‹ Le Livre de MormonChapitre 74 sur 135 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

4 Dans la vingt-neuvième année du règne des juges, Ammoron envoya proposer à Moroni de taire l'échange des prisonniers. Ce qui fut pour Moroni un grand sujet de joie, car il désirait que les provisions destinées aux prisonniers Lamanites fussent affectées au soutien de son propre peuple , et de plus il voulait en renforcer son armée. Les Lamanites avaient pris beaucoup de femmes et d*enfants, et il n'y avait ni femmes ni enfants au nombre des prisonniers de Moroni. C'est ce qui fit que Moroni se décida à user d'un stratagème pour obtenir des Lamanites autant de prisonniers Néphites que possible. Il écrivit une épitre qu'il envoya par le serviteur d' Ammoron , celui-là même qui avait apporté répitre à Moroni.

2 Or, voici les paroles qu'il écrivit à Ammoron : Je vous ai dit quelque chose, Ammoron, touchant cette guerre que vous faites contre mon peunle, ou plutôt aue votre frère a

commencée et que vous avez résolu de continuer après sa mort. Je voudrais maintenant vous dire quelques mots touchant la justice de Dieu, et le glaive de son courroux toutpuissant suspendu sur vos têtes, à moins que vous ne vous repentiez, que vous ne vous retiriez, avec vos armées, dans votre projp>re pays, ou le pays de vos possessions, qui est le pays de îiéphi. le vous (lirais ces choses, si vous étiez capables de les écouter; oui, je vous déclarerais les choses de cet horrible enfer qui est prêt à recevoir des meurtriers tels que vous êtes, vous et votre frère, à moins que vous ne vous repentiez et ne renonciez à vos projets meurtriers, et que vous ne vous retiriez, avec vos troupes, dans votre pays ; mais comme vous avez rejeté ces choses , et que vous avez combattu contre le peuple du Seigneur, je ne puis rien attendre de vous, sinon que vous le ferez encore.

3 Maintenant, nous sommes prêts à vous recevoir. Et sî vous ne renonciez à vos projets, vous vous attireriez la colère de ce Dieu que vous avez repoussé, même au point de vous détruire entièrement. Mais, aussi vrai que Dieu vit, si vous ne vous retirez, nos armées fondront sur vous, et vous serez visités par la mort ; car , à tout prix , nous voulons conserver nos villes et nos terres , et défendre notre religion et la cause de notre Dieu. Mais je crains de vous parler de ces choses en vain, et je pense que vous êtes un enfant de Tenfer; c'est pourquoi je finis mon épître en vous déclarant. que je n'échangerai point les prisonniers, à moins que vous ne délivriez un homme , sa femme et ses enfants pour un prisonnier. Je ferai l'échange à ces conditions. Si vous ne le voulez faire , je ferai marcher contre vous mes armées ; j'armerai même jusqu'à mes femmes et mes enfants, et je viendrai à vous, et je vous poursuivrai jusque sur vos propres terres, qui sont le pays de notre premier héritage. Et ce sera sang pour sang, vie pour vie; et je vous combattrai jusqu'à ce que vous soyez balayé de la face de la terre. Sachez^le, je suis plein de courroux, moi et mon peuple. Vous avez cherché à nous massacrer, quand nous ne cherchions qu'à nous défendre. Mais voici, si vous cherchez de nouveau à nous détruire, nous chercherons à vous détruire ; oui, nous chercherons à reprendre le pays de notre premier héritage. Maintenant ie finis mon épître. Je suis Moroni, un chef du peuple de Néphi.

