CHANSONNETTE
Mademoiselle, je vous aime,
Et nuit et jour je pense à vous; Aussi, voyez, j'en deviens blême, 11 me faut être votre époux !
— Mon l)on Monsieur, voire servante, Mais fort bizarre est votre humeur .- Moi, j'ai vingt ans, et vous, soixante, Vous ne sauriez toucher mon cœur.
Je suis riche, ma toute belle , Comme Ciésus, j'ai des trésors, De grands palai où l'or ruisselle, Des écus plein mes coffres-forts.
— Mon bon Monsieur, j'ai la jeunesse, J'ai la jeunesse dans sa fleur;
Point n'ai besoin de la richesse ,
Je donne et ne vends point mon cœur!
Mais vous aurez, ma souveraine, A foison de brillants atours.
Des diamants plus qu'une reine, Satins et robes de velours.
Pour vous traîner, une berline...
— Moi, je préfère lebonheur,- Robe de toile et percaline, Mais un mari selon mon cœur.
BATHILD BOUNIOL
Chaque écriture a sa physionomie comme chaque individu. Il y a des écritures aimables, joyeuses , généreuses , bon enfant, distmguees, poétiques, comme il s'en trouve de hargneuses, de cauteleuses, de triviales, d'acerbes, d'insolentes, de mal élevées et d'impudiques. On n'est pas un cuistre par l'esprit seulement^ ce serait tout bénéfice. On est cuistre en même temps par la barbe , par la cravate , par l'habit par le regard, par toute l'habitude du corps, et surtout par les mains. Pourquoi donc^ne se trahirait-on pas aussi par l'écriture?
Un poète aux grandes ailes , un lyrique de premier ordre, brisé a
toutes les difficultés , mais aussi à toutes les ressources du rhythme , écrira comme il pense , ou plutôt comme il chante, largement, sans entrave , sans recherche oiseuse , et il arrivera à la signature impériale de M. Victor Hugo.
OriginaUté, grandeur, simplicité, noblesse, ceile-ci réunit tout.
Aussi, lorsqiie M. de Laiïbardemont (un homme calomnié) s'écriait : « Donnez-moi quatre lignes de l'écfrture d'un homme, et j'y trouverai « de quoi le faire pendre ! » il n'énonçait pas seulement «ne magnifique gasconnade d'avocat général i"?re de réquisitoires , mais encore il découvrait à l'univers un profond axiome de philosophie pratique: et je ne voudrais pas répondre que, daos les quatorze lettres qui composent le nom du malheureux Urbain Grandier, il n'y eût pas quatorze motifs de le Iwîder à petit feu , ainsi qu'il fut fait sur la requête de cet excellent M. de Laubardemont sus-nommé.
L'écriture n'est-elle pas cet art ingénieux de peindre la parole , etc. , comme disait ce nigaud de Brébeuf ? Oui , l'écriture , c'est la parole peinte ; de même que le dessin exact ou imaginé comme une silhouette, ou agité comme la nature, de même que ia couleur terne ou brillante, tournante ou plate , harmonieuse ou crue , révèlent le tempérament du peintre, — qu'il soit Ingres oa Delacroix, de même l'écriture, cette forme immédiatement visible de la pensée, fait mieux concevoir le poète , le romancier, le moraliste ou l'historien.
C'est à ce poiirt, et ici nous serons compris de t€ms les homures spéciaux nos confrères , tous un peu membres de là Société des gens de lettres; c'est à ce point, dis-je , que certaines œuvres, irréprochables et charmantes en manuscrit, perdent une partie de leurs qualités intimes en subissant la mise en scène de l'impression ; tandis que des ouvrages, peut-être inférieurs par le détail, mais d'un ensemble plus hardiment saisi, gagnent infiniment à t'huile, comme on dit en termes de théâtre.
Comment l'écriture ne serait-elle pas une déduction exacte de chaque organisation particuhère! Tout est un dans l'homme, tout se tient, tout a sa raison d'être dans une cause commune , et tout concourt à un résultat unique. Les bilieux, les lympathiques , les colériques ou les sanguins pourront-ils s'empêcher de confier aux dragons de Cadmus le secret de leurs emportements ou de leur froideur habituelle? L'am-
bilieux, s'il n'est m Giulio de Mazzara ou le prince de Taileyiaûd-Périgord, modérera- 1- il les déliés.de sa signature audacieuse? Nous donnons ci-contre un parfait modèle de la signature d'un ambitieux, celle de M. S. Hemy Berthoud.
