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DBS SOINS SPIRITUELS DUS AUX INFÉRIEURS

La Providence, pour pourvoir aux besoins matériels et corporels des créatures, n'a dit qu'une parole féconde, qui leur fournit à tous la nourriture en temps opportun. Mais pour sauver les âmes, Dieu a dû faire des prodiges qui nous étonnent. Il a fallu que le Fils de Dieu s'anéantît en se faisant homme, en mourant pour nous sur la croix et en restant pour nous dans la Sainte Eucharistie. Les parents, les maîtres, les tuteurs, les parrains qui ne s'occuperaient que des soins corporels dus à leurs inférieurs ne rempliraient que la moindre partie de leur tâche. Leur grand devoir, leur plus sérieuse obligation, c'est d'élever les âmes. Sans cela, en se perdant, ils perdent pour l'éternité ceux dont ils ont la charge. L'éducation des âmes comprend : le baptême, l'instruction, la vigilance, la correction, le bon exemple et la prière.

C'est une faute grave pour les parents de ne pas faire baptiser leurs enfants, lors même que, par suite d'un accident, ils viendraient au monde peu de temps après avoir été conçus, et lors même qu'on douterait s'ils naissent vivants ou morts. Trop différer de baptiser un enfant, surtout si on l'expose à mourir sans baptême, c'est une faute grave. (Voir ce que nous dirons plus loin du baptême, 3° partie, chapitre m.)

L'instruction la plus nécessaire, c'est l'instruction religieuse : c'est une obligation pour les parents d'apprendre à leurs enfants leurs prière^

et les vérités du salut que nous avons exposées dans la première partie de ce livre, de leur faire faire des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, comme nous l'avons dit dans les chapitres I, II et m de la seconde partie, de les former à l'observation de la loi de Dieu et de l'Eglise, aux pratiques des vertus chrétiennes, de l'obéissance, de l'humilité, de la mortification, de la prière surtout et de la fréquentation des sacrements. C'est un devoir grave pour les parents de faire confesser leurs enfants dès qu'ils peuvent offenser Dieu, et, pour le plus tard, dès l'âge de sept ans, et de leur faire administrer dès lors le Viatique et l'Extrême- Onction, s'ils étaient en danger de mort (1). Ils doivent aussi les envoyer à la messe le dimanche, et veiller à ce qu'ils l'entendent bien. Les parents qui gâtent les enfants, en développant chez eux l'insoumission, la vanité, l'orgueil, la sensualité, l'indifférence pour les pratiques de la vie chrétienne, ne songent pas qu'ils se préparent des tyrans. Flattez votre fils, dit le Saint-Esprit, et il vous fera trembler un jour.

C'est donc un devoir pour les parents d'envoyer leurs enfants, dès leurs plus tendres années, au catéchisme, et, après la Première Communion, aux instructions de persévérance et aux prônes du dimanche. Dans certains cantons républicains de Suisse, les enfants sont obligés d'assister aux catéchismes jusqu'à 19 ans; et l'autorité civile sait prêter secours à l'autorité ecclésiastique, pour faire respecter ce règlement.

En 1877, M. Legouvé, de l'Académie française, disait, à une distribution de prix d'une école de

(1) Nous avons publié une brochure que toutes les mères feraient bien de se procurer. Elle porte ce titre • Méthode facile pour préparer les petits enfants au sacre ment de Pénitence. Prix : 0 fr. 15.

Paris: « Si j'étais absolument forcé, pour un enfant, de choisir entre savoir prier et savoir lire, je dirais : qu'il sache prier! car prier, c'est lire au plus beau de tous les livres, au front de celui d'où émane toute lumière, toute justice, toute bonté. »

A plus forte raison doit-on choisir pour ses enfants une école où ils reçoivent l'enseignement religieux. Les confier à des maîtres ou à un collège où ils courraient risque de perdre la foi et les mœurs, ce serait, de la part des parents, un crime que rien ne pourrait excuser.

Denis l'Ancien, tyran de Syracuse, avait pour son gendre Dion une haine terrible; et, pour l'assouvir, il imagina de faire venir à sa cour le fils de Dion. Celui-ci crut à un acte de bienveillance et laissa partir son fils. Denis donna ordre d'accorder tout aux caprices de l'enfant et de ne point veiller sur lui. On le fit et bientôt ce fut un libertin. Par surcroît, on le vanta de ses crimes, et on le précipita ainsi dans toutes sortes d'excès. Quand Denis le vit tel qu'il le voulait, il le renvoya à son père, qui ne tarda pas de s'aperc'^'voir de ce qu'était devenu son fils. Il en fut au désespoir. En vain le mit-il entre les mains de sages gouverneurs. Plutôt que de se corriger, l'infortuné jeune homme aima mieux se précipiter du haut de la maison et se briser la tête. Les grands ennemis des parents et des enfants sont ceux qui élèvent ces enfants sans leur enseigner la vertu et la crainte de Dieu.

