CHAPITRE PREMIER
Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul. Tel est le premier de tous les commandements, et le plus grand devoir du chrétien. On parle beaucoup des droits de l'homme; or, l'homme n'a aucun droit à l'égard de Dieu, à qui il doit tout. Mais les droits de Dieu sur l'homme sont réels, absolus et sacrés. Il est donc urgent de les connaître et de les respecter. On honore Dieu par la foi, l'espérance, la charité et la religion, dont nous avons à trailer ici brièvement.
La foi est une vertu, répandue par la grâce dans notre âme, et par laquelle nous croyons fermement toutes les vérités que Dieu a révélées et que l'Eglise cathohque nous enseigne. Nous avons dit déjà, aux chapitres I et II, pages 17 et suivantes, la nécessité de la foi et sa certitude. Voici les motifs sur lesquels s'appuie notre foi.
comme sur une base inébranlable. Dieu a parlé, il nous a affirmé lui-même qu'il nous parlait, qu'il était la science, la vérité infinies. Il a prouvé qu'il nous parlait par de grands miracles, qui sont d'une certitude historique indubitable.
L'Eglise, la plus haute autorité historique du monde, nous apporte les Livres Saints qu'elle a conservés intacts, avec une fidélité scrupuleuse. Ces livres renferment la parole de Dieu, aux témoignages des ennemis mêmes de l'Eglise, des Juifs, des hérétiques et des schismatiques. D'après ces livres, d'une authenticité et d'une véracité exceptionnelles. Dieu a promis à son Eglise de l'assister pour qu'elle ne nous dise jamais que la vérité qu'il lui a révélée lui-même. Dieu a pris soin de prouver que cette assistance divine sur son Eglise était réelle, car il a permis que toujours, dans cette Eglise catholique, il y eût des saints en grand nombre, et qu'il s'y opérât de grands miracles, témoignage non équivoque de sa divine institution.
Notre foi est donc pleinement raisonnable, elle est fondée sur la parole du Dieu qui ne peut ni se tromper, ni tromper, comme la raison nous le dit. Sa parole nous est conservée pure par l'Eglise, selon la promesse de Dieu. L'enseignement de l'Eglise nous est connu par tous les catéchismes du monde, qui sont substantiellement les mêmes, bien qu'ils puissent différer dans la forme. Ces catéchismes sont entre les mains de tous les fidèles. Tous les évêques prescrivent de les apprendre, et les évêques sont en communion avec le Saint-Siège, qui approuve cet enseignement. Il n'y a donc pas moyen de nous tromper à cet égard (1).
(1) Que les catéchistes et les pasteurs des âmes veuillent bift'' "^e pas regarder comme inutile* les dét?i'..')
no LA FOI
Aussi, les hommes les plus célèbres ont-ils soumis leur intelligence à la foi en nos mystères.
Le G''' Auguste de la Ferronnays, pair de France, ambassadeur, ministre, mort en 1842, avait volontairement, pendant près d'un demi-siècle, fermé les yeux pour ne pas voir, bouché ses oreilles pour ne pas entendre, comme il le dit lui-même. Mais, lage amenant la réflexion, il fut épouvanté de son état et il se réconcilia avec Dieu par une confession sincère. Et après il écrivait : « Ma raison ne me demande plus compte de rien de ce que je crois; et je trouve doux et bon de croire ce qui me commande le bien, et ne permet que le bonheur. »
Un célèbre mathématicien du xix" siècle, le baron Gauchy, disait : « Je crois à la divinité de Jésus-Ghrist avec tous les astronomes, tous les grands physiciens, tous les grands géomètres des siècles passés. Je suis catholique sincère, comme l'ont été et le sont encore un grand nombre des hommes les plus distingués de notre époque, de ceux qui ont fait le plus d'honneur à la science, à la philosophie, à la littérature, qui ont le plus illustré nos académies. »
Mais plus sont solides les fondements de notre foi, plus grand est le crime de ceux qui nient, ne serait-ce qu'un seul point de la foi. Il est clair, en effet, que, par cette seule négation, ils outragent gravement l'autorité de Dieu. Il en est de même de ceux qui doutent volontairement d'une seule des vérités de la religion. Ils mettent, par là même, en doute la véracité et la science divines; et, qui ne voit que c'est une insulte à Dieu? Plus coupables encore sont ceux qui manifestent leurs
que nous donnons ici et dans les chapitres suivants ; ils en trouveront la raison théologique dans le Brève Compendium Theologiœ qu» nous avons publié.
doutes ou leur incrédulité à d'autres, qui les scandalisent ainsi, et leur ravissent le bien de tous le plus précieux, la foi.