La fougue primesputière , l'entrain infernal qui fait sauter par-dessus les obstacles, comme dans la course au clocher, la fermeté, la cruauté même , rien n'y manque , pas même l^S du mystère, initiale de ce prénom de Samuel, que trop longtemps les candides Parisiens articulèrent sir , adroitement dissimulée, et qui peut se prendre, à la rigueur, pour la première moitié de 1'/?, initiale d'Henry.
Celte signature annonce la facilité d'écrire , la résolution de la pensée , le désir très-légitime de la célébrité , désir que l'auteur des Contes mrnaturels de la France a déjà vu se réaliser.
Qu'on ne sourie pas de cette espèce de bonne aventure! La main a ses bosses comme le crâne , bosses correspondantes peut-être ; de sorte que la chiromancie serait la sœur jumelle de la phrénologie , et que l'écriture reproduirait les bosses de la main , tout comme la pensée décèle les protubérances du crâne. Une plume opprimée par la Colline du Soleil , telle que le doit être celle de M. Alexandre Dumas, ne saurait tracer autre chose que les merveilleuses épopées des Trois Mousquetaires et de Monte-Cristo , ces romanceros modernes. A l'aspect seul de la signature de M. Emile Deschamps,
on se peut convaincre que la main de ce charmant poëte doit avoir le stéthos très-développé ; or, le stéthos veut dire entraînements, plaisirs de l'imagination et amitiés fidèles. La dépression du doigt indicateur, connue sous le nom à' ïujpothénar , ne manque jamais d'incliner ceux qui en sont doué vers la poésie élégiaque.
Mais , en abandonnant le terrain , aujourd'hui méconnu de l'art chiromancique, combien nos investigations n'y gagneront-elles pas en sûreté et en intérêt! Si nous étudions le jeu du caprice personnel, l'influence des climats, des temps et des lieux, nous verrons que l'écriture concorde parfaitement avec la donnée générale d'une existence quelle qu'elle soit , et nous arrivons ainsi à des rapprochements au moins curieux. Examinez la signature de l'illustre M. de Cliateaubriand.
Wil^-^JUxchx
Voici ce que j'y vois : une inscription pour un tombeau. Chaque lettre est fruste et comme rongée par la dent aiguë du Temps. On dirait qu'elles vont disparaître. Les derniers linéaments, à peine indiqués, figurent assez bien l'herbe rare qui pousse dans la fente des pierres sépulcrales. Cette signature, dans son ensemble, a l'air morne et profondément désolé d'un monument funèbre.
C'est qu'en effet', et ^L de Chateaubriand s'est plu à l'écrire lui-même quelquefois , ce grand vieillard a survécu seul à la chute de tout ce qu'il a servi , de tout ce qu'il a vénéré , de tout ce qu'il a aimé.
A vrai dire , la signature de M. de Béranger
indique une santé plus forte , une résignation sans bornes , une philosophie tranquille et douce qui s'allient parfaitement avec son talent correctement railleur. Cependant une chose nous étonne : nous ne retrouvons pas là la grande allure des signatures de poëte ; ce qui s'explique peut-être par la date de l'époque où florissait M. de Béranger.
