CHAPITRE XXVL
4 Au commencement de la trentième année du règne des juges , au second jour du premier mois, Morgni reçut une épitre d'Hélaman sur les aflbires du peuple dans cette partie
du pays. Voici les termes de cette épître : Mon très cher et bien-aimé frère Moroni, aussi bien dans le Seigneur que dans les tribulations de notre service militaire , voici , j'ai quelque chose à vous dire touchant notre guerre dans cette partie du pays.
2 Voici, il y avait deux mille des fils de ceux qu'Ammon ramena du pays de Néphi. Nous avons su qu'ils étaient des descendants de Laman , le fils aine de notre père Léhi. Il est inutile que je vous rapporte leurs traditions ou leur incrédulité, car vous les connaissez; il me suffira donc de vous dire que deux mille de ces jeunes hommes ont pris leurs armes de guerre. Ils ont voulu que je me misse à leur tête; et nous sommes allés défendre notre patrie. Vous savez le serment qu'ont fait leurs pères de ne point combattre contre leurs frères, et de ne point verser le sang. Dans la vingt-sixième année , voyant les afflictions et les tribulations que nous éprouvions pour eux, ils furent prêts à rompre leur serment et à prendre les armes pour notre défense. Mais je ne voulus point permettre qu'ils devinssent parjures, pensant que Dieu nous prêterait sa force, et que nous cesserions de souffrir à cause de l'accomplissement de leur serment.
3 Or, voici une chose qui vous procurera une grande Joie; dans la vingt-sixième année, moi, Hélaman, je marchai , à la tête de ces deux mille jeunes hommes , à la ville de Judéa, au secours d'Antipus, que nous avions été établir gouverneur du peuple dans cette partie du pays. Et je réunis mes deux mille jeunes fils (ils sont dignes d'être appelés mes fils) à l'armée d'Antipus, ce qui le combla de joie; car son armée avait été beaucoup réduite par les grandes pertes qu'il avait essuyées, et que nous avions eu tant sujet de déplorer. Nous pouvons néanmoins nous consoler sur ce point, en pensant qu'ils sont morts pour la cause de leur patrie et de leur Dieu; oui, et ils sont heureux. Les Lamanites ont retenu prisonniers un grand nombre des nôtres, et ce sont tous des capitaines en chef, car ils n'ont épargne la vie d'aucun autre. Nous supposons qu'en ce moment ils sont dans le pays de Néphi, sils n'ont point été tués.
4 Voici maintenant les villes dont les Lamanites ont pris possession , au prix du sang de tant de nos vaillants hommes : le pays de Manti on la ville de Manti, la ville de Zeezrom, la ville de Cuméni, et la ville d'Antiparah. Ce sont là les villes qu'ils possédaient quand j'arrivai à la ville de Judéa, ou je trouvai Antipus et ses hommes travaillant, de toutes leurs forces, à fortifier la ville. Ils étaient accablés de corps et d'esprit, se battant le jour et travaillant la nuit,
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à la défense de leur ville, souffrant ainsi toutes sortes d'afflictions. Et ils étaient résolus à vaincre ou à mourir. Aussi devez-vous concevoir combien cette petite force que j'amenai avec moi, ces fils que j'appelle miens, leur donnèrent d'espérance et leur causèrent de joie.
5 Et quand les Lamanites virent qu'Aotipus avait reçu des renforts, ils furent contraints, d'après les ordres d'Ammoron , de renoncer à nous attaquer, ou la ville de Judéa. Et nous fûmes ainsi favorisés du Seigneur, car si , faibles comme nous étions, ils fussent tombés sur nous, ils eussent pu détruire notre petite armée. Mais nous fûmes ainsi préservés. 11 leur avait été ordonné par Ammoron de conserver ces villes qu'ils avaient conquises. Et ainsi finit la vingts sixième année.