4 Lorsque Ammoron eut reçu cette épître. il devint furieux et il écrivit une autre épître à Moroni, lui disant : Je suis Ammoron , roi des Lamanites ; je suis frère d' Amalickiah, que vous avez assassiné. Je vengerai son sang sur vous, en venant avec mes armées ; je ne crains point vos rqe-

naces. Vos pères ont fait tort à leurs frères, en leur enlevant leur droit au gouvernement qui leur appartenait en toute justice. Mettez bas les armes, soumette^vous au gouvernement de ceux à qui il appartient de droit, alors je ferai déposer les armes à mon peuple ; et toute guerre cessera. Vous avez proféré bien des menaces contre moi et mon peuple, mais nous n'en avons nulle crainte. Cependant, c'est avec joie que je vous accorderai votre demande d'échanger les prisonniers pour me conserver des vivres pour mes hommes de guerre ; et nous aurons une guerre sans fin, ou qui durera tant que les Néphites ne seront point soumis à notre autorité, ou tant que nous ne les aurons point complètement exterminés.

5 Quant à ce Dieu que nous avons rejeté , dites-vous , nous ne connaissons point un tel être. Ni vous non plus n'en avez pas connaissance. Mais, en supposant qu'il existât un tel être, nous ne savons s'il ne nous a pas créés aussi bien que vous. Et s'il était vrai qu'il y eût un diable et un enfer, ne vous enverrait-il pas l'habiter avec mon frère que vous avez assassiné , lui que vous insinuez être allé en un tel lieu. Mais ces choses n'importent en rien. Je suis Ammoron, descendant de Zoram, que vos pères ont forcé à quitter Jérusalem. De plus, je suis à présent un Lamanite sans peur. Et si cette guerre vous a été faite, c'est pour venger leurs torts él pour reconquérir leurs droits au gouvernement. Et je finis mon épitre à Moroni.

6 Quand Moroni eut reçu cette épître, il en fut encore plus irrité, parce qu'il savait qu' Ammoron avait une parfaite connaissance de sa propre fraude , et qu'il savait que la guerre ou'il faisait au peuple de Néphi n'était pas juste. Et il dit : Non, je n'échangerai pas les prisonniers avec Ammoron, à moins qu'il n'abandonne ses projets, ainsi que je le lui ai déclaré dans mon épître, car je ne veux pas lui accorder plus de forces qu'il n'en a. Voici, je connais l'endroit où les Lamanit^s tiennent mon peuple prisonnier ; et comme Ammoron ne voudra pas céder à mes vœux, je lui ferai selon ma parole, je répandrai la mort parmi les siens, jusqu'à ce qu'ils sollicitent la paix.

7 Moroni, ayant prononcé ces paroles, fit rechercher, parmi ses soldats, un homme qui descendit de Laman ; et il en fut trouvé un qui se nommait Laman. 11 avait été un des serviteurs du roi assassiné par Amalickiah. Moroni l'envoya , avec un petit nombre dliommes, vers les gardiens des Néphites.

8 Maintenant, les Néphites étaient gardés dans la ville de Gid ; c'est pourquoi Moroni avait choisi Laman qu'il y en-

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voya avec un petit nombre d'hommes. Et la nuit étant venue, Laman alla à ceux qui gardaient les Néphites. qui le hélèrent, quand ils le virent arriver. Mais il leur répondit : Ne craignez rien. Je suis un Lamanite. Nous nous sommes échappés de chez les Néphites, qui dorment. Nous nous sommes emparés de leur vin, et nous l'avons emporté avec nous. Ce qu'entendant les Lamanites, ils lui firent un joyeux accueil, tit ils lui dirent : Donnez-nous de votre vin, que nous en buvions. Nous sommes bien aises que vous ayez apporté ce vin, car nous sommes abîmés de fatigue. Mais Laman leur répondit : Gardons notre vin pour le moment où nous irons combattre les Néphites. Ces paroles ne firent qu'exciter davantage leur désir de boire le vin, car, disaient-ils, nous sommes fatigués, et nous devons prendre du vin. Nous recevrons tantôt le vin de nos rations, et elles nous renforceront pour aller contre les Néphites. Et Laman leur dit : Faites selon vos désirs. Ils burent à leur aise ; et le trouvant fort agréable au goût, ils en prirent copieusement, il était très tort, ayant été préparé pour cela.

