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CHAPITRE XIX

Dans le Notre Père, nous nous adressons à Dieu, noire Créateur. Sa bonté est telle qu'il écoute tous ses enfants, et que nous pouvons toujours nous adresser à lui sans crainte. Toutefois, nous avons besoin d'une médiatrice auprès de notre Médiateur lui-même, qui est Jésus-Christ. Il est si grand, et nous sommes si petits; il est si puissant, et nous sommes si faibles; il est si saint, et nos âmes sont si coupables, qu'il faut avoir soin d'appeler à notre secours la Vierge Marie, sa Mère, celle qui a toute puissance sur son cœur, celle à qui une pureté sans tache donne si facile accès et si grand crédit auprès de Dieu. Nous devons réclamer son intercession d'autant plus fréquemment que la dévotion à Marie est un gage de salut, le sauf-conduit qui nous fait échapper à l'enfer." Aussi n'y a-t-il point de dévotion plus ancienne, plus autorisée dans l'Eglise de Dieu, mieux établie sur la raison éclairée de la foi, plus répandue dans le peuple fidèle, plus accréditée par l'exemple des saints, plus fructueuse pour les âmes. Sans l'invocation de la Sainte Vierge, le salut devient très difficile, d'après saint Liguori. Marie, en effet, est la trésorière et la dispensatrice des grâces. Elle les communique à qui elle veut et comme elle veut, selon le langage d'un saint (1). Or, point de prière à Marie plus respectable ni plus efficace que

(1) Les âmes pieuses qui veulent connaître et servir Marie, liront arec grand fruit l'opuscule que nous avons

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VAii Maritty ou la Salutation angélique, que nous joignons au Notre Père.

Gomme l'Oraison dominicale, cette prière a deux parties. Dans la première, nous glorifions, nous louons la Mère- de Dieu; et dans la seconde nous l'invoquons, nous réclamons sa protection maternelle. En sorte que VAve Maria renferme nos principaux devoirs envers la Sainte Vierge. Je vous salue : c'est un archange qui apporte du ciel ce salut et l'offre à une humble Vierge. Il nous faudrait avoir, quand nous le répétons, toute la pureté et tout l'amour d'un séraphin, car Jésus lui-même a dû le redire souvent à sa Mère.

Disons-le donc souvent nous-mêmes, avec le même respect et le même amour, d'autant plus que, chaque fois que nous adressons à la Vierge ce salut, elle nous le rend. Il nous arrive quelquefois de saluer des personnes tellement fières ou tellement grossières, qu'elles ne nous rendent pas le salut. Mais nous n'avons rien de semblable à craindre en disant à la Sainte Vierge : Ave, Je vous salue. Saint Bernard, en entrant dans un monastère, avait l'habitude de s'incliner vers la statue de Marie et de dire : Ave Maria. Un jour, la statue s'incline et répond : Je te salue, Bernard. Ce miracle n'aura sans doute pas lieu en notre faveur, nous ne le méritons pas; mais sachons que Marie est la plus polie et la plus gracieuse des créatures, selon le langage d'un saint. Jamais nous ne lui adresserons un salut qu'elle ne nous le rende; et le salut de la Sainte Vierge, c'est une bénédiction, une grâce qu'elle nous obtient.

Marie. Le nom de cette Vierge que l'ange et que Jésus ont saluée, que l'univers entier glorifie

écrit sur ce beau sujet. Il a pour titre : La Vierge Marie, son culte, la dévotion envers elle. Prix : 0 fr. 60.

c'est Marie. Ce nom, les anges le chantent au ciel, et ils s'inclinent en le disant comme au nom de Jésus. La terre le bénit; la mère apprend à son enfant à le redire; la jeune fille le murmure dans sa prière; le pécheur l'invoque; le vieillard y puise l'espérance du ciel. L'enfer, à ce nom, recule d'épouvante et le démon est mis en fuite. Marie, ce nom dit la force et la douceur : la force, car il signifie souveraine: Marie est Reine du ciel et de la terre; la douceur, car il signifie aussi lumière, étoile de la mer, lumière qui éclaire notre esprit au milieu des ténèbres et des tempêtes de la mer où nos âmes sont jetées, et nous guide vers le port du salut. Qui a redit souvent ce nom saHS qu'un rayon de consolation ait pénétré dans son âme? Que de tentations surmontées par la seule invocation du nom de Marie! Qu'il soit donc toujours sur nos lèvres et dans nos cœurs. Nos lèvres glacées le diront encore avec celui de Jésus, à notre agonie; et quand elles ne pourront plus l'articuler, notre âme, en s'arrachant à notre corps, le répétera encore.