La signature de M. Francis Ponsard est encore rare , et nous la donnons comme une primeur. Elle n'a pas de caractère bien arrêté ; elle flotte entre le barreau et la tragédie; ce qui frappe surtout, c'est son
lumique de leclilude lioiizuiilalc. L7'' »'sl iiiliniiiu'iil [»liis haute i[w \c reste. Cette bizaii-erie est peut-être due à un détail que je vais enregistrer ici pour la plus grande satisfaction des biographes. Tout le monde sait que INI. Ponsard exerçait encore sa profession d'avocat lorsqu'il écrivit Lucrèce. Or, un avocat qui combine des alexandrins et qui cherche des rimes inspire bien peu de confiance à ses clients, surtout lorsque ces clients sont Dauphinois et Viennois. JNI. Ponsard, qui tenait, avec raison , à conserver l'estime et les honoraires de ces honnêtes gens, se cachait de Lucrèce comme d'un crime domestique. Comment faire, cependant , pour concilier la pratique de Thémis et les faveurs de Melpomène? Travailler la nuit, c'était une imprudence. Dans une petite ville, tout se remarque, tout se commente, et, tôt ou tard, tout finit par se deviner. Voici ce que M. Ponsard imagina :
Un grand tiroir occupait le milieu de son bureau àcylindi'e : M. Ponsard mit son manuscrit à plat dans cette cachette. Tant qu'il était seul, le poëte écrivait au fond de son tiroir. Un client se présentait-il , le tiroir se refermait prestement , et l'avocat se retrouvait seul devant le grand bureau. C'est ainsi que les cinq actes de Lucrèce ont été écrits, récrits, refaits , recommencés , retournés , amendés , arrangés et corrigés au fond d'un grand tiroir ! Mais l'habitude d'écrire au fond d'une caisse ne peut qu'être préjudiciable à la sûreté de la main , et nous en voyons ici le déplorable résultat . Au reste , la concavité de la
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signature de M. Ponsard n'est sans doute qu'une gibbosité passagère, à laquelle remédiera le moindre effort orthopédique , tel que de recopier Agnès de Méranie tout entière sur du papier réglé. A cette idée , que je lui suggère et qui est tout au plus un conseil, JM. Ponsard répondra sans doute qu'il est maintenant un poëte illustre , et qu'il a bien le droit de signer de ti-avers si cela lui fait plaisir. Et comme M. Ponsard aura raison, nous n'aurons rien à répliquer. Cependant, M. Ancelot , qui a fait aussi des tragédies, et d'excellen-
— Sites , signe d\ine manière infiniment plus originale , quoique entaché^ de romantisme.
L'^ représente volontiers un petit bonhomme coiffé d'un bonnet de coton et pieusement agenouillé, tandis que le t final, bizarrement dessiné, a l'air d'un petit marquis de la régence se glissant dans les rues sous son manteau couleur de muraille , que relève indiscrètement son épée en verrouil. Mes lecteurs ne verront peut-être pas tout cela du premier coup d'œil; mais ils n'ont pas eu, comme moi, le plaisir détudier ces linéaments pendant plusieurs heures. Ma fantaisie s'est développée dans une douce rêverie, et j'ai bien le droit de la leur donner telle qu'elle m'est venue. Si je leur offrais ma signature , que diraientils , bon Dieu !
Mais le moment n'est pas arrivé. Je leur demande un peu de cette patience qu'il faut au vicomte d'Arlincourt pour réaliser les méandres sans fin de son aristocratique paraphe. Cette plume est jeune encore, cela se voitj elle dévore l'espace, et marche légère
comme les Grâces de Prud'hon. Celle de M. Albéric Second>st plus élégante encore; de semblables i^attes de mouches pouvaient seules se permettre de signer les Pelils Mystères de l'Opéra.
Ici je désire faire une courte halle: c'est-à-dire que je demande la papde peHf répondre à une objection qu'on me fera si on veut. Je reFP.ftFque, i\en sans chagrrn, que mes oibservations sont un peu superficielles. Or, j'ai besoin de répondre victorieusement à cette crifique que je me fais à moi-mf*me avex une bienveillance toute particulière
Les défauts, les J^ices surtout, influent grajecient sur le caractère de l'écriture. L'étetmli, le dissipateur, l'irréflécbi, l'impatient, émaillent de scandaleux pdfr^s leur plus aimable correspondance. L'homme d'affaires, l'usurier, l'avare, le méticuleux, ne jettent pas l'encre par la fenêtre et mettent tout au plus quelques déliés entre les lettres pour économiser leur temps et leur Petiîe-Yertu. ÎIs ne s'amusent pas, comme le bavard, le capricieux et le Hàneur, h orner les^?, les/, les b^ les d et les / de grandes queues saugrenues et chimériques, pareilles à des plumes d'aras, ^.e n'est pas \e pafsa Gpbse^ck qui se permettrait ces folies.
