DBS FRÈRES, DES SOEURS ET DES ÉPOUX
Qu'il est bon, quil est doux pour des frères de vivre unis ensemble, dit l'Esprit-Saint. Cette union 'fait la joie de la famille. Ils pèchent les frères et les sœurs qui gardent la haine les uns contre les autres, qui refusent de se rendre service dans la nécessité, qui se dénigrent mutuellement, qui cherchent à se nuire les uns aux autres, qui s'insultent ou se frappent les uns les autres. Ce sont les intérêts temporels et le manque de support mutuel qui font souvent la division, et par là même la ruine des familles. Quelle folie de sacrifier le bonheur domestique qui est d'un si grand prix, pour poursuivre un peu de cet or, que les voleurs peuvent nous ravir 1
Vendu comme esclave par ses frères, qui avaient même songé à le faire mourir, Joseph
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trouva, dans ses malheurs mêmes, le moyen d'arriver au comble des honneurs. Il était devenu l'intendant du roi d'Egypte et le dispensateur de tous ses greniers, quand ses frères, qui ne le connaissaient plus, vinrent, contraints par la famine, lui demander une provision de grains. C'eût été une belle occasion pour une âme vulgaire de se venger; mais ce cœur magnanime, une première fois, sans se faire connaître, fit remplir leurs sacs de grains et remettre dans un sac les sommes qu'ils lui avaient apportées. Une seconde fois, il fit préparer un grand festin à leur arrivée, et, ne pouvant plus contenir sa tendresse pour eux, il fit sortir tous les assistants : puis, resté seul avec eux, il éclata en sanglots et dit : Je suis Joseph votre frère. Est-ce que mon père vit encore? Consternés à cette parole, ils n'osaient répondre ; mais il ajouta avec douceur : « Approchez de moi, n'ayez pas peur, ne prenez pas peine de ce que vous m'avez vendu dans ces contrées; car c'est pour votre salut que Dieu m'a envoyé en Egypte. » Et, se jetant au cou de Benjamin, son plus jeune frère, il l'embrassa en pleurant. Benjamin pleurait aussi, et Joseph embrassa pareillement chacun de ses frères et les arrosa de ses larmes. On sait qu'il les fit venir en Egypte avec Jacob son père, et leur fit part de toutes ses richesses.
Pendant la Terreur, deux frères de la Rochefoucault étaient évêques, l'un de Beauvais, l'autre de Saintes. Les brigands vinrent les surprendre ensemble. Ils en voulaient surtout à l'évêque de Beauvais et étaient disposés à rendre la liberté à celui de Saintes. Mais ce dernier leur dit : « Mon frère n'est coupable que de son attachement à la religion, mon crime est le même. Je dois donc être puni avec lui; au reste, je ne pourrais sup-
porter qu'il soit en prison sans moi. » Ils les conduisirent donc tous deux aux Carmes, où quelque temps après ils furent égorgés.
Les frères et les sœurs ne sauraient être unis, ni s'entr'aimer, si leurs parents entre eux vivent dans la discorde. Il est donc important que les époux fassent régner la paix au foyer domestique, en observant les devoirs de leur état. Les époux doivent s'entr'aimer, la loi de Dieu le veut, aussi bien que la nature. Ils pèchent donc s'ils se souhaitent du mal l'un à l'autre, s'ils s'insultent ou se frappent mutuellement, s'ils se provoquent au blasphème par des colères, s'ils se portent au mal l'un l'autre. Pourquoi sont-ils unis, sinon pour s'entr'aider à aller au ciel? Quel malheur donc s'ils s'entraînaient mutuellement dans la violation de la chasteté, qui convient à leur état!
Saint Henri, empereur d'Allemagne, à son ht de mort fit appeler les parents de sainte Gunégonde, son épouse, et quelques-uns des princes de la cour, et, prenant la main de la sainte impératrice : « Je vous recommande, leur dit-il, celle que vous m'avez donnée pour épouse; la voici, je l'ai reçue vierge, et vierge je vous la rends. » Parfaits imitateurs de Marie, Mère de Dieu, et de Joseph, son chaste époux, ils avaient, pendant plus de vingt ans, vécu dans l'union la plus virginale et la plus sainte.
