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CHAPITRE VII

Le mot pénitence désigne à la fois une vertu chrétienne et un sacrement. Entendue dans le premier sens, la pénitence est une vertu qui nous incline à réparer l'offense faite à Dieu par le péché. Elle nous porte, par conséquent, à nous repentir de nos fautes, à y renoncer pour l'avenir et à les expier par des actes de mortification. Le monde actuel n'aime pas cette mortification pour lui; et il If blâme parfois dans les saints eux-mêmes. Et pourtant rien n'est plus naturel ni plus légitime.

La loi civile punit les criminels : pourquoi le pécheur ne devrait-il pas se punir lui-même, afin d'obtenir sa grâce ? Le joueur qui a perdu la partie s'emporte contre les cartes; le pécheur a de bien plus fortes raisons de s'emporter contre son corps , qui lui a fait perdre le ciel, et de chercher à le châtier. Que de peines on s'impose pour acquérir

l'honneur et la fortune; et on trouverait extraordinaire qu'on s'impose des privations pour s'assurer le ciel ! Donc, loin de blâmer les actes de mortification chrétienne, qu'on s'efforce de les pratiquer, au moins en refusant à ses sens les satisfactions dangereuses qu'ils recherchent. Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, dit saint Paul, ont crucifié leur chair avec ses convoitises.

Mais nous devons nous étendre ici surtout suri

/e vone donnerai les clés du royaume des deux.

le sacrement de Pénitence, que Notre-Seigneur' a institué pour remelLre les péchés commis après le Baptême, sacrement que l'on désigne souvent sous le nom de confession. Il est de foi que la confession est divine. Ecoutons 'les paroles de Notre-Seigneur : Comme mon Père nia envoyé, je vous envoie. Et encore celles-ci : Je vous donnerai les clés du royaume des deux; les péchés, feront remis à ceux à qui vous les remettrez^ et

retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Que fait Notre-Seigneur par ces paroles? Il établit ses ministres médecins et juges des âmes? N'est-il pas venu, lui, pour guérir les âmes? N'a-t-il pas dit de lui à ceux qui lui reprochaient d'aimer les pécheurs : Ceux qui se portent bien nont pas besoin de médecin, mais les malades ? Il veut que ses ministres remplissent, comme lui, auprès des pécheurs, l'office de médecin.

Or, la médecine ne guérit pas ce qu'elle ignore. Quand on souffre et qu'on va consulter un homme de l'art, on dit clairement le siège, la source, la nature du mal; si on ne le fait point, on ne peut nullement compter sur les remèdes prescrits. Il en est de même des âmes; le prêtre ne peut pas nous délivrer de nos infirmités spirituelles, si nous ne les lui faisons pas connaître par une confession sincère.

Jésus-Christ établit ses apôtres juges, et avec des pouvoirs que nous devons admirer. Les juges de ce monde peuvent ouvrir ou fermer les prisons ; les prêtres peuvent ouvrir ou fermer le ciel ou renier. Un roi qui dirait à ses juges d'exercer la justice selon leur caprice commettrait une iniquité ; il est nécessaire que les juges de ce monde instruisent la cause, interrogent les témoins, pèsent la gravité plus ou moins grande de la faute, afin de porter un jugement selon la justice. Et on oserait penser que Dieu, en établissant ses ministres juges des consciences, leur a permis d'exercer ce pouvoir à l'arbitraire! Il n'a pas pu ni du faire ainsi; il faut donc que ses ministres connaissent les fautes, leur gravité, les dispositions du coupable, pour porter une décision juste ; or, comment acquérir la connaissance de fautes le plus souvent secrètes ? Gomment ? Par un seul moyen : la confession. Donc la confession est

nécessaire ; et c'est Jésus-Christ qui l'a voulu ainsi.

C'est là ce que vient encore confirmer l'enseignement des saints docteurs et la pratique de tous les siècles chrétiens. Il serait facile de citer le témoignage de Tertullien, d'Origène, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, des Pères de tous les siècles enfin, qui établissent la nécessité de la confession. Qu'il nous suffise de citer la parole du Concile de Trente, qui résume la tradition : « L'Eglise catholique a toujours cru que la confession entière des péchés était d'institution divine, et nécessaire de droit divin, à tous ceux qui sont tombés après le Baptême. » (Sess. XIV, c. 5.) Aussi la confession a-t-elle toujours été en usage. Saint Irénée ne dit-il pas que les femmes qu'avait séduites l'hérétique Marc confessèrent leur péché en abjurant Terreur? L'histoire de saint Ambroise ne nous apprend-elle pas que ce saint docteur, en entendant les confessions, mêlait ses larmes à celles des pénitents? Ne trouve-t-on pas aujourd'hui des confessionnaux dans les catacombes, dans ces souterrains où se cachaient les premiers chrétiens pour se soustraire aux persécutions ?

