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DU PÉCHÉ

versations, à des pensées ou à des désirs coupables, cette personne devient une occasion prochaine.

Pour connaître ce qui est pour nous une occasion prochaine de péché, il faut se demander avec quelle compagnie, dans quel lieu, dans quel divertissement, à propos de quelle lecture, on a eu le malheur de faire fréquemment des fautes mortelles, comme le blasphème, les désirs criminels, l'ivresse, etc. La conscience répondra : C'est dans cette maison, c'est avec cet ami, avec cette personne, dans ce divertissement, à propos de cette lecture, etc. Voilà l'occasion prochaine découverte. 11 ne s'agit plus que de savoir ce qu'on a à faire en conscience par rapport à cette occasion. Pour le déterminer, il faut distinguer les occasions nécessaires et les occasions volontaires.

Les occasions nécessaires sont celles qu'on ne peut pas absolument quitter, ou qu'on ne peut quitter sans un inconvénient vraiment grave. Ycici un prisonnier qui est dans un cachot, à côté de compagnons d'infortune qui tiennent de mauvais propos. Cet homme ne peut quitter sa prison où le retiennent la force et la justice humaines. C'est l'occasion nécessaire. Un enfant ne peut quitter le toit paternel sans inconvénient grave, et il trouve là un danger, parce qu'il a le malheur d'appartenir à des parents sans pudeur et sans foi. C'est l'occasion nécessaire.

Quelles règles doit-on suivre dans l'occasion prochaine nécessaire? Les voici : une âme qui y est engagée, doit être résolue de se garantir de ce danger, d'éviter toute marque d'affection trop intime avec la personne qui l'entraîne au mal, de ne pas rester seule avec elle, de ne pas arrêter même sur elle ses regards, de s'approcher régulièrement des sacrements. Quelle étrange illusion que celle de ceux qui disent : Je suis dans une

situation critique, je suis exposé à retomber toujours, je ne puis pas me confesser. C'est le contraire qu'il faut penser et faire. C'est précisément dans une telle situation qu'on a un besoin plus pressant des sacrements. Ceux qui sont ainsi exposés doivent aussi renouveler tous les jours, et surtout le matin, devant un crucifix, la résolution d'éviter ce danger; sans cela ils sont convaincus de l'aimer, puisque, sachant qu'ils y sont jelés, ils ne veulent rien faire pour en sortir, ou ne prennent pour cela que des moyens inefficaces ; ils n'ont qu'une velléité de conversion, Dieu ne leur fera pas miséricorde. Que si, généreusement, ils veulent employer ces moyens ou ceux que leur confesseur leur indiquera, ils sont bien disposés, et Notre-Seigneur leur pardonnera.

Et si, le pardon obtenu, après les efforts tentés pour sortir du péché, après toutes les précautions prises, l'âme qui est dans l'occasion retombe encore, retombe toujours, que faire alors? C'est son emploi qui est pour elle la source de ses chutes, ses intérêts les plus graves sont engagés dans cette maison où elle rencontre un écueil. — N'importe; c'est alors, dit saint Liguori, le cas d'appliquer la parole du Maître : « Si votre œil droit vous scandalise, arrachez-le et jetez-le loin de vous. )) Périsse un membre plutôt que tout le corps, périssent les intérêts temporels plutôt que ceux de l'éternité?

Mais il faut bien vivre, dira-t-on. — Oui, il faut vivre; mais si on ne peut vivre sans perdre Dieu, il faut mourir. C'est ce qu'ont fait tous les saints. Et rien n'est d'ailleurs plus raisonnable; autant le ciel l'emporte sur la terre, autant lame l'emporte sur le corps. Quelle folie que celle d'un enfav»* qui, pour un morceau de verre, échangerait le diamant dont sa mère a orné sa poitrine l

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C'est celle de l'homme qui, pour un intérêt d'un instant, sacrifie Dieu et sa conscience. De là, concluons à l'égarement de ceux qui persévèrent à rester dans une maison où, depuis longtemps, ils vivent dans le mal, sans rien faire pour se convertir et sans songer à rompre avec l'occasion. Combien surtout ils sont coupables les parents, les chefs de maison, qui tolèrent autour d'eux des occasions de péché, qui ne veillent pas sur les livres qu'ils gardent dans leurs bibliothèques, sur les journaux qui arrivent chez eux, sur les relations, les compagnies de leurs enfants, de leurs serviteurs, de leurs ouvriers ou employés! Et les pères et les mères de famille qui, sans autres soucis que celui du bien-être matériel de leurs enfants, les établissent dans des maisons, des ateliers où ils auront toutes sortes de dangers, qui ne les arrachent pas à temps au péril, quand ils en sont avertis, sont-ils des parents chrétiens? Non, c'est à peine s'ils écoutent le langage de la raison, car ils exposent la vertu, l'innocence, l'honneur, l'avenir éternel de leurs enfants. Vigilance donc, et, à la première alarme, il faut rompre.

C'est assez parlé des occasions nécessaires, venons-en à celles que les théologiens appellent volontaires. En quoi consistent-elles? — Ce sont celles qui, nous exposant à pécher fréquemment, peuvent être évitées, si nous le voulons. Et dans cette catégorie, il faut placer toutes celles que notre illusion nous fait regarder comme nécessaires, et qui ne le sont point en réalité. Un agrément que nous y trouvons, un intérêt vil, un prétexte suffit pour nous persuader d'y rester toujours. J'ai tel bénéfice dans cette place, dans cette charge, dans cet ouvroir, dans ce commerce; la vie me serait trop dure si je ne pouvais pas voir

cette personne, et puis, que dirait-on de moi, on serait scandalisé, étonné de mon éloignement. Voilà qui peut nous égarer, mais voilà qui ne peut tromper Dieu ni une conscience droite.

Ah! si chaque fois qu'on va dans cette maison, avec cette compagnie, on perdait une somme tant soit peu importante, on n'y retournerait plus; si celte personne nous donnait un soufflet toutes les fois que nous la voyons, quel soin nous aurions de la fuir ! Nous redoutons le scandale et l'atteinte faite à notre réputation; à cela, saint Liguori répond : « Le scandale sera bien plus grand si on vous voit toujours dans la môme occasion. Ou on ignore, ajoute-t-il, que vous faites le mal, et votre éloignement ne fera rien soupçonner; ou on connaît vos égarements, et, dans ce cas-là, en éloignant l'occasion, vous recouvrerez votre réputation plutôt que vous ne la perdrez. » Ainsi donc, comprenez-le bien, l'occasion volontaire de pécher est celle que Ton peut fuir, sans inconvénient grave. Lors même qu'on a des prétextes pour y rester engagé, cela ne suffit pas, il faut des raisons sérieuses.

Eh bien ! quelle règle faut-il suivre à l'égard de cette lecture, de ce concert, de cette fête, de cette personne de sexe différent, de cette compagnie que l'on peut éviter?

Il faut fuir : celui qui recherche l'occasion l'aime, et celui qui l'aime, y périt. C'est l'Esprit- Saint lui-même qui a porté cet arrêt. Ecoutez Notre-Seigneur : Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps; mais craignez celui qui peut perdre Came et le corps dans ienfer. Ce n'est pas là un conseil, c'est un précepte grave ; le transgresser, c'est un crime, c'est une violation coupable du cinquième commandement de DiBu. C'est un suicide spirituel.

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