‹ Le livre de tousChapitre 92 sur 196 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

CE qu'elle condamne

On pèche contre la charité en gardant de la haine contre son prochain, en le contredisant injustement, en rompant le Hen qui unit entre eux les membres de TEglise, ce qui arrive pour ceux qui refusent de se soumettre au Souverain Pontife et d'être unis à ceux qui lui sont soumis, et ce dernier péché est très grave, d'après saint Thomas. La charité défend de se retranchera soimême un des membres que Dieu nous a donnés, etdontnous n'avonsque l'usage. Nous n'en sommes pas maîtres, par conséquent. A plus forte raison, est-ce un crime de se donner la mort, c'est une injustice à l'égard de Dieu, qui seul a droit sur notre vie; à l'égard de la société au bonheur de laquelle nous devons concourir, tant qu'il plaira à Dieu de nous laisser sur la terre; à l'égard de soi-même, car le suicide, ôtant le temps du repentir, voue par là même à la réprobation celui qui s'en rend coupable. C'est de plus une lâcheté que de ne pas savoir supporter les peines de la vie, et c'est folie d'échanger les misères d'un instant avec les tourments des réprouvés.

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Le suicide est le fruit des mauvaises lectures, du libertinage et du désespoir qu'il amène. Le 8 janvier 1861, finit ses jours d une manière tragique, dans un hôtel de Louvain, un jeune Polonais, nommé Rouski. Il avait dix-huit ans; il était héritier d'une fortune de plusieurs millions; mais les mauvaises lectures lui avaient enlevé, avec la vertu, la crainte de Dieu. Las de ses plaisirs et de son libertinage, il rentre dans son appartement. Et bientôt ses amis, entendant une détonation, entrent chez lui, le trouvent assis sur un fauteuil, une balle lui avait traversé le cœur; il était mort. Le pistolet dont il s'était servi avait été jeté dans un coin de la chambre. Pauvres parents ! et pauvre âme infortunée qui se précipite d'elle-même en enfer !

Louis XVI était prisonnier au Temple et condamné à mort. Il avait demandé un sursis de trois jours, et on le lui refusa. Ses ennemis comprenaientsi bien l'excès de son malheur qu'ils avaient rendu un arrêté défendant de lui laisser un couteau, pensant sans doute qu'il n'aurait pas le courage de supporter la vie. « Les malheureux, s'écria Louis XYI en l'apprenant, quelle idée ont-ils de moi I Quand même je serais assez lâche pour me donner la mort, ne savent-ils pas que la religion me le défend? »

C'est mêmie une faute de compromettre sa santé et d'exposer sa vie sans une raison grave. Ils sont donc coupables ceux qui abrègent leurs jours par avarice, qui refusent d'employer les remèdes ordinaires dans un cas de grave maladie, qui s'exposent dans des courses périlleusesetinutiles, dans des tours de force, par exemple, en dansant sur des cordes à une certaine hauteur. Mais on ne peut condamner ceux qui, pour soutenir leurs familles, entreprennent de pénibles travaux, ni

LA CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIIf

à plus forte raison ceux qui, pour gagner le ciel, embrassent une vie pénitente.

S'il n'est pas permis d'exposer la vie de son corps, comment pourrait-on sans faute exposer son salut, la vie de son âme? Ils sont donc bien coupables ceux qui, témérairement, s'exposent au danger de pécher gravement, ou s'engagent dans les occasions prochaines d'offenser Dieu

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Malheur a celui qui scandalisera un de ces petits enfants.

gravement, dont nous parlerons plus loin au chapitre xxv de cette seconde partie. Cette seule] imprudence, quand même, par hasard, on nej tomberait pas dans d'autres fautes, serait déjc un péché mortel.

Enfin, rien n'est plus contraire à la charité qu( le scandale et la coopération au péché d'aulrui;]

Le scandale est une parole ou une action qui porte le prochain à pécher. Conseiller de mi'

CE qu'elle condamne \Ti

faire, apprendre aux autres le mal qu'ils ignorent, les applaudir quand ils commettent le péché, les exhorter en les vantant à continuer, détourner les autres d'accomplir leurs devoirs de chrétien, d'aller à la messe, de communier, en les raillant, en les tournant en ridicule, publier, prêter et vendre aux autres de mauvais livres, de mauvais journaux, proférer de mauvais discours, chanter de mauvaises chansons en présence de personnes qui en seront portées au mal, jouer des pièces immorales, exposer des statues indécentes, établir des danses dangereuses chez soi ou dans les pays que l'on habite, introduire des modes immodestes; ce sont autant de scandales. Ce crime abominable ravit au prochain plus que les biens, plus que la vie, car il lui fait perdre Dieu!

Dans l'assaut que Titus donna à Jérusalem, un misérable soldat, du haut d'une tour, jeta une torche ardente contre le temple, une des merveilles du monde. Un incendie se déclare; Juifs, Romains tentent tout pour l'éteindre, mais en vain. Cet édifice gigantesque est entièrement détruit. C'est là l'image du scandale. Qui sait où s'arrêtera cette habitude coupable dont le scandaleux a posé la première cause? Qui peut prévoir combien seront scandalisés par ceux qu'il a portés au mal lui-même? Aussi Notre-Seigneur a-t-il dit : Malheur à celui par qui arrive le scandale : il vaudrait mieux quon lui attachât une meule de moulin au cou et quon le précipitât ainsi dans la mer.

C'est souvent dès ce monde qu'est puni le scandaleux. Quand saint Paul de la Croix exerçait avec tant de fruit sur la jeunesse de son âge une influence de salut, un jeune homme nommé Antonio résista à ses conseils. Paul lui dit un i'our qu'il attirait sur lui par sa conduite les châ-

timents de Dieu. En effet, un soir qu'il revenait de veiller auprès d'une personne suspecte, il fut, égorgé; et on retrouva le lendemain son cadavre' le long de la rivière de la Bormida.

Il y a obligation de réparer le scandale, soitj par de bons conseils qu'on donne ou que l'on faij donner par d'autres, soit par de saints exemples soit par des écrits capables de faire le bien, soi parla réception des sacrements.

C'est coopérer au mal que de concourir à l'actioi mauvaise qu'un autre fait. Il n'est jamais permil d'affermir dans le mal la volonté de celui qui esf déterminé à le faire. Il n'est pas permis non plus de poser une action indifférente, qui aide la mau-" vaise action d'un autre, par exemple de donner du vin à celui qui veut s'enivrer, à moins d'une raison grave. C'est u-ne faute que de transmettre des lettres, des rendez-vous favorisant des entrevues coupables ou dangereuses. Il n'est pas permis de s'abonner à un journal qui attaque la foi ou les mœurs, car c'est fournir une subvention à ceux qui le publient; il n'est pas permis non plus d'offrir de mauvais journaux à ceux qui fréquentent sa maison, ni de leur offrir de la viande s'ils demandent du maigre. Les vendeurs pèchent en vendant des marchandises dont on abuse ordinairement, comme du poison, à moins qu'ils ne soient certains qu'on en veut faire un bon usage.

L'homme n'est pas en ce monde pour perdre ses semblables, mais bien pour les aider à aller au ciel. Aussi Notre-Seigneur a-t-il dit : Que voire lumière brille devant les hommes, et qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui au cieL

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