CHAPITRE X
C'est le prélude du jugement. On n'aime pas à y penser ; on prétend que si on en gardait le souve-
(1) Que nous voudrions voir dans toutes les familles chrétiennes l'opuscule que nous avons publié sur Notre- Seigneur, sous ce titre : Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce iue nous lui devons. Prix : 0 fr. 60.
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nir présent, on se rendrait incapable de travailler. Les saints y ont pensé, et c'est pour cela qu'ils ont travaillé plus et mieux que les autres.
Les païens eux-mêmes avaient compris que la pensée de la mort est salutaire. Philippe, roi de Macédoine, avait donné à un de ses valets la mission de lui dire chaque matin à son lever : « Roi, vous êtes homme, vivez en vous souvenant que vous devez mourir. » — Diogène, le cynique, avait élevé sur le marché d'Athènes un élégant magasin, au haut duquel on lisait cette inscription : Ici on vend la sagesse. Un homme riche de la ville lui envoya un de ses serviteurs lui demander combien il donnait de sagesse pour trois pièces de monnaie. Diogène prit l'argent et écrivit cette sentence : Fn toutes choses considérez la fin. Cette maxime parut si sage au riche Athénien, qu'il la fit graver en lettres d'or sur sa demeure.
Sans qu'il en coûte rien à nos lecteurs, nous voudrions graver dans leur âme cette sentence : Souvenez-vous de vos fins dernières et jamais vous ne pécherez.
Tous les hommes mourront, l'arrêt en est porté par Dieu. Personne n'est épargné. Où sont les vieillards qui nousont caressés dans notreenfance? Ils sont morts. Où sont ceux qui ont tracé les chemins que nous parcourons, qui ont bâti les maisons que nous habitons, cultivé les champs dont nous jouissons? Ils sont morts. Le lit sur lequel nous prenons notre repos a peut-être été celui d'un cadavre
Nous mourrons bientôt; nous interrompons le travail, le sommeil, les repas; mais le travail de la mort ne s'interrompt jamais. La mort marche vite et toujours. Où est notre enfance? elle est morte. Notre jeunesse? elle n'est plus. Saint Jean vit la mort, elle était à cheval. Un cheval ne galope
pas toujours; mais quand il est piqué de l'éperon, il s'élance. L éperon de la mort, c'est le péché. L'empereur Anastase vit, pendant la nuit, un fantôme horrible, tenant d une main une plume et de l'autre un livre. Ce fantôme dit : « A cause de la perversité de ta croyance, je retranche quatorze années de ta vie. » Peu de jours après, l'empereur fut frappé de la foudre qui le tua. Que d'exemples aussi tragiques ne pourrait-on pas citer, qui feraient trembler ceux qui vivent mal !
Nous ne mourrons qu'une fois. On dit : Personne ne revient. Ah! si on revenait, ce serait moins terrible. Si on mourait deux fois, on pourrait risquer de mourir mal une première fois : mais là où l'arbre tombe, il demeure; c'est fait pour toujours.
La mort nous dépouille de tout. Le mourant laisse tout ; sa beauté s'efface. Il quitte ses dignités, ses honneurs; il perd l'un après l'autre ses sens, il n'emporte en terre qu'un suaire. Son souvenir passe avec le son du glas funèbre. Il descend dans la terre, où ce corps qu'il a flatté, soigné, ménagé, sera la pâture des vers. « Allez voir au cimetière ce qu'on aime, quand on aime son corps, » disait le saint curé d'Ars.
