‹ Le livre de tousChapitre 143 sur 196 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Apprenez-nous à prier, disaient les apôtres à Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu; et le bon Maître répondit : « Voici comment vous prierez : Notre Père, quiètes aux deux, etc., » C'est donc Dieu lui-même qui nous a appris le Notre Père. Quel respect et quel amour nous devons avoir pour cette prière! Saint Hugues, évêque de Grenoble, étant malade, la répéta jusqu'à 'rois cents fois durant une nuit; et son valet de chambre l'ayant engagé à se modérer, de peur que la continuité de sa prière ne le fatiguât davantage, il répondit : « Plus je répète

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cette prière, et plus je suis soulagé. » Nous allons faire comprendre le sens des sublimes paroles du Notre Père, afin que tous s'en pénètrent, en les récitant. Les personnes pieuses apprendront par là comment on peut méditer tous les jours de sa vie, en pensant à chacune des demandes du ISotre Père.

Notre Père, c'est l'âme qui s'adresse à Dieu et l'appelle Père. Ah ! personne n'est aussi Père que lui, et c'est lui qui veut que nous lui donnions ce nom ! Quelle tendresse de sa part, et quel honneur pour nous I Soyez fiers, fils de roi, des gloires de votre naissance; l'humble ouvrier, le modeste laboureur ont autant de titres de vraie noblesse I Ils sont enfants du Roi du ciel. Notre Père, et non mon Père; car nous ne sommes pas ses fils uniques; nous avons pour frères tous les hommes que nous devons aimer, comme étant delà même famille que nous. Qui êtes aux deux. Le ciel, c'est le séjour de sa gloire; c'est là qu'il nous attend; c'est de là qu'il veille sur nous et qu'il répand sur nous ses bienfaits; c'est là qu'il nous prépare et réserve son héritage. Les biens du père n'appartiennent-ils pas aux enfants?

Que votre nom soit sanctifié! c'est-à-dire que vous-même, mon Dieu, vous, la grandeur, la majesté, la sainteté, les perfections infinies, vous soyez connu, aimé, béni, honoré et adoré de tous! Que toutes lésâmes se sanctifientelles-mêmes en vous glorifiant 1 Que toutes les langues, que tous les peuples, chrétiens et infidèles, vous célèbrent ; que personne ne blasphème votre nom trois fois saint! Que votre règne arrive IVdiY votre puissance vous régnez déjà sur les créatures; mais régnez encore dans les cœurs par votre grâce ! Faites-nous régner un jour avec vous dans le ciel. Qu'il vienne bientôt ce règne complet, ««

règne éternel, qui sera le vôtre à la fin des temps, quand Satan, étant dépouillé de sa puissance, vous régnerez par votre miséricorde sur les élus, et par votre justice sur vos ennemis à jamais impuissants! En attendant, que votre volonté se fasse sur la terre comme au ciel. Les saints, qui sont avec vous en paradis, vous sont pleinement soumis, votre bon plaisir fait leur loi. Que les hommes qui sont sur la terre n'aient d'autres règles que vos saints commandements, que, noncontents d'exécuter vos préceptes et ceux de l'Eglise, ils s'efforcent même de pratiquer vos conseils; qu'ils aspirent à la pratique du détachement, du renoncement aux biens de la terre, de la chasteté parfaite et de l'obéissance! Enfin, qu'ils acceptent avec résignation, et même avec amour toutes les épreuves par lesquelles il vous plaît de les punir ou de les purifier ! Sainte Gertrude récitait 305 fois par jour cette prière : Que votre volonté soit faite. Et Dieu lui offrant un jour à choisir la santé ou la maladie, elle lui dit : « Je désire ardemment, Seigneur, que vous ne fassiez pas ma volonté, mais la vôtre. » Répétons souvent les mêmes paroles au milieu des peines de la vie! Un jour qu'on demandait au commandant Marceau si un capitaine dormait bien sur son navire : « Je n'ai jamais mieux dormi, répondit-il, que la nuit qui a suivi la perte de mon gouvernail, au milieu d'effroyables tempêtes. C'était une position terrible. Après avoir pris toutes les mesures que je devais prendre, j'ai dit, en me promenant : Fiat voluntas tua, le même nombre de fois que sainte Gertrude, puis je suis allé me coucher, je n'ai jamais mieux dormi. »

Dans les trois premières demandes du Notrt Pèj^e, nous nous oublions nous-mêmes pour ne çenser qu'à Dieu. Les intérêts de Dieu doivent.