6 Au commencement de la vingt-septième , nous étions tout préparés à nous défendre, désirant que les Lamanites, que nous ne voulions pas attaquer dans leurs places fortes, vinssent nous attaquer. C'est pourquoi nous placées des espions tout à l'entour, afin de surveiller leurs mouvements, et les empêcher de passer, ni pendant le jour ni pendant la nuit , pour attaquer nos autres villes du nord , sachant que les habitants de ces villes n'étaient pas assez forts pour leur résister. Aussi, avions-nous arrêté, s'ils venaient à nous tourner et à passer, de tomber sur eux en arrière pour les arrêter ainsi , en même temps qu'ils seraient attaqués de front. Nous supposions que nous pourrions les vaincre, mais nous fûmes trompés dans notre attente, car ils n'osèrent pas nous tourner et passer ni avec toute leur armée ni avec une partie, craignant de n'être pas assez forts et de succomber, il n'osèrent pas non plus marcher sur la ville de Zarahemla , ni traverser la source de la rivière Sidon pour aUer contre la ville de Néphihah. Et ainsi ils étaient résolus à défendre, à l'aide de leurs forces, ces villes qu'ils avaient prises.
7 Dans le second mois de cette année, une grande quantité d'approvisionnements nous fut apportée par les pères de mes deux mille fils. Et il nous fut envoyé deux mille hommes du pays de Zarahemla. Nos forces alors étaient de dix mille hommes, bien pourvus de provisions pour eux, leurs femmes et leurs enfants. Aussi les Lamanites, en voyant nos forces s'augmenter de jour en jour, et les vivres nous arriver, commencèrent-ils à devenir craintifs et à faire quelques sorties, en vue, si c'était possible, d'empêcher 1 arrivée des provisions et des renforts. Maintenant, voyant rincfuiétude des Lamanites, nous crûmes devoir user de stratagème envers eux. C'est pourquoi Antipus me donna
l'ordre de sortir avec mes jeunes fils et de nous diriger vers une ville voisine, comme si nous y apportions des approvisionnements. Notre direction était de passer près de la ville d'Antiparah, comme si nous devions aller à une ville au delà, sur les bords de la mer, pour rapprovisionner. Et Antipus sortit, de son côté, avec une partie de ses troupes, laissant le reste pour la défense de la ville. Mais il ne sortit que quand je fus près de la ville d'Antiparah avec nia petite armée.
8 Or, la plus forte , et même la plus nombreuse armée des Lamanites avait été réunie dans la ville d'Antiparab. Et instruits de notre approcbe par leurs espions, ils sortirent avec leur armée pour se mettre à notre poursuite. Mais nous prîmes la fuite vers le nord. Et de cette manière, nous entraînâmes la plus forte armée des Lamanites à une grande distance 2 et quand ils virent Tannée d' Antipus les poursuivre vigoureusement, ils n'osèrent se détourner ni à droite ni à gauche, mais ils continuèrent leur poursuite contre nous en ligne droite. Nous dûmes supposer qu'ils avaient l'intention de nous défaire avant qu' Antipus ne les eût atteint, afin de n'être pas enveloppés de toutes parts. Antipus, voyant notre danger, pressa la marcbe de son armée ; mais la nuit venant à tomber, les Lamanites ne purent nous atteindre; et ils ne furent pas non plus atteints par Antipus ; et nous campâmes pour la nuit.
9 Avant le point du jour, les Lamanites étaient déjà à notre poursuite. Mais nous n'étions pas assez forts pour leur résister ; et je ne voulais pas permettre à mes jeunes fils d'en venir aux mains avec eux; c'est pourquoi nous continuâmes notre retraite vers le désert. Ils n'osaient tourner ni à droite ni à gauche , de peur d'être enveloppés, et je n'osais, non plus, tourner ni à droite ni à gauche, aans la crainte d'être atteint. Et nous ne pouvions pas leur tenir tête , car nous aurions succombé , et ils se seraient échappés. Nous poursuivîmes donc tout le jour notre marche dans le désert, depuis le matin jusqu'au soir.
