CHAPITRE XI
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L'Ordre, c'est le sacrement qui consacre le prêtre. Tous les peuples ont senti le besoin d'avoir des hommes séparés du vulgaire et destinés à remplir à l'égard de la divinité les fonctions du culte. Point de prêtre, point de religion. Aussi, toutes les religions, mêmes fausses, ont eu leurs prêtres. La religion seule véritable ne pouvait en manquer. Aussi Notre-Seigneur, le Pontife éternel, a-t-il confié sa mission à ses apôtres et leur a-t-il donné le droit et le devoir de la perpétuer à travers les siècles, en ordonnant des évêques qui transmettront à leurs successeurs, jusqu'à la fin du monde, leur caractère sacré et leurs pou voirs et ordonneront des prêtres.
Ces prêtres auront pour mission d'offrir à Dieu l'adorable sacrifice de l'autel, de prier pour les fidèles, de les instruire, de leur administrer les sacrements, et par conséquent de leur dispenser, • avec le pain de la vérité, la sève surnaturelle de la gr^c^ dont les sacrements sont les canaux. Les
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prêtres du vrai Dieu sont donc aussi nécessaires au monde que la vraie religion, sans laquelle il n'^ a plus de vraie civilisation. Sans prêtre, plus de foi, plus dévie chrétienne. Les méchants le savent bien; aussi est-ce aux prêtres catholiques et surtout aux prêtres religieux qu'ils s'attaquent d'abord. Ils pensent avec raison qu'en enlevant le sel de la terre, tout se corrompra. Le malheur le plus grand que puisse subir une nation, un pays, c'est d'être privé de prêtres. Et quand les âmes pieuses pleurent en voyant les prêtres persécutés, les religieux exilés, ceux-ci pourraient leur dire ce que Notre-Seigneur disait aux saintes femmes, qui pleuraient sur ses souffrances : Ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous et sur vos enfants.
Quelle calamité aussi quand les vocations ecclésiastiques deviennent rares, comme il arrive aujourd'hui dans certaines contrées I Que de mourants auxquels l'absence d'un prêtre trop éloigné poiir arriver à temps, enlève à la dernière heure les secours religieux! Que d'ignorance dans les populations qui sont privées d'un pasteur résidant au milieu d'elles I Ne sont-ils donc pas les ennemis de leur pays et les ennemis d'eux-mêmes, les parents qui empêchent injustement leurs fils de suivre la carrière ecclésiastique, à laquelle Dieu les appelle! Quel compte terrible ils auront à rendre à Dieu!
Toutefois, le sacerdoce est un état saint, sublint; même, qui demande, chez ceux qui y aspirent, la vocation divine. Ceux qui s'ingéreraient dans cette carrière sans vocation seraient des téméraires qui courraient le plus grand risque de s'y perdre et de faire la honte de l'Eglise. Les parents qui, par des motifs humains, par une sotte vanité, par des vues d'intérêt, dirigeraient vf rs le sdiCQïJ^^j%
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un enfant qui n'a aucune marque de vocation ne seraient pas moins coupal)les que ceux qui entraveraient injustement, par des motifs humains, les bons désirs d'un fils véritablement appelé de Dieu. Les marques de vocation sont la pureté de vie, l'intention droite de procurer la gloire de Dieu et de travailler au salut des âmes, et non de se procurer à soi et aux siens des biens périssables, et enfin la capacité d'acquérir la science et les autres aptitudes que réclame ce saint état. Heureuses les mères qui, formant de bonne heure leur fils à la vertu, à la modestie et à la pureté surtout, faisant développer leur intelligence par une éducation chrétienne, leur inspireront, dès Tenfance, le désir de travailler au salut des âmes et prieront pour que Dieu fasse germer et se fortifier en eux ce saint désir. Elles auront un jour un prêtre dans leur famille, un prêtre qui appellera sur ses parents la bénédiction de Dieu, qui sera la consolation de leur vieillesse, un prêtre qui portera toute sa vie au saint autel le souvenir de son père et de sa mère, qu'il aurait peut-être oubliés bientôt après leur mort, s'il eût embrassé la vie du monde.
