‹ Le livre de Saint JosephChapitre 3 sur 23 · VÏII LA MÈCHE QUI FUME ENCORE · texte numérisé non relu

VÏII LA MÈCHE QUI FUME ENCORE

Nous avions été au lycée ensemble.

Après un séjour qu'il fit au Tonkin où sa fortune s'accrut, il revint avec l'intention de continuer, dans son village natal, cette vie de débauches qu'il prétendait la seule vraie, et qu'avait aggravée la colonie.

L'absinthe, une meute, quelques femmes, je passe le reste, sont, affirmait-il, tout ce qu'un horizon peut renfermer de bonheur.

Je lui fis une visite, vers 1905, dans la ferme où, ses parents étant morts, il s'isolait avec une jeune servante que bientôt il congédiait parce qu'il l'avait mise à mal. Il n'osa point user alors de manœuvres qu'il préconisait, qu'il avait employées maintes fois de son propre aveu. Depuis, l'ayant rencontré en chasse à plusieurs reprises, il m'avait déplu par sa conversation, et je l'évitais.

Je ne me fusse pas douté de ce que saint Joseph dût me ramener vers cet homme, quinze ans après le renvoi de la malheureuse fille qui avait accouché d'un garçon. Le père ne consentit jamais à la secourir, mais, dans la suite, il se laissait saluer par l'enfant, lui glissait même quelque menue monnaie, se montrait fier de ce qu'il devînt, chez un charpentier, un laborieux apprenti.

Saint Joseph me demanda un jour pourquoi je m'éloignais ainsi d'un pécheur.

— Tu n'es* point tellement parfait, me dit-il, que tu puisses en agir de la sorte, et surtout vis-à-vis d'un ami de jeunesse. Il faut que tout converti se méfie de lui-même. Le pharisaïsme est ce que je déteste le plus. N'oublie pas que la moindre goutte de sang divin ne demande qu'à laver toutes les fautes du monde, et les plus énormes, et le peut faire aussi aisément que s'il s'agit du caprice d'un enfant. Où le péché abonde, la miséricorde surabonde.

— Mais, demandai-je, cet impie est-il dans le cas de se faire absoudre, et regrettera-t-il ce qu'il a fait?

Alors, et d'un ton de reproche pour

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