CHAPITRE X
DE l'extrême-onction
La guérison de nos âmes blessées par le péché n'est pas entièrement complète dans le sacrement de Pénitence. Pour la compléter, Notre-Seigneur a établi le sacrement de l'Extrême-Onction, par lequel le malade, en danger de mort, reçoit, au moyen de l'onction que lui fait le prêtre, la grâce de résister aux tentations, de supporter patiemment les peines de la maladie, et même d'en guérir, si la santé est utile au bien de son âme. Ce sacrement a la vertu de remettre les péchés et d'enlever les restes du péché; c'est-à-dire, d'après saintLiguori, qu'il délivre l'âme des peines temporelles dont nous sommes redevables à Dieu, et il la purge de l'obscurité de l'esprit, de la dureté du cœur, de l'attachement à la terre qu'a produits le péché et qui demeurent après que le péché a été pardonné.
Ils se privent donc d'un grand secours ceux qui refusent de le recevoir, et qui diffèrent de le demander. Ceux qui entourent les malades font un acte de charité des plus agréables à Dieu, en les disposante recevoir lExtrême-Onction, avant que le mal n'enlève tout espoir de salut. Différer derecevoir ce sacrement jusqu'à la dernière heure, c'est rendre presque impossible la guérison, qui est un des effets de l'Extrême-Onction reçue à temps. «Oh! combien de malades guériraient et vivraient de longues années, s'ils recevaient le sacrement de l'Extrême-Onction », disait le P. Gustave Ech, religieux allemand de la Compagnie de Jésus; et en preuve, il racontait qu'un de ses amis, M. Arend, converti au catholicisme
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depuis sept mois, était dans un état désespéré. Il lui parla de lui administrer les derniers sacrements : « Je reconnais bien là que vous êtes mon ami, » répondit le malade, qui accepta aussitôt avec bonheur cette proposition. Mais dès qu'il eut reçut ce sacrement, il se trouva mieux. Le soir, il ût une partie de billard et le lendemain une promenade à cheval. Il était guéri.
Un célèbre médecin protestant de Lausanne, Tissot lui-même, cite plusieurs faits dont il a été témoin et qui prouvent que l'Extrême-Onction guérit quelquefois ceux sur qui les autres remèdes étaient impuissants. Mais quand l'état du malade est désespéré, il faudrait un vrai miracle pour le guérir. Les médecins se rendraient coupables, s'ils négligeaient d'avertir de la gravité du mal ceux qui entourent les malades.
Le Dauphin, père de Louis XVI, avait prié son médecin de l'avertir à temps lorsqu'il serait en danger; et, au moment venu, le médecin l'avertit en effet. « La Breuille, répondit-il, je reconnais ici, que vous êtes un honnête homme, je vous ai toujours aimé, et je vois que vous le méritez. » Et il fit aussitôt appeler son confesseur.
Dans une crise terrible que subit avant sa mort le Dauphin dont nous venons de parler, sa femme, au lieu de se lamenter comme les autres, détacha un crucifix, le colla sur les lèvres du malade et l'exhorta à remettre son âme entre les mains de Dieu. « Quelle digne femme! dit-il; après avoir fait le bonheur de ma vie, elle m'aide encore à bien mourir. »
Autant il est funeste de pousser autour des moribonds des cris de douleur, qui peuvent le désespérer, autant il est utile de leur suggérer des actes d'amour de Dieu et de contrition parfaite. U n'est point de plus grand acte de charité
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que de rechercher les malades dans les villes et dans les campagnes et de les préparer à recevoir la visite du prêtre.
Le Dauphin, père de Louis XV, apprenant qu'un de ses vieux serviteurs se mourait sans songer à recevoir les sacrements, voulut lui envoyer son propre confesseur, puis il fit mieux : il se rendit lui-même auprès de lui, l'exhorta à faire ses devoirs religieux. Le pauvre mourant fut si touché de cette démarche de son bon maître, qu'il se prépara aussitôt à recevoir les sacrements et fit une mort chrétienne.
Le célèbre poète de Lamartine a écrit de sa mère : « Je l'ai vue souvent assise, debout ou à genoux au chevet de ces grabats des chaumières ou dans les étables où les paysans couchent, essuyer de ses mains la sueur froide des pauvres mourants, les retourner sous leurs couvertures, leur réciter les prières des derniers moments et attendre patiemment des heures entières que leur âme eût passé à Dieu, au son de sa douce voix. » Il n'est point, en elTet, d'œuvre de charité et de zèle plus importante que celle d'assister chrétiennement les mourants. Pour la rendre plus facile, nous publions dans l'appendice de ce livre une Méthode ipour assister les mourants.
C'est un devoir pour les parents de faire administrer l'Extrême-Onction aux enfants qui ont eu l'usage de la raison, aux insensés qui ont eu des moments lucides dans leur vie; et bien qu'on ne doive pas la donner à ceux qui n'ont jamais eu l'usage de la raison, qu'on ne croie pas trop facilement que certaines personnes peu intelligentes ont toujours gardé leur innocence; qu'on ne manque donc point d'appeler le prêtre dans leurs maladies.
Le prêtre, en effet, peut seul administre!
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rExtrême-Onction ; et il le fait avec l'huile des
infirmes, bénite par levêque le Jeudi-Saint. Avec cette huile, il fait des onctions sur les sens du malade, en disant à chaque onction : Que par cette sainte onction, et par sa très douce miséricorde^ le Seigneur vous pardonne tous les péchés commis par La vue, ou par route, ou par V odorat, etc.
Pour que ce sacrement opère ses heureux fruits, il faut qu'il soit reçu en état de grâce. C'est pourquoi on le fait précéder de la confession et de l'absolution. Ce serait un sacrilège de le recevoir en état de péché mortel. Toutefois, les malades qui ont perdu l'usage de la parole peuvent et doivent même le recevoir. Il n'en est que plus urgent d'appeler, pour eux surtout, le prêtre, puisqu'ils ne peuvent recevoir d'autre sacrement.
On ne peut recevoir deux fois ce sacrement dans la même maladie, lors même que le malade se serait trouvé mieux pendant trois ou quatre jours; mais si, après l'avoir reçu, il avait été hors de danger pendant un mois, et qu'il retombât en danger de mort, on pourrait lui donnerune seconde fois l'Extrême-Onction.
Napoléon, sur son rocher de Sainte-Hélène, se voyant tête à tête avec la mort, congédia le? médecins et fit appeler l'abbé Vignoli, son aumônier : « Je suis né dans la religion catholique, lui dit-il; je veux remplir les devoirs qu'elle impose et recevoir les secours qu'elle m'offre. » A cette nouvelle, certaines gens redoutaient l'effet que cette détermination, qu'ils appelaient une faiblesse, allait produire à Paris. Là-dessus Napoléon s'échauffa : « Que sont tous les hommes, dit-il, que serai-je comme eux dans un instant ? Pourriture, proie des vers. Tout cela passe. Jésus- Gbrist subsiste^ » L'empereur se coufessa et
l'abbé Vignoli lui administra le Viatique et l'Extrême-Onction. Après ce grand acte accompli, Napoléon dit au général Monlholon : « Je suis heureux d'avoir accompli mes devoirs. Je vous souhaite, général, à votre mort, le même bonheur... J'ai toujours eu la foi, le son des cloches me fait plaisir, et la vue d'un prêtre m'émeut. Je voulais faire un mystère de tout ceci, mais c'est de la faiblesse. » Il avait raison ce grand homme. C'est au moins de la faiblesse de jouer son éternité par un lâche respect humain. On pourrait même dire que c'est de la folie.