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CHAPITRE XIII

Puisque le mariage est un sacrement des vivants, il exige rigoureusement, dans ceux qui le reçoivent, l'état de grâce. Il est donc important de s'y préparer par une bonne confession. Malheur à ceux qui, avant de contracter aux pieds des autels de redoutables engagements, ne se confessent que pour la forme et sans la franchise et le repentir qui justifient. Comment la bénédiction de Dieu reposerait-elle sur des époux, sur des familles fondées sur le sacrilège ?

Que les jeunes gens qui veulent, trouver le

bonheur, même en ce monde, aient soin, en embrassant cet état où les obstacles au salut sont si multipliés, de s'y disposer par une vie pure. On moissonne dans l'âge mûr et dans la vieillesse ce que l'on a semé dans la jeunesse. Semer donc des fréquentations dangereuses, des liaisons coupables, c'est se préparer une moisson de crimes, de déceptions, de malheurs. Quand c'est la passion qui unit, bientôt après elle divise. Que la jeunesse soit chaste, si elle veut se préparer un avenir heureux; jamais de familiarités avec des personnes de différent sexe; jamais d'entrevues téte-à-tête, même avec la personne dont on veut faire la compagne de sa vie, sans que l'œil des parents soit une sauvegarde pour la vertu. Donc, que, même en présence des parents, ces entrevues ne soient ni longues ni fréquentes, et qu'on ait soin de s'y rappeler la présence de Dieu et d'y garder la modestie des sens et des manières, en ne descendant jamais à aucune familiarité. Il est même bon de ne point se préoccuper trop l'esprit dans la jeunesse de pensées de mariage, de ne pas s'en entretenir fréquemment. Prendre un bon repas, ce n'est pas une faute ; mais penser souvent aux aliments qui nous ont été, ou nous seront servis, s'en entretenir à tout propos, c'est la preuve d'une âme sensuelle. Ainsi en est-il du mariage.

Le mariage de Louis XV, roi de France, était arrêté avec Marie Leckzinska, quand la grand'mère de la jeune princesse, qui était aussi sa confidente, lui demanda ce qu'elle pensait de sa grande fortune : « Hélas ! maman, répondit-elle, je n'ai là-dessus qu'une pensée qui m'absorbe depuis huit jours, c'est que je serais bien malheureuse, si la couronne que m'offre le roi de

France me faisait perdre celle que me destine le Roi du ciel. »

Celui qui, entrant dans cet état, ne voudrait pas en remplir les devoirs graves, pécherait gravement. Si même les époux refusaient positivement, en le contractant, de se donner l'un à l'autre les droits que le mariage suppose, ou de contracter entre eux une union indissoluble, non seulement ils pécheraient gravement, mais encore leur mariage serait nul. Toutefois, le mariage serait valide, lors même que les époux, d'un consentement mutuel, promettraient à Dieu de garder la continence.

Le catéchisme du Concile de Trente recommande avant tout aux jeunes gens de ne pas manquer de prendre le conseil de leurs parents, quand il s'agit de s'engager dans le mariage, et il énumère les motifs qu'ils doivent avoir en vue. Le premier, c'est le lien d'une société conforme aux inclinations de la nature, qui donne aux époux l'espérance de s'entr'aider à supporter les peines de la vie. Le second, c'est le désir d'avoir des enfants, moins pour laisser des héritiers que pour les élever dans la pratique de la foi et de la religion. Le troisième motif qu'on peut se pro poser, est venu s'ajouter aux autres, depuis la chute de nos premiers parents. Celui qui a fait l'expérience de sa faiblesse, et qui ne veut pas toujours soutenir la lutte contre les tentations, peut recourir au mariage dans le but d'éviter le péclié.