La confession remonte donc aux apôtres et à Jésus-Christ. Et l'Eglise déclare avec raison anathème à quiconque oserait nier qu'elle ne soit divine et nécessaire de droit divin. L'Eglise, craignant que ses enfants ne désobéissent à Dieu, a usé de l'autorité qu'elle tient de Jésus-Christ, pour nous imposer la même obligation. Voici le texte de sa loi : « Que tout fidèle de l'un et de l'autre sexe, parvenu à l'âge de discrétion, confesse avec soin tous ses péchés, au moins une fois l'an ; sinon, qu'il soit privé pendant sa vie de l'entrée de l'église, et à sa mort de la sépulture chrétienne. » Si aujourd'hui la rigueur de ces

peines a été tempérée, la même obligation reste ; et celui qui passe plus d'une année sans se confesser se rend coupable de péché mortel. Malheur à qui s'affranchit par lâcheté ou respect humain de la soumission qu'il doit à Dieu et à l'Eglise. Il ne suffit donc pas de se confesser à Dieu, comme le disent quelques indifférents, puisque Dieu, en promettant le pardon au pécheur, a mis pour condition nécessaire qu'on se confesse à ses ministres.

Pour se soustraire à ce devoir, oser dire que ce sont les prêtres qui ont inventé la confession, c'est ajouter à l'impiété le mensonge. Que ceux qui tiennent ce langage disent le nom de l'inventeur. Certes, il n'a pas dû passer inaperçu, celui qui a établi un tel usage. Ils pourront dire, s'ils savent un peu d'histoire, l'inventeur des divers arts, l'inventeur de l'imprimerie, de la poudre, des jeux de cartes; ils ne pourront jamais nous trouver aucun autre inventeur de la confession que Jésus-Christ.

Par là même que c'est ce Dieu de miséricorde qui a établi ce sacrement, il s'ensuit que la confession n'est point, comme les mauvais chrétiens se l'imaginent, un joug dur et pesant. C'est, au contraire, un grand bienfait et une consolation pour un cœur coupable. Voltaire lui-même l'a avoué. « La plupart des hommes, a-t-il dit, quand ils sont tombés dans quelque grande faute, ont naturellement du remords; s'il y a quelque chose qui les console sur la terre, c'est de pouvoir être réconciliés avec Dieu et avec eux-mêmes. » Qui, s'il a vécu tant soit peu chrétiennement, ne sait qu'il y a plus de paix à confesser ses fautes qu'à les commettre. L'abcès tourmente jusqu'à ce qu'on l'ait ouvert.

Du reste, si le chef d'un grand Etat donnait

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ordre de rendre la liberté à tous les prisonniers, à la condition qu'ils avoueraient à l'un d'entre eux les crimes qui les ont fait condamner, qui trouverait cette condition trop dure? Et, quand il s'agit d'échapper aux châtiments de Dieu et de mériter le ciel, on trouverait trop difficile de confesser ses péchés à un prêtre qu'on appelle père, et qui n'entend nos aveux, si graves soient-ils, que pour nous pardonner de la part de Dieu et nous bénir! Le prêtre, revêtu de la tendresse de Notre-Seigneur, a d'autant plus de commisération pour les âmes, qu'elles sont plus chargées de crimes. Seuls, les cœurs lâches, que le sourire railleur d'un libertin fait reculer et qui ne craignent pas Dieu, peuvent trouver la confession pénible. Les braves ne pensent pas ainsi. Le général Bedeau, en 1846, au retour d'une de ses glorieuses expéditions d'Afrique, rencontra un prêtre; il fit faire halte à sa colonne et, en présence de ses soldats, il se mit à genoux au pied d'un arbre, à côté du prêtre, pour lui faire sa confession. Quand il eut fini : « Mes amis, dit-il à ses soldats, si vous en avez besoin, sortez des rangs et faites comme moi. » Puisque Dieu, qui ne fait rien d'inutile, a établi la confession pour le salut des âmes, il en faut conclure encore que la confession est d'une utilité manifeste à la société, à la famille, à l'individu. La confession protège les lois, les droits de tous, la morale publique. « Ceux qui ont voulu retrancher la confession, a dit l'impie Voltaire, ont ôté aux hommes le frein le plus efficace à contenir leurs désordres secrets. » Et c'est là une vérité historique. Quand les protestants eurent supprimé la confession en Allemagne, le débordement des passions fut tel, que les magistrats luthériens de Nuremberg et de Strasbourg envoyèrent à l'empereur des députés pour le

prier de la rétablir. C'est la confession qui garde à répoux la fidélité de son épouse, qui sauvegarde le respect et l'obéissance que les enfanU doivent à leurs parents, et le bonheur du foyei domestique. C'est elle qui assure au chrétien, avec le pardon de ses fautes, la direction dont tout homme a besoin.

C'est une vérité claire aux yeux de quiconque veut voir, que chaque homme, tout en sachant donner un bon conseil à autrui, ne sait pas toujours se conduire lui-même. Qui n'a pas fait dans sa vie des fautes qu'il n'aurait pas conseillées à un ami ni même à un ennemi! Nous avons donc tous besoin d'un guide éclairé et désintéressé. Notre-Seigneur nous l'a donné dans le prêtre. 11 faut donc recourir à ses conseils. C'est donc folie de dire: « Je n'ai ni tué, ni volé, je n'ai que faire de la confession. » Tenir un tel langage, c'est ignorer toute morale. Quel païen a jamais pensé que le vol et l'homicide fussent les seuls crimes qu'un homme puisse commettre? Ce n'est pas plus sensé de dire que la confession n'est bonne que pour les femmes et les enfants. Les idiots seuls sont innocents et n'ont pas besoin de se confesser. Mais tous ceux qui ont assez d'intelligence pour discerner le bien du mal, pèchent, ont des passions à vaincre ; ils ont, par conséquent, besoin de la confession.