Or, pour entrer sérieusement au cœvu' de la matière, il faudrait approfondir ces questions-là, qm^ont graves, el nous nous en trouverions sans douto assez mal , car une collection d'autographes est. aux yeux du penseur, un manuel de diffamation.
Tu le vois bien, lecteur et ami , je ne puis pas tout dire • d'ailleurs, il faut bien laisser matière à exercer ta sagacité; puis j'aime à te supposer la fine analyse de la Bruyère, la profonde observation de Molière, l'implacable scepticisme de Larorhefoucault et l'intarissable humour de Sterne. Tu ne peiixpas faire moins que d'avoir tout cela, puisque tu es les cent mille lecteurs du ^Irigoaiii des Familles; et tu es trop bien en fonds pour ne pas me faire volontiers crédit de quelques petites lacunes. Qui sait? en reprenant maintenant le fil de mon discours, peut-êli'e achèverai je mieux que je n'ai commencé.
Tel est, du moins, l'exemple que m'offre M. Emile Souvestre, ce consciencieux écrivain embarqué depuis longtemps à la recherche de tous les progrès': progrès politicjue , progrès littéraire, progrès social. Vois sa signature : le grand £" .est >exfravagant ; le second est très-imparfait encore, mais le troisième se dessine avec une ampleur louable, quoiqu'un peu exagérée: le dernier est parfait. A la bonne heure, voilà une signature parfaitement ressemblante.
D'autres arrivent au même elïlet par l'ironie du contraste; ainsi, à lire le nom d'Hippolyte Lucas, on dirait qu'il ne sait pas écrire. Quelle erreur i
Reconnaîtrais-tu, dans les gracieux déliés de M. Paul Féval, l'énergique auteur des Mystères de Londres et de lo, Quittance de Minuit? Comment la plume qui a retracé tant de sanglantes aventures et dépeint tant d'horribles misères, n'a-t-elle pas pris un aspect farouche et
désolé? Ce phénomène s'explique d'un mot : M. Féval dicte, et comme César il a quatre secrétaires.
En revanche, M. Paul Lacroix, ou, si tu l'aimes mieux, le bibliophile Jacob, ce respectable centenaire d'un caractère si doux, signe d'une façon sauvage. C'est le premier des excentriques. Il faut mes yeux excellents et ma parfaite complaisance pour voir dans ces caractères autre chose que le jeu bizarre d'une imagination en délire, comme disait un médecin de mes amis en parlant du somnambulisme. Il y a là tout ce que vous voudrez, ami lecteur, tout, excepté Paul Lac/oi.v.
I? Avant de nous engager plus avant dans la périlleuse carrière des écritures difficiles , reposons un instant nos yeux sur la signature très- Msible, mais un peu lente, de M. Paul de Musset, le très-spirituel
auteur du Bracelet; puis nous causerons une autre fois avec ce joyeux Henry Monnier, qui a accompli une œuvre si difficile, la création d'un type comique en plein dix-neuvième siècle. Certes, Voltaire eût été lier d'avoir inventé Pmd: homme, élève de Brard et Saint-Omer, expert assermenté près les (^ours et tribunaux. C'est une figure franchement originale et qui certainement fera vivre le nom de Monnier. Eh bien ! ce qui me fait sourire , c'est que cet excellent artiste signe exactement comme Prud'homme, c'est-à-dire comme Prud'homme aurait signé s'il avait vécu autre part que sur nos théâtres et dans nos souvenirs. Ce n'est après tout qu'un péché véniel. Il est si concevable et si logique que le créateur s'identifie par quelque point avec sa créature ! Le Livre des 400 auteurs devant contenir une scène populaire inédite de cet écrivain , vous trouverez sa signature , ami lecteur, comme preuve de nos assertions, à la dernière ligne de cet important travail.
M. Philarète Chasles , professeur au collège de France et candidat au fauteuil de M. de Jouy à l'Académie française, nous offre une signature sobre peu en rapport avec sa manière littéraire, qui est assez prolixe d'habitude. Il y a aussi quelque chose de l'aspect des exemptions qu'on délivi'e dans les collèges. Le bon coté de cette signature, c'est le calme et l'absence des prétentions.