iO Au point du jour, nous vîmes revenir les Lamanites. et de nouveau nous fîmes retraite devant eux. Mais ils né tardèrent pas à s'arrêter dans leur poursuite ; et c- était le matin du troisième jour du septième mois. Ignorant alors s'ils étaient arrêtés par Antipus, je dis à mes gens r Nous ne savons pas s'ils ont cessé de nous poursuivre dans l'idée que nous irons contre eux, et qu'ils nous prendront dans leur piège, donc, qu'en pensez-vous, mes fils, voulez-vous aller les combattre? Or, mon bien-aimé frère Moroni, je vous déclare que jamais je n'avais vu autant de courage,
non, ims même parmi tous les Néphites. Car, comme je les appelais toujours mes fils (étant tous très jeunes), aussi ils me dirent : Père, voici, notre Dieu est avec nous, et il ne permettra pas que nous succombions. Ainsi, avançons. Nous ne voudrions pas tuer nos frères, s'ils voulaient nous laisser tranquilles. Mais, marchons, de crainte qu'ils ne défassent l'armée d'Ântipus. Jus(|u'alors , ils ne s'étaient point battus, cependant ils ne craignaient point la mort, pensant plus à la liberté de leurs pères, qu'à leur propre vie; ouij ils avaient appris de leurs mères, que s'ils ne doutaient point, Dieu les délivrerait. Et ils me répétaient les paroles de leurs mères, disant : Nous ne doutons pas que nos mères ont su la vérité de ce qu'elles ont dit. *
4 1 Alors je me retournai avec mes deux mille contre ces Lamanites qui étaient à notre poursuite. Mais l'armée d'Antipus les avait atteints , et une bataille terrible était engagée. L'armée d'Antipus, fatiguée d'une si longue marche en si peu de temps, était sur le point d'être mise en déroute par les Lamanites. Et si je n'étais retourné avec mes deux mille, les Lamanites auraient eu sans doute le dessus ; car Antipus avait été tué, ainsi qu'un grand nombre de leurs chefs, tant ils étaient harassés de fatigue causée par la ra-
Îiidite de leur marche. Aussi, les hommes d'Antipus, en conùsion par la mort de leurs chefs commençaient-ils à s'ébranler devant les Lamanites.
42 En ce moment, les Lamanites reprirent courage et se mirent à les poursuivre ; et ils le faisaient avec une vive ardeur, quand je tombai sur leur arrière avec mes deux mille, et commençai à en taire un grand carnage ; alors toute l'armée des Lamanites fit halte, et se retourna contre nous. Ce que voyant les hommes d'Antipus, ils se rassemblèrent et fondirent sur l'arrière des Lamanites.
4 3 Maintenant il arriva que nous tous réunis, le peuple de Néphi, le peuple d'Antipus et moi, avec mes deux mille, nous enveloppâmes les Lamanites, et en fîmes un grand carnage, au point qu'ils furent forcés de donner leurs armes de guerre, et de se rendre prisonniers de guerre.
4 4 La bataille finie , je comptai mes jeunes hommes qui avaient si vaillamment combattu, craignant qu'il y en eût beaucoup de tués. Mais, à ma grande joie, pas un seul n'avait péri. Cependant ils s'étaient tous battus , comme s'ils avaient été armés de la puissance de Dieu ; oui, et jamais homme ne s'était battu avec une force si miraculeuse. Ils tombèrent avec tant d'impétuosité sur les Lamanites, qu'ils les remplirent d'épouvante ; et c'est pour cela qu'ils se rendirent prisonniers de guerre. Et comme nous n'avions point
de lieu sûr pour les garder, nous les envoyâmes au pays de Zarahemia, ainsi qu'une partie de ceux de Tannée d'Antipus qui n'avaient pas été tués. Et les autres Je les réunis à mes jeunes Ammonites , et nous revînmes à la ville de Judéa.
