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CHAPITRE IX

Le sacrement de Pénitence efface la souillure que le péché fait à l'âme, il remet la peine éter-^ nelle due au péché mortel ; mais il laisse poui l'ordinaire une peine temporelle à expier en c( monde ou en l'autre. C'est pour cela que le confesseur donne toujours une pénitence à faire.] Cette pénitence ^st souvent loin de ce qu'il faudrait pour payer à la justice divine les dernières

dettes. Un grand nombre de pénitents devraient donc s'attendre à subir de longs tourments en Purgatoire, s'ils ne faisaient point d'autres pénitences que celles qui leur sont imposées; et souvent, hélas! ils n'ont pas le courage de s'en imposer eux-mêmes. Dieu, dans sa bonté, a laissé à son Eglise un moyen de leur épargner ou d'abréger pour eux le Purgatoire. Ce moyen, ce sont les indulgences.

L'indulgence n'est pas le pardon du péché même véniel. Il faut même nécessairement que le péché mortel ou véniel soit pardonné, pour qu'on puisse obtenir la remise de la peine temporelle due à ce même péché. Tant que dure la faute, la peine ne peut être remise; mais la faute étant effacée par l'absolution ou la contrition, l'indulgence vient, non certes dispenser le pénitent de faire la pénitence imposée :u de satisfaire au prochain par la restitution, mais pour remettre la peine temporelle due à ses fautes déjà pardonnées.

Le pouvoir de lier et de délier donné à TEglise parNotre-Seigneur Jésus-Christ n'est pastronqué, il est complet. L'Eglise délie l'âme des liens du péché et de la damnation par le sacrement de Pénitence, elle les délie par les indulgences de la peine temporelle à subir en ce monde ou en l'autre.

C'est une vérité certaine que Notre-Seigneur Jésus-Christ a satisfait surabondamment pour tous les péchés des hommes; une seule goutte de son sang eût suffi et au delà, pour expier nos fautes et toutes les peines qu'elles ont méritées. La Bienheureuse Yierge Marie, qui n'a jamais péché, a. fait de grandes pénitences. Une multitude de saints, tout en menant une vie admirablement pure, se sont imposé des privations dont

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ils n'avalent pas besoin pour satisfaire à Dieu. Dieu n'a pas oublié ces œuvres saintes, pour lesquelles sans doute il a récompensé ses élus, mais qui n'ont pas servi à satisfaire pour eux à sa justice, puisque ces saints n'avaient que peu ou point de dettes à lui payer. Ces satisfactions, dont les saints n'ont pas trouvé l'emploi pour eux-mêmes, forment un trésor de réserve confié à l'Eglise; et l'Eglise, de par la volonté de Dieu, a le droit d'y puiser, et de distribuer le trop plein des pénitences des saints à ceux de ses enfants qui ont beaucoup péché et n'ont pas assez de courage pour s'imposer eux-mêmes les grandes pénitences dont ils auraient besoin. Dieu, qui veut que tous les chrétiens soient frères, accepte en payement de ce qui est dû à sa justice, ce que les plus riches ont laissé à leur Mère l'Eglise pour leurs frères plus pauvres. Et les indulgences sont précisément ces richesses des saints, que l'Eglise distribue aux plus pauvres de ses enfants, afin qu'ils s'acquittent envers la justice divine. Rien n'est plus raisonnable. C'est une vérité de foi que l'Eglise, par le ministère du Souverain Pontife et des évêques, peut accorder des indulgences, et elle l'a fait dans tous les temps.

Ceux qui ayant péché (et nous péchons tous sept fois, même les plus justes), ne font que peu de pénitence, sont donc les ennemis d'eux-mêmes, s'ils ne cherchent pas à gagner des indulgences que l'Eglise leur offre. Ils sont semblables à ces débiteurs insolvables, qui, menacés d'être mis en prison pour dettes, auraient la folie de refuser ce qu'un ami leur offrirait pour payer leurs créanciers. Ils aiment mieux la prison de feu du Purgatoire, peut-être pendant des siècles, que de s'efforcer de gagner une indulgence.

11 y a deux sortes d'indulgences : les unes

remettent toute la peine due au péché déjà par donné, et on les nomme, à cause de cela, plénières. Les autres n'en remettent qu'une partie, on les appelle partielles. Celui qui viendrait à mourir après avoir gagné une indulgence plénière irait droit au Ciel, sans passer par le Purgatoire. C'est pourquoi on ne peut pas gagner deux indulgences plénières pour soi en même temps; l'une a suffi pour remettre toutes nos dettes; il n'est donc pas besoin d'une seconde. Mais on peut en gagner plusieurs à la fois pour les âmes du Purgatoire.

Pour gagner une indulgence, il faut remplir les conditions voulues, car l'Eglise ne les accorde qu'à certaines conditions; et elle a le pouvoir de lier et de délier, d'ouvrir les trésors célestes ou de les fermer. Premièrement, il faut être en état de grâce; bn ne peut gagner aucune indulgence, au moins pour soi, sans cette condition : la peine due au péché ne peut être remise si le péché n'est pas pardonné. Pour la même raison, on ne peut gagner une indulgence plénière si l'on a sur la conscience un péché véniel non pardonné, mais on peut, dans ce cas, gagner une indulgence partielle. Il faut donc s'exciter à la contrition de tous les péchés, même véniels, que l'on a commis, , quand on veut gagner une indulgence plénière, surtout pour soi.

