tous, excepté un petit nombre qui seront appelés les disciples du Seigneur. £t ceux-ci, les Lamanites les poursuivront jusqu'à ce qu'ils les aient exterminés. Et maintenant, à cause de l'iniquité, cette prophétie sera acccomplie.
4 Et après qu'Aima eut dit ces choses à Hélaman , il le bénit ainsi que ses autres fils, et il bénit aussi la terre, par égard pour les justes et saints, disant : Ainsi dit le Seigneur Dieu : Maudit sera le pays, oui , maudite sera cette terre , jusqu'à l'extermination , à ^oute nation , famille , langue et peuple qui commettent Finiquité^ quand ils en auront comblé la mesure. Et comme je vous l'ai dit, il en sera ainsi, car c'est ici la malédiction on la bénédiction de Dieu sur la terre ; Dieu ne pouvant envisager le péché avec la moindre indulgence. Aima ayant ainsi parlé, il bénit l'Eglise : ceux qui, maintenant et à toujours, resteront inébranlables dans la foi. Après quoi , il partit du nays de Zarahemla comme pour aller au pays de Méleck. Mais depuis lors on n'a jamais eu de ses nouvelles ; on ne sait rien de sa mort ni de sa sépulture. Nous savons seulement qu'il était un homme juste et saint. Le bruit se répandit dans l'Eglise qu'U avait été enlevé par l'Esprit ; ou que , comme Moïse , il avait été enseveli par la main du Seigneur. Mais voici, l'Ecriture dit que le Seigneur prit Moïse à lui. Peut-être a-t-il aussi reçu Aima dans l'Esprit, de la même manière. C'est pour cela que nous ne connaissons rien touchant sa mort et sa sépulture.
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5 Au commencement de la dix-neuvième année du règne des juges sur le peuple de Néphi , Hélaman alla parmi le peuple pour lui annoncer la parole. Il était nécessaire que la parole de Dieu lui fût annoncée à cause des guerres qu'il avait eues avec les Lamanites, et des légères dissensions et des troubles qui régnaient dans son sein. Il fallait aussi que Tordre fût partout rétabli dans TEglise. C'est pourquoi Hélaman et ses frères partirent pour réorganiser TËglise, allant dans chaque ville du pays possédé par le peuple de ^éphi ; et là , Us ordoDOèrent des prêtres et des instructeurs.
6 Après avoir établi ces prêtres et ces instructeurs , il s'éleva des dissensions dans le peuple, et il ne voulut plus écouter Hélaman et ses frères ; mais il oevint fier et orgueilleux, à cause de ses grandes richesses ; lui suffisant a être riche à ses propres yeux, sans qu'il crût devoir prêter aucune attention aux paroles d'Hélaman et de ses frères , ni marcher droit devant Dieu.
7 Et il arriva que tous ceux qui ne voulaient pas écouter les paroles d'Hélaman et de ses frères, se réunirent ensemble contre leurs frères ; et ils étaient tellement furieux qu'ils résolurent de les exterminer. Leur chef était un homme grand et fort, nommé Amalickiah. H ambitionnait d'être roi, et ces hommes furieux le voulaient aussi pour leur roi ; la plupart étaient des juges inférieurs du pays qui recherchaient le pouvoir. Amalickiah, par ses ftatteries, les avait amenés à croire que s'ils l'aidaient à se faire roi , il les établirait gouverneurs du peuple. C'est ainsi qu'Amalickiah les excitait aux dissensions, malgré les prédications d'Hélaman et de ses frères, et les soins extrêmes qu'ils prenaient de l'Eglise, dont ils étaient les grands-prêtres. Mais un grand nombre des membres deVE^ise, croyant aux paroles flatteuses d'Amalickiah, s'en séparèrent. Ainsi, les affaires du peuple de Néphi devinrent très précaires et très compliquées, quoiqu'ils eussent gagné une grande victoire sur les Lamanites , et qu'ils eussent fait de grandes réjouissances pour eu avoir été délivrés par la main du Seigneur.
