‹ Le livre de tousChapitre 44 sur 196 · CHATIMENTS · texte numérisé non relu

CHATIMENTS

La raison nous dit que le père qui n'aurait point derécompense pour ses fils obéissants etlaborieux, point de châtiments pour ceux qui sont libertins et oisifs, ferait la ruine de sa famille; que le chef dun Etat qui laisserait impunis les assassins, les voleurs, ne serait pas digne de l'autorité dont il est revêtu. Il y a encore des pères justes qui savent châtier et reprendre, des chefs d'Etat qui répriment et punissent le crime. Qui leur donne la justice? Dieu. Et Dieu n'aurait pas ce qu'il donne à ces créatures, et on lui refuserait la justice qu'exercent certains hommes ! Les méchants se forgent de Dieu une idée à leur mode; ils voudraient qu'il fût bon sans être juste. Qu'ils ne s'y trompent pas. Dieu n'est pas un être incomplet; c'est un être qui possède toutes les perfections à la fois, et à un degré infini. Sa miséricorde est grande; mais sa justice lui est égale. Or, c'en serait fait de sa justice, s'il traitait de la même manière, à la mort, celui qui le blasphème et celui qui le fait aimer et bénir.

Si Dieu agissait ainsi, il ne serait plus Dieu. Le pécheur pourrait se moquer de lui impunément et lui dire: Vous savez faire de belles lois; mais je veux les fouler aux pieds, et vous ne pourrez rien contre moi quand même. C'en serait fait de toute vertu. Qui éviterait le mal, s'il n'était pas puni? Qui pratiquerait la vertu, si elle n'était pas récompensée? Peut-on trouver mauvais que Dieu ne favorise pas le mal? Ce serait monstrueux, au contraire, qu'il le favorisât. Et ce serait le favoriser que de le laisser impuni. Le plus vulgaire laboureur sait qu'il ne suffit pas de semer le bon grain, si on n'arrache pas les mauvaises herbes; et Dieu se contenterait de ne pas semer le mal, il ne ferait rien pour le détruire? Ce serait là laisser étoutfer toute moisson du bien!

DES MéCHANTS 95

La justice de Dieu demande que non seulement le mal soit puni ; mais encore que la punition soit proportionnée à la gravité de TofTense. Si un homme frappe un pauvre qui ne lui a point fait de mal, il mérite un châtiment. Si un soldat insulte son chef, h châtiment doit être plus grave. Si l'insulte était lancée contre le chef d'un grand Etat, la punition serait terrible. Qu'en estil donc du péché qui outrage Dieu, dont la grandeur est infinie? Le péché a une mahce en quelque sorte infinie, il faut donc un châtiment qui ne finisse qu'avec l'âme humaine, qui est immortelle. Du reste, la peine doit durer tant que le péché n'est pas expié par le repentir; et le réprouvé ne se repent plus, il blasphème Dieu à toute heure.

Qu'on nedisepascommelesinsensés: Gomment un plaisir d'un moment peut-il mériter un supplice qui dure toujours? Qui a songéàrégler lechâtiment sur la durée de la faute? Le châtiment doit se mesurer sur la gravité du crime et non sur le temps qu'on a mis à le faire. S'il en était autrement, il faudrait infliger une plus grande peine à celui qui a mis deux heures pour abattre l'arbre de son voisin qu'à celui qui a commis un assassinat en une seconde.

Dieu est bon, dit le pécheur. Oui, assurément, et plus qu'on ne peut le dire et l'imaginer; et c'est pour cela qu'il hait le mal. On vantait un jour Carilaûs devant un Spartiate. « Il est si bon, disait-on, qu'il fait grâce à tous les malfaiteurs. » Le Spartiate répondit : « Comment serait-il bon, s'il n'est pas l'ennemi des méchants? » La bonté de Dieu étant infinie, il a pour le mal une haine infinie. Dieu n'est pas un être tronqué. Il est complet ; autant il estbon, autant il est juste. « Dieu ne m'a pas fait pour me damner, » ajoute un liber-

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