CHAPITRE XVI
DU CHOIX d'un État
Ce n'est pas assez de faire connaître les divers états de vie. Il faut de plus dire un mot du choix qu'on peut ou qu'on doit en faire. Rien de plus important que ce choix; car de lui peut dépendre le bonheur ou le malheur temporel et éternel d'une âme. Pour ne pas se tromper dans une affaire si grave, il faut prier. C'est Dieu qui donne la lumière; et cette lumière brille surtout aux yeux des âmes qui sont pures. C'est pourquoi ils sont à plaindre et risquent fort de s'égarer dans le choix d'un état, les jeunes gens, les jeunes personnes qui vivent dans le péché.
Il faut de plus réfléchir, en faisant une retraite sérieuse, loin du monde, dans quelque pèlerinage,
(1) Il est facile, aujourd'hui, de faire admettre dans un petit noviciat des enfants de l'un et l'autre sexe, qui ont des germes de vocation. La plupart des Frères enseignants ont de petits noviciats, où ils admettent les enfants de douze ans et au-dessus. Signalons seulement les Frères des Ecoles chrétiennes, à Culuire, près Lyon (Rhône); les Frères Maristes, à Saint-Genis-Laval (Rhône). Plusieurs communautés de religieuses ont aussi de petits noviciats oti sont admises des jeunes lillcs dès làge de douze ans ; mentionnons seulement les Sœurs de la Providence, à Crolles, près Grenoble (Isère), et les Sœurs de Saint-Joseph, 10, rue des Chartreux, Lyon.
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oudansunemaison religieuse. Que si on ne le peut, que l'on considère du moins devant Dieu, dans b recueillement, ce que Ton voudrait avoir fait j l'heure de la mort et au jugement de Dieu, ce qu'on conseillerait à une personne amie qui serait dans la même situation que soi. Qu'on examine dans quel état on pourra se sauver plus facilement et procurer à Dieu plus de gloire ; car c'est là Tunique but de la vie. Enfin qu'on prenne conseil, non d'un grand nombre; car, comme le remarque saint Thomas, le grand nombre détourne de la perfection, plutôt qu'il n'y porte; mais qu'on s'adresse, s'il s'agit du mariage, à ses parents qui ont, en cette matière, plus d'expérience que les enfants, et à un confesseur éclairé et ayant des pensées justes sur la perfection chrétienne. Saint Liguori dit que, pour la vocation religieuse, il n'est pas nécessaire ni ordinairement à propos de demander conseil aux parents qui, en cette matière, n'ont aucune expérience, et qui ne sont pas assez désintéressés pour donner un conseil sincère.
Cette délibération et cette consultation ne doivent pas être trop longues; et il ne faut pas attendre qu'un ange du ciel vienne nous faire connaître ce que nous avons à faire. Celui qui se trouve dans un des cas rares où le mariage est d'obligation, cas que nous avons énumérés à la page 352, n'a pas beaucoup à réfléchir pour se marier, sa vocation est toute connue. Il en est de même de celui qui a fait vœu de garder le célibat, il est clairement obligé de le garder. Celui qui aurait fait vœu d'entrer en religion n'a pas à délibérer longuement non plus, il doit accomphr au plus tôt son vœu. Il en est de même de celui qui se sent appelé à la vie religieuse, ou par un attrait intérieur, ou par la conviction que c'est là qu'il feia plus facilement son salut : il n'a qu'à
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se hâter d'en faire l'essai, qui n'engage du reste à rien; car il a le noviciat pour faire l'épreuve de sa vocation. Vouloir faire cette épreuve dans le monde, c'est une folie ; c'est comme si l'on prétendait apprendre à peindre, en se mettant en apprentissage chez un forgeron ; et de plus c'est souvent un danger pour la vocation elle-même et pour le salut. Il est absolument faux que, si la vocation vient de Dieu, elle ne risque pas de se perdre. Gomme toute grâce, la vocation se perd; et même de légères infidélités, et des délais volontaires Tétouffent rapidement.
La crainte de quitter le couvent, après y être entré, ne doit point arrêter une âme généreuse. Ce n'est pas une honte d'essayer de bien faire, lors même qu'on ne réussirait pas. Et n'est-ce pas un avantage de choisir un état que l'on peut quitter, si l'on ne s'y sent pas dans sa vocation? Les états où il n'y a point de noviciat doivent inspirer plus de défiance.
On peut croire prudemment que l'on a la vocation, d'après saint Liguori, si l'on a une intention droite, telle que de s'éloigner des dangers du monde, de mieux servir Dieu, de travaillera son salut et à celui du prochain, si l'on n'a aucun empêchement, comme le manque de santé, ou de talent, ou des parents dans une grave nécessité, et si enfin on est admis par les supérieurs du couvent. Les fautes commises même graves ne sont pas un obstacle à la vocation religieuse, à moins qu'il ne s'agisse de quelques grands crimes commis publia quement. Avec la bonne volonté, on se corrige^ plus facilement au couvent que partout ailleurs d ses défauts et de ses habitudes mauvaises. 0 peut même, sans savoir lire, être admis dans 1 v'e religieuse, pour y vaquer à d'humbles travaux Les enfants peuvent être admis dans les couvents
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et ils y prennent mieux l'esprit religieux. C'est une erreur grossière et dangereuse, quand on a la vocation, de différer d'entrer dans la vie religieuse jusqu'à 21 ans, si on peut le faire avant. L'Église a fixé à IG ans 1 âge de la profession, et vouloir être plus sage qu'elle, c'est s'égarer.
Euphrasie, parente de l'empereur Théodose, restée veuve après quelques années de mariage, n'avait qu'une fille qui portait son nom. Pour fuir un parti brillant que lui offrait l'empereur, elle se retira en Egypte avec son enfant, et visita avec elle les nombreux monastères d'hommes et de femmes qui florissaient alors dans cette contrée. L'un d'eux était rempli de plus de cent religieuses, qui vivaient dans une rigoureuse pénitence ; Euphrasie se faisait un sujet de consolation de les voir souvent et menait toujours avec elle sa fille, qui pouvait alors avoir sept ans environ. La supérieure prenait quelquefois plaisir à s'entretenir avec la jeune Euphrasie, en qui elle reconnaissait des dispositions prématurées à la piété; et voulant sonder, par manière de récréation, les sentiments de son cœur, elle lui demanda un jour si elle aimait son monastère. L'enfant répondit avec ingénuité qu'elle l'aimait bien.
« Mais, lui dit la supérieure, si vous nous aimez, demeurez donc avez nous. — Assurément, répondit l'enfant, je le souhaiterais fort, si cela ne faisait point de peine à ma mère. » Ce dialogue était accompagné d'une sainte joie et Euphrasie, la mère, témoignait la sienne par ses larmes.
Mais la chose devint plus sérieuse quand il fallut sortir du monastère; car alors la jeune fille dit" à sa mère qu'elle désirait y demeurer et persista dans sa résolution. Sa résistance paraissant