8 Nous voyons, par là, combien les enfants des hommes sont prompts à oublier le Seigneur leur Dieu ; combien ils sont prompts à commettre l'iniquité et à se laisser égarer par le Malin. Nous voyons encore la grande perversité qu'un seul homme corrompu peut produire parmi les enfants des hommes; puisque Amalickiah, homme rusé, plein d'artifices, avait pu entraîner les cœurs de tant d'hommes à faire le mal, s'efforçant de détruire l'Eglise de Dieu et les fonde-
ments de la liberté que Dieu leur avait accordée ; bienfait qu'il avait répandu sur le pays, à cause des justes et saints.
9 Moroni, qui était le commandant en chef des armées Néphilps, apprenant ces dissensions, fut fort irrité contre Amalickiah. Il déchira ses vêtements, en prit un lambeau, et écrivit dessus : A la mémoire de notre Dieu, de notre religion, de la liberté, de notre paix, de nos femmes et de nos enfants ; et il l'attacha au bout d'une perche. Puis, se revêtant de son casque , de sa cuirasse et de ses boucliers, et entourant ses reins de ses armes, il prit la perche à l'extrémité de laquelle était le lambeau de son vêtement (qu'il appela le Titre de la liberté), il fléchit le genou, et pria ardemment son Dieu pour que le bienfait de la liberté fût conservé à ses frères aussi longtemps qu'il y aurait une réunion de chrétiens pour posséder le pays. On appelait de ce nom tous les vrais croyants au Christ , faisant partie de l'Eglise ; et c'étaient ceux qui n'y appartenaient point qui les appelaient ainsi. Et tous ceux qui appartenaient à l'Eglise étaient de vrais fidèles, des croyants en Christ qui avaient pris avec joie le nom du Christ ou de chrétiens, qu'on leur donnait à cause de leur foi en Christ, qui devait venir. C'est pour cela que Moroni , en ce moment , priait pour la bénédiction de la cause des chrétiens et de la liberté du pays.
10 Et quand il eut versé son àme vers Dieu, il donna le nom du pays de la Liberté, à tout le pays qui était ^u sud de celui de Désolation, ainsi qu'à celui qui était au nord et au sud, vrais pays de choix. Et il dit : Dieu, assurément, ne permettra pas que nous, qui sommes méprisés pour prendre le nom du Christ, soyons écrasés et foulés aux pieds, , à moins que nous nous l'attirions par nos propres transgressions. Après quoi , Moroni s'en alla parmi le peuple , agitant en l'air le lambeau de son vêtement, pour que tous pussent voir l'inscription qu'il y avait mise. Et il cria d'une voix forte : Quiconque voudra le maintien de ce titre dans le pays , qu'il vienne , dans la force du Seigneur, jurer de soutenir son droit et sa religion ; et le Seigneur le bénira.
4 4 Et Moroni n'eut pas plus tôt proclamé ces paroles , que le peuple accourut, les reins ceints de ses armes. Et il déchira ses vêtements en signe ou comme une alliance qu'il ne renoncerait point au Seigneur son Dieu ; en d'autres termes, que s'il transgressait les commandements de Dieu, ou s'il tombait en transgression, honteux d'avoir pris le nom du Christ, le Seigneur pourrait le mettre en pièces, ainsi qu'il venait de faire de ses vêtements. Telle fut l'alliance u'ils firent. Et tous, ils jetèrent leurs vêtements aux pieds e Moroni, disant : Nous faisons alliance avec notre Dieu«
que nous serons exterminés, comme l'ont été nos frères du pays au nord, 3i nous tombons en transgression. Oui, il peut nous mettre aux pieds de nos ennemis, ainsi que nous venons de mettre à vos pieds nos vêtements, pour être foulés sous leurs pieds, si nous tombons dans la transgression. Alors Moroni leur répondit : Nous sommes un reste de la postérité de Jacob , oui , nous sommes un reste de la postérité de Joseph, dont la robe fut mise en pièces par ses frères. Or, souvenons-nous maintenant de garder les commandements de Dieu, autrement nos vêtements seront déchirés par nos frères , et nous seronâ jetés en prison , ou vendus ou tués. Conservons notre liberté, comme un reste de Jacob.