15 En ce moment je reçus une épître d'Ammoroo, le roi, disant que , si je délivrais les prisonniers de guerre que nous avions faits, il nous livrerait la ville d'Antiparah. Mais j'envoyai une épître au roi, disant que nous étions assurés de prendre , par la force, la ville d'Antiparah; et qu'en délivrant les prisonniers pour cette ville, nous nous considérerions comme peu sages , mais que nous ne délivrerions nos prisonniers que par échange. Et Ammoron repoussa ma proposition, car il ne voulait point faire l'échange des prisonniers; c^est pourquoi nous noUs disposâmes â marcher contre la ville d'Antiparah. Mais le peuple quitta la ville et se réfugia dans les autres villes qu'ils possédaient pour les fortifier. Et la ville d'Antiparah tomba entre nos mains. Ainsi finit la vingt-huitième année du règne des juges.
16 Au commencement de la vingt-neuvième année, nous reçûmes du pays de Zarahemia et des pays environnants, un secours de provisions ainsi qu'un renfort pour notre armée d'environ six mille hommes et de soixante des fils des Ammonites, qui étaient venus se joindre à leurs frères mes deux mille. Et voici , nous étions devenus forts et nous avions des vivres en abondance.
47 Notre intention était de livrer bataille à l'armée qui protégeait la ville de Guméni. Je vais donc vous montrer que nous pûmes atteindre promptement notre but: avec une partie de nos forces, nous investîmes la ville de Guméni durant la nuit, un peu avant que ses habitants dussent recevoir des approvisionnements. Nous campâmes à l'entour de la ville pendant plusieurs nuits , mais sans quitter nos armes ; et nous postâmes des gardes, afin que les Lamanites ne vinssent point nous attaquer pendant la nuit : ce qu'ils tentèrent plusieurs fois, mais toujours sans succès et avec de grandes pertes. Enfin leurs provisions arrivèrent , et étaient sur le point de pénétrer la nuit dans la ville. Mais nous, au lieu d'être Lamanites, nous étions des Néphites; c'est pourquoi nous les fîmes prisonniers et nous nous emparâmes des provisions. Et bien que, par là, les Lamanites fussent privés de leurs provisions, ils persistèrent dans leur résolution de défendre la ville ; il devint donc nécessaire d'envoyer les provisions à Judéa, et le» prisonniers au pays de Zarahemia.
1 8 Et peu de jours s'étaient à peine écoulés, que déjà les Lamanites, désespérant de recevoir du secours, nous re-
mirent la ville entre les mains. Et nous réussîmes dans notre projet de prendre la ville de Cuméni. Mais les prisonniers que nous avions faits étaient en si grand nombre, que nous nous vîmes obligés d'employer toutes nos forces à les garder ou de les mettre à mort. Car voici, ils se soulevèrent en masse, se battant avec des pierres, des bâtons et tout ce qu'ils pouvaient saisir, de sorte que nous en tuâmes plus de deux mille qui s'étaient rendus prisonniers de guerre. Il était donc expédient ou de les tuer, ou de les garder, l'épée à la main, jusqu'au pays de Zarâhemla ; il y a plus, nos provisions n'étaient point suffisantes pour nous-mêmes, malgré ce que nous en avions pris aux Lamanites. Dans ces circonstances critiques, c'était donc une grave affaire de prendre un parti sur ces prisonniers. Nous résolûmes enfin de les envoyer au pays de Zarâhemla ; et pour cela, nous choisîmes une partie de nos hommes que nous chargeâmes d'y conduire ces prisonniers.
19 Mais il arriva qu'ils revinrent le lendemain. Et, pour le moment, nous ne les questionnâmes pas sur les prisonniers, car voici, les Lamanites marchaient contre nous; et nos hommes revenaient à temps pour nous garantir de tomber entre leurs mains; car voici, Ammoron, pour leur venir en aide, leur avait envoyé un nouveau secours de provisions, ainsi qu'une armée nombreuse.