Ceux qui publient des livres ou des journaux contre la religion sont les pires des assassins, et malheur à ceux qui vont sucer dans ces lectures le poison qu'elles renferment. Un Anglais, nommé William Bealde, après avoir passé vingt ans en Amérique, revint en Europe et se maria à une femme aimable et d'une honnête famille, dont il eut quatre enfants, qu'il élevait avec soin. Malheureusement, ses affaires n'allaient pas selon ses désirs, et, pour se distraire, il se mit à lire des livres contre la religion. Il perdit tout. Un jour, il envoya son domestique porter à un de ses amis une lettre, dans laquelle il priait ce dernier de venir voir, le soir, dans sa maison, comme tout serait changé. L'ami vint le soir et ne trouva que des cadavres. Le malheureux William, avec la hache et le poignard, avait égorgé sa femme et ses enfants, et s'était tué lui-même avec un pistolet.
Les parents sont gravement coupables s'ils laissent de semblables écrits tomber entre les mains de leurs enfants, s'ils supportent qu'on tienne en leur présence des discours contre la foi. Quelle imprudence de fréquenter les impies ou les hérétiques! «Sortons dici, disait saint Jean en apprenant qu'un hérétique était dans la maison où il entrait. Je crainsque cette maison ne s'écroule pour écraser cet ennemi de Dieu. » Moins affermis dans la foi que ce saint, oserions-nous être assez téméraires pour vivre dans la société des ennemis de la foi, des hérétiques ou des impies? Serionsnous assez imprudents pour assister aux prédications ou aux écoles des ennemis de l'Eglise, pour entrer au service dans leurs maisons, ou y laisser entier nos «enfants, au péril de leur foi?
Ah! ne perdons pas le bien de tous le plus précieux, notre malheur serait trop grand. Frédé-. rie II, roi de Prusse, était un philosophe impie; et souvent, comparant le sort de ses sujets, qui avaient une foi naïve, avec le sien, il pleurait des larmes amères ; et, en voyant sortir les catholiques de leurs éghses, il disait : « Ils sont heureux ceux-là, ils croient; » et Voltaire lui écrivait dans sa vieillesse : « Soyez sûr qu'on passe des moments bien tristes à quatre-vingts ans quand on nage dans le doute. »
M. le G*' de la Ferronnays, dont nous venons de parler, a écrit: « Que demander aux hommes et que peut-on attendre d'eux dans les grandes crises de l'âme? La religion seule, et toujours elle, sait dire les mots que le cœur déchiré a besoin d'entendre; seule, elle a le droit et le pouvoir de faire couler des larmes sans trop d'amertume ; seule, elle peut oser parler d'espérance à côté du désespoir; seule aussi, elle peut promettre l'avenir à ceux
qui n'ont plus de passé ni de présent Oh! que
je plains ceux qui souffrent et sont assez malheureux pour conserver des doutes sur ces grandes et consolantes vérités! Chaque fois qu'une douleur nouvelle vient assaillir le cœur, qu'il doit être triste de ne savoir de quel côté tourner ses regards et d'être obligé de rester seul aux prises avec le malheur et le désespoir ! L'âme chrétienne, au contraire, trouve toujours un sûr refuge au pied de la croix ; elle vient y répandre ses larmes, raconter ses douleurs, puiser la force et le courage de la résignation, impossible sans la foi qui donne l'espérance. »
On pèche aussi gravement, en négligeant de s'instruire des vérités de la religion. Cette négligence, hélas! estaujourd'hui unedôsgrandes plaies de notre siècle. Souvent, c'est parce qu'on ne con-
naît pas sa religion qu'on n'y est pas attaché, qu'on est prêt à croire tous ceux qui l'attaquent, et quel quefois à la trahir par de criminelles apostasies. Les parents sont gravement coupables s'ils n'apprennent pas à leurs enfants, dès que leur intelligence commence à poindre, qu'il y a un Dieu, Créateur de toutes choses, que ce Dieu nous a destinés à aller le voir tel qu'il est dans le ciel, qu'il récompense les bons en se donnant à eux dans l'autre vie, qu'il punit les méchants, qu'il gouverne tout par sa providence, que nos âmes sont immortelles, que, pour aimer Dieu, nous avons besoin de sa grâce et de son secours, que la prière est nécessaire et efficace pour obtenir la grâce, qu'en Dieu il y a trois Personnes distinctes et égales en toutes choses : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que ce Dieu est un pur esprit comme les anges; mais que le Fils de Dieu, Dieu lui-même, est venu sur la terre, a pris un corps et une âme comme nous, se faisant homme dans le temps, lui qui est Dieu de toute éternité, qu'il est mort sur la croix, afin d'expier nos péchés et de nous ouvrir le ciel, lequel nous eût été à jamais fermé sans la passion et la mort du Sauveur.