1â Rappelons-nous les paroles de Jacob qui, avant de mourir, voyant qu'une partie du reste du vêtement de Joseph était préservée, sans être tombée en poussière, dit : Comme ce reste du vêtement de mon fils a été conservé, de même un reste de la postérité de mon fils sera conservé par la main de Dieu, t^ui le prendra à lui-même, tandis que le reste de la postérité de Joseph périra , ainsi qu'a péri le reste de son vêtement. Ceci attriste mon âme ; toutefois, elle trouve sa joie en mon fils, en ce qu'une portion de sa postérité sera amenée à Dieu. Tel fut le langage de Jacob., £t maintenant, qui sait si le reste de la postérité de Joseph, qui périra comme son vêtement, ne sont pas ceux qui ont apostasie, et se sont éloignés de nous; qui sait même si ce ne sera pas nous, si nous ne nous tenons pas fermes dans la foi du Christ.
13 Après que Moroni eut prononcé ces paroles, il alla, et envoya des hommes dans toutes les parties du pays où régnaient des dissensions, et fit rassembler tous ceux qui désiraient maintenir leur liberté, afin de tenir tête à Amalickiah et aux apostats, qu'on appelait les Amalickiahites.
1 4 Et quand Amalickiah vit que le peuple de Moroni était plus nombreux que les Amalickiahites, et quand il vit que son peuple doutait de la justice de sa cause,' il craignit de ne point atteindre son but ; et avec ceux de son peuple qui le voulurent suivre, il partit pour le pays de Néphi.
15 Or, Moroni voulant s'opposer à ce que les Lamanites reçussent de nouveaux renforts, conçut la pensée de couper la marche des Amalickiahites, ou de leur faire rebrousser chemin, et de mettre à mort Amalickiah; car il savait qu'il exciterait les Lamanites à lui faire la guerre, en vue d'atteindre son but. 11 jugea donc nécessaire de réunir les différents corps de troupes, qui avaient pris les armes et avaient fait alliance de maintenir la paix. Ce qu'ayant fait,
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il entra à iear tête dans le désert avec llnteotion d'y couper la marche d'Amalickiah.
16 Et il accompHt son dessein en devançant les armées d'Amalickiah. Mais celui-ci s'enfuit avec un petit nombre de ses hommes, et le reste tomba entre les mains de Moroni, qui les ramena au pays de Zarahemla. Comme Moroni avait été choisi par les grands-juges et par la voix du peuple, il avait le pouvoir d'exercer, à sa volonté, toute autorité sQr les armées des Néphites.
17 Et il arriva que, quiconque parmi les Amalickiahites ne voulut pas jurer *de soutenir la cause de la liberté, alGHi de maintenir un gouvernement libre, il le fit mettre à mort. Mais le nombre de ceux qui refusèrent l'alliance fut peu considérable.
18 Et il fit dresser le titre de la liberté sur toutes les tours du pays des Néphites. Et c'est ainsi que Moroni planla l'étendard de la liberté parmi les Néphites, chez lesquels la
{)aix recommença à régner, et ils la nnaintinrent jusque vers a fin de la dix-neuvième année du règne des juges. De leur côté, Hélaman et les Grands-Prêtres conservèrent l'ordre dans l'Eglise, même pendant l'espace de quatre ans, durant lesquels elle eut de nombreux sujets d'allégresse.
19 Et un grand nombre dhommes moururent croyant fermement que leurs ùmes étaient rachetées par le Seisneur Jésus-Christ. Et ils quittèrent, pleins de joie, ce monde. Et beaucoup d'autres moururent de la fièvre, qui sévit dans le^ pays à quelques saisons de l'année. Mais, parmi les morts, un moins grand nombre avait succombé à la fièvre, à cause des qualités spéciales de plusieurs plantes et racines dont Dieu avait pourvu le pays, pour guérir les hommes des maladies auxquelles le climat les soumettait. Mais beaucoup moururent de vieillesse ; et ceux qui sont morts dans la foi du Christ sont heureux en lui , ainsi que nous devons le croire.
