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CHAPITRE XIV

Nous avons exposé, dans les chapitres précédents, ce qui nous a semblé plus pratique touchant les sept sacrements établis par Notre-Seigneur. Mais notre tâche serait incomplète si, après avoir parlé de TOrdre et du Mariage, nous ne faisions pas connaître ici deux états de vie si dignes de respect : le célibat et la vie religieuse. Bien que les époux chrétiens reçoivent, par le sacrement, la grâce qui les aide à se sanctifier et à élever chrétiennement leurs enfants, c'est néanmoins une vérité de foi que le célibat et la virginité sont plus parfaits et plus heureux que le mariage. Qu'on remarque bien que nous comparons les états, et non les personnes. Quand nouf disons que le mariage est saint, nous ne disons rien de ceux qui le profanent; nous ne parlerons pas non plus de ceux qui feraient la honte du célibat chrétien.

Que le célibat soitpossible,mémedans le monde, cela ne peut être contesté que par des incrédules vicieux, qui, ne comprenant rien à la vertu, refusent de croire à celle des autres. Mais, ceux qui ont vu de près les âmes, savent qu'il y en a de pures dans tous les états et dans toutes les conditions ; et s'il n'est pas de crime qu'un homme ait commis, qu'un autre ne puisse commettre, il n'est pas non plus de vertu pratiquée par d'autres que nous ne puissions pratiquer nous-mêmes, non

certes par nos propres forces, mais avec la grâce de Dieu, qui n'est pas refusée à la prière.

Qu'il soit permis, à quiconque le veut, de garder pour toujours le célibat et la virginité, cela n'est pas douteux non plus; car il est certain qu'il n'y a aucune loi qui rende le mariage obligatoire pour quelqu'un en particulier; et quand Dieu permet de vivre dans la chasteté parfaite, il n'est aucune autorité humaine qui puisse, sans injus-

tes vierges sages et les vierges folles.

tice, enlever aux âmes la liberté que Dieu leur laisse.

Notre divin Sauveur Jésus-Christ a non seulement permis, mais encore conseillé le célibat et la virginité, et cela à tous les hommes. Je veux que tous soient comme moi, a dit saint Paul, inspiré de Dieu. Ce n'est pas un précepte; car, selon la remarque de saint Jérôme, Dieu n'impose pas aux hommes la vie des anges; il se contente de

la leur enseigner. C'est pourquoi, si vous vous êtes marié, vous n'avez pas fait de péché; mais le célibat et, à plus forte raison, la virginité, qui est l'intégrité d'un corps exempt de toute souillure volontaire, sont deux états plus affranchis des sens et des préoccupations de la terre, plus purs, plus agréables à Dieu, et par conséquent plus salutaires à l'âme, parce qu'ils la mettent riieux à l'abri des obstacles au salut et la délivrent des sollicitudes qui sont une entrave à la perfection. Aussi, Notre-Seigneur, loin de blâmer les vierges, leur promet une récompense à part dans le ciel. Il est donc bien d'exhorter les autres à embrasser le célibat. C'est ainsi qu'ont fait les saints, àla suite duSaintdessaints.TouslesPères ont loué la chasleté parfaite, et en ont célébré les avantages. Saint Matthieu est mort martyr, parce qu'il avait persuadé à Iphigénie, fille du roi d'Ethiopie, de garder la virginité. Saint Paul fut mis à mort par ordre de Néron, parce qu'il arrachait aux passions de ce tyran de jeunes chrétiennes qu'il consacrait au Seigneur. Les hérétiques et les impies sont les seuls qui se soient raillés du célibat chrétien.

Les parents feraient donc une œuvre agréable h Dieu, en faisant comprendre de bonne heure, à leurs enfants, le prix de la chasteté parfaite. — Fille du consul Olibrius, admirable de beauté et unique héritière d'une immense fortune, la jeune Démétriade était, comme parle saint Jérôme, la première dans le monde romain. Pouvant aspirer aux partis les plus brillants de la terre, elle ne voulait d'autre époux que le Roi du ciel. Démétriade ne cessait de prier le Seigneur avec larmes de disposer l'esprit de ses parents à acquiescer à son ardent désir. Or, le temps de faire connaître sa généreuse résolution étant arrivé, un jour la

jeune fillese présenta devant Julienne, sa mère, et Proba, son aïeule, se jeta à genoux, les conjurant en grâce de ne pas s'opposer à sa résolution d'être toute à Dieu.