Les familles les plus modestes peuvent aujourd'hui se procurer l'honneur de voir un de leurs membres élevé au sacerdoce. Des œuvres admirables ont surgi ; elles ont pour but de pourvoir à l'éducation des enfants pauvres qui sont appelés à l'état ecclésiastique. Elles sont établies dans beaucoup de diocèses. Que Notre-Seigneur les multiplie encore ! L'œuvre des écoles apostoliques prépare les enfants pauvres à devenir prêtres et missionnaires. Quel noble but! Grâce à ces écoles, les parents, les pasteurs zélés ne sont plus entravés par l'obstacle que la pauvreté opposait jusqu'ici à des vocations sérieuses. Il n'est besoin que de s'adresser à M. le directeur du Pèlerin, .3, rue
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Bayarj. .), à Paris; ou à M. le directeur du séminaire de Montciel, près Lons-le-Saulnier (Jura); ou à M. le supérieur des Eudistes, à Plancoèt [CôteS'du-Nora); ou à M. le supérieur du collège de Seyssinet, près Grenoble [Isère]; ou à M. le supérieur des ObJats, à Notre-Dame de Lumière^ par Goult [Vaucluse); ou à M. U supérieur des missionnaires de Saint- Franc ois de Sales, à Evian [Haute-Savoie); ou à M. le supérieur des prêtres du Sacré-Cœur, à Saint-Quentin [Aisne) ; ou à M. le supéineur des Frères de Saint- Vincent de Paul, S,rueDantzig, Vaugirard-Paris ; ou à M. le directeur d'Uvrier, près Sion (Suisse); ou à M. le supérieur des missionnaires d'Issoudun (Indre); ou à M. le directeur des missionnaires d'Alger, à Saint-Laurent-d' OU [Aveyron); ou à M. Vabbé Gay, rue de Vaugirard, i04, Paris; ou enfin à M. le secrétaire du pèlerinage, par Corps [Isère); et on ne tardera pas de voir s'ouvrir, pour des enfants pauvres des biens du monde, mais riches du don précieux de la vocation divine, un asile où ils se formeront à la vie sacerdotale et apostolique (1).
Cette formation est longue. Ce n'est que par
(1) La pénurie des vocations sacerdotales, en France, qui a paru à des esprits sérieux, dès 1870, un des grands périls de l'Eglise de France, devient tous les jours plus désolante. Pour y remédier, des œuvres nouvelles surgissent, celles des vocations tardives, oti l'on fait faire en deux ou trois ans au plus, toutes les études, jusqu'à ïa philosophie, à des jeunea gens que Dieu appelle, à vingt-cinq, à trente ans.
11 y a là des soldats qui ont fait un congé , des sergents qui ofit quitté le service militaire pour le service de Dieu.
Le R. P. Féron, qui a inauguré cette œuvre, la continue en Angleterre, au prieuré Seiat-Joseph, MarnhuU Dorset. Elle est établie'au collège Saint-Charles, Chantepie, près Rennes (lUe-et- Vilaine) et à Caen (Calvados), t» rue Haute.
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divers degrés qu'on arrive au sommet du sacerdoce. D'abord l'Eglise marque ceux qui se vouent à son service, en leur donnant la tonsure, qui est un signe de renoncement aux vanités du siècle, et en même temps une couronne royale; car servir Dieu, c'est régner. L'Eglise revêt en même temps ses lévites de la soutane, qui exprime la mort au monde, et du surplis, dont la blancheur est le symbole de la pureté qu'ils doivent pratiquer. Puis, elle les initie par degrés aux Ordres mineurs, qui leur confèrent des ministères et des pouvoirs plus modestes. L'Ordre de portier leur donne pour fonction d'ouvrir et de fermer l'église et d'en écarter les indignes. L'Ordre de lecteur leur donne le droit de lire l'Ecriture Sainte à l'office. Celui d'exorciste leur communique le pouvoir de chasser les démons du corps des possédés. Celui d'acolyte de porter les cierges dans les cérémonies et de présenter le vin et l'eau qui doivent être employés à la messe. Et après que le jeune ecclésiastique s'est exercé dans ces fonctions modestes, il est vrai, mais pourtant nobles, car il n'y a rien de petit dans ce qui tend à l'honneur de Dieu, il peut être appelé aux Ordres sacrés.