20 Revenons maintenant dans notre récit à Amalickiah^ et à ceux qui s'étaient enfuis avec lui dans le désert. Voici, ils entrèrent dans le pays de Néphi, au milieu des l^manites, et les excitèrent tellement contre le peuple de Néphi que le roi des Làmanites envoya proclamer, partout parmi son peuple, qu'il eût à se réunir de nouveau et à prendre les armes contre les Néphites. Cette proclamation les remplit de frayeur, lis craignirent et de déplaire au roi et d'aller combattre les Néphites, par peur de perdre la vie. Et il se fit que la plus grande partie ne voulut point obéir aux ordres du roi.
21 Le roi devint furieux de leur désobéissance. C'est
pourquoi H donna à Amalickiah le commandement de l'armée, composée de ceux qui lui avaient obéi , avec Tordre d'aller aux récalcitrants et de les contraindre à prendre les armes. C'est là ce que désirait Amalickiah; qui, nomme très subtil dans le mal, tramait dans son cœur le dessein de détrôner le roi des Lamanites. Maintenant qull avait obtenu le commandement sur ceux qui avaient obéi au roi, il chercha à gagner ceux qui lui étaient contraires ; c'est pourquoi il se rendit à Onidah , lieu où s'étaient réunis les Lamanites qui s'étaient enfuis. Ceux-ci, qui avaient découvert Ja marcne de l'armée, supposant qu'elle venait pour les détruire, s'étaient sauvés à unidah, la place d'armes. Ils avaient choisi un roi et gouverneur, et avaient pris la ferme résolution de se refuser à combattre les Néphîtes.
22 Ils s'étaient réunis sur la cime du mont Antipas, où ils faisaient leurs préparatifs de défense. Mais il n'entrait point dans les vues d' Amalickiah de leur livrer bataille, ainsi que l'avait ordonné le roi, et il projetait de gagner la faveur des Lamanites , pour se mettre lui-même à leur tête , détrôner le roi, et prendre possession du royaume. Il campa donc dans la vallée qui était proche du mont Antipas. Et quand la nuit fut venue, il envoya des émissaires au mont Antipas, pour prier Léhonti, qui était leur chef, de descendre au pied du mont, car il désirait lui parler.
23 Quand Léhonti eut reçu ce message, il n'osa pas descendre au pied du mont. Amalickiah lui envoya un second message. Mais Léhonti ne voulut pas encore descendre. Il lui en envoya un troisième. Cette fois Amalickiah, voyant qu'il ne pouvait engager Léhonti à descendre du mont, il se rendit lui-même à peu de distance du camp de Léhonti, d'où il lui adressa un quatrième message, avec prière de venir accompagné de ses gardes.
24 Et lorsque Léhonti fut arrivé suivi de ses gardes, Amalickiah lui proposa de venir la nuit, avec son armée, entourer le camp des hommes dont le roi lui avait donné le commandement, et que lui , Amalickiah, les lui livrerait entre les mains , s'il voulait le faire chef en second de toute l'armée.
25 Léhonti descendit donc avec son armée, et entoura les hommes d' Amalickiah : ce qui fut fait avant leur réveil. Alors ceux-ci se voyant ainsi enveloppés, implorèrent Amalickiah pour qu'il leur permît de fraterniser avec eux. C'était là même ce que souhaitait Amalickiah.
26 Et il livra ses hommes contrairement aux ordres du roi. Et c'était là où il voulait en venir pour accomplir son dessein de détrôner le roi. Or, c'était la coutume parmi les
Lamanites , quand leur commandant en chef était tué , de nommer le second chef à sa place.