Ce sont là des vérités absolument nécessaires au salut; mais elles ne sont pas les seules que tout chrétien doive croire, et que les parents et tous ceux qui ont charge d'instruire l'enfance soient obligés d'apprendre aux enfants. Tout ce que nous avons exposé dans la première partie de ce livre doit être su de tous les fidèles; il faut donc avoir soin de 'le relire souvent soi-même et de le faire lire dans les familles, sinon dans ce livre, où nous avons pourtant cherché à exposer clairement et complètement la doctrine catholique, du moins dans un catéchisme. Cette obligation n'est devenue que plus urgente aujourd'hui pour
lesparents.Ennosmalheureuxtemps,eneffet,oùon parle tant de progrès, les instituteurs de l'enfance ne sont plus libres de lui apprendre à connaître la religion. Les parents ne peuvent donc plus compter sur eux pour donner à leurs enfants les connaissances les plus nécessaires à la vie humaine, celles qu'il est le moins permis d'ignorer. C'est à eux à remplir eux-mêmes c3 devoir, de tous le plus sacré, et de se meUre en mesure, en s'instruisant eux-mêmes, d'instruire ceux dont ils répondent devant Dieu. Que s'ils sont incapables de remplir cette rigoureuse obligation, qu'ils aient soin de demander à quelques personnes charitables et instruites d'apprendre à leurs enfants ce qu'ils ne peuvent leur enseigner eux-mêmes, et qu'ils envoient consciencieusement leurs enfants aux catéchismes, et même, après la Première Communion, aux catéchismes de persévérance, tout en continuant toujours, le dimanche et dans les longues veillées d'hiver, de lire la doctrine chrétienne en famille.
C'est une illusion de croire qu'on la sait, parce qu'on l'a apprise une fois. L'intelligence et la mémoire sont infidèles; elles ne gardent que peu de temps ce qu'on leur a confié, surtout dans l'enfance; et si on cesse d'étudier la doctrine chrétienne, d'entendre la parole de Dieu le dimanche, on en vient bientôt après, sous l'influence des préoccupations humaines, à oublier les vérités les plus élémentaires de la religion. C'est là un grand malheur.
Dédaigner cette science sainte, comme si elle n'était réservée qu'aux enfants, c'est faire preuve de peu de jugement; qui ne sent qu'elle est la plus noble, la plus utile, la plus nécessaire des sciences? L'impie Diderot, faisant lire l'Evangile à sa fille, fut surpris par un de ses amis, qui
lui en témoigna son étonnement. « Et que pourrais-je, reprit-il, lui enseigner de mieux?»
Malgré ses erreurs, le célèbre philosophe Jouffroy savait apprécier la valeur du catéchisme. « Il y a, dit-il, un tout petit livre que Ion fait apprendre aux enfants, et sur lequel on les interroge à l'église. Lisez ce petit livre, qui est le catéchisme, vous y trouverez la solution de toutes les questions que j'ai posées, de toutes sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait; où elle va, il le sait; comment elle y va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant, qui de sa vie n'aurait pu y songer, pourquoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime. Origine du monde, origine de l'homme, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, rapports de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme avec ses semblables, droits de l'homme sur la création, il n'ignore rien de tout cela ; et quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens. Car tout cela découle avec clarté et comme de soimême du catéchisme. Voilà ce que j'appelle une grande religion. Je la reconnais à ce signe qu'elle ne laisse sans réponse aucune question qui intéresse l'humanité. >>
Odilon Barrot, ancien ministre de Louis-Philippe, dans les séjours parfois longs qu'il faisait à Villefort, ne manquait pas de s'informer de l'heure du catéchisme des enfants et d'y assister avec attention et respect.
Le baron Cauchy, membre de l'Académie des sciences, une fois par semaine, à heure fixe, enseignait à Paris le catéchisme aux petits Savoyards abandonnés.