Il faut en second lieu avoir l'intention de gagner les indulgences. Il est bon de formuler cette intention le matin ; après l'offrande de ses actions à Dieu, on ajoute : « J'ai l'intention de gagner aujourd'hui toutes les indulgences pour les âmes du Purgatoire et pour moi; j'applique ces indulgences à toutes les âmes du Purgatoire ou à telle âme en particulier, ou à toutes les âmes les plus délaissées. » Cette intention, et l'application des

indulgences faite le matin, suffisent pour toutes les indulgences de la journée.

Il faut enfin accomplir les œuvres prescrites par le Souverain Pontife pour gagner les indulgences. Ces œuvres sont ordinairement, pour les indulgences plénières, la confession, la communion et des prières selon les intentions du Souverain Pontife. La confession est requise pour la plupart des indulgences plénières; cependant, par une faveur particulière du Saint-Siège, les personnes qui se confessent habituellement une fois tous les sept jours peuvent gagner toutes les indulgences de la semaine par cette seule confession. Dans certains diocèses, en vertu d'un induit particulier, il suffit même de se confesser tous les quatorze jours, pour gagner toutes les indulgences du mois. J'ai dit que la confession était nécessaire pour gagner la plupart des indulgences plénières, mais non pour toutes. Elle n'est point nécessaire, en effet, non plus que la communion, pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix^ ni pour celles qui sont attachées aux six Pater, Ave et Gloria, du scapulaire bleu, ou de rimmaculée-Gonception. La communion faite le matin suffit pour gagner toutes les indulgences du jour, lors même que la communion est prescrite, pour chacune d'elles. Pour les prières prescrites selon les intentions du Souverain Pontife, il suffit de réciter cinq Pater et cinq Ave, autant de fois qu'on veut gagner des indulgences plénières accordées à cette condition; mais il n'est pas nécessaire de réciter ces prières pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix^ ni celles qui sont attachées aux six Pater, Ave et Gloria du scapulaire bleu.

Entre les indulgences plénières, une des plus anciennes et des plus solennelles, c'est celle du

Jubilé. Le Jubilé a toujours opéré de grands fruits de salut dans les populations chrétiennes. Et ils seraient bien à plaindre ceux qui resteraient étrangers au grand mouvement de foi qu'il provoque partout.

Les indulgences servent-elles aux âmes du Purgatoire? Oui, à deux conditions : la première, c'est que le Souverain Pontife, en accordant l'indulgence, déclare qu'elle leur est applicable, comme il arrive le plus souvent; la seconde, que celui qui gagne l'indulgence leur en fasse l'application, comme nous l'avons dit ci-dessus. Il est certain que les indulgences sont un moyen efficace de délivrer les âmes du Purgatoire. « Tâchons, dit saint Léonard, de gagner pour les défunts toutes celles que nous pouvons leur appliquer. L'indulgence d'un seul jour, quel soulagement ne leurprocure-t-elle pas! Je supplie et je conjure les âmes pieuses, de la manière la plus pressante, de ne pas négliger un secours si efficace pour ces âmes souffrantes, et de réfléchir que Dieu permettra qu'on soit traité un jour en Purgatoire comme on aura traité les âmes des morts. »

Quelles sont les pratiques auxquelles sont attachées des indulgences ? Les Souverains Pontifes ont attaché des indulgences à toutes les bonnes œuvres que font les personnes qui sont inscrites dans certaines confréries pieuses; et c'est ce qui doit encourager les fidèles à s'y enrôler. Mais il est bien d'autres motifs qui doivent rendre chères aux fidèles ces pieuses associations. Elles ont été de tout temps un foyer de vie chrétienne et de piété. Elles ont fourni au Ciel une multitude d'élus. Que d'âmes pécheresses y ont trouvé, après leur conversion, un moyen efficace de persévérance, que d'âmes faibles ont trouvé un soutien dans les règlements, dans les réunions des confréries

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pieuses et dans les exemples de ceux qui en fon* partie ! Aussi, saint Liguori estimait-il que les confréries sont pour les fidèles un des plus grands moyens de salut.

Une multitude de prières ou d'oraisons jaculatoires sont enrichies d'indulgences ; on les trouve dans divers recueils qui ont été publiés. Citons seulement ces simples invocations qu'il faudrait toujours avoir sur les lèvres : Mon Jésus, miséricorde ! et : Doux cœur de Marie, soyez mon salut ! Tout le monde connaît les nombreuses indulgences du rosaire et des chapelets de sainte Brigitte (voir l'appendice) ; mais ce qu'il y a de plus profitable, dit saint Léonard, c'est l'indulgence, ou plutôt la multitude des indulgences du Chemin de la Croix, parce que cet exercice nous oblige à méditer la passion du Sauveur, qui est la source de tout bien. N'oublions pas non plus une autre pratique, peut-être plus facile, plus riche en indulgences que le Chemin de la Croix : c'est celle d'être reçu du scapulaire bleu et de réciter six Pater, Ave et Gloria en l'honneur de la Sainte Trinité et de l'Immaculée Conception et aux intentions du Souverain Pontife. Chaque fois qu'on les récite, sans autre condition que d'être en état de grâce et d'être reçu de ce scapulaire, on gagne une multitude d'indulgences plénières applicables aux âmes du Purgatoire. Qui se priverait soi-même, qui priverait les âmes du Purgatoire d'un tel trésor? Sainte Thérèse rapporte qu'une de ses religieuses, qui avait mené d'ailleurs la vie fervente convenant à sa profession, en mourant, s'envola tout droit en Paradis, à cause de la grande confiance qu'elle avait eue dans les indulgences, ainsi que de son zèle pieux à en profiter Faites de même si vous voulez partager son sort et monter au ciel sans passer par le Purgatoire.

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