Pleine de grâces. Il est dit du Fils de Dieu fait homme qu'il était plein de grâce et de vérité. Il est la source de toutes les grâces. De cette source abondante découle un fleuve qui déborde, c'est Marie; et de ce fleuve d'innombrables ruisseaux, qui sont les saints, dans lésâmes desquels toutes les grâces coulent par Jésus qui en est la source et par Marie qui en est le canal. Aux autres, la grâce est donnée par portions, dit saint Bernard; m^is en Marie a été répandue toute la plénitude de la grâce. C'est en elle qu'il la faut puiser par la prière. Heureux donc ceux qui prient souvent Marie !

Le Seigneur est avec vous. Dieu est partout par sa présence et sa puissance, il est dans l'âme des

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justes par sa grâce, mais son union à Marie est en proportion de la grâce qu'il lui a faite et à laquelle elle a correspondu avec une perfection que nous ne pouvons concevoir. Le Père est avec vous, ô Marie, et il fait vôtre son propre Fils. Le Fils est avec vous, puisqu'il va habiter votre sein virginal. L'Esprit-Saint est avec vous, puisque c'est par son opération que vous allez concevoir le Fils du Très-Haut! Et vous approcherez de ce Fils du Très-Haut de plus près que tous les anges, car auquel des anges a-t-il dit : Vous êtes ma Mère? 11 vous le dira, et vous l'appellerez votre Fils; vous le porterez dans votre sein et entre vos bras, vous le nourrirez de votre lait; vous l'accompagnerez dans ses courses apostoliques; vous le suivrez jusqu'au Calvaire; au ciel vous serez placée à sa droite. Ah! obtenez-nous d'être avec lui dès ici-bas, puis aussi dans le ciel ! Icibas d'abord, car, pour arriver à l'union éternelle avec Dieu, il faut lui être uni en ce monde par la grâce sanctifiante.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Débora, Judith, Esther, ces femmes admirables qui furent le salut de leur peuple, ne sont que de pâles images de Marie, qui a donné au monde entier un Sauveur. Eve, notre première mère, nous donna la mort en même temps que la vie; Marie, en nous donnant Jésus, détruisit l'empire de la mort et du péché et nous transmit la vie surnaturelle. Aucune femme qui réunisse autant de bénédictions qu'elle; elle a les gloires de la vir- ;;inité et celles de la maternité, elle est mère d'un Dieu. Bénie entre toutes les femmes, elle communique à toutes les femmes les bénédictions dont elle est enrichie. Eve, par sa désobéissance, avait attiré l'opprobre et la honte sur toutes ses (illes ; Marie, par sa fidélité à Dieu, a relevé le sexe

faible, dont elle est la plus pure gloire; Vierge, elle entraîne à sa suite des multitudes devierp^es, qui sont le plus bel ornement de TEglise ; Mère et Mère d'un Dieu, elle a attiré sur la femme, avant elle méprisée et maltraitée comme une esclave, le respect et Famour de son époux et de ses enfants. Et puisque les femmes lui doivent l'honneur dont elles sont environnées dans la société chrétienne, il faut que toutes l'honorent et la bénissent.

En glorifiant Marie, nous ne pouvons oublier Jésus, à qui se rapporte tout le culte que nous rendons à sa Mère. Rien en Marie qui ne vienne de Jésus, et rien de ce que nous faisons pour Marie qui ne tende à exalter Jésus. C'est pourquoi, aux paroles de ÏAve Maria que prononça l'archange Gabriel et que nous venons d'expliquer, se joignent, dans cette prière, celles que sainte Elisabeth, cousine de la Sainte Vierge, adressa à Marie en recevant sa visite. // est béni le fruit de vos entrailles. Il est béni par les anges, il est béni par les hommes, il est la source de toutes les bénédictions répandues sur Marie elle-même. Il s'appelle Jésus, car il a sauvé du péché et de l'enfer le genre humain tout entier, et voilà pourquoi, à côté de votre nom, nous plaçons toujours son nom sur nos lèvres et dans nos cœurs : Jésus, Marie! Jésus, notre salut, Marie, par qui il nous a été donné I