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en effet, passer avant les nôtres. Notre premier souci doit être que Dieu soit connu, que son règne arrive, que sa volonté se fasse; et si nous avons vraiment à cœur la gloire et les intérêts de Dieu, si nous lui disons de toute notre âme : Que votre nom soit sanctifié, etc., nous faisons un acte de charité ou d'amour parfait pour Dieu, acte qui efface tous nos péchés et qui, chaque fois que nous le répétons, nous mérite une gloire éternelle. Toutefois, Notre-Seigneur ne veut pas que nous oubliions nos besoins, et il nous apprend ce que nous avons à demander pour nous. Si nous pouvons faire la volonté de Dieu comme les anges du ciel, nous ne pouvons nous passer comme eux du pain matériel; aussi devons-nous dire à Dieu : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Notre pain, non celui des anges, qui ne nous suffirait pas, non celui des autres, que nous ne pouvons ravir sans injustice, non celui des animaux qui serait trop grossier pour nous, que vous avez faits à votre image; ne nous donnez pas seulement le pain dont notre corps a besoin tous les jours, mais donnez aussi le pain surnaturel à nos âmes. Ce pain, c'est la parole de Dieu, c'est la grâce, c'est l'Eucharistie. Ah ! si nous entendions le sens de ces paroles, nous nous exciterions, en les récitant, à un grand désir de l'Eucharistie; car Vliomme ne vit pas seulement de pain matériel ; et nous devons estimer l'Eucharistie, la Communion, d'autant plus que l'âme l'emporte davantage sur le corps! Donnez-nous aujourd'hui ce pain, car tous les jours nous avons besoin de vous pour l'âme et pour le corps, et le m.ot pain signifie tout ce qui est nécessaire à l'un et à l'autre.

Pardonnez-nous nos offenses. Jusqu'ici, nous avons demandé à Dieu des biens pour lui et pour

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nous; maintenant Notre-Seigneur nous apprend à demander à être délivrés des maux. Le plus çrand de tous, c'est le péché, c'est l'offense de Dieu. Personne n'en est innocent, car le juste pèche sept fois. Seigneur, remettez-nous nos dettes contractées envers voire justice par nos fautes, dettes qui nous ont rendus passibles d'éternels supplices : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Yous avez dit, Seigneur, que si nous pardonnions, notre Père céleste nous pardonnerait. Le pardon des injures est donc la condition nécessaire pour obtenir votre miséricorde, nous voulons remplir cette condition; c'est pourquoi nous sollicitons avec confiance votre grâce. Heureux ceux qui peuvent dire cela à Dieu avec sincérité et franchise! mais malheur à ceux qui, en prononçant ces paroles, garderaient dans leur cœur la rancune et la vengeance ! Qu'avant de prononcer cette prière, pensant au besoin pressant qu'ils ont de pardon, ils n'hésitent pas à se le procurer, en pardonnant à leurs ennemis. Saint Jean l'Aumônier disait la messe devant un prince qui gardait au cœur la haine contre son ennemi. Quand il fut à ces paroles du Pater, il s'arrêta. Le prince l'entendant, continua lui-même. Alorsle patriarche se tournant vers lui : « Voyez, dit-il, ce que vous dites à Dieu à ce moment terrible : Pardonnezmoi comme je pardonne. » Ces mots, furent pour le prince un coup de foudre. « Tout ce que vous m'ordonnerez, dit-il, aussitôt, je suis prêt à le faire. » Et il se réconcilia sur-le-champ avec son ennemi. A son exemple, bannissons toute haine de notre cœur; et si nous n'avions pas assez de courage pour pardonner, ne craignons pas néanmoins de dire souvent cette demande du Notre Père En la récitant avec foi,

nous obtiendrons la générosité qui nous manque.

Ne nous laissez pas succomber à la tentation. Dieu ne tente personne; mais il permet que nous soyons tentés par le démon, par le monde et par nos propres penchants mauvais. Quel malheur pour nous, si nous venions à succomber! C'est pourquoi nous demandons détre préservés de la chute, car, sans le secours de Dieu, nous serions impuissants. Demandons même à Dieu d'écarter de nous les tentations. Quelques saints, il est vrai, dans leur grande confiance en Dieu, ont demandé des tentations, afin d'y trouver un moyen d augmenter leurs mérites; cependant il est ordinairement plus sûr de fuir les tentations, ou de les écarter par la prière. Quand elles durent malgré nous, il ne faut pas nous en effrayer ni nous en décourager, mais les combattre, en recourant à Dieu avec confiance.

Mais délivrez-nous du mal. Le mal dont nous demandons à être délivrés, c'est le péché qui peut suivre la tentation; le mal, c'est le démon qui nous porte à ce qui est coupable ; c'est, dans un sens plus complet, tout ce qui peut nous porter au péché et nous arrêter dans le chemin de la vertu. Quand nous avons dit cela à Dieu de tout cœur, il ne nous reste plus rien à demander. Celui qui a obtenu par cette prière la protection de Dieu peut être en sûreté. Qu'aurait-il à craindre du monde celui que Dieu défend dans le monde? Saint Augustin pourtant pense que, par ces paroles, nous demandons à être délivrés de tout mal par la béatitude éternelle. Là, plus d'offenses, plus de tentations, plus de passions pour nous entraîner. Désirons tous le ciel, où il nous sera impossible d'offenser Dieu.

Amen. Par ces mots : Ainsi soit-il, nous approuvons et renouvelons encore toutes les demandes

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précédentes, en priant Dieu de les agréer et de les exaucer.

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