27 Alors Amalickiah fit peu à peu administrer du poison par un de ses serviteurs à Léhonti, qui en mourut. Après sa mort, les Lamanites nommèrent Amalickiah leur conducteur et leur commandant en chef. Et Amalickiah (qui avait réussi dans son projet) se mit en marche à la tête de son armée vers le pays de Néphi, et vint à la ville de Néphi, qui en était la ville capitale. Le roi sortit à sa rencontre , accompagné de ses gardes, supposant qu'Amalickiah avait rempli ses ordres, et qull avait réuni cette armée considérable pour aller combattre les Néphites. Mais voyant venir le roi à sa rencontre, Amalickiah envoya ses serviteurs au devant du roi, et ils se courbèrent en sa présence en signe de respect pour sa grandeur. Et comme le roi étendait la main pour les relever en signe de paix, comme c'était la coutume chez les Lamanites , coutume qu'ils avaient empruntée aux Néphites, et comme il relevait le premier, voici, il perça le roi au cœur^ et il tomba, à terre. Ce qu'ayant vu, les serviteurs du roi s'enfuirent, et ceux d' Amalickiah s'écrièrent : Voyez, les serviteurs du roi l'ont percé au cœur; il est tombé, et ils se sont enfuis. Voici, venez voir.
28 Et Amalickiah donna l'ordre à son armée d'aller voir ce qui était arrivé au roi. Et arrivé à l'endroit où le roi était baigné dans son sang, Amalickiah fit semblant d'être furieux, et dit que quiconque aimait le roi devait courir à la poursuite de ses serviteurs pour les tuer.
29 Et tous ceux qui aimaient le roi , entendant ces paroles, se mirent à la poursuite des serviteurs du roi. Et quand ceux-ci virent une armée à leur poursuite, ils furent encore plus effrayés ; ils se sauvèrent dans le désert et gagnèrent le pays de Zarahemla, où ils joignirent le peuple d'Ammon. Et l'armée , qui les poursuivait en vain , revint sur ses pas. Et c'est ainsi qu' Amalickiah, par sa supercherie, sut gagner l'affection du peuple.
30 Le lendemain il entra dans la ville de Néphi, avec son armée, et en prit possession. Et la reine, apprenant que le roi avait été tué ( Amalickiah lui avait expédié une ambassade pour l'informer que le roi avait été assassiné par ses serviteurs^ qui s'étaient échappés malgré la poursuite qu'il en avait fait faire par son armée), envoya des messagers auprès d'Amalickiah, avec prières d'épargner le peuple de la ville ; désirant de plus qu'il vînt auprès d'elle, et qu'il amenât avec lui les personnes qui pourraient témoigner touchant les circonstances de la mort du roi.
31 Alors Amalickiah se fit suivre du serviteur qui avait
tué le roi, ainsi que de tous ceux qui étaient avec ce serviteur, et ils furent trouver la reine à sa demeure. Et tous, ils attestèrent que le roi avait été tué par ses propres serviteurs, assurant que, puisqu'ils s'étaient enfuis, c'était un témoignage contre eux. Et ainsi, ils satisfirent la reine tou chant la mort du roi.
32 Amalickiah rechercha les faveurs de la reine et la prit pour femme ; et ainsi, par sa fourberie et par l'assistance de ses rusés serviteurs, il obtint le royaume ; et tout le peuple des Lamanites, qui se composait des Lamanites, des Lémuélites , des Ismaélites et de tous les dissidents des Néphites, à partir du règne de Néphi jusqu'alors, le reconnurent pour roi. Et, chose étrange, ces dissidents, qui avaient eu la même instruction et la même intelligence des choses du Seigneur que les Néphites , devinrent néanmoins , peu après leur apostasie, plus endurcis, plus impénitents, plus sauvages, plus criminels et plus féroces que les Lamanites! ; s'abreuvant de leurs traditions, se livrant à l'indolence , à toutes sortes delascivetés, et oubliant complètement le Seigneur leur Dieu.
33 Aussitôt qu' Amalickiah fut maître du royaume, il commença à exciter le cœur des Lamanites contre le peuple de Néphi. 11 choisit des hommes pour leur parler du haut de leurs tours contre les Néphites, excitant tellement ceux-là contre ceux-ci , qu'à la fin de la dix-neuvième année du règne des juges, tous ses desseins avaient été accomplis. Devenu roi des Lamanites , il cherchait encore à régner sur tout le pavs. Et c'était dans cette vue qu'il avait endurci le coeur des Lamanites, qu'il avait aveuglé leur esprit, qu'il les portait à la fureur, et qu'il rassemblait une armée considérable , destinée à faire la guerre aux Néphites , résolu , à l'aide de ses forces immenses, à les subjuguer. Pour cela, il fit, des Zoramites, des capitaines en chef, qui connaissaient mieux la force des Néphites , leurs places de refuge, et les parties faibles de leurs villes. C'est pour cela qu^l choisit des Zoramites pour capitaines en chef de ses armées.
