YODS NE TUEREZ PAS
tuer qu'autant que cela est nécessaire pour conserver sa propre vie ou sa pudeur, ou un bien de grand prix. Les personnes faibles qu'on veut contraindre, par une injuste violence, à blesser la pudeur, ont donc le droit, pour se défendre, de s'armerd'un poignard ou de toutautre instrument, et de tuer leur agresseur, si elles ne peuvent lui; résister autrement. Si elles faisaient ainsi toujours, le vice n'aurait pas tant d'audace. Toutefois, caserait un crime d'attenter à la vie d'un voleur qui n'emporterait que des objets d'une valeur minime.
Amolon, duc de Champagne, fit enlever par force, à ses parents, une jeune fille de noble famille. Cette innocente colombe cherche d'abord à résister aux sollicitations coupables par les larmes e! les prières; mais quand elle voit qu'elle n'obtient rien, elle s'élance sur le duc, lui arrache son épée et l'en perce de part en part; le duc tombe baigné dans son sang, et, avant de mourir, il recommande de ne pas venger sa mort, avouant qu'il était seul coupable. La jeune fille s'enfuit, fait septante kilomètres à pied et arrive à Chalon-sur-Saône, auprès du roi Gontran, auquel elle raconte son histoire. Le roi l'accueille avec bonté, admire sa vertu et la prend sous sa protection.
Il n'est jamais permis de tuer un innocent. L'autorité publique elle-même commettrait un crime en le condamnant, lors même que sa mort serait nécessaire au salut d'une nation. Malheur donc à ceux qui, sous un prétexte quelconque, hâtentla mort d'un malade, ou font périr un enianl dans le sein de sa mère, ou excitent les autres à l'homicide.
Hors le cas d'une légitime défense, il n'est jamais permis de retrancher un membre à ui autre, à moins qu'une amputation ne soit nécessaii pour lui sauver la vie. Les supérieurs ont seuls
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droit de irap^v» ^eurs inférieurs dans le but de les corriger. Un frère aîné n'a pas ce droit, à moins que les parents ne lui confient cette mission. Donner au prochain de mauvais coups dans une querelle, c'est une faute grave.
En dehors du cas où deux armées étant en présence, l'autorité publique décidera qu'un seul soldat de chaque camp devra se battre, le duel n'est jamais permis, lors même qu'il devrait cesser au premier sang. Se battre en duel, en effet, c'est un crime, c'est risquer sa vie et celle de son adversaire, et cela coiitre les droits de Dieu, et cela pour défendre un fol honneur mondain; comme si le duel lavait une offense, quand l'offensé peut être tué par l'offensant, et comme si on n'avait pasles tribunaux pour demander, aubesoin, une réparation légitime.
« Si lès peuples les plus éclairés, les plus braves, les plus vertueux de la terre n'ont point connu le ' duel, a écrit l'impie Rousseau lui-même, je dis qu'il n'est point une institution de l'homme civilisé, mais une mode affreuse et barbare, digne d'une féroce origine. » Aussi l'Eglise interdit-elle, sous les peines les plus graves, d'accepter le duel, de l'offrir, d'y assister comme témoin.
Un catholique doit donc refuser un duel, eût-il d'ailleurs les plus graves inconvénients à craindre de ce refus. A celui, toutefois, qui le provoquerait, il peut dire : « Je ne veux pas le duel, mais je puis me défendre contre un injuste agresseur. » Le comte de Salles, attaqué par un faux brave qu'il avait repris de ses blasphèmes, lui répondit : « Après, a voir osé défendre la cause de Dieu, je ne dois pas la trahir pour les fausses maximes d'un honneur mal entendu. »
Gustave-Adolphe, roi de Suède, comme tous /es grands rois, ne voyait dans le duel qu'une
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monstruosité digne des barbares. Il l'avait donc proscrit. Malgré cela, deux officiers, voulant se battre, lui en demandèrent la permission. Le roi la leur donna à la condition d'être témoin. Il leur &xa le jour et Theure. Le moment venu, il se rendit au théâtre du duel, avec un petit corps d'infanterie, qu'il plaça autour des champions :, « Allons, dit-il, battez-vous jusqu'à ce que l'un de vous succombe. » Et s'adressant au bourreau de l'armée, qu'il avait fait venir: « Dès qu'il y en aura un de tué, tu couperas devant moi la tête à l'autre. » Les deux officiers, en entendant ce langage, restent interdits. Ils demandent pardon au roi et s'em brassent. La leçon fut bonne, et de longtemps on n'entendit plus parler de duel dans les armées suédoises.
On sait assez les malheurs qu'entraînent les guerres même justes, pour ne pas ignorer quel grand crime c'est de déclarer injustement la guerre à une nation pour satisfaire l'ambition de quelques-uns. Celui qui a tué ou blessé volontairement et injustement son semblable est tem de réparer tous les dommages qu'il lui a causés ainsi qu a sa famille.