Proba et Julienne n'avaient d'autre désir que de voir leur chère enfant se consacrer à Jésus- Christ. Ces femmes admirables se hâtent de relever la jeune fille, qui tremble encore de la peur qu'elle a de leur avoir fait de la peine; elles l'embrassent tendrement, la couvrent de baisers, l'inondent de pleurs : « Soyez bénie, ma fille, disent-elles, vous allez donc rendre votre famille plus noble encore, par la gloire de la virginité! » Et ce jour fut, pour cette maison, la plus douce et la plus joyeuse des fêtes. Les parents qui imiteront la générosité de ces saintes femmes, non seulement mériteront une gfande récompense dans le ciel, mais, même dans ce monde, ils trouveront une grande consolation dans ces enfants qu'ils auront consacrés à Dieu par la pratique de la chasteté. Qui ne sait que les enfants mariés s'occupent peu de leurs parents, tandis que la vierge, ange de paix du foyer domestique, prodigue son affection et ses soins aux auteurs de ses jours?

Sïl est bon d'exhorter à ce qui est plus parfait et plus heureux, c'est se rendre coupable devant Dieu que de dénigrer le bien et d'en détourner les autres. S'il n'est pas permis aux parents d'empêcher injustement leurs enfants de se marier, il est donc plus criminel et plus insensé encore de les contraindre au mariage, quand ils veulent pratiquer la chasteté parfaite. Et, qui pourrait dire ce qui résulte de maux de cette conviction fausse des parents, qu'il faut a tout prix marier leurs enfants ?... Comment ceux qui ont fait l'expérience du vide des plaisirs de ce monde,

des difficultés de la vie, peuvent-ils vouloir, bon gré mal gré, y engager ceux qui leur sont chers ? se demande saint Chrysostome.

Qu'on ne dise pas que le célibat rend une existence stérile. Elle fut féconde l'existence d'Epaminondas, le héros de Thèbes, qui garda le célibat pour mieux servir sa patrie, et qui répondait à ceux qui lui conseillaient de se marier : « Je laisse pour héritier de mon nom la victoire de Leucres. » Que d'humbles filles, qui n'eussent été que des femmes ignorées, sont devenues, par le dévouement du célibat, l'objet de l'estime et de l'admiration, non seulement d'un village, mai« de toute une ville, et quelquefois de tout un royaume! A-t-on oublié Jeanne d'Arc, qui sauva la France et qui demeurera une de ses plus belles gloires? Pauvres esclaves du siècle, la vieille fille dont vous riez, et dont la vie se passe éloignée de vos fêtes et de vos plaisirs, est plus féconde que la vôtre : et si un jour, la lumière de la vérité luit à vos yeux malades, c'est à sa prière et à sa pureté gardée en vue de Dieu que vous en serez redevables. Si on objectait, avec l'impie Rousseau, que le genre humain s'éteindrait, si tous gardaient le célibat, nous répondrions que la ruine de la société ne risque pas de venir de la chasteté parfaite. La vertu est rare, dit à ce sujet saint Jérôme. Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. La ruine de la société viendra d'ailleurs. C'est le vice qui dépeuple les familles; multipliez les vierges, et les mariages seront féconds. L'exemple des vierges prêchera aux épouses l'amour du devoir dans le sacrifice. Le célibat n'exige point de dot et les parents redouteront moins les charges d'une famille nombreuse, si plusieurs de leurs enfants, en gardant le célibat, doivent laisser leur patrimoine intact à leurs frères.

358 DE l'état religieux

Garder le célibat, sans en faire le vœu, c'est déjà plus parfait; mais s'engager par vœu à le garder, c'est encore plus agréable à Dieu et plus méritoire. Toutefois, il serait imprudent de faire ce vœu sans consulter son confesseur et sans s'être exercé à la fuite du monde et aux pratiques de la piété chrétienne.

Ce que nous avons dit du célibat et de ses avantages s'applique, proportion gardée, à la viduité, qui est plus agréable à Dieu que les secondes noces. A l'époque de Théodoric, roi des Groths, dit saint Grégoire le Grand, une fille du consul et patrice Symmaque, la noble et jeune Galla, fut mariée, à la fleur de l'âge, à un époux digne d'elle. Dans l'espace d'un an, elle eut la douleur de le perdre et demeura veuve. Son ranj ' si élevé dans le monde, sa fortune, sa jeunesse^ tout l'invitait à contracter une nouvelle alliance; il ne manquait pas de gens empressés à l'y déter-j miner. Les médecins eux-mêmes intervinrent avec les injonctions de leur science ; mais rien n( put ébranler la résolution de Galla. Les secondes noces qu'elle se préparait dans sa pensée étaient celles qui se contractent avec Dieu; on les commence dans le deuil, mais elles aboutissent à joie éternelle; tandis que les unions de c( monde commencent par la joie et finissent pai les larmes.

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