Sainte Marie, Mère de Dieu. C'est TEglise qui a ajouté ces paroles et les suivantes à la Salutation angélique ou à VAve Maria, en 431, lorsque le Concile d'Ephèse condamna l'impie Nestorius. Cet hérétique voulait qu'on appelât Marie Mère du Christ, et non Mère de Dieu, et depuis lors, tous les fidèles protestent tous les jours contre ce blasphème en disant à la Sainte Vierge : Sainte

Marie, Mère de Dieu. Il y a eu un grand nombre de saints et de saintes dans l'Eglise de Dieu; Marie est sainte par excellence, c'est elle qui est entrée le plus avant dans la sainteté de Dieu. Quelqu'un faisant l'éloge de Philippe, roi de Macédoine, ajouta : « Pour tout dire en un mot, ce roi est le père du grand Alexandre. » Mais tout ce qu'on peut dire de Marie ne saurait égaler ce seul éloge : elle est la Mère de Dieu. C'est là la dignité incomparable de Marie. C'est pour la lui conférer, c'est pour l'en revêtir que Dieu l'a préservée du péché originel et lui a donné la plénitude de la grâce. C'est parce qu'elle est Mère de Dieu qu'elle règne au ciel, sur la terre et dans les enfers, qu'elle est toute-puissante sur le cœur de son Fils. C'est parce qu'elle est Mère de Dieu qu'elle est en même temps notre Mère, car Dieu ne s'est fait Fils de Marie qu'afin de devenir notre frère et qu'afin que nous devinssions avec lui fils de Dieu. Devenus par la rédemption les frères de Notre-Seigneur, nous avons Marie, sa Mère, pour mère adoptive. Priez donc pour nous ; vous êtes la toute-puissance suppliante; usez en notre faveur de l'efficacité de votre prière l Nous sommes de pauvres pécheurs : pauvres, les mendiants de Dieu, nous n'avons que ce qu'il donne, et s'il nous délaisse, tout nous manque; pécheurs, au néant de notre nature nous avons ajouté cejui du péché, qui nous a valu la disgrâce de Dieu.

Vous, le refuge des pécheurs, l'espérance des désespérés, détournez de nos têtes la colère de votre Fils que nous avens attisée, obtenez-nous notre pardon! Alexandre le Grand disait : « Une seule larme de ma mère a effacé beaucoup de condamnations à mort. » Qu'en doit-il être des prières et des larmes de Marie? Maintenant.

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Marie, le passé n'est plus à nous, nous en avons abusé; l'avenir ne nous appartient pas, demain peut-être nous aurons disparu de la scène du monde. Maintenant donc, priez pour nous; ne tardez pas davantage, nos besoins sont urgents; maintenant, dans la misère présente, dans les tentations qui nous poursuivent, dans les malheurs qui nous menacent, dans les douleurs qui nous affligent, priez pour nous^ et aussi à l'heure de notre mort. Si notre vie est si amère, la mort nous est bien plus redoutable encore. A ce dernier passage du temps à l'éternité, assistez-nous, défendez-nous ; prenez notre âme et transportezla alors dans le sein de Dieu ! Ameyi. Ainsi soit-il. Qu'il en soit ainsi, ô Vierge bénie!

Sainte Gertrude, à son lit de mort, n'ayant plus de forces, ne put prononcer que quelques mots de YAve Maria, encore plus du cœur que des lèvres, et elle mérita de voir la Mère de Dieu. Nous ne sommes pas des saints : mais si Marie ne se fait pas voir alors à nous, elle assistera sûrement à leur dernière heure ceux qui, durant la vie, lui diront souvent cette belle prière qu'il faut répéter partout, dans les champs, dans les maisons, par les chemins, dans notre couche, et surtout dans les tentations. Heureux ceux qui, par par cette fréquente prière, obtiendront une sainte vie et une mort de prédestinés! Ils répéteront éternellement dans le ciel avec les anges : Ave Maria.

On le voit, le Pater et VAve contiennent tout ce que nous avons à demander à Dieu et à sa divine Mère; aussi, la Sainte Vierge a-t-elle recommandé à La Salette de les dire soir et matin. Quand on ne peut dire de longues prières, on peut se contenter du Notre Père et du Je vous salue Marie ^ auxquels on ajoute le Je crois en Dieu,

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que nous avons expliqué dans toute la premièi partie de ce livre, et les actes de foi, d'espéranceJ de charité, de contrition, tels que nous les donf nons dans l'appendice, sous ce titre : Prières dt matin.

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