LE FIL D'OR
J'allais partir; doua Balbm© Se lève et prend à sa bobina
Un long fil d'or ; A mon bouton elle le noue, Et puis me dit, baisant ma joue :
— Restez encor !
Par l'un des bouts ce Ml , trop frêle Pour retenir un infidèle ,
Tient à mon cœur....
Si vous parlez , mon cœur s'ar^adlè :
Un noeud si fort à vous m'affache,
0 mon vainqueur !
— Pourquoi donc prendre à ta bobia», Pour nie fixer doua Balbine ,
Un fil doré?
A ton lit qu'un cheveu m'enchaîne, Se bfxsàt-il, sois-en certaine,
Je resteiail
serenaih:.
Sur le balcon où tu te penches Je veux monter.... efforts perdus !
Il est trop haut , et tes mains blanche* N'atteignent pas mes bras tendus.
Ole tes fleurs, défais ton peigne.
Penche sur moi tes cheveux longs,' Torrent de jais dont le flot baign« Ta jambe ronde et tes talons.
Pour déjouer ta duègne avare.
Jette un collier, un ruban d'or; Ou des cordes de ta guitare Tresse une échelle; ou bien encor..
Aidé par cette échelle étrange , [légèrement je gravirai , Et jusqu'au ciel, sans être un ange, Dans les parfums je monterai !
THEoruiLE GAUTIER.
oRiiiiNE ET mmm
lïES CARTES A .lOl ER
Plusieurs auteurs ont écrit sur ies cartes â jouer. Leurs dissertations , plus ou moins étendues, n'ont pourtant établi aucune certitude sur le temps et le pays où elles ont été découvertes. On croit communément que les caries ont été inventées pour distraire et amuser Charles VI pendant les intervalles un peu lucides que laissait à ce prince l'aliénation mentale dont il fut frappé en 1392. Cette opinion est appuyée sur un compte de l'argentier Poupard ; on y trouvait cet article : « Donné à Jacquemin Gringonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs , ornés de plusieurs devises , pour porter devers le seigneur roi pour son ébattement, cinquante-six .sols parisis. » Cette note fait présumer que. l'invention des cartes est antérieure à cette époque, car, si Gringonneur eût été réellement l'inventeur des cartes, l'article eût sans doute été rédigé autrement.
Il n'est pas besoin sans doute de recourii- aux preuves pour faire sentnque si les anciens jouaient aux osselets , aux dés, au tiictrac, aux échecs, ils n'ont pas connu les cartes. Elles n'existaient pas davantage dans le moyen âge, puisque jusqu'au quatorzième siècle les actes des conciles et les édifs des princes , en proscrivant Ips jeux de hasard et surtout les
jeux de dés , ne nomment jamais les cartes. C'est seulement au synode de Ramberg , en 1491, qu'au litre XVI on trouve la défense d'y jouer.
Les auteurs romains des douzième, treizième et quatorzième siècles entrent dans des détails infinis sur les usages des époques où ils vivaient; cependant aucun ne nomme les cartes ni les jeux auxquels elles ont servi. Souvent dans des Itas-rclicfs, des tapisseries, des vitraux, on voit des dés, des cornets; jamais on n'a découvert des cartes. Charles V enfin , dans un cdit de 1369, défend lous les jeux, ceux de hasard et même ceux d'adresse, ne permettant que les exercices qui peuvent servir à la défense et à la sûreté de l'Élat. Les termes de l'ordonnance sont si précis, qu'il nous a paru intéressant de la rapporter en entier, telle qu'on la trouve dans les recueils des ordonnances des rois de France. On remarquera qu'elle ne ferait pas môme grâce à nos modernes joueurs de dooiinos.
c Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, « A loiis ceux qui ces présentes lellres verront, salut, « Savoir faisons que nous désirons de tout notre cœur le bon estât, seurelé et deffense de notre royaume, de la chose publique et de lous nos subjels, avons dcffcndu et deffcndons par les présentes tous jeux de dés, de tables, de palmes, de quilles, de palet, de billