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CHAPITRE XVII

DE LA PRIÈRE

Les sacrements sont un des moyens de salut les plus efficaces, d'autant plus que ceux qui ne s'en approchent pas ou qui ne les reçoivent que rarement ne prient presque plus. Ceux qui s'éloignent des sacrements tarissent donc pour

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eux, tout à la fois, les deux sources de la grâce. Mais les sacrements ne suffisent pas sans la prière, qu'ils supposent et qu'ils aident. Un oiseau qui a une aile rompue ne peut devenir que la proie du vautour. Pour voler, il a besoin de deux ailes; et le chrétien, pour s'élever vers le ciel, en échappant au démon, a besoin de deux ailes aussi : des sacrements dont nous avons parlé, et de la prière dont nous devons parler ici.

Sans la prière, point de salut pour quiconque arrive à faire usage de la raison. C'est une vérité certaine. Chaque être a un élément, en dehors duquel il meurt. L'oiseau a l'air, l'ange a Dieu. Lhomme, qui tient le milieu entre l'animal et lange, a besoin d'air et d'aliments comme le premier; il a besoin de Dieu comme le second. Celui qui refuserait de se nourrir ferait un crime ; celui qui refuserait de prier ne serait pas moins coupable ; il tuerait en lui la vie surnaturelle que la prière entretient. Car, sans la grâce, nous ne pouvons rien, ni croire, ni espérer, ni aimer Dieu, pas même avoir une bonne pensée, pas même prononcer le nom de Jésus d'une manière méritoire pour le ciel. Nous sommes comme l'enfant qui vient de naître, qui ne peut ni se tenir debout, ni faire un pas sans le secours de sa mère; comme le malade qui ne peut se soulever sans le secours d'une main charitable. Or, le moyen d'obtenir la grâce, c'est la prière. Sans moi vous ne pouvez rien, a dit Jésus-Christ; demandez et vous recevrez. Si vous ne demandez pas, vous ne recevrez pas.

Les damnés de l'enfer n'ont pas assez prié, ils sont perdus à jamais, à cause de leur néghgence de la prière. Les saints ne sont au ciel que parce qu'ils ont prié. Nous partagerons les tourments des premiers ou le bonheur des seconds, selon

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que nous négligerons la prière ou que nous y recourrons fréquemment. La prière, voilà noire grand devoir. Yoilà ce que Dieu nous commande de la manière la plus formelle dans les saints livres. Voilà où les élus de Dieu ont trouvé icibas leur force et leur consolation. Saint Félix de Cantalice, en gardant les troupeaux, traçait une croix sur i'écorce d'un arbre; et il restait là, à genoux, priant pendant de longues heures. Saint Louis, roi de France, passait en prière la nuit entière, la veille des grandes fêtes. La pieuse reine Marie Leczinska aimait à assister aux offices des Carmélites deCompiègne; et, l'office achevé, elle restait encore en prière après que les religieuses étaient sorties. Le Dauphin, son fils, qui l'attendait un jour, lui dit : « Oh I çà, maman, vous allez vous brouiller avec sainte Thérèse, car vous priez plus longtemps que ses filles. — Ah! mon fils, c'est que mes besoins sont plus grands que ceux de ces saintes âmes. »

L'obligation de la prière est surtout urgente à l'article de la mort, on a alors un si grand besoin de Dieu ; et ensuite dans les tentations. Un voyageur chemine la nuit dans une forêt, seul et sans arme; il est saisi à la gorge par un brigand armé. Quelle ressource lui reste-t-il? De crier et d'appeler au secours. Le démon, cet ennemi de nos âmes, plus puissant et plus rusé que nous, nous attaque. Impossible de lui résister par nos propres forces ; il faut donc appeler du secours, non du côté des hommes, impuissants à nous défendre contre lui, mais du côté du ciel, en invoquant Notre-Seigneur, la Sainte Vierge, les saints, par de courtes invocations, récitées de cœur sinon de bouche.

La grande prière de l'Eglise, c'est la sainte messe, et nous sommes obligés d'y assister au

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moins tous les dimanches. Enfin, c'est un pieux usage de prier le matin et le soir; et la Vierge estvenueàLaSalette nous lerecommander. Prions le matin pour offrir nos actions à Dieu, les rendre par là méritoires, et pour lui demander ses grâces; le soir, pour lui demander pardon et sa bénédiction pour la nuit. Que d'occasions de perdre Dieu par le péché, dans une journée, dans une nuit, sur lesquelles la prière n'a pas fait descendre la grâce divine I

Cette prière du matin et du soir est faite avec grand fruit en commun dans les familles. — Si chacun la récite séparément, on est exposé à l'omettre. Il y a une bénédiction particulière attachée à la prière commune. Toutes les fois que deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu (Teux, a dit Notre-Seigneur. Qu'il est doux pour des frères d'être ensemble, aux pieds du Père de tous, qui est au ciel! Comme les enfants apprennent à respecter leurs parents, et les serviteurs leurs maîtres, quand ils les voient respecter Dieu! La famille n'a-t-elle pas à attendre du Seigneur des grâces qui intéressent tous ses membres? N'a-t-elle pas à lui offrir des actions de grâces pour des faveurs reçues? Aussi, le saint homme Job réunissait-il ses enfants pour offrir avec eux des sacrifices à Dieu. Et qu'est-il là d'étonnant ? Les païens eux-mêmes prient ensemble dans leurs cases, devant leurs idoles de bois ou de pierre. 0 parents chrétiens, quels fruits salutaires vous retireriez de ce saint usage! Etablissez-le donc dans vos maisons.