20 Ces hommes, que nous avions chargés des prisonniers, arrivèrent donc à propos pour leur donner un échec, au moment où ils étaient prêts à nous vaincre. Mais voici, mon jeune corps de deux mille soixante combattit avec acharnement ; ils se tinrent fermes devant les Lamanites, et donnèrent la mort à tous ceux qui leur résistaient. Et comme le reste de notre armée était sur le point de lâcher pied devant les Lamanites, voici, ces deux mille soixante, déployant un courage indomptable, se montrèrent exacts à obéir et à observer chaque mot du commandement. Et en ceci il leur fut fait selon leur foi ; et je me souvins de ce ou'ils me disaient que leurs mères leur avaient enseigné. C'est à mes fils et à ces hommes qui avaient été choisis pour emmener les prisonniers que nous devions cette grande victoire ; car ce sont eux qui battirent les Lamanites et les refoulèrentjusqu^à la ville ae Manti. Nous conservâmes ainsi la ville de Cuméni , et nous échappâmes à l'extermination ayant néanmoins éprouvé de grandes pertes.
21 Après que les Lamanites se furent enfuis , je donnai immédiatement l'ordre de retirer les blessés d'entre les morts, et je fis panser leurs blessures. Et de mes deux mille soixante, deux cents s'étaient évanouis à cause de la perte
de leur sang. Toutefois , et nous le devons à la bonté de Dieu, notre étonnement fut grand, autant que le fut celui de l'ennemi, pas un seul d'entre eux n'avait péri; bien que tous eussent reçu de nombreuses blessures. Aussi, leur conservation étonnait-elle toute notre armée. Oui, ils avaient été épargnés, quand un millier de nos frères avaient péri. Et nous rattribuons, avec raison, au pouvoir miraculeux de Dieu, à cause de la foi vive dans lacfuelle ils avaient été élevés à croire qu'il y a un Dieu juste, et que quiconque n'en doute pas est préservé par son pouvoir merveilleux. Telle était la foi de ceux dont j'ai parlé : ils sont jeunes, ont l'esprit ferme , et ils mettent continuellement leur confiance en Dieu.
22 Nous pansâmes nos blessés, nous enterrâmes nos morts aussi bien que les morts des Lamanites qui étaient en grand nombre ; après quoi nous nous informâmes auprès de Gid , touchant les prisonniers qu'il devait escorter jusqu'au pays de Zarahemla. Gid était le capitaine en chef de la compagnie qui avait été choisie pour les garder jusque-là. Et voici ce que Gid me rapporta : Etant partis pour le pays de Zarahemla avec nos prisonniers, nous rencontrâmes les espions de notre armée, qui avaient été envoyés pour surveiller le camp des Lamanites. Et ils nous crièrent : L'armée Lamanite est en marche pour la ville de Guméni, où elle va tomber sur nos gens et les exterminer.
23 Nos prisonniers entendant ces cris, prirent courage et se révoltèrent contre nous. Et nous tirâmes nos épées contre eux , pour nous opposer à leur révolte. Mais ils se jetèrent en masse sur nos épées ; un grand nombre en furent percés ; quant aux autres , ils se frayèrent un passage et se sauvèrent. Et comme ils s'enfuyaient et que nous ne pouvions les atteindre, nous marchâmes en toute hâte vers la ville de Cuméni; et voici, nous arrivâmes à temps pour secourir nos Irères et préserver la ville. Et nous voilà délivrés de nouveau des mains de nos ennemis. Béni en soit le nom de notre Dieu, car c'est lui qui, en nous délivrant, a fait cette grande chose en notre faveur.
H Et quand, moi, Hélaman^ j'eus entendu ces paroles de Gid, je fus pénétré d'une joie extrême pour la bonté de Dieu, qui nous avait préservés. Et j'ai la confiance que les âmes de ceux qui ont péri, sont entrées dans le repos de leur Dieu.
25 Notre but prochain était de prendre possession de la ville de Manti, mais la difficulté était de savoir comment en faire sortir les troupes Lamanites, à l'aide de nos petites compagnies. Car ils avaient le souvenir de ce que déjà nous
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avions fait, et il nous était impossible de les attirer hors de leurs places fortes. Leurs forces dépassaient tellement les nôtres , que nous n'osions ni sortir, ni les attaquer dans leurs fortiflcations. Et comme il était expédient d'employer nos honunes à maintenir et à sauvegarder ces parties du pays que nous avions reconquises, nous jugeâmes à propos d'attendre que nous eussions reçu de nouveaux renforts du pays de Zarahemla, ainsi que des approvisionnements.
