‹ Le Livre de MormonChapitre 73 sur 135 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

1 Voici ce qui arriva dans la vingt-sixième année du règne des juges. Les Lamanites s'étant éveillés le matin du premier jour du mois, ils trouvèrent Amalickiah mort dans sa tente. Us s'aperçurent, de plus, que Téancum était prêt à leur livrer bataille, et ils en furent effrayés. Ils abandonnèrent donc leur projet de marcher au pays du Nord, et rebroussant chemin avec toute leur armée, vers la ville de Muleck , ils y entrèrent pour se mettre sous la protection de ses fortifications. Ammoron, frère d'Amalickiah, fut nommé roi pour régner à sa place.

Î2I II donna l'ordre de défendre les villes qu'ils avaient conquises par l'effusion du sang, car aucune d'elles n'avait été prise sans leur coûter beaucoup de sang. Téancum les voyant ainsi résolus à maintenir leurs conquêtes, jugeant aussi que, vu leurs forces immenses, il ne serait pas prudent de les attaquer dans leurs forts, il occupa ses troupes, comme s'il se préparait à la guerre; et la vérité est qu'il se préparait à se défendre, en élevant des murailles et construisant des places fortes.

3 Et il continua ses préparatifs jusqu'au moment où Moroni lui envoya un nombreux renfort, avec l'ordre de retenir prisonniers tous ceux qui tomberaient entre ses mains. Car, comme les Lamanites avaient fait beaucoup de prison-

nîers, il devait retenir tous les prisonniers Lamanites, comme une rançon pour ceux qu'avaient pris les Lamanites. 11 lui ordonna encore de fortifier le pays Abondance, et de s'assurer du détroit resserré qui débouchait au pays du Nord, de crainte que les Lamanites, maîtres de ce dénié, ne pussent les harasser de tous côtés. 11 lui fit dire de défendre soigneusement cette partie du pays, et de saisir toutes les occasions possibles d'harasser les Lamanites de ce côté ; que, peut-être , il parviendrait à reprendre par stratagème , ou autrement, les villes qu'ils leur avaient enlevées ; qu'il fortifiât et renforçât celles d'alentour , qui n'étaient point au pouvoir des Launanites, finissant par dire: Je viendrai à vous; mais, en ce moment, les Lamanites nous pressent du côté de la mer de l'ouest ; je marche contre eux, c'est pourquoi je ne puis venir à vous.

4 Le roi (Ammoron) était revenu chez lui du pays de Zarahemla, et avait appris â la reine la mort de son irère. Et ayant levé une nombreuse armée, il marcha contre les Néphites vers la mer de l'ouest. 11 s'efforçait ainsi de fatiguer les Néphites, d'attirer une partie de leurs forces de ce côté, quand, d'autre part, il donna l'ordre â ceux qu'il avait laissés dans les villes conquises, d'harasser aussi les Néphites vers les bords de la mer de l'est, et de s'emparer de leurs terres, autant que leurs forces le leur permetti^ient. Telles étaient les circonstances dangereuses où se trouvaient les Néphites, à la fin de la vingt-sixième année du règne des juges.

5 Mais, dans la vingt-septième année, Moroni ayant disposé des troupes pour protéger le sud et l'ouest, s'était mis en marche vers le pays Abondance, pour aider Téancum à reprendre les villes qu'ils avaient perdues. Ce dernier avait reçu l'ordre d'attaquer la ville de Muleck et de la reprendre, si la chose lui était possible.

6 Téancum fit donc ses préparatifs pour attaquer la ville de Muleck, et pour marcher avec son armée contre les Lamanites. Mais il vit qu'il lui serait impossible de les vaincre, tant qu'ils resteraient dans leurs fortifications. Il abandonna donc son dessein, et revint à la ville Abondance, pour y attendre l'arrivée de Moroni avec des renforts pour son armée.

7 Moroni ne tarda pas à arriver avec ses forces au pays Abondance, et c'était vers la fin de la vingt-septième année du règne des juges. Au commencement de la vingt-huitième année, Moroni, réuni â Téancum et à plusieurs des capitaines en chef, tinrent un conseil de guerre, sur ce qu'ils devaient faire pour attirer les Lamanites hors de leurs places

fortes ou comment ils pourraient les entraîner à en sortir, afin de les vaincre et leur reprendre la ville de Muleck.

8 Us décidèrent d'envoyer un message au chef de l'armée des Lamanites défendant la ville de Muleck, qui s'appelait Jacob, l'invitant à sortir avec ses hommes pour se rencontrer dans la plaine, entre les deux villes. Mais Jacob, qui était un Zoramite, s'y refusa.