M. de Mairan, de l'Académie des sciences, raconte qu'il avait connu, à Béziers, un père de famille libre-penseur, qui avait donné une éducation sans Dieu à ses trois enfants, deux garçons et une fille. Cette éducation porta vite ses fruits; et tous trois devinrentinsoumis, joueurs, libertins. Leur pauvre mère, abreuvée d'amertume, mourut

bientôt. Les enfants, réclamant sa succession, laissent leur père dans la misère. Bientôt, un des fils périt sur Téchafaud pour ses crimes. La fille finit ses jours à Bicêtre, asile des mendiants; l'autre fils, abandonné par une femme infidèle, tomba aussi dans la honte et la misère. Le pauvre père devint fou, et, dans son délire, il se meurtrissait le sein et le visage en criant : « Où sont mes enfants? Ils sont dans l'abîme. C'est moi qui le leur ai creusé ! » 0 malheur d'une éducation sans Dieu!

Les maîtres, eux aussi, sont obligés à donner, ou à faire donner à leurs serviteurs l'instruction religieuse, surtout s'ils sont jeunes encore. Qu'il serait à désirer qu'on lût souvent, dans toutes les familles, le catéchisme ou le livre que nous publions!

Jeter dans l'âme des enfants les semences du bien, sans les préserver, par la vigilance, des atteintes de l'homme ennemi, qui y jettera celles de l'ivraie du vice, ce serait une œuvre bien incomplète. Les parents, les maîtres, les tuteurs, les chefs d'atelier, les instituteurs ne doivent donc point oublier qu'ils devront rendre compte à Dieu de la conduite de leurs enfants et de leurs inférieurs. Que, par conséquent, ils veillent constamment sur leur conduite, et cela, dès leurs plus tendres années. Les mères, les nourrices doivent respecter toutes les règles de la modestie, en levant, en habillant, en tenant, en allaitant les enfants, ne souffrant pas que ceux qui sont autour d'elles puissent rien voir de dangereux pour la pudeur. Ils pèchent, et souvent gravement, les parents ou les supérieurs qui n'écartent pas leurs inférieurs des mauvaises conversations, des compagnies dangereuses, des entretiens avec des personnes de différent sexe, des théâtres, des lieux

dangereux, des divertissements du monde, des mauvaises lectures. Malheur aux familles où 1 un conserve de mauvais livres et des tableaux immodestes, et- où Ton reçoit de mauvais journaux! Quelle imprudence que celle des parents qui mettent ensemble dans le même lit des enfants de différent sexe, qui laissent leurs plus petits enfants seuls, livrés à eux-mêmes dans la maison, dans les escaliers, dans les cours, sur les chemins de l'école ou de l'église.

Saint François de Sales recommandait à M"* de Chantai de fournir un lit séparé à chacun de ses enfants de même sexe, et il lui disait que l'expérience lui avait démontré l'importance de cet avis. Et M""' de Chantai, obéissant au conseil de son saint directeur, menait elle-même coucher ses enfants, chacun dans un lit séparé, et les bénissait avant qu'ils s'endormissent. C'était, il est vrai, une grande dame; maisk yénérable servante de Dieu, Anna-Maria Taïgi, la femme d'un domestique de Rome, qui avait sept enfants, leur fournissait à chacun un lit, et chaque lit avait des rideaux. Elle ne souffrait pas que ses filles allassent jamais au marché; et quand il s'agit de les établir dans le monde, elle ne permit jamais qu'elles parlassent à ceux qui les demandaient en mariage, autrement qu'en sa présence. C'est en courant avec d'autres compagnons de leur âge que les Bnfants prennent, dès leurs premières années, de détestables habitudes, aussi funestes à leur santé qu'à leur innocence. Que les parents retiennent donc leurs enfants à la maison, et sous leurs yeux, les appliquant, dès le plus bas âge, à de petits travaux ; qu'ils les mènent avec eux au travail, plutôt que de les laisser seuls, qu'ils les accompagnent à l'église et à l'école et les ramènent au retour; qu'ils les fassent surveiller par

'.Vautres en chemin, s'ils ne peuvent les accompac;ner ; et les confient, pendant une absence forcée, ■A des voisins vigilants et chrétiens.