Le premier des Ordres sacrés, c'est le sousdiaconat, qui confère le pouvoir de toucher et de purifier les vases et les linges sacrés, de chanter l'épître à la messe solennelle et d'y servir le diacre. Cet Ordre impose au jeune sous-diacre l'obligation de garder la chasteté perpétuelle. Et cette obligation est telle quun mariage contracté par lui serait nul devant Dieu et devant l'Eglise. Rien n'est plus sage que l'obligation de garder la chasteté imposée aux ministres sacrés. Des fonctions sublimes demandent une vie angélique; les païens eux-mêmes l'avaient compris; et pui;,
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comment le prêtre pouirait-il allier les soucis d'une famille avec ceux de son ministère? Père de famille, il n'aurait plus le même désintéressement, ni le même dévouement aux pauvres, aux affligés, aux malades, aux ignorants; et tous ne pourraient pas recourir à lui avec la même confiance. Le sous-diacre contracte de plus l'obligation de réciter tous les jours, au nom de l'Eglise, le Bréviaire ou le saint Office, et cela pour les vivants et pour les défunts. Ne faut-il pas qu'il y ait des hommes qui prient pour ceux qui ont le malheur de ne plus prier?
Puis vient l'Ordre du diaconat, qui donne, au sous-diacre qui le reçoit le pouvoir d'assister le prêtre à l'autel, de chanter l'Evangile, d'annoncer la parole de Dieu, de baptiser et de donner la communion en cas de nécessité, avec permission des supérieurs.
Enfin, le sacerdoce couronne l'œuvre. C'est l'évêque qui est le ministre du sacrement de l'Ordre. Lui seul peut consacrer les prêtres. Quand le jeune diacre, qui aspire au sacerdoce, est à genoux aux pieds de l'évêque, celui-ci lui impose les mains et lui présente le calice, avec le vin et le pain du sacrifice, en prononçant des paroles sacrées, qui font descendre sur l'ordinand la grâce d'en haut. Cette grâce confère au nouveau prêtre le pouvoir de bénir, de prêcher, d'offrir le Saint Sacrifice, de remettre les péchés, dès qu'il aura reçu la juridiction; elle lui donne, avec un accroissement de sainteté intérieure, la force de remplir saintement les fonctions sublimes dont il est revêtu. Le diacre se relève prêtre pour l'éternité; il dira sur le pain : Ceci est mon corps; et il n'y aura plus que le corps de notre seul vrai Dieu, Jésus-Christ. Le prêtre pnndra la divine Hostie, il la portera aux malades, aux
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âmes fidèles. Il prêchera l'Evangile, il remplira le ministère de Notre-Seigneur lui-même. Tous lui devront donc le respect comme à Dieu luimême, qui a dit : Ne touchez pas mes saints et n'ayez 'pas de l'aversion contre ceux qui sont mes prophètes. Et ailleurs, en envoyant ses apôtres, Notre-Seigneur leur dit : Celui qui vous écoute f m'écoute; celui qui vous méprise ^ me méprise.