Les époux ne sont pas tenus à cet héroïsme : mais s'ils ne veulent pas, d'un mutuçl consentement, garder la chasteté parfaite, la continence, vertu qui est possible à tous, avec la grâce de Dieu, ils doivent du moins respecter les lois saintes du mariage, et y vivre d'une manière conforme à la raison et à la nature. Malheur à ceux qui transgressent ces lois d'une manière grave, par suite d'une coupable défiance de la Providence!
Souvent, hélas! Dieu les punit d'une manière terrible dès ce monde, en leur enlevant, dans leur vieillesse, les quelques enfants sur lesquels ils comptaient. Qu'ils reconnaissent en pleurant la justice de la main qui les frappe, c'est par le crime qu'ils se sont soustraits à la mission que Dieu leur avait confiée, de multiplier ses enfants sur la terre.
Les patriarches estimaient comme une bénédiction, de laisser après eux une postérité nombreuse. Les païens eux-mêmes étaient fiers d'avoir de nombreux enfants, en qui ils pussent revivre, et qui fussent l'honneur de leurs parents et le soutien de la patrie.
Quand les familles sont nombreuses, l'Etat ne manque pas de soldats; le sanctuaire abonde de ministres sacrés; les maisons religieuses se multiplient; les parents ne sont jamais privés d'héritiers ni d'appui dans leurs vieux jours. De nombreux enfants bien élevés donnent moins de peine qu'un enfant trop souvent gâté, parce qu'il est seul. Cet unique enfant, se sentant maître de tout avant la mort de ceux qui lui ont donné la vie, abreuve trop souvent leur vieillesse d'amertume. Du reste, David dit avec raison : J'ai été jeune et j'ai vieilli. Je n'ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfants mendiant leur pain. Avec l'industrie moderne et la bonne conduite, de nombreux enfants, non seulement peuvent arriver à se suffire; mais il en est, l'expérience l'apprend, qui, par une vie réglée et le savoir faire, parviennent à réaliser une fortune considérable. Si, malgré tout, on redoute les charges d'une famille nombreuse, du moins faut-il ne jamais commettre le péché.
Les époux pèchent en se séparant l'un de l'autre, sans de graves raisons ; et ils sont plus
coupables encore, s'ils ne se gardent pas la fidélité qu'ils se sont promise aux pieds des saints autels. Afin ne de pas y manquer, qu'ils évitent les entrevues fréquentes ou familières avec des personnes d'un autre sexe. Qu'ils respectent avec leur réputation celle de leurs enfants, dont les vices des parents font la honte. Quel opprobre pour des parents quand leurs fils ou leurs filles sont obligés de rougir d'eux 1
La femme est tenue d'obéir à son mari dans l'administration de sa maison et dans tout ce qui est conforme à la loi de Dieu. Toutefois, qu'elle n'oublie pas qu'elle a une dignité de chrétienne à faire respecter, même de son époux, si elle ne veut pas s'avilir à ses yeux. La femme sans pudeur s'attire le mépris de son mari plutôt que son affection.
La femme pèche si elle dépense mal à propos les biens de la famille. Qu'elle évite de chercher toujours à avoir le dernier mot dans les contestations avec son mari ; et surtout de lui faire des reproches lorsqu'il est en colère ou dans l'ivresse.
Le mari pèche s'il s'éloigne de sa femme injustement, s'il lui refuse le nécessaire, s'il la maltraite. Un des disciples de Socrate lui dit un jour en entendant les criailleries de Xantippe, femme de ce philosophe : « Cette femme est insupportable! — J'y suis habitué, répondit Socrate, comme on s'habitue à entendre le bruit d'une poulie. » Dans une autre circonstance, ,après un orage d'injures, elle lui lança de l'eau au visage : K Je savais bien, dit-il, qu'après un orage il devait tomber de la pluie. » Un jour qu'elle vint en public lui arracher son manteau, quelques-uns lui reprochèrent de ne pas lui avoir appliqué un soufflet : « Si je l'eusse fait, répondit-il, je vous aurais donné l'occasion de crier tous, les uns :
Tiens bon, Socrate; les autres : Tiens bon, Xantippe. »
Si un sage païen a eu une telle modération, quelle honte ne serait-ce pas, pour un mari chrétien, de frapper une femme ! Ce serait bien pire encore de l'empêcher de remplir ses devoirs de religion. Une femme ne peut mériter la confiance de son mari et bien élever ses enfants qu'à la condition d'être pieuse et craignant Dieu. Loin donc de la détourner des pratiques chrétiennes, le mari doit veiller à ce qu'elle y soit fidèle et à ce qu'elle remplisse tous ses devoirs.