34 Ils prirent donc leurs tentes et s'avancèrent dans le désert, vers le pays de Zarahemla. Mais, pendant qu'Amallckiah s'emparait ainsi du pouvoir par fraude et par ruse, Moroni, de son côté, préparait l'esprit du peuple à se tenir fidèles au Seigneur leur Dieu. Il renforça l'armée des Néphites, il construisit des petits forts pour jflace de refuge, élevant ues bancs de terre à l'entour pour garantir ses troupes ; il bâtit des murs de pierre autour des villes et des^ terres, et cela dans tout le pays. Et, dans les fortifications les plus faibles, il plaça le plus grand nombre d'hommes :
c'est ainsi qu'il fortifia et renforça 4e pays hsèité par les Néphites, se préparant à défendre leur liberté, leurs terres, leurs femmes et leurs enfants, et ce que leurs ennemis appelaient la cause des chrétiens, et à maintenir la paix, afin de pouvoir vivre au Seigneur leur Dieu.
35 Moroni était un homme fort et puissant, d'une haute intelligence^ un homme qui ne se plaisait point à répaiïdre le sang, mais qui trouvait sa joie à rendre sa patrie libre et ses frères exempts de servitude ; un homme plein de remercîments envers Dieu pour les privilèges et les bienfaits nombreux qu'il répandait sur son peuple * un homme travaillant sans cesse au bien-être et au salut du peuple ; d'une foi inébranlable en Christ, et qui avait juré de défendre son peuple et ses droits, sa patrie et sa religion, même au prix d« sa vie.
36 Les Néphites avaient été enseignés à se défendre de leurs ennemis , même jusqu'à répandre leur sang s'il était nécessaire. 11 leur avait été appris de ne jamais offenser personne, et de ne jamais tirer l'épée que contre l'ennemi, et uniquement pour défendre leur vie ; et ils avaient la foi que, s'ils agissaient ainsi. Dieu les ferait prospérer dans le pays; en d'autres termes, que, s'ils étaient fidèles à garder les commandements de Dieu , il les rendrait toujours prospères ; qu'il le^ avertirait de fuir ou de se préparer à la guerre, suivant les circonstances; et qu*il leur ferait eonnaître où ils devaient aller pour se défendre contre leurs ennemis, et, qu'en le faisant, le Seigneur les délivrerait.
37 Telle était la foi de Moroni, et il mettait en cela toute sa gloire, non pas à verser le sang, mais à pratiquer le bien, à préserver son peuple qu'il portait à garder les commandements de Dieu, et à ne point succomber à l'iniquité. Oui, en vérité, en vérité, je vous dis que, si tous les hommes qui ont existé, qui existent ou oui existeront, étaient semblables à Moroni, les pouvoirs ae l'enfer même en seraient ébranlés à jamais. Oui, le diable n'aurait plus aucun pouvoir suriescœurs des enfants des hommes. Voici, ilétaitun honune semblable à Ammon, le fils de Mosiah, et même aux autres fils de Mosiah, à Aima et à ses fils, qui tous étaient des hommes de Dieu. £t Hélaman et ses frères n'étaient pas moins utiles au peuple que ne l'était Moroni : ils prêchaient la parole de Dieu, et ils baptisaient au repentir tous ceux qui voulaient écoiAer leurs paroles, lis circulaient partout, et le peuple s'humiliait devant leurs prédications, et étalent gran-
^ dément favorisés du Seigneur. Et il n'y eut parmi eux ni dissension ni guerre pendant l'espace de quatre ans.