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Or, nous arrivons à M. Carafa, directeur du Gymnase musicarmilitaire. J'avoue franchement que je ne connais ni M. Carafa ni ses ouvrages . qui sont fort estimés ; et dans la crainte qu'une plaisanterie en apparence inoffensive ne vienne juste blesser cet honorable compositeur, je m'abstiens de toute réflexion.
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Cependant, quelle différence entre cette écriture et celle de 31. Hector Berlioz ! Dans celle-ci c]uelle simplicité , quelle âpreté , quelle brièveté, quelle indépendance, quel effet grandiose! Cette signature est une des plus belles que je connaisse. C'est tout un portrait. Ces pointes si carrément dirigées vers le ciel, c'est bien là la cbeveîure hérissée de Berlioz quand il conduit l'orchestre aux mille voix ; c'est bien là sa vigueur, son intrépidité, sa ténacité dans la lutte. Je ne veux d'auh'cs preuves du génie de Berlioz que cotte signature : oui , cette signature seule.
C^, -à la rigueur, récriture ne signifie rien. EHe peut dépendre ^'-un p«iofesseur très-fort sur les petits temples mythologiques composé -de palîapbes, -et capables de dessiner u.n cheval d'un seul trait en comme» caaîrt :pai' la qiiewe, comme faisait feu Perpignan. Ne lit-on pas dans 4^d^ les passages de Paris que M. CramôtReau dédare qu'au moi«-d'<fm"H dernier il écrivait plus mal que le chat Murr, et qu'au bout de 4i'eïte leçons, grâce aux soins de M. Barbatane, il écrit comme les plus célèbres calligraphes? Malheureusement, on n'en connaît pas de célèbres.
Mais la signature, à la bonne licure! Tout est là. La signature, c'est un emblème, un chiffre cabalistique, un chiffre maçonnique, un monogramme physiologique où se réfugient la passion et ce qu'il y a de plus fugitif dans l'expression suprême de l'individualité.
Qià a piiiisieurs signatures dans la vie. L'enfant, au coFk-ge, dier^h.r' la sienne; l'adolescent s'en fait une que l'honî^nie garde raremenî. Lti maladie ou 1-a vieillesse la modifient encore.
La ^gn^tuTÊ du vicomte ¥valsh est belle aussi, quoique dime
excentricité tout aussi iprte que celle de M. Paul Lacroix. Ici la lbrni*« asuelle des lettres est tracée avec un nob^te dédain, comme il (>on>ienl
à un esprit détaché des choses de la terre. Mais il y a une austérité toute monastique dans la gravité de ces jambages; VL surtout m'inspire une vive compassion par sa maigreur de cénobite; elle est complètement décharnée. C'est un os.
A côté du noble spectacle d'une ardente conviction politique, voici M. E, (le Gii-ardin, l'homme qui sait le mieux ce que peut l'opinion publique en France lorsqu'elle se met au service d'intérêts généreux bien sérieusement exposés. J'y remarque, comme dans la précédente, un grand dédain, de la fermeté, mais des lacunes qui la font ressembler aux anneaux d'une chaîne brisée. J'aime cette signature.
Il m'en leste une encore, celle de M. Léon Gozlan, le roi du para-
doxe. M. Gozlan, qui prétend habituellement que le Midi n'existe pas, sans doute dans le but de se faire passer pour un Irlandais, signe Gozlax, par amour du paradoxe; non qu'il veuille se faire appeler Gozlax, mais tout bonnement pour avoir le plaisir de soutenir que cet X est un 7i; ce qu'on peut appeler une forte plaisanterie. Il y a de tout d/Tns cet le signature, de l'esprit, de la fontaisie , du bon sens, de la verve, et surtout de l'originalité. Car il n'appartient guère qu'aux gens originaux de tirer après leur nom une queue si monstrueuse. Aussi suis-je maintenant embarrassé de signer; mon nom obscur est habituellement accompagné d'un trait qui ferait envie à la comète là mieux pourvue. Aussi me contenterai-je , ami lecteur, des lettres ca^- (^♦'('s r]f^ nntrf' imprimeur émérite.
ArG. VITU.