Le jeune prêtre porte, il est vrai, comme tout homme ici-bas, le trésor qu'il a reçu, dans des vases fragiles. Il est sujet à faiblir, parce qu'il est homme; il peut même devenir traître comme Judas. Qui s'en pourrait scandaliser? La misère humaine peut faire couler nos larmes et exciter notre compassion. Mais, du moment où le caractère sacré reste dans un prêtre, même coupable, il impose le respect à quiconque a la foi. Dénigrer le sacerdoce, parce que quelques-uns de ses membres seraient infidèles à leur mission, ce serait une injustice. Qui oserait mépriser l'ouvrier, parce qu'il est des ouvriers sans probité et sans mœurs? Quelle est la profession, Tétat, si élevé soit-il, quelle est la corporation qui ne compte des membres indignes? Faire retomber sur tous les fautes de quelques-uns, c'est un crime. Et, de l'aveu de tous les esprits sensés, s'il est une classe d'hommes irréprochable entre toutes, c'est celle des prêtres. Les impies eux-mêmes qui la poursuivent de leur haine seraient forcés d'en convenir. S'ils avaient, dans un pays inconnu, à déposer, en des mains sûres, une somme de grand prix, ils s'adresseraient avec plus de confiance à un prêtre catholique qu'à tout autre.
Dans son livre : La vertu en France, M. Maxime Ducamp, de l'Académie française, ancien garibaldien, fait le tableau suivant de nos curés :
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« Il est de mode, il est bienséant, dans ane certaine catégorie de monde, de crier haro sur le prêtre et de le charger de toute sorte de méfaits. C'est une satisfaction que s'accordent volontiers les pauvres de cœur, car il est toujours facile d'attaquer qui ne se défend pas.
On a dit : Le prêtre vit de l'autel; soit, mais à voir ce qui se passe dans nos campagnes, on pourrait souvent constater qu'il en meurt, sans qu'il s'arrête jamais dans Taccomplissement de son devoir. Dans plus d'une commune, il n'est pas seulement le pasteur des âmes, il est le médecin, il est le consolateur, il est le soutien de ceux qui s'affaissent, il relève ceux qui tombent et il nourrit les affamés; j'en ai connu qui couchaient tout vêtus sur un sac de balle d'avoine, parce qu'ils avaient converti leurs draps et leurs matelas en aumônes.
C'est à l'œuvre qu'il faut juger le prêtre, et non pas aux intentions que lui prête la malveillance ; s'il a pris soin des malheureux, s'il a réconforté les esprits défaillants, s'il a eu pitié des débiles, s'il a fait naître le repentir chez les coupables, s'il a donné aux pauvres la part qu'il ne se réserve pas à lui-même, qu'il soit béni, car il a fait du bien et a été le représentant de Dieu dans ce que la divinité a de plus auguste : la bonté. Ses opinions politiques, s'il en a, ne nous importent guère ; à ceux qui ont faim, un morceau de pain est plus utile qu'un bulletin de vote. Rêver le bonheur de l'humanité, c'est bien; secourir le prochain qui souffre, c'est mieux.
Parmi les humbles curc's de campagne, qu'il est plus facile de railler que d'imiter, il en est plus d'un qui a fourni d'admirables exemples et qui a i'autant plus de mérites que sa pauvreté est extrême. Il n'est pas d'ouvrier qui ne soit mieux rémunéré que le desservant de certaines paroisses rurales. Quel budget pour être convenablement vêtu, pour se nourrir, pour ne point fermer sa main à ceux qui demandent! Et ceux qui demandent sont nombreux; car, en tout cas de misèrCi de malheur
OU d'accident, c'est au presbytère que l'on accourt. Or, la porte du presbytère se souvient de la parole : Frappez, et l'on vous ouvrira; aussi n'est-elle jamais close. »
La perfection, la plénitude du sacerdoce est dans Févêque. C'est lui qui est docteur et juge de la foi. C'est lui qui est le premier pasteur d'un diocèse ; il a le droit d'y faire des lois que tous ses fidèles doivent respecter. Les évêques seuls peuvent sacrer d'autres évêques.
L'évéque des évêques, c'est le Souverain Pontife qui n'a pas reçu, il est vrai, un sacrement différent de celui que reçoivent les autres évêques, mais qui, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, a juridiction sur tout l'univers, sur tous les pasteurs et sur tout le troupeau fidèle.