Gest perdre un jeune homme, une jeune fille, de les laisser partir loin de soi, dans une maison, un ouvroir, un atelier où ils seront sans surveillance. Il vaudrait mille fois mieux partager avec eux If pain noir de la misère, que de les exposer ainsi. Que du moins on ait soin de les recommander à quelque parent ou ami vertueux, qui veillera sur eux et rendra compte de tout à leur père ou à leur mère. Qu'on ne l'oublie pas, les émigrations des campagnes, où la foi est conservée, vers les villes ou dans les pays étrangers, sont un grand mal (1).

Us pèchent gravement les parents, les maîtres, les chefs d'ateliers, les instituteurs qui laissent tout faire à leurs enfants, à leurs serviteurs, à leurs ouvriers, à leurs élèves, qui ne les réprimandent jamais, quand ils blasphèment ou violent les lois de Dieu et de TEgUse. Qu'on se souvienne du mot du Saint-Esprit :La malice est enchaînée au cœur de V enfant; il ny a que la verge de la discipline qui Ven puisse chasser. Boëce rapporte qu'un jeune Romain, au moment de subir la peine de mort à laquelle il avait été condamné, demanda à parler à son père. Celui-ci vint et s'approcha de son fils, pour lui dire un dernier a(^ieu; mais le fils, au lieu de l'embrasser, lui coupa ie nez avec les dents, en lui disant : « Malheureux père, c'est vous qui, en négligeant de me corriger dans mon enfance, êtes la cause

(1) Nous r.rions instamment les mères de famille qui nous liront de choisir, pour guide de leur conduite à réç;:ard de leurs enfants, le livre que nous avons à ubité sous ce titre : La mère selon le cœur de Dieu,

rix : 1 fr. 50.

de mon déshonneur et de la mort que je vais subir » Les maîtres doivent renvoyer un serviteur incorrigible, qui, en restant à la maison, serait un sujet de perversion pour les enfants et les autres serviteurs.

Ils pèchent les parents qui maltraitent leurs enfants, et par là les aigrissent et leur ôtent cette filiale confiance qu'ils doivent toujours avoir pour les auteurs de leurs jours. M""^ Acarie qui, après avoir élevé ses enfants, devint Carmélite, et est vénérée dans l'Eglise sous le nom de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, quand elle voulait corriger ses enfants, les invitait d'abord à demander pardon à Dieu et à prier leur mère de leur imposer une pénitence. Quelle admirable manière de corriger!

Tous les autres devoirs, d'ailleurs exactement accomplis, ne produiront que peu de fruits si les parents et les supérieurs ruinent, par leurs exemples, les leçons qu'ils donnent. Les enfants et les inférieurs sont plus portés à faire ce qu'ils voient que ce qu'ils entendent. Ils sont donc bien coupables ceux qui leur donnent l'exemple du blasphème, de la profanation du dimanche, du mépris de la religion et des lois de l'Eglise, qui laissent tenir devant eux des discours contre la foi et les mœurs ; qu'en serait-il donc s'ils allaient jusqu'à porter au mal par leurs conseils, ceux qu'ils ont mission de former à la vertu?

La prière des parents et des supérieurs fait descendre la grâce qui féconde leur zèle. C'est donc à elle qu'ils doivent recourir toujours, mais surtout quand les autres moyens demeurent impuissants. Quels fruits peut-elle porter, une éducation sur laquelle la prière n'a pas fait descendre la bénédiction de Dieu?

Qu'on ne l'oublie pas, la société se meurt parce

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que ceux qui ont autorité sur les autres ne remplissent pas leurs obligations. Elle revivra, si tous ceux qui ont la charge des autres, au lieu de se perdre avec eux, cherchent à les sauver par laccomplissement de tous leurs devoirs. Les plus grands coupables seraient les pouvoirs publics, qui feraient des lois injustes, qui laisseraient le crime impuni, qui se feraient les ennemis de l'Eglise et de ses droits, et qui éliraient des ministres et des représentants indignes. Ils sont donc loin d'être innocents les électeurs qui, par leur vote, contribueraient à faire arriver au pouvoir des hommes impies ou ennemis de la religion et de l'Eglise, ou qui, en s'abstenant de voter, seraient la cause de l'échec des candidats religieux.

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