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CHAPITRE VI

L'Eucharistie n'est pas seulement un sacrement; elle est, de plus, le vrai sacrifice de la loi nouvelle. Partout et toujours, chez les païens eux-mêmes, l'homme a senti le besoin de reconnaître que Dieu est le maîlre de la vie et de la mort et de prendre une créature vivante, de la détruire devant lui, comme pour lui dire par là, hautement, que tout ce qui a vie lui doit l'existence. Ceux qui n'offrent aucun sacrifice à Dieu sont donc pires que les infidèles. Toutefois, les sacrifices des infidèles et des juifs eux-mêmes, qui immolaient des taureaux et des agneaux, étaient incapables de rendre à Dieu l'honneur qu'il mérite.

Aussi le Fils de Dieu est-il venu sur la terre; il a pris un corps et une âme comme nous, et il a dit à son Père : Les victimes Jusquici ne vous ont pas été agréables', me voici, je viens pow faire votre volontéy en les remplaçant. Et il s'est offert'

lui-même sur la Croix, et, par ce seul sacrifice, il a rendu à son Père tout l'honneur qu'il mérite; il a apaisé sa justice irritée et mérité pour nous toutes les grâces. Toutefois, il na pas suffi à l'amour que le divin Sauveur portait à son Père et aux âmes, d'offrir ce sacrifice une seule fois et dans un seul lieu du monde ; il a voulu qu'il s'offrît dans tous les lieux et dans tous les temps, et c'est pour cela qu'il a institué le Sacrifice de la messe. Nous allons dire son excellence et ses effets.

lo Excellence du Sacrifice de la messe. — Jésus offrit lui-même à la Cène son corps et son sang, qui furent consommés par la communion des apôtres, et il leur ordonna de perpétuer ce sacrifice. Et depuis lors, par l'ordre de Notre-Seigneur, les prêtres disent la messe et renouvellent ce sacrifice, qui n'est autre que celui du Calvaire.

C'est à Dieu qu'il est offert. Le sacrifice est un acte parfait d'adoration, c'est Dieu lui-même qui en est nécessairement l'objet. On peut faire célébrer la messe en l'honneur des saints, pour remercier le Seigneur des grâces qu'il leur a faites et s'assurer leur intercession ; mais ce serait un acte d'idolâtrie que d'offrir le Sacrifice de la messe aux saints, même à la Sainte Vierge.

C'est un Dieu qui s'offrit lui-même sur le Calvaire; c'est lui qui s'offre sur l'autel par le ministère des prêtres. C'est sa main qu'il faut considérer invisiblement étendue, comme le remarque saint Jean Chrysostome : // convenait, pour apaiser la justice divine, que nous eussions un prêtre saint, innocent, qui neût pas besoin d'offrir pour lui des victimes : or, il n'y a que Jésus-Christ dans ces conditions. Aussi, remarquez que le prêtre, dans les paroles de la consécration, dit:« Ceci est mon corps ; » il parle donc au nom de Jésus-Christ,

dont il tient la place. Un prêtre tel que Jésus- Christ, n'offrît-il qu'un agneau comme Abel, son offrande serait agréée de Dieu; mais c'est un Dieu qui est offert. La victime, par laquelle nous avons été réconciliés avec le Père, est immolée chaque jour sur l'autel, comme dit l'Eglise dans le Concile de Trente. Cette victime, c'est Jésus- Christ, qui offre son corps, son âme, son sang; il s'offre tout entier pour nous, et cela autant de fois que la messe se célèbre dans tout l'univers. Quand nous célébrons la naissance de Jésus-Christ, il ne naît pas réellement, nous fêtons le souvenir de sa naissance ; mais la messe n'est pas un simple souvenir, une simple représentation du sacrifice du Calvaire, c'est le même sacrifice, offert dune manière non sanglante. C'est la même victime offerte au même Dieu par le même prêtre. Nous devons donc aller à la messe avec les mêmes sentiments qui animaient saint Jean, sainte Madeleine en allant au Calvaire.

2" Les effets du Saint Sacrifice sont aussi les mêmes sur l'autel que sur la croix. On trouve dans chaque messe tout le fruit qu'a opéré Jésus en croix, dit saint Thomas. La messe est donc un trésor immense, on y trouve de quoi rendre à Dieu tout ce que nous lui devons. Or, nous devons à Dieu l'adoration pour sa majesté infinie, l'action de grâces pour ses bienfaits, l'expiation pour nos péchés qui l'ont offensé, la demande des grâces qui nous sont nécessaires; et la messe nous fournit de quoi payer toutes nos dettes.