Il faut toujours prier. Ce n'est pas une obliga lion rigoureuse, quand on n'est pas tenté; mais c'est un conseil salutaire. Nous respirons sans cesse; la prière est la respiration de l'âme. Il fait si bon du reste s'entretenir avec Dieu! Un voyc>

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geur raconte que, parmi les Japonais idolâtres, il en est qui font vœu d'invoquer leurs faux dieux des milliers de fois par jour, prosternés contre terre et frappant le pavé de leur front.

« Quand j'étais tout seul au champ avec ma pelle et ma pioche, disait souvent le curé d'Ars, je priais tout haut; mais quand j'étais en compagnie, je priais à voix basse. Si maintenant que je cultive les âmes j'avais le temps de prier comme lorsque je cultivais mon champ, que je serais heureux! On se reposait après dîner, avant de se remettre à l'ouvrage; je m'étendais par terre comme les autres. Je faisais semblant de dormir et je priais Dieu de tout mon cœur. Ah! c'était le plus beau temps! Et donnant mon coup de pioche, je me disais : Il faut cultiver son âme, en arracher la mauvaise herbe. »

Comment faut-il prier? — Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dit le Saint-Esprit. Nous demandons étant mal disposés. Le pauvre pécheur a un plus pressant besoin de prières que personne. En demandant sincèrement à Dieu sa conversion, il l'obtiendra. Mais le péché est un poids qui l'entraîne loin de Dieu, un nuage qui voile aux yeux de son âme la lumière divine. Qu'il se hâte donc, s'il veut obtenir de grandes faveurs, de sortir de son triste état. Si je trouve Viniquité dans mon cœur, disait David, Dieu ne m'exaucera pas. Plus nous serons purs de toute faute, plus facilement nous serons exaucés.

Nous demandons mal, sans attention ; comment Dieu nous écouterait-il, si nous ne nous écoutons pas nous-mêmes ? Sainte Catherine de Sienne, pour avoir fait attention, durant sa prière, à son frère qui passait près d'elle, était inconsolable; naais beaucoup ne font aucun effort pour repousser

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les distractions. Nous demandons sans humilité: et Dieu résiste aux superbes, tandis que la prière de celui qui s^ humilie pénètre les nuages; et il ne se retirera pas que le Très-Haut n'ait jeté sur lui les yeux de sa miséricorde. Ainsi fut exaucé le publicain. Nous prions sans confiance : et Dieu n'a promis d'accorder que ce qu'on lui demanderait avec confiance. Mais, si nous lui demandons dans les conditions voulues, il a promis de tout accorder. Lorsque la Vérité promet, qui oserait craindre d'être trompé? Sans doute, à cause de nos misères , nous ne méritons pas d'être exaucés; mais saint Thomas nous assure que notre prière, pour obtenir des grâces, ne s'appuie pas sur nos misères, mais sur la miséricorde divine. Quiconque demande reçoit.

Nous demandons sans persévérance. Dieu tarde quelquefois de nous exaucer, pour nous faire apprécier et désirer ses faveurs. C'est la persévérance qui le fléchit. Notre-Seigneur nous exprime cette vérité par une parabole. Un homme va demander du pain, durant la nuit , à son ami qui refuse d'abord de lui en donner, mais qui s'y décide enfin pour l'empêcher de heurter toujours à sa porte. — Nous demandons des choses qui sont funestes. Dieu ne peut pas nous accorder ce qui nous perdrait. Il y voit plus loin que nous. Le médecin connaît mieux ce qu'il faut au malade que le malade lui-même. Quel est l'homme qui, lorsque son fils lui demande du pain, lui donnerait une pierre; ou un scorpion, s'il demande un poisson ? Si vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à plus forte raison votre Père qui est dans le ciel, donnei^a de véritables faveurs à ceux qui le prient. Une mère retire des mains de son enfant le cou teau qui peut le blesser. Dieu ne donne jamais si

bien ce que nous demandons, que lorsqu'il nous refuse ce qui pourrait nous nuire. On peut, sans doute, lui demander des grâces temporelles, mais à condition qu'elles serviront à notre salut. Si ensuite nous ne les obtenons pas, remercions Dieu de nous les avoir refusées, parce qu'il prévoyait l'abus que nous en ferions. Nous pouvons demander sans réserve les grâces spirituelles nécessaires à notre salut et à celui des autres. Nous les obtiendrons sûrement; mais quand on demande pour les autres, il n'est pas absolument sûr qu'ils profiteront des grâces que nous leur aurons obtenues, car la grâce n'enlève pas la liberté. S'ils ne se convertissent pas lorsque nous avons prié pour eux, comme il faut, c'est par leur faute et non par défaut de grâce. Donc, demandez et vous recevrez la grâce, cherchez Dieu et vous le trouverez, frappez à la porte de la clémence divine et elle vous sera ouverte, en attendant que s'ouvre pour vous le ciel !

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