Un célèbre homme d'Etat espagnol, le duc d'Ossone, qui mourut vice-roi de Naples en 1624, visita un jour une galère et demanda à chaque condamné ce qu'il avait fait pour mériter une telle peine. Tous protestaient de leur innocence, excepté un seul qui avoua au duc le crime qu'il avait commis, en lui disant qu'il aurait bien mérité un pire châtiment. « Dans ce cas, dit le duc, vous n'êtes pas ici à votre place, vous qui

êtes un coupable au milieu de tous ces honnêtes gens; sortez d'ici, je vous rends la liberté. »Dieu ne pardonne qu'à ceux qui s'accusent.

Pour justiûer . leur négligence, quelques-uns allèguent que ceux qui se confessent ne valent pas plus que ceux qui ne se confessent pas. C'est là une erreur démentie par toute l'histoire. Pour s'en convaincre, qu'on demande à tous les criminels des Cours d'assises et des prisons, s'ils étaient à la confession fréquente quand la justice s'est saisie d'eux. L'expérience prouve que, quand un jeune homme veut s'égarer et secouer le frein de toute autorité, il abandonne la confession; et que, quand il veut revenir de ses écarts, il cherche dans la confession un remède à ses misères morales. Si, par hasard, quelques hommes, tout en se confessant, ne vivent pas chrétiennement, qui sait s'ils ne seraient pas pires en ne se confessant pas? Que s'ils abusent des sacrements, est-ce une raison pour les autres de s'en éloigner? Vit- on jamais quelqu'un se priver de nourriture, parce qu'il en est qui meurent d'indigestion? Si quelqu'un se plaignait de ce qu'après s'être confessé, il se trouve encore le même, nous lui dirions : « Confessez-vous avec des dispositions meilleures encore, et surtout faites-le plus souvent. N'est-il pas vrai qu'avant et après votre confession vous avez fait des efforts ? Si vous êtes sincère, vous en conviendrez. Dans la suite, vous vous êtes ralenti, parce que vous n'êtes pas retourné à temps à confesse : faitBS mieux désormais. »

11 est vrai que, en règle générale, la confessiou n'est de stricte obligation qu'à l'heure de la mort et une fois dans l'année, comme nous l'avons déjà dit, page 223. Mais combien d'âmes qui, sans une confession plus fréquente, ne réussiront

jamais à vivre dans la grâce de Dieu! Voici les vraies règles que tout chrétien devrait suivre :

1° Ne jamais rester en état de péché mortel. Y rester, c'est compromettre son salut, c'est risquer d'être frappé de mort subite, dans la disgrâce de Dieu. Il faut donc se relever après la première chute par un acte de contrition parfaite, et, mieux encore, par la confession immédiate. Qui, s'il s'est brisé un membre dans une chute, renvoie au lendemain pour aller au chirurgien se le faire remettre en place? L'âme a été broyée par une faute grave, et on renverrait d'aller au prêtre pour la guérir?

2° Il serait mieux encore de prévenir une chute grave que de la réparer. Quand on sent, quelques jours après sa dernière confession, que les tentations se multiplient, que les passions se réveillent, que la volonté s'affaiblit et chancelle, c'est temps d'aller trouver un bon prêtre, dans le pays que l'on habite, ou dans le voisinage, pour lui exposer son état, recevoir ses conseils et puiser dans l'absolution un nouveau courage. Il n'est pas nécessaire pour un homme d'aller trouver alors un confesseur à l'église, ni même à la sacristie; on peut le voir dans sa chambre, et laisser ignorer à tous dans quel but on lui a fait une visite. En dehors du temps pascal, il n'est pas nécessaire non plus de communier le lendemain, bien que ce soit utile: l'important c'est d'être dans la grâce de Dieu. Ces deux règles suivies donneraient au ciel une multitude d'élus. Qui nous donnera de le faire comprendre à tous?

Mais lors même qu'on ne serait pas tombé, ni exposé à la chute, la confession de tous les huit jours, ou du moins de tous les quinze jours, est d'une efficacité merveilleuse pour le salut. C'est par la confession fréquente que des jeunes gens,

des hommes, exposés malgré eux, au milieu des écueils du siècle, mènent de nos jours la vie des anges. Que ceux qui ont des habitudes coupables contre la sainte vertu le sachent bien, ils ne pourront sans miracle se corriger, comme le dit saint Liguori, s'ils n'ont soin de s*approcher fréquemment du sacrement de Pénitence; mais par la fréquentation des sacrements et la bonne volonté, ils arriveront sûrement à pratiquer cette pureté, qui nous prépare le bonheur de voir Dieu.

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