26 J'envoyai donc un messagMu gouverneur de notre pays pour lui faire connaître notreposition, et j'attendis des provisions et du renfort du pays de Zarahemla. Mais ceci nous profita peu, car les Lamaniles recevaient aussi, de jour en jour, des provisions et du renfort. Telles étaient les circonstances où nous nous trouvions alors. Et les Lamanites faisaient de temps à autre des sorties contre nous, résolus de nous détruire par stratagème , sans que nous pussions parvenir à leur livrer bataille, parce qu'ils se renfermaient dans leurs retraites et leurs places fortes.
27 Dans ces circonstances pénU)les, nous attendîmes pendant plusieurs mois , même jusqu'à la veille de mourir de faim. Mais il arriva que nous reçûmes des vivres, qui étaient gardés par un corps de deux mille hommes ; et ce fut là toute l'assistance que nous reçûmes pour nous empêcher, nous et la patrie, de tomber entre les mains de l'ennemi, et pour tenir tête à une armée innombrable. Nous ignorions la cause qui, en augmentant nos embarras, s'était opposée à ce qu'on nous envoyât yn plus grand secours ; dans notre chagrin, nous allions jusqu'à craindre que les jugements de Dieu ne tombassent sur notre pays pour nous renverser et nous détruire entièrement. C'est pourquoi, nous versâmes nos cœurs en prières à Dieu, afin qu'il lui plût de nous secourir, de nous délivrer des mains de nos ennemis , et de nous donner les forces suffisantes pour garder nos villes, nos terres et nos possessions , nécessaires au maintien de notre peuple.
28 Et le Seigneur, en nous visitant, nous donna l'assurance de notre salut, à ce point que nos âmes furent remplies de paroles de paix, et que nous reçûmes la grâce d'une foi vive et l'espérance d'une délivrance certaine. Nous prîmes courage avec le petit renfort que nous avions reçu, fermement résolus à vaincre nos ennemis, à défendre nos terres, nos possessions , nos femmes et nos enfants , et la cause de notre liberté. Ainsi fortifiés, nous sortîmes contre les Lamanites de la ville de Manti ; et nous campâmes du côté du désert qui avoisinait cette ville*. Ce que voyant les Lamanites, ils envoyèrent des espions tout à l'entour de
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nous, pour découvrir le nombre et la force de notre armée.
29 Et quand ils virent notre faiblesse, craignant que nous ne coupions Tarrivée des secours qu'ils attendaient, à moins de sortir pour nous livrer bataille et nous exterminer, ce qu'ils supposaient pouvoir faire aisément avec leurs armées nombreuses , ils commencèrent à sortir et à faire les préparatifs d'une bataille contre nous. Les voyant ainsi se préparer à nous combattre, je fis cacher Gid et Téomner dans le désert, chacun avec un petit nombre d'hommes. Gid et ses gens étaient à droite, et Téomner et les siens à gauche ; et quand ils furent cachés, je demeurai avec le reste de mon armée dans ce même lieu où j'avais d'abord campé, attendant le moment où les Lamanites arriveraient pour livrer bataille.
30 Les Lamanites tentèrent une sortie avec leur nombreuse armée. Et quand ils furent sur le point de fondre sur nous, je fis retirer mes hommes dans le désert. Les Lamanites se mirent sur nos traces avec précipitation, car ils désiraient extrêmement nous atteindre pour nous exterminer. Ils nous poursuivirent dans le désert. Mais nous passâmes entre Gid et Téomner, de sorte qu'ils ne furent point découverts par les Lamanites.
31 Aussitôt que l'armée Lamanite eut passé, Gid et Téomner sortirent de leur embuscade et empêchèrent les espions Lamanites de retourner à la ville. Après avoir ainsi coupé les espions, ils accoururent vers la ville, tombèrent sur les hommes laissés à sa garde , les tuèrent et prirent possession de la ville. Et cela se fit ainsi, parce que lés Lamanites emmenèrent toute leur armée dans le désert, à l'exception d'un petit nombre de gardes.