9 Ils burent en se livrant à la joie, et peu à peu Us furent bientôt tous ivres. Et quand Laman et ses hommes les virent tous ivres, et plongés dans un sommeil profond, ils retournèrent à Moroni, à qui ils rapportèrent tout ce qui était arrivé. C'était là le dessein de Moroni. Et il livra à ses hommes des armes de guerre ; et pendant que les Lamanites étaient dans le sommeil et dans l'ivresse, il envoya à la ville de Gid, et fit jeter des armes aux prisonniers ; de sorte que tous furent armés, même leurs femmes, et tous ceux de leurs enfants qui étaient en état de manier les armes. Ainsi, Moroni arma tous ces prisonniers. Toutes ces choses furent faites dans un profond silence. Et si les Lamanites s'étaient éveillés, ivres comme ils étaient, les Néphites auraient pu les tuer. Mais ce n'était pas ce que voulait Moroni. Il ne se plaisait point dans le meurtre ni dans l'effusion du sang, mais il trouvait sa joie à sauver son peuple de la destruction. Et pour ne pas se couvrir d'injustice^ il n'aurait pas voulu tomber sur les Lamanites et les exterminer dans leur ivresse. Il avait atteint son but en armant ces Néphites prisonniers dans les murs de la ville, et en leur fournissant les moyens de s'emparer de cette partie de la ville qui était dans son enceinte. 11 fit alors retirer un peu les hommes qui l'accompagnaient, et il leur fit envelopper l'armée des Lamanites.

10 Tout ceci se passait pendant la nuit^ de sorte que quand les Lamanites s'éveillèrent le matin, ils virent qu ils étaient entourés par les Néphites en dehors , et que leurs prisonniers étaient armés en dedans. Ainsi, ils virent que

le»Néphites avaient tout pouvoir sur eux, et qu'il n'était pas expédient, dans ces circonstances, de les combattre ; c'est pourquoi, les capitaines en chef demandèrent leurs armes de guerre, qu'ils apportèrent, et mirent aux pieds des Né-

Khites, implorant leur miséricorde. Celait là ce que voulait loroni. H les fit prisonniers de guerre, prit possession de la ville, et délivra tous les prisonniers Néphites, qui, se joignant à son armée, la renforcèrent considérablement.

11 £t il fit employer les prisonniers Lamanites à divers travaux pour renforcer les fortifications de la ville de Gid. Et après avoir fortifié cette ville comme il le voulait, il les emmena à la ville Abondance , où il les fit garder par des forces très considérables. Et malgré toutes les intrigues des Lamanites, les Néphites surent conserver et protéger tous les prisonniers qu ils avaient faits ; ils maintinrent toutes les terres et tous les avantages qu'ils avaient reconquis. Et les Néphites recommencèrent à être victorieux, et à ressaisir leurs droits et leurs privilèges. Maintes fois les Lamanites cherchèrent à les surprendre pendant la nuit, mais dans ces tentatives, ils perdirent beaucoup de prisonniers. Maintes fois, ils tentèrent de faire boire de leur vin aux Néphites, en vue de les tuer par le poison ou pendant leur ivresse ; mais ceux-ci, attentifs à se souvenir du Seigneur leur Dieu en ces jours d'affliction, ne tombèrent pas dans leurs pièges ; ils ne prirent point de leur vin avant de commencer par en donner à quelques prisonniers Lamanites. C'est ainsi

Su'ils étaient circonspects à ne point se laisser administrer u poison, car si leur vin pouvait empoisonner un Lamanite, il empoisonnerait également un Néphite ; c'est pourquoi ils faisaient l'épreuve de toutes leurs boissons.

12 Maintenant, il arriva qu'il devint expédient pour Moroni de se préparer à attaquer la ville de Morianton. Car les Lamanites, par leurs travaux, l'avaient tellement bien fortifiée qu'elle était devenue une place extrêmement forte ; et ils ne cessaient d'y donner de nouvelles forces et d'y amener de nouvelles provisions.— Ainsi finit la vingt-neuvième année du règne des juges sur le peuple de Néphi.

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