CHAPITRE II
DE l'obligation DE CROIRE ET DE PROFESSER SA FOI
Ce n'est point assez de savoir les vérités du l salut, il faut les croire. Rester longtemps sans faire des actes de foi, c'est une faute grave. Toutefois, on fait un acte de foi en récitant le Je crois en Dieu, avec attention, dans sa prière. C'est un devoir pour les parents de faire faire des actes de foi à leurs enfants, dès leurs premières années, de leur enseigner par conséquent les motifs de la foi, comme nous l'avons fait au chapitre précédent, page 113, et aussi au chapitre II de la première partie, page 23. Si un enfant de quatre à sept ans, ayant offensé Dieu mortellement, venait à mourir sans confession ou sans un acte de contrition parfaite, il serait à jamais privé du bonheur du ciel. Or, il est impossible de produire l'acte de contrition sans la foi !
Quel crime d'abjurer la foi! c'est une lâche apostasie. Obligation grave, par conséquent, de ne pas s'engager dans les Sociétés secrètes, qui soufflent à leurs adeptes la haine du catholicisme, et dont les membres sont frappés d'anathème par l'Eglise. S'enrôler dans ces Sociétés, c'est s'enlacer pour l'heure dernière dans les filets du démon et se rendre presque impossible le retour à Dieu au moment de la mort. Ne voit-on pas tous les jours, hélas! dans certaines grandes villes, de pauvres moribonds sur le point d'entrer dans leur éternité, désirant au fond du cœur se réconcilier avec Dieu et qui, circonvenus par les faux amis qu'ils se sont choisis durant la vie, n'osent ou nepeuvent plus fairedemanderleprêtre?
Qu'on se garde donc de se laisser séduire par de trompeuses promesses. Ces Sociétés infernales se cachent comme le serpent sous les fleurs. Elles se présentent comme desSociétésde secours mutuel, de bienfaisance; elles offrent de faire arriver aux charges, à la fortune; et elles enlacent ainsi dans leurs replis ceux qui, trop crédules, se sont laissés duper. Gardons noire liberté, et ne nous enrôlons dans aucune association tant soit peu suspecte.
Non seulement nous ne devons pas renoncer à notre foi, mais il est des circonstances où nous sommes obligés, même au péril de notre vie, de la professer. C'est ce qui arrive, si on est légitimement interrogé sur sa foi par la justice humaine. Ne pas répondre alors qu'on est catholique, ce serait un crime. Plus de quinze millions de martyrs sont morts pour avoir confessé leur foi devant les tyrans.
En 1622, un jeune enfant de quatre ans, Ignace Fernandez, subit le martyre au Japon. Le bienheureux Spinola avait baptisé cet enfant admirable, qui, apprenant que son père venait de mourir martyr, dit en bégayant : « Moi aussi, je mourrai martyr et vous aussi, ma mère. » La vue d une épée le comblait de joie et pour le faire pleurer, on n'avait qu'à lui dire qu'il ne pourrait pas mourir pour la foi. Bientôt il fut emprisonné avec sa mère et une foule de chrétiens, et condamné à avoir la tête tranchée, le même jour que le bienheureux Spinola dut monter sur le bûcher. Quand Spinola, attaché à son poteau et prêt à être consumé, aperçut Isabelle Fernandez, la mère d'Ignace, mais non l'enfant qui était caché par un bûcher : « Où est mon petit Ignace ? demandat-il. — Le voici, mon Père, répondit Isabelle en élevant son fils dans ses bras » L enfant, revêtu
de ses habits de fête, paraissait comme un auge. Il se mit ensuite à genoux et demanda la bénédiction du martyr. Plusieurs têtes furenl abattues aussitôt et roulèrent aux pieds de l'enfant, entre autres celle de sa mère. Ignace n'en parut pas effrayé. Il s'agenouilla dans le sang, rabattit le collet de sa robe et présenta sa tête au bourreau.
Etant les héritiers de la foi des martyrs, soyonsle de leur courage. Celui toutefois qui est accusé pour un crime et que le juge interroge incidemment sur la foi, n'est pas tenu de la confesser, à moins que son silence ne tourne au mépris de la religion, ou au scandale du prochain. Il en est de même de celui qu'un particulier interroge sur la foi.
Eléonore de Bergh, princesse catholique, à la façon des fidèles de la primitive Eglise, avait épousé Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, un des principaux champions du protestantisme, à la condition qu'abjurant l'hérésie, il rentrerait dans le sein de l'Eglise, engagement qu'il tint en effet, au mépris des suggestions de sa famille et de ses intérêts temporels les plus manifestes.
Prématurément devenue veuve, la duchesse de Bouillon montra, pour le salut de cinq fils et de cinq filles, que son époux lui avait laissés, une sollicitude dont les témoignages sont si éclatants et si extraordinaires, qu'à peine seraient-ils croyables, s'ils n'étaient attestés par des monuments qu'on ne peut récuser. La persévérance de ses enfants dans la foi véritable, qu'elle se faisait gloire d'avoir rétablie dans la maison de Bouillon, fut dès lors l'unique occupation de sa vie.
Bientôt, pressentant, comme îl semble, qu'elle mourrait prématurément aussi, et alarmée à la
pensée de laisser de jeunes orphelins sous la redoutable influence des parents du feu duc, tous calvinistes ardents, elle prit, par son testament, des dispositions toiles qu'on peut assurer que jamais, sous une semblable forme, surtout, n'a été faite une si frappante et si admirable profession de foi. Dans cet acte de ses dernières volontés, Eléonore de Bergh ne songe qu'à une chose, la foi de ses enfants. Elle institue le roi, le parlement, les évêques, les seigneurs catholiques, leurs tuteurs honoraires, adjurant avec larmes le monarque, les magistrats, les prélats de veiller non pas à leurs biens temporels, à leur avenir selon le monde, mais au soin de leur âme, à l'intérêt de leur salut, seul point qu'elle ait à cœur.
Elle ordonne aux cinq frères et aux cinq sœurs de lire ensemble fréquemment, pendant toute leur vie, ce testament où s'épanche avec effusion l'ardeur de son zèle pour la religion catholique, afin de s'affermir de plus en plus par cette lecture dans leur foi. Ayant eu la précaution de faire écrire et signer en sa présence, par chacun de ses enfants, la promesse de mourir catholique, elle ordonne qu'aussitôt après sa mort, cette promesse soit mise entre ses doigts glacés, pour être avec elle renfermée dans la tombe. Ce n'est pas tout. Elle exige que ceux de ses enfants restés fidèles désavouent et ne reconnaissent plus jamais celui d'entre eux qui aurait trahi sa foi et sa signature.
« Au jour, disait-elle ensuite, où nous ressusciterons tous ensemble, je jetterai les yeux sur vous tous ; et alors, s'il y en a un qui se soitdémenti de sa parole, je lui dirai : Va, maudit et malheureux ! va, perfide et déloyal, je ne te reconnais point pour mon enfant; tu as faussé la foi