‹ Le livre de tousChapitre 139 sur 196 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DE l'État religieux

Si la pratique de la chasteté parfaite élève lei âmes qui l'embrassent au-dessus des époux, il^ ont, à plus forte raison, plus de mérites que h vierges elles-mêmes ceux qui, non contents d<

Di l'État religieux 359

garder la virginité conseillée par Noire-Seigneur, gardent encore les autres conseils de l'Evangile. Notre-Seigneur, en effet, a donné à ses disciples, outre le conseil du célibat, celui de pauvreté et celui d'obéissance. Il a proposé ses conseils comme ses commandements à tous les hommes. Ils sont donc possibles à tous, car Dieu ne commande ni ne conseille rien qui soit impossible. Il est donc permis à tous de les suivre, à moins qu'ils ne soient engagés déjà dans un autre état. Personne n'a le droit d'entraver injustement ceux qui veulent les pratiquer.

Il suffit, pour aller au ciel, d'observer les commandements ; on n'est donc pas obligé strictement de suivre les conseils, à moins qu'on n'ait fait le vœu de les garder ou qu'on ne s'y sente appelé par une vocation bien claire. Mais si on les observe, on en retire les plus grands avantages. « Les conseils d'un ami sage sont d'une grande utilité; or, le Christ est le sage et l'ami par excellence, donc ses conseils sont très salutaires. » C'est le raisonnement du docteur angélique, saint Thomas, qui énumère ces avantages. La pratique des conseils éloigne de l'homme tout ce qui l'empêche de se porter entièrement vers Dieu, c'est-à-dire le désir des biens temporels, qui est banni par la pauvreté; puis l'attachement aux jouissances grossières des sens, que retranche la chasteté parfaite; enfin les écarts de la propre volonté, que réprime l'obéissance; et celui qui fait vœu de garder ces trois conseils se consacre tout entier à la gloire de son Créateur. Il donne, en effet, à Dieu, par le vœu de pauvreté, ses biens; par le vœu de chasteté, son corps ; par le vœu d'obéissance, son âme. Le sacrifice est complet.

C'est dans l'état religieux qu on pratique ces trois conseils, et qu'on fait vœu de les garder

360 DE l'état religieux

toujours : et ces trois conseils font l'essence de la vie religieuse. C'est donc Notre-Seigneur luimême qui a établi l'état religieux, voulant par là fournir aux hommes un moyen d'acquérir plus facilement la perfection, et de faire leur salut avec plus de sécurité. Aussi letat religieux a-t-il donné au ciel un nombre prodigieux de saints, et c'est là que fleurissent encore de nos jours les plus pures vertus. Aussi les ennemis de l'Eglise, quand ils veulent faire l'œuvre de Satan en ruinant le bien, s'attaquent-ils d'abord aux religieux.

Dans cet état, il y a moins d'occasions de péché et plus de moyens de sanctification. La cause la plus ordinaire de la perdition des âmes, ce sont les occasions dangereuses, les lectures légères, les mauvaises conversations, les compagnies mondaines. L'âme religieuse en est préservée, autant qu'on peut l'être en ce monde. De plus, que de ressources spirituelles ne trouve-t-on pas dans la vie religieuse? La vigilance, les conseils, les exemples des supérieurs et des autres religieux, les sacrements fréquemment reçus, les retraites, les prières assidues, tout cela réuni assure à l'âme religieuse des grâces abondantes qui lui rendent le salut facile. Et que dire de l'affranchissement des misères du siècle, du bonheur que trouve un cœur fervent à travailler, non pour les biens périssables de la terre, mais pour le ciel, pour la gloire de Dieu, pour le salut de ses frères?

« Si les gens du monde connaissaient la paix de la vie religieuse, disait sainte Scholastique, ils escaladeraient les murs des cloîtres, afin de s'y enfermer. »

Il n'est donc point de moyen de salut plus efficace pour la sanctification de l'individu, que l'état religieux ; rien n'attire sur les familles la bénédiction du ciel comme d'avoir un ou plusieurs de leurs

DE l'État religieux 361

membres consacrés au service de Dieu. Et pour la société, les couvents sont des paratonnerres qui écartent la foudre de la justice divine, armée par les crimes des hommes. A ceux qui accusaient les religieux de son temps de mener une vie inutile, saint Bernard répondait : « Il n'y en a point parmi nous qui, s'il faisait dans le siècle la moitié de ce qu'il fait en religion, ne fût vénéré comme un saint. » L'histoire en main, il est facile de montrer, à quiconque veut voir, l'état religieux à travers les âges, répandant les bienfaits sur les nations, instruisant les ignorants, cuhivant les sciences, les lettres et les arts, ouvrant des asiles à toutes les infortunes, fertilisant les marais et les déserts les plus incultes, au prix de sacrifices que les mondains ne savent pas même admirer. De ce que nous venons de dire, il faut conclure avec saint Thomas, que ceux qui exhortent les autres à entrer en religion, non seulement ne pèchent pas, mais même méritent une grande récompense; que ceux qui en détournent pèchent gravement, surtout s'ils ont la charge de les élever pour Dieu; que ceux qui se sentent appelés à cet état se privent de la plus grande grâce que Dieu puisse faire en ce monde, s'ils ne suivent pas leur vocation; qu'ils ont le droit de par Dieu de désobéir à ceux qui les entravent; qu'à leur majorité, ils peuvent sans crainte exécuter leurs bon^désirs; qu'ils doivent fuir les mauvais conseillers qui les en détournent. Et ce que nous venons de dire est autorisé par la doctrine et les exemples des saints, qui ont quitté le monde à l'insu de leurs parents et malgré eux, et Dieu a approuvé et favo' risé par des miracles ces glorieuses fuites. Ains agirent saint Thomas d'Aquin, saint François Xavier, saint Philippe de Néri, saint Loui Bertrand, saint Stanislas Kostka et tant d'autre?

362 DU CHOIX d'un état

En un temps où l'on ose réclamer la liberté de conscience au profit du mal, laissons-la au moins à ceux qui en veulent faire le plus saint des usages. Heureuxles prêtres et les parents qui favoriseront les vocations religieuses dans leur paroisse et dans leur famille I Heureuses les âmes pieuses qui, par leurs conseils ou leurs libéralités, aideront les autres à se donner à Dieu pour toujours (1)1

Page 1