38 Mais, comme je l'ai déjà dit, vers la fin de la dix-neu-
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vième aoBée ils furent obligés, bien qu'ils fussent en paix parmi eux, d'aller, quoique avec répugnance, se battre contre leurs frères, les Lamanites; et leurs guerres avec eux durèrent bien des années. £t c'était une cause de chagrin pour eux de prendre les armes contre les Lamanites, puisqu'ils n'aimaient pas à répandre le sang. Mais ce n'était pas là tout : ils étaient affligés de servir d'instruments à envoyer dans le monde éternel un grand nombre de leurs frères , sans être préparés à y rencontrer leur Dieu. Toutefois, ils ne pouvaient pas faire l'abandon de leur vie, pour que leurs femmes et leurs enfants fussent massacrés par ces barbares qui autrefois avaient été leurs frères, qui avaient apostasie leur Eglise; et qui pour les anéantir, avaient été se joindre aux Lamanites. ils ne pouvaient non plus supporter l'idée que leurs frères triomphassent des Néphites, tant qu'il y en aurait qui seraient fidèles aux commandements de Dieu ; car le Seigneur avait promis que s'ils gardaient ses commandements, ils prospéreraient dans le pays.
39 £t il arriva que, dans le onzième mois de la dix-neuvième année, au dixième jour du mois, les armées Lamanites se mirent en marche vers le pays d'Ammonihah. La ville avait été rebâtie, et Moroni y avait placé des troupes ; et un mur de terre avait été élevé pour les garantir des flèches et des pierres des Lamanites, qui étaient leurs armes de guerre. J'ai dit que la ville d'Ammonihah avait été febâtie, mais je voulais dire qu'elle l'avait été en partie. £t comme les Lamanites l'avaient déjà détruite une fois, à cause de l'iniquité de son peuple , ils supposaient qu'elle leur serait encore une proie facile. Mais combien fut grand leur désappointement : les Néphites avaient élevé un rempart de terre à Tentotir de leur ville , lequel était si haut que les Lamanites ne pouvaient les atteindre de leurs flèches et de leurs pierres. Ils ne pouvaient non plus pénétrer jusqu'à eux que par la place d'entrée.
40 Aussi les chefs capitaines Lamanites en furent-ils bien étonnés, voyant la sagesse des Néphites dans la préparation de leurs places de sûreté. Ils avaient supposé , vu surtout leur grand nombre, pouvoir tomber sur eux, comme ils l'avaient déjà iait. De plus, ils s'étaient armés de boucliers et de cuirasses ; ils s'étaient aussi revêtus de»peaux, et de vêtements très épais qui couvraient leur nudité. Donc, ainsi préparés, ils pensaient pouvoir, à leur gré, vaincre facilement ou soumettre leurs frères au joug de l'esclavage, ou les massacrer. Mais leur étonnement tut extrême, car ils les voyaient disposés contre leux d'une manière jusqu'alors inconnue des enfants de Léhi ; c'était celle de Moroni, qui les
avait ainsi instruits à se défendre contre les Lâmanites. Et ceux-ci, ou plutôt les Amalickiahites^ leurs chefs, en furent saisis d'étonnement.
41 Si c'eût été le roi Amalickiah , lui-même, qui fût venu du pays de Néphi à la tète de son armée, peut-être aurait-il excité les Lamanifes à attaquer les Néptiites , dans la ville d'Ammonihah, car il ne ménageait point le sang de son peuple. Mais ses chefs capitaines n'osèrent le faire, en voyant ce remaniement des affaires des Néphites, dû à Moroni: c'est pourquoi, désappointés de ne pouvoir arriver jusqu'à eux, ils se retirèrent dans le désert après avoir levé leurs tentes, et marchèrent vers le pays de Noah, supposant que ce serait là le lieu le plus favorable où ils pourraient plus aisément attaquer les Néphites ; car ils ignoraient oue Moroni avait, partout à l'entour, dans toutes les villes du pays, construit des forts de sûreté. Us avancèrent donc dans le pays de Noah, avec la ferme résolution d'exterminer le peuple de cette ville ; c'était le serment que leurs chefs réunis avaient fait. Mais, à leur étonnement, la ville de Noah, qui jusqu'alors n'avait été qu'une place faible, était devenue alors, par les soins de Moroni, très forte, même plus forte que la ville d'Ammonihah. £t, en cela, Moroni avait fait preuve de sagesse : car il avait supposé, qu'effrayés à la cité d'Ammonihah, ils marcheraient à la ville de Noah, qui avait toujours été la plus faible partie du pays ; et il en était arrivé selon ses clésirs. Moroni avait nommé Léhi capitaine en chef des troupes de cette ville ; c'était ce même Léhi qui s'était battu contre les Lamanites, dans la vallée, à l'est de la rivière Sidon.