31 Gid et Téomner s'emparèrent par ce moyen de leurs fortifications. Et nous, après une longue marche dans le désert, nous nous dirigeâmes vers le pays de Zarahemla. Quand les Lamanites nous virent prendre cette direction, ils eurent grande peur de tomber dans un piège et commencèrent à battre en retraite dans le désert, ouï, par le même chemin qu'ils étaient venus. A la tombée de la nuit, ils dressèrent leurs tentes. Car les capitaines en chef des Lamanites avaient supposé que les Néphites étaient fatigués de leur marche ; et de plus, supposant qu'ils avaient chassé leur armée tout entière, ils n'avaient aucune inquiétude sur lavilledeMantî..
33 La nuit étant venue, au lieu de laisser dormir mes gens, je les fis avancer par un autre chemin vers le pays de Manti. Par cette marche de nuit, nous fûmes le lendemain au delà des Lamanites, et ainsi nous atteignîmes avant eux
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la ville de Manti. Et par ce stratagème nous prîmes possession de cette ville, sans effusion de sang.
34 Arrivés près de la ville, les Lamanites voyant que nous étions prêts à leur livrer oataille, furent saisis d'étonnement et frappés d'une telle crainte , qu'ils se sauvèrent dans le désert. Tout le pays fut délivré de la présence des Lamanites. Mais ils emmenèrent avec eux beaucoup de femmes et d'enfants.
35 Les villes qu'ils nous avaient prises sont maintenant rentrées en notre pouvoir. Nos pères , nos femmes et nos enfants retournent tous à leurs foyers , excepté ceux qui ont été faits prisonniers et emmenés parles Lamanites. Mais nos forces ne sont pas assez nombreuses pour pouvoir maintenir tant de villes et de possessions. Voici, nous avons confiance en notre Dieu, qui nous a fait conquérir ce pays et nous a fait reprendre ces villes et ces terres qui nous appartenaient. Maintenant, nous ignorons la cause qui empêche le gouvernement de nous accorder plus de renforts ; et ces hommes qui nous sont venus , ne savent pas non plus pourquoi nous ne recevons pas d'autre secours. Nous pensons que peut-être vous n'avez point obtenu de succès, et que par conséquent vous avez requis les forces de ce payslà. Sil en est ainsi, nous cessons de murmurer. Et si cela n'est pas, nous craignons que ce ne soit une faction dans le gouvernement qui s^oppose à l'envoi d'autres hommes pour nous secourir ; car nous savons ^'ils sont plus nombreux que ceux qui nous ont été envoyés. Mais ceci importe peu : nous avons la confiance que, malgré la faiblesse de notre armée. Dieu nous délivrera des mains de nos ennemis.
36 Nqus voici vers la fin de la vingt-neuvième année , et nous sommes en possession de nos terres, et les Lamanites se sont réfudés dans le pays de Néphi. Les fils du peuple d'Ammon, dont j'ai si favorablement parlé, sont avec moi dans la ville de Manti, et le Seigneur les a soutenus ; oui, il a empêché qu'ils ne tombassent par l'épée, au point que pas une àme n'a péri. Mais voici, ils ont reçu de nombreuses blessures. Néanmoins, ils se tiennent fermes dans celte liberté par laquelle Dieu les*a rendus libres; et ils sont exacts à se souvenir du Seigneur leur Dieu, de jour en jour; oui, ils gardent fidèlement les statuts, les jugements et les commandements ; et vive est leur foi dans les prophéties touchant ce qui est à venir.
37 Et maintenant, mon bien-aimé frère Moroni, que le Seigneur notre Dieu qui nous a rachetés et faits libres, vous garde continuellement en sa présence ; au'il répande ses faveurs sur ce peuple, et qu'il vous accorde même la grâce
de renlrer en possession de toutee que les Lamanites nons avaient ravi, et qui était destiné à notre soutien. Et maintenant, voici, je Gnis mon épître. Je suis Hélaman, fils dAlma.