Ce sont là les fins honnêtes, dont quelqu'une au moins doit être voulue par celui qui désire entrer dans le mariage pieusement et religieusement, comme il convient aux enfants des saints. Que si, à ces motifs, il s'en ajoute d'autres qui portent les hommes à se marier, ou à préférer

une épouse à une autre, comme par exemple le désir de laisser un héritier, ou comme la richesse, la beauté, la naissance, l'harmonie des caractères, on ne peut les condamner, puisqu'ils ne sont pas contraires à la sainteté du mariage ; et la Sainte Ecriture ne fait pas de reproches à Jacob de ce qu'il préféra Rachel à Lia, à cause de sa beauté.

Toutefois, comme saint Liguori le remarque, il ne serait pas dans l'ordre de s'engager dans le mariage principalement pour des fins accidentelles et extrinsèques à cet état et qui ne seraient pas bonnes en elles-mêmes; il ne serait donc pas bien de se marier principalement par vaine gloire ou par avarice, ou par un autre motif de ce genre.

De nos jours, hélas ! les mariages ne sont que troD souvent inspirés, avant tout, par de semblables motifs : la vertu n'est comptée pour rien, et des intérêts périssables entrent seuls dans les calculs dune prudence que la raison réprouve aussi bien que la foi. Philippe, préfet d'Egypte, engageait sainte Eugénie, sa fille, à donner sa main au fils d'un consul nommé Aquilius, dont il vantait la noblesse. « Dans un époux, répondit Eugénie, qui n'avait alors que quinze ans, il faut considérer les mœurs et non la naissance ; car c'est lui qu'on épouse, et non ses parents. » On rapporte qu'un père demandait un jour à Thémistocle s'il valait mieux marier sa fille à un pauvre vertueux, qu'à un riche sans vertu. '< Si j'étais à votre place, dit ce grand homme, j'aimerais mieux un homme sans argent, que l'argent sans homme. » Les chrétiens de nos jours ne savent pas toujours s'élever à la hauteur de la sagesse païenne.

Jusques à quand, enfants des hommes, aimerezvous la vanité et chercherez-vous le mensonge? Et par quel aveuglement poursuivez-vous ce qui

flatte votre amour-propre ou vos convoitises, plutôt que ce qui pourrait vous rendre heureux?. .. Ignorez-vous que la vertu seule a les promesses de la vie présente et de la vie future? C'est elle qui fait le bonheur des époux; c'est elle, par coiiséquent, que ceux-ci doivent rechercher. Une femme vertueuse^ dit l'Esprit-Saint, c'est un précieux héntage qui reviendra à l'homme généreux 'pour le récompenser de ses bonnes œuvres. Et nous ajoutons qu'une jeune fille ne peut compter sur un avenir heureux, qu'autant qu'elle choisit un époux chrétien, attaché à la foi de l'Eglise et à la pratique des devoirs qu'elle impose.

Tertullien a fait le tableau des douleurs des femmes chrétiennes qui, de son temps, prenaient pour époux un infidèle. Ses paroles ne s'appliquent que trop à la lettre à un grand nombre de celles qui, de nos jours, épousent ces chrétiens indifférents dont notre siècle abonde. « Qui ei pourrait douter? écrivait Tertullien, chaque joi la foi s'efface dans la compagnie d'un infidèleJ Comment accomplirait-elle la loi du Seigneur^ la femme qui a sans cesse à ses côtés un esclave du démon!... S'il faut aller à l'assemblée des fidèles, son mari lui donne rendez-vous à des lieux profanes. S'il faut jeûner, il commande ui festin pour ce jour-là même... Ce mari souffrirat-il que sa femme aille de village en village visitei les humbles cabanes du pauvre? — Pourrez-vousJ ô femme, cacher à votre mari le signe de la croixJ que vous faites sur votre couche et sur vous-j même? Sans qu'il s'en aperçoive, vous sera-t-il possible de vous lever la nuit pour prier? Vos pratiques de piété ne lui paraîtront-elles pas des superstitions? Que chantera à vos oreilles votre mari, et que lui pourrez-vous dire vous-même' A.h! sans doute, il chantera à vos oreilles, mais

des airs empruntés au théâtre ou à la taverne... Vous parlera-t-il de Dieu ? Invoquera-t-il Jésus- Christ? Pour alimenler votre foi, pourrez-vous lui lire les Saintes Ecritures? Où trouverez-vous donc des consolations à votre âme? Comment pourrez-vous avec lui bénir le Seigneur? Hélas! entre lui et vous il n'est rien de commun. »