42 Quand les Lamanites apprirent que c'était Léhi qui commandait la ville, ils furent encore déconcertés, redoutant excessivement Léhi. Mais les capitaines en chef ayant juré, avec serment, d'attaquer la ville; ils firent avancer leurs armées. Maintenant , les Lamanites n'avaient point d'autres moyens de pénétrer dans leurs forts de sûreté, garantis par la hauteur du banc qu'il avaient élevé, et la profondeur du fossé qu'ils avaient creusé , que par la porte d'entrée, qui en était exempte. Mais les Néphites étaient prêts à écraser tous ceux qui tenteraient de pénétrer dans le fort, autrement que par l'entrée , en leur lançant des pierres et des flèches. Et là ils avaient établi un corps de leurs hommes les plus robustes, afin de résister à ceux qui chercheraient à pénétrer par cette porte d'entrée. C'est ainsi qu'ils avaient fait leurs préparatifs pour se défendre contre les Lamanites.
43 11 arriva donc que les capitaines des Lamanites firent
marcher leurs hommes contre la place d'entrée, commençant là à engager la bataille contre les Néphites avec l'intention d'y pénétrer dans leurs forts ; mais culbutés au fur et à mesure de leur approche, ils essuyèrent des pertes immenses. Alors, voyant qu'ils ne pouvaient vaincre les Néphites du côté de la passe, ils se mirent à creuser leur banc de terre, afin de s y faire un passage pour leurs armées et de combattre à chance égale. Mais dans cette tentative ils furent foudroyés par les pierres et les flèches qui leur furent lancées. Et au lieu de remplir le fossé par un nivellement du banc de terre, il fut rempli, en partie, de leurs morts et de leurs blessés.
H Ainsi les Néphites eurent le dessus sur leurs ennemis ; et lesLamanites, de leur côté, continuèrent leur attaque, jusqu'à ce quïls eussent perdu tous leurs chefs. Plus de mille Lamanites furent tués, quand, du côté des Néphites, pas une âme ne périt. On y comptait environ cinquante blessés, de ceux qui avaient été exposés aux flèches des Lamanites dans la passe ; mais, protégés par leurs boucliers, par leurs cuirasses et leurs casques , leurs blessures étaient sur les jambes, et beaucoup de ces blessures étaient fort graves.
45 Les Lamanites, voyant leurs chefs tués, s'enfuirent dans le désert pour retourner au pays de Néphi, informer le roi Amalickiah, Néphite de naissance, des grandes pertes qu'ils venaient d'éprouver. Celui-ci, à ces nouvelles, devint furieux contre son peuple de n'avoir point accompli son dessein sur les Néphites, qui était de les réduire en esclavage. Il fut extrêmement irrité, il maudit Dieu et Moroni, dont il jura, avec serment, de boire le sang ; et cela, parce que Moroni avait gardé les commandements de Dieu, en faisant les préparatifs nécessaires à la sûreté de son peuple.
46 De l'autre côté, le peuple de Néphi rendit grâces au Seigneur leur Dieu, pour rincomparable puissance qu'il avait montrée en les délivrant des mains de leurs ennemis. — Ainsi finit. la dix-neuvième année du règne des juges sur le peuple de Néphi. Et il y eut une paix générale parmi eux, et une grande prospérité dans l'Eglise par l'attention et la diligence ou'ils donnèrent à la Parole de Dieu, que leur annonçaient Hélaman^ Shiblon, Corianton. Ammon et ses frères et tous ceux qui avaient été ordonnes par le saint Ordre de Dieu, baptisés au repentir, et envoyés pour prêcher au peuple.
318 ALMA. CH. XXIl.