‹ Le livre de Saint JosephChapitre 7 sur 23 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

(Un peu en retrait de la grand^ route départementale , la maison du maire ai^ec une galerie de bois qui supporte une treille mûre. Rose, rhéritière, laisse le jupon quelle amidonnait pour courir vite recevoir à la porte Jean quelle a reconnu.

Dans sa hâte, elle foule, à Ventrée du corridor, la patte d'une poule qui fuit en exécutant une voltige ridicule, se cognant aux murs et faisant entendre un caquettement précipité.)

JEAN

Monsieur le maire, s'il vous plaît, mademoiselle?

ROSE

Il n'est pas là pour l'instant, monsieur.

JEAN

Mademoiselle, voudrez-vous lui dire que le sergent Cahutte, du troisième colonial — c'est moi-même ! — est venu lui présenter ses respects.

Votre serviteur, mademoiselle.

LE xMABIAGE FORTUNE 93

ROSE

0 Jean ! Que vous me parlez avec cérémonie !

Vous avez l'air de m' avoir oubliée à présent que vous portez sur le cœur cette médaille militaire.

JEAN

Je n'oublie personne, mademoiselle ; mais je ne peux conséquemment me familiariser avec la fille du maire, moi un tout petit soldat.

ROSE

Un tout petit soldat ! Jean? Nous avons lu dans le journal tous ces ordres du jour qui m'ont fait pleurer, Jean, parce que j'étais orgueilleuse d'avoir été à l'école avec vous. Appelez-moi Rose.

JEAN

Jamais de la vie, mademoiselle.

ROSE

Que vous êtes ingrat ! Du moins entrez un moment vous rafraîchir. Papa m'en voudrait s'il savait que vous êtes venu et que vous n'avez rien voulu accepter.

JEAN

Votre serviteur, mademoiselle. Je vous estime trop pour vous faire attraper, rapport à un verre que vous avez la politesse de m'offrir.

ROSE

Entrez dans la salle à manger.

Voici une bouteille de vin de Grillon.

Mais, bien que je ne sois pas une faible personne, je n'arrive pas à la déboucher.

JEAN

Laissez-moi faire, mademoiselle. C'est moins tenace que la dent d'un Boche.

Voici.

ROSE

Comme vous vous êtes battu, Jean ! Un jour l'instituteur est accouru, tenant la Liberté, Il a dit à papa en la lui montrant : Jean Cahutte, c'est un lion. Et moi je me suis tue, après avoir lu, mais mon cœur le pensait tout bas bien fort.

JEAN

A votre bonne santé, mademoiselle !

LE MAKIAGË FORTUNE 95

ROSE

0 Jean ! Comme vous êtes musqué ! Vous n'êtes point resté ainsi que les gens sans manières d'ici. Il n'y a qu'à vous regarder prendre votre verre entre deux doigts délicats,

JEAN

Merci, mademoiselle. Vous me jugez trop favorablement.

Pas du tout, Jean. Et puis laissez-moi vous complimenter encore. Au lieu de porter la moustache en brosse, comme presque tous les autres poilus, vous en relevez les bouts, ce qui est bien plus seyant avec vos cheveux noirs qui frisent.

JEAN

Bref, mademoiselle Rose, c'est une déclaration?

ROSE

Mais oui !

JEAN

N'abusez point d'un pauvre lanturelu qui n'est pas de votre condition, et qui n'atteint pas à la hauteur de vos jolies bottines.

ROSE

Ne les regardez pas. J'ai de grands pieds.

JEAN

Vous êtes une belle personne, mademoiselle Rose. Mais il ne faut pas vous moquer de moi. Je pourrais bien peut-être en souffrir dans mon for intérieur.

ROSE

Je suis sérieuse, Jean. Regarde-moi.

JEAN

Je vous regarde avec agrément.

Tout droit?

JEAN

Tout droit !

ROSE

Eh bien ! oui, Jean ! Si tu veux bien demander ma main à mon père, moi je veux.

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