9 Et Moroni, perdant tout espoir de pouvoir se mesurer avec eux à chances égales^ imagina de les faire sortir, par stratagème, de leurs fortifications. En conséquence, il envoya Téancum avec un détachement vers les bords de la mer, tandis que Moroni se dirigea la nuit, avec son armée, dans le désert à l'ouest de la ville de Muleck. Et le lendemain , quand les gardes Lamanites aperçurent Téancum, ils coururent en avertir Jacob leur chef.

10 Et les Lamanites sortirent contre Téancum, pensant Taccabler sous leur nombre. Ce que voyant, Téancum commença sa retraite le long de la mer, vers le nord.

44 Les Lamanites, en découvrant sa fuite, prirent courage et le poursuivirent vigoureusement. Et pendant que Téancum attirait ainsi les Lamanites par une fuite simulée, voici, Moroni donna l'ordre qu'une partie de son armée entrât dans la ville et en prit possession. Et c'est ce qu'ils firent, tuant tous ceux qui étaient restés pour la défense de la ville, tous ceux qui ne voulurent point rendre leurs armes de guerre. Et ainsi, Moroni reprit possession de la ville de Muleck avec une partie de son armée, tandis qu'avec le reste il marcha à la rencontre des Lamanites, pour les combattre à leur retour de la pouimte de Téancum.

1 2 Et les Lamanites poursuivirent Téancum jusqu'auprès de la ville Abondance ; et là, ils rencontrèrent Léhi à la tête d'une petite armée, qui y avait été postée pour la défendre. A cette rencontre, les Lamanites, et leurs capitaines en chef, se sauvèrent en grande confusion, craignant que Léhi ne les atteignît avant de pouvoir rentrer dans la ville de Muleck; car ils étaient fatigués de leur marche , et les hommes de Léhi étaient frais, ils croyaient donc n'avoir affaire qu'avec Léhi et ses gens , ne se doutant pas que Moroni était sur l'arrière avec son armée. Aussi , Léhi ne chercha-t-il point à les atteindre avant qu'ils ne fussent rencontrés par l'arn)ée de Moroni. Et il arriva cpi'avaft d'avoir fait peu de progrès dans leur retraite , ils furent enveloppés par les Képhites , d'un côté par les troupes de Moroni , de l'autre par celles de Léhi^ toutes fraîches et pleines de vigueur, tandis qu'eux étaient harassés de leur longue marche. Alors , Moroni donna l'ordre à ses gens de fondre sur

les Lamanites jusqu'à ce qu'ils eussent rendu leurs armes de guerre.

42 Mais Jacob, leur chef, Zoramite, et homme d'un courage indomptable, les conduisit au combat avec un vif acharnement. Et comme Moroni se trouvait sur leur chemin, Jacob se détermina à l'attaquer pour se frayer un chemin jusqu'à la ville de Muleck. Voici, Moroni et ses gens, étant les plus forts, ne lâchèrent pas pied devant les Lamanites.

14 Et des deux côtés, on se battit avec acharnement, et il y eut de part et d'autre un grand nombre de morts. Moroni fut blessé et Jacob tué. Et Léhi les pressait sur l'arrière avec tant de fureur, avec ses hommes vigoureux, que tous ceux qui étaient en arrière rendirent leurs armes de guerre ; et les autres . dans la dernière confusion ^ ne savaient où aller, ni où irapper. Ce que voyant Moroni, il leur cria : Si vous voulez rendre vos armes de guerre, nous arrêterons l'effusion du sang. Et quand les Lamanites enten dirent ces paroles, leurs capitaines en chef, ceux qui n'avaient point été tués, s'avancèrent et mirent bas les armes aux pieds de Moroni; et ils ordonnèrent à leurs hommes d'en faire autant. Mais beaucoup de ceux-ci s'y refusèrent. Alors, on s'empara d'eux, on les lia, les armes furent arrachées de leurs mains, et on les força de marcher avec leurs frères jusqu'au pays Abondance. Et le nombre de ces prisonniers excédait de beaucoup le nombre de ceux qui avaient été tués; il fut même plus grand qne celui des morts, des deux côtés.

1 5 Des gardes furent assignées aux prisonniers Lamanites, et on les obligea à enterrer leurs morts, ainsi que les morts Néphites, Et des gardes furent postées pour surveiller leurs travaux. Après quoi^ Moroni ïjartit pour la ville de Muleck, accompagné de Léhi, auquel il donna le commandement de la ville. Il avait suivi Moroni dans presque toutes ses batailles ; d'un caractère semblable , ils se félicitèrent de leur salut commun, pleins d'amour l'un pour l'autre, et

'également chéris de tout le peuple de Néphi.