On se flatte parfois de convertir après le mariage la personne qui, avant, vivait dans le désordre ou dans l'indifférence. Hélas 1 cet espoir est ordinairement une illusion qui amène des déceptions bien amères. l\ est plus facile, en vivant à côté d'un malade atteint d'une fièvre contagieuse, de contracter le mal que de le guérir. Aussi, que de personnes chastes, pieuses, avant le mariage, perdent bientôt après toute pudeur et toute pratique chrétienne. 11 est facile de s'en convaincre en regardant autour de soi.

Il n'est pas facile, dira-t-on, de rencontrer, pour lui unir sa vie, une personne vraiment chrétienne et craignant Dieu. Nous l'avouons sans peine; mais, si on ne la trouve pas, quelle nécessité y a-t-il de se contenter d'une autre qui, vivant sans foi, pourra préparer la damnation de sa famille I Qui ne voit combien l'éducation, déjà si difficile sans cela, de nos jourssurtout, devientredoutable, si les deux époux ne s'entendent pas entre eux pour la rendrechrétienne(l)? Après tout, on n'est pas obligé de se marier : ne faut-il pas mieux se sauver seul que de risquer de se perdre à deux ou à plusieurs? « Aujourd'hui, en effet, dit le caté-

(1) Ce que nous disons ici et dans les trois chapitres suivants, n'est que le résumé fidèle d'un ouvrage sorti des presse? de la propagande à Rome, après examen de la censure pontificale. Ce livre a pour titre : Des états de vie chrétienne et de la vocation; 1 fr. 50. Se trouve à La Salette (Isère).

chisme du Concile de Trente, non seulement il n'est aucune loi qui oblige quelqu'un au mariage, mais plutôt la virginité est souverainement recommandée et conseillée à chacun dans les Saints. Livres. » Les théologiens ne citent que trois cas où le mariage est obligatoire. Les voici : onpeuL être obligé de se marier pour le bien d'une nation entière,si,parexemple,onpeut,parIe mariage, faire cesser une guerre, ou procurer la conversion d'un royaume. Un jeune homme qui a ravi à ulie jeune fille son honneur, en lui promettant le mariage, est tenu de l'épouser. Celui qui, vivant dans le vice, ne veut pas prendre d'autres moyens de se corriger, doit chercher dans une union légitime un remède à ses désordres; mais on peut toujours, avecle secoursde la grâce, qui n'estjamaisrefusée à la prière, s'abstenir du péché et du mariage, et faire ce qui est meilleur que l'un et que l'autre, c'est-à-dire garder une entière chasteté. Bien que les parents puissent inviter leurs enfants à se marier pour une cause juste, par exemple, pour la conservation de leur famille, ils ne peuvent pas les y contraindre, surtout si ces enfants voulaient choisir un état plus parfait; et si les parents abusaient de leur autorité, les enfants ne seraient pas tenus d'obéir.

Possidoine, dans la vie de saint Augustin, raconte que ce saint docteur ne conseilla jamais le mariage à personne. Et, en dehors des quelques circonstances rares que nous venons d'indiquer et où quelqu'un peut être obligé de se marier, le mariage n'est pas de conseil dans le sens strict du mot; il est simplement permis, car le célibat est meilleur, comme nous allons le dire.

Ne déshonorons pas les noces par des fêtes diaboliques, dit saint Jean Chrysostome; si vous en bannissez les chants efféminés, les danses, les

paroles coupables, les rires immodérés, l'ivresse et tout ce qui ne convient pas à des chrétiens, le Christ y assistera ; sinon ce sera Satan qui y présidera, au grave dommage de tous.

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