Alexandre le Grand, ayant rencontré un joui Diogène allant et venant au milieu des tombeaux, lui demanda ce qu'il faisait là. « Je cherche, ditil, le crâne de ton père, et je ne puis le distinguer de ceux du vulgaire. Si tu le peux, montre-le moi. »
François de Borgia, duc de Candie, fut chargé d'accompagner de Tolède à Grenade le corps de l'impératrice Isabelle, femme de Charles V. A son arrivée, on ouvrit le cercueil, afin de reconnaître le corps, avant de le descendre dans le caveau de ses ancêtres. Cette princesse, qui avait fait, par sa beauté, l'admiration de la cour et presque de
l'Europe, était dans un état affreux. A ce spectacle, François se dit à lui-même : « Voilà donc la fin des créatures; à quoi aboutissent les honneurs, les richesses, la beauté? Va, monde, qui n'as pas de biens plus solides, je ne veux plus de toi ; » et il se fit religieux et devint un saint.
Marguerite de Gortone, dans sa jeunesse, ne retrouve plus celui qu'elle aimait et qui l'avait perdue, mais elle voit revenir une petite chienne qui l'accompagnait toujours. Cet animal, avec un cri plaintif saisit la robe de Marguerite et la tire hors de la maison. Marguerite le suit ; et cet animal s'approche d'un tas de feuilles qu'il écarte avec ses pattes en aboyant. Marguerite s'approche aussi . Que voit-elle? Le cadavre de celui qu'elle cherche, déjà en proie aux horreurs de la mort. Ses larmes coulent plus abondantes; mais, par la grâce de Dieu, elles se changent en larmes de repentir. « Insensée, se dit-elle, voilà donc ce que tu as préféré à Dieu. » Dès lors, elle se couvre d'instruments de pénitence et se tient en haillons à la porte de la ville qu'elle a scandalisée, demandant pardon à tous les passants. Nous l'avons imitée dans ses égarements; imitons sa pénitence.
Si la mort, si redoutable pour les pécheurs, avait au moins soin de les avertir de sa visite... mais rien de plus incertain que les circonstances de sa venue. Nous ne savons pas de quel mal nous mourrons. On compte neuf cents maladies mortelles. La mort les a toutes à son service. Le fer, le feu, l'eau, tout lui sert d'instrument. Partout elle dresse sou tribunal et rend des sentences.
C'est au lieu où elle désobéit à Dieu, que fut frappée la femme de Loth. L'impie Balthazar vit une main mystérieuse tracer son arrêt de mort dans la salle où il buvait avec ses convives.
Aurélien, consul de Rome, mourut dans la salle où il dansait. Le moissonneur coupe et les grands épis et les plantes qui poussent à peine. La mort ne tient compte ni de l'âge, ni de la taille, elle fauche tout. Sa faux peut vous atteindre quand vous y pensez le moins. Sur cinquante morts, il y en a trente de subites ou d'imprévues. Soyez prêts, nous dit Jésus-Christ, ca-r vous ne savez ni le jour ni Vheure.
Qui ne déplorerait l'aveuglement de ceux qui diffèrent à la mort leur retour à Dieu? Pauvres infortunés, ils oublient le proverbe : telle vie, telle mort. Gomment mériter une mort sainte, en vivant en libertin? Dieu peut faire un miracle, il le fit pour le bon larron : mais quel fatal aveuglement que d'y compter! Un gentilhomme anglais, pleinement convaincu de la vérité de la religion catholique, lui était attaché du fond du cœur, mais n'osait pas encore la professer, craignant qu'en abjurant le protestantisme, la cruelle reine Elisabeth ne lui ravît ses biens. Il prit donc le parti d'attendre à la mort; et, de peur d'être surpris par un accident, il avait soin de fréquenter, soit cl la ville, soit à la campagne, où il avait une maison, des prêtres catholiques, afin qu'à la première nouvelle de sa maladie, ils vinssent le réconcilier avec Dieu. On cherchait en vain à lui faire comprendre combien il exposait ainsi son alut. Un jour qu'il se rendait d'une de ses naisons dans une autre, il est frappé d'apoplexie. Ses domestiques courent chez le prêtre le plus voisin; mais la mort avait si bien ajusté son coup que, quand le prêtre arriva, le riche Anglais était mort sans avoir donné signe de pénitence.
Ne tardez pas de vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour, car sa colère viendra subitement.
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