16 Et quand les Lamanites eurent fini d'enterrer leurs morts et les morts Néphites, ils furent emmenés dans le pays Abondance, où Téancum, par les ordres de Moroni, les fit travailler à creuser un fossé tout à Tentour de la ville Abondance. Et il leur fit établir un fronton de gros bois dans l'intérieur du fossé, contre lequel ils jetèrent toute la terre du fossé, jusqu'à ce que la ville fut totalement entourée ; et ils formèrent ainsi une muraille forte de gros bois et de terre, d'une grande hauteur. Et cette ville fut dès lors extrêmement forte ; et ce fut là où ils tinrent prisonniers

les Lamanites, dans cette même muraille quUls leur avaient fait bâtir de leurs propres mains. Moroni les fit ainsi travailler, car il était plus facile de les garder, étant occupés au travail ; et il désirait pouvoir disposer de toutes ses troupes, quand il attaquerait les Lamanites.

1 7 Moroni venait donc de remporter la victoire sur une des plus grandes armées Lamanites, à Tissue de laquelle il avait pris possession de la ville de Muleck, une des places les plus fortes des Lamanites dans le pays des Néphites ; et il avait fait bâtir un fort pour y garder ses prisonniers. U ne tenta plus de bataille contre les Lamanites dans le cours de cette année, mais il employa ses gens à faire des préparatifs de guerre, à construire des fortifications pour se préserver des Lamanites, ainsi qu^à prantir leurs femmes et leurs enfants de la famine et des afflictions, et à ramasser des vivres pour son armée.

48 Et il arriva qu'en l'absence de Moroni les armées Lamanites, du côté de la mer de l'ouest, au sud , profitant de quelques intrigues des Néphites qui les divisèrent , gagnèrent du terrain sur eux, à ce point au'ils s'emparèrent même de plusieurs villes de cette partie au pays. Ainsi, par leurs propres iniquités, et par des intrigues et des dissensions qui les divisaient , ils se trouvèrent placés dans les circonstances les plus dangereuses.

49 Mais je dois aire quelque chose touchant le peuple d'Âmmon, autrefois des Lamanites, qui, par Âmmon et ses frères, ou plutôt par la puissance et la parole de Dieu, avaient été convertis au Seigneur. Ils avaient été emmenés dans le pays de Zarahemla, et étaient depuis lors sous la protection des Néphites. Ils avaient juré par serment de ne plus prendre les armes contre leurs frères, de ne plus verser le sang, aimant mieux mourir que de violer leur serment. Ils seraient donc tombés entre les mains de leurs frères, si, par la pitié et l'amour extrême d'Ammon et de ses frères , ils n'eussent été emmenés au pays de Zarahemla, où ils furent toujours protégés par les Képhites. -

20 Mais quand ils virent le dapger et les grands maux

3ue les Néphites enduraient pour eux , ils furent touchés 'une vive compassion , et voulurent reprendre les armes pour la défense de leur patrie. Et comme ils allaient le faire, ils en furent détournés par Hélaman et ses frères , qui les dissuadèrent de rompre le serment qu'ils avaient juré : Hélaman craignant qu'en le faisant ils ne perdissent leurs âmes. C'est pourquoi tous ceux qui avaient contracté cette alliance se virent contraints d'être témoins des dangers et des afflictions de leurs frères, sans pouvoir leur venir en aide.

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â4 Mais voici, ils avaient des fils qui n'avaient point juré de ne plus prendre les armes pour se défendre contre leurs ennemis ; ils se réunirent, tous ceux qui, du moins, étaient capables de porter les armes, prenant le nom de Néphites, et jurant par serment de se battre pour la liberté des Néphites, de défendre la patrie au péril même de leur vie. De plus, ils convinrent de ne jamais renoncer à leur liberté, et de se battre en toutes circonstances pour se garantir euxmêmes, ainsi que les Néphites, de la servitude.

22 11 y eut deux mille de ces jeunes hommes qui contractèrent cette alliance, et qui prirent les armes pour la défense de leur patrie. Or, ils n'avaient jamais été une charge pour les Néphites, et ils leur devinrent alors d'un grand secours ; car ils prirent leurs armes de guerre et voulurent qu'Hélaman fut leur chef. Us étaient tous de jeunes hommes, pleins de vaillance, de courage, de force et d'activité ; mais ce n'est pas là tout , ils étaient ûdèles en toutes choses et en tout temps, et candides et tempérants, car ils avaient été instruits à garder les commandements de Dieu, et à marcher en toute droiture devant lui.

23 Hélaman se mit donc à la tête de ces deux mille jeunes soldats pour la défense de son peuple , et il se dirigea vers les frontières sud du pays, non loin de la mer de l'ouest. Et ainsi finit la vingt-huitième année du règne des juges sur le peuple de Néphi.

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