La première que nous devons acquitter, c'est j d'honorer Dieu. Tout inférieur doit des hommages: à son supérieur, et plus le supérieur est élevé en^ dignité, plus les hommages qu'il mérite doivent] être profonds. A un Dieu infini en grandeur, ilj faut donc des hommages infinis. Mais comment!

lui payer un tel tribut, quand les anges et tous les hommes en sont incapables? Il a fallu que le Fils de Dieu descendît du ciel, se fît l'un de nous en quelque sorte et se mît à notre place. Il Ta fait, et sur l'autel, comme au Calvaire, il s'anéantit devant son Père. C'est un Dieu qui honore un Dieu, et qui l'adore autant qu'il en est digne. Et devant ces hommages et ces anéantissements de Jésus-Christ, qui ont une valeur infinie, tous ceux des anges <et des hommes s'effacent comme les étoiles quand brille le soleil. Une sainte âme, tout embrasée d'amour de Dieu, disait : « Je voudrais avoir autant de langues pour vous bénir, ô mon Dieu, qu'il y a de feuilles sur les arbres, de gouttes d'eau dans la mer. » Eh bien! par une seule messe, on rend à Dieu toute la gloire qu'on lui peut souhaiter, et infiniment plus encore.

Notre seconde dette envers Dieu est celle delà reconnaissance. Le plus petit des bienfaits de Dieu, nous étant accordé par un Etre infini et avec un amour infini, mérite une reconnaissance infinie. Mais que de grandes faveurs dans Tordre de la nature et de la grâce nous avons reçues 1 Serons-nous donc condamnés à l'ingratitude qu'ont eue en horreur même les païens et que ne connaissent pas même les animaux? Rassuronsnous Que rendrai'je au Seigneur , disait David,

four toutes les faveurs quil m'a faites ? Je prendrai entre les mains le calice du salut. Dans la messe, Jésus lui-même offre ses actions de grâces à son Père. Le mot Eucharistie ne signifie pas autre chose qu'action de grâces. Par la messe, nous rendons à Dieu Jésus qu'il nous a donné; et même nous le lui rendons à chaque messe, tandis qu'il ne nous l'a donné qu'une fois par l'Incarnation.

Notre troisième dette est celle de l'expiation

pour nos péchés. Toutes nos pénitences, en y joignant celles de tous les martyrs, de tous les saints, seraient impuissantes à satisfaire pour un seul péché mortel. Jésus, à l'autel, offre son sang versé, son corps, victime livrée pour nous. Il applique la valeur infinie de ses expiations du Calvaire à ceux qui célèbrent ou qui font célébrer

la messe et à ceux qui y assistent La messe

remet les péchés véniels à ceux qui l'entendent avec des sentiments de contrition; elie les préserve du péché mortel; elle satisfait à Dieu pour les peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnés ; elle obtient à ceux qui sont en état de péché mortel la grâce du repentir; elle apaise la justice divine irritée par les péchés des hommes. D'où vient que Dieu, qui punissait avec tant de rigueur, dans l'ancienne loi, des fautes légères comme celles d'Oza et des Bethsamites, supporte tant de blasphèmes et de corruption? Alphonse d'Albuquerque, ce grand conquérant des Indes, se voyant avec son armée en péril de faire naufrage, prit entre ses mains un enfant qui se trouvait sur le vaisseau et l'élevant vers le ciel : « Seigneur, dit-il, nous sommes pécheurs et méritons la mort, mais cet enfant est innocent; pour l'amour de lui, pardonnez aux coupables. » La mer se calma aussitôt. Gomment Dieu ne s'apaiserait-il pas quand le prêtre élève la Sainte Hostie entre le ciel et la terre? 0 pécheurs, venez à la messe, si vous voulez que Dieu ne vous écrase pas de ses foudres.

