CHAPITRE XI
LE JUGEMENT
Après la mort, le jugement. C'est une vérité catholique. L'impie dit : « Quand on est mort, tout est mort. » Il le voudrait; mais il a grand peur qu'il n'en soit pas ainsi. Il a raison de craindre. Rien ne s'anéantit sur la terre. Le corps luimême, en se décomposant, ne rentre pas dans le néant. Comment serait détruite notre âme, le chef-d'œuvre des mains divines? Etant simple et sans parties, il est d'ailleurs impossible qu'elle se décompose.
Du reste, si tout finissait à la mort, où serait la justice de Dieu, la vertu ne trouvant pas en ce monde sa récompense, ni le vice son châtiment? Aussi, tous les hommes, même à l'état sauvage, dans tous les âges, ont cru à l'immortalité. Partout on a honoré les morts, on a prié pour les morts. C'est insulter à la croyance universelle, que de mettre en doute l'immortalité. Et les impies, en niant cette vérité, ne montrent pas plus de cœur que de raison. AJlez donc dire au vieillard qui pleure son enfant que quand on est mort, tout est mort, vous le condamnez au désespoir. Tenez ce même langage à la jeune fille qui va déposer des fleurs sur la tombe de sa mère, vous ravirez à sa douleur toute consolation. C'est le propre de l'irréligion de tout enlever à l'homme.
Donc, après la mort, le jugement. Pendant qu'on pleure celui qui vient de rendre le dernier soupir, il comparaît devant son juge, pour y recevoir selon ses œuvres. Quel bonheur, pour l'âme juste, de s'entendre louer par Notre-Seigneur luimême, pour toutes les œuvres saintes de sa vie;
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mais quel réveil terrible pour le pécheur! Un docteur de l'Université de Paris, homme d'une vie extérieurement irréprochable, vient à mourir avec tous les secours de la religion; on conduit son corps à l'église ; et, au milieu de la cérémonie des funérailles, son cadavre se dresse dans la bière et crie : « Je suis accusé. » Dans l'épouvante générale, on renvoie les obsèques au lendemain. Le lendemain, il se redresse et dit: « Jesuisjugé. » Même épouvante, même délai. Le troisième jour, il se redresse encore : « Je suis condamné ! » criet-ilà tous. Bruno, qui le connaisait, était présent; et ce lugubre spectacle le détermina à quitter le monde, à se retirer avec cinq de ses amis sur une montagne du Dauphiné, où, avec eux, il fonda U Grande-Chartreuse et devint un saint.
Outre le jugement particulier, il faut qu'il y ait un jugement général à la fin des temps et que nous comparaissions tous au tribunal de Jésus- Christ. Ce Dieu si grand, qui semble se cacher aujourd'hui, ne faut-il pas qu'il revendique d'une manière éclatante ses droits méconnus et qu'il montre à tous que, s'il supportait les méchants, ce n'était pas qu'il aimât le mal ou qu'il fût impuissant à le punir? Et puis, durant cette vie, les vrais serviteurs de Jésus-Christ sont souvent, à l'exemple de leur divin Maître, humiliés, méprisés, persécutés, ne faut-il pas que Notre- Seigneur les venge un jour et humilie à la face de l'univers les impies qui triomphent sur la terre.
Sainte Eulalie de Mérida, en Espagne, à l'âge de douze ans, fut tourmentée pour la foi^, dans la persécution de Dioclétien. Calpurnien, officier du préfet Dacien, la fit battre cruellement; et elle, toute meurtrie de coups, dit à cet officier devenu son bourreau : « Regardez-moi bien, considérez mon visage, pour que vous me reconnaissiez bien
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au tribunal de Dieu. Nous y comparaîtrons tous deux, moi pour être récompensée de mes souffrances, et vous, pour recevoir le châtiment de votre cruauté. » Elle avait raison.
Les anges rassembleront, à la fin des temps, au son de la trompette dernière, tous les humains dans la vallée du jugement. Et quand tous seront réunis, ils verront paraître le Fils de l'homme avec une grande puissance et une grande majesté. Le divin pasteur fera le discernement de son
troupeau. Les anges sépareront les méchants du milieu des bons. Le masque de l'hypocrite tombera. Il se verra rejeter à la gauche celui qui se flattait d'être honnête selon le monde, quand il rougissait de sa religion et de ses pratiques. Des livres seront ouverts, et toutes les générations assemblées et tous les anges y liront l'état de chacune des âmes, y verront le nombre et la gravité des fautes commises durant toute une vie. David cachait son adultère, Nathan vint et lui
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dit : Tu Va commis dans le secret; inais moi, j'agirai en face de tout le peuple et en présence du soleil. C'est ce que, au jugement, Dieu dira aux réprouvés qui feront horreur à toute créature. Leurs complices les accuseront. La nuit les accusera, les pierres des maisons, témoins de leurs crimes, crieront. Les anges demanderont à Notre-Seigneur de porter sa sentence. 11 se lèvera sur son tribunal. Quand, au jour de sa passion, se tournant vers les bourreaux qui venaient le saisir, il leur dit : C'est moi, tous tombèrent à la renverse comme foudroyés. Qu'en sera-t-il au jour de ses justices, quand il dira aux pécheurs : C'est moi, votre Créateur, que vous n'avez jamais servi, votre Rédempteur, que vous n'avez jamais aimé. Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé au démon et à ses anges.
Précédemment, se tournant vers les justes, il leur aura dit : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde.
Où serons-nous à ce jour terrible, à droite ou à gauche ? Quelle sera notre sentence? La plume est entre nos mains, c'est à nous de l'écrire. Si nous faisons le mal, nous serons condamnés; nous serons absous et introduits au ciel, si nous faisons le bien. Condamnons-nous par la contrition et la confession bien faite, et nous ne serons pas condamnés au tribunal de Dieu.