La quatrième dette, c'est celle de la prière. Nous n'avons rien, nous atlendons tout de Dieu pour nous et pour les autres. Jésus demande pour nous ; il a demandé pour nous et il a tout obtenu au Calvaire, où il pria avec un cri puissant et fui exaucé, comme le dit saint Paul. II s'offre à l'autel

pour le même but. Quelle consolation! Si une âme sainte sur la terre prie pour nous, notre confiance renaît. Si nous étions sûrs que de grands saints, du haut du ciel, priassent spécialement pour nous, quelle confiance serait la nôtre! Ah! c'est Jésus lui-même qui prie pour nous; et c'est lui qui donne. Il obtient donc tout pour nous : grâces spirituelles, grâces temporelles. Dieu peut-il nous refuser quelque chose quand nous lui offrons son Fils? Ne devient-il pas notre débiteur? Ne lui offrons-nous pas plus que nous ne lui demandons? Aussi nous donne-t-il, par la vertu du Saint Sacrifice, même ce que nous ne lui demandons pas. Il n'y a pas de moyen plus efficace que la messe pour obtenir la persévérance finale, dit saint Léonard de Port-Maurice.

P.ien de plus efficace pour le salut du prochain que la célébration du Saint Sacrifice. Une seule messe, par sa valeur intrinsèque, suffirait pour m.ériter la conversion de tous les hérétiques, de tous les infidèles, de tous les mauvais chrétiens, pour fermer les portes de l'enfer. En entendant ou en célébrant une seule messe, à envisager l'action en elle-même, dit le même Saint, on peut mériter plus que celui qui distribuerait toutes ses richesses aux pauvres, qui s'en irait en. pèlerinage jusqu'au bout du monde. Que n'imitez-vous les anges qui, lorsqu'on célèbre la messe, descendent par troupes de leur céleste demeure, pour intercéder plus efficacement en notre faveur?

La sainte messe obtient aussi le soulagement des âmes du Purgatoire. Saint Grégoire rapporte qu'une femme, ayant perdu son mari et le croyant mort, faisait souvent célébrer la messe pour' lui. Son mari était prisonnier et chargé de lourdes chaînes. Délivré de sa captivité, il apprit à sa

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femme que toutes les fois qu'elle faisait célébrer la messe pour lui, ses chaînes tombaient miraculeusement. « Les âmes du Purgatoire, dit saint Léonard après saint Jérôme, ne sentent pas leurs tourments pendant qu'on dit la messe pour elles; et à chaque messe qui se célèbre, plusieurs d'entre elles s'envolent au Paradis. Aussi le vénérable Jean d'Avila s'entendant, à son heure dernière, demander ce qu'il désirait le plus après sa mort : « Des messes, dit-il, des messes. » Malheur à ceux qui, étant obligés par testament de faire dire des messes pour les défunts, négligent de remplir ce devoir! Ils sont pires que les démons, car ils tourmentent les élus de Dieu, tandis que les démons ne tourmentent que les réprouvés. Que penser de ceux qui, ayant hérité de leurs parents, ne songent jamais à faire dire une messe pour eux! Saint Pierre Damien, dans son enfance, gardant les troupeaux, trouva une pièce de monnaie ; malgré son extrême pauvreté, il la remit à un prêtre, le priant de dire la messe pour ses parents défunts. MaiS' comme il ne faut pas toujours compter sur la] reconnaissance des enfants ou des héritiers,} saint Léonard de Port-Maurice conseille à chacun] de faire dire de son vivant les messes qu'il désire! être dites pour lui après sa mort. Si nous avon»! compris l'excellence de la sainte messe, les! effets qu'elle produit, aurons-nous le courage dej la manquer le dimanche, où l'Eglise nous fait une obligation de l'entendre? Ne prendrons-nousj pas tous les jours, s'il est possible, une demiheure pour y assister ?

L'empereur Valens fit fermer toutes les églises^ catholiques et ordonna de mettre à mort tous les fidèles qui assisteraient le dimanche au) offices divins. Le préfet Modeste avertit les chré-

tiens, afin de les sauver; ils se réunirent plus nombreux que jamais. Le préfet, en se rendant au lieu de leur réunion, rencontra une femme qui y accourait avec son enfant : « Tu es donc la seule à ignorer que j'ai ordre de faire mourir tous ceux qui sont réunis? — C'est pour cela que j'y accours, dit-elle; permets que je mène cet enfant, afin qu'il ait le même bonheur. » Modeste n'osa exécuter les ordres de l'empereur. — Henri III, roi d'Angleterre, entendait tous lesjourstrois messes; il en fut récompensé par un règne de cinquantesix ans. Saint Elzéar, comte de Sabran en Provence, exigeait que ses domestiques entendissent la messe tous les jours. (Voir dans l'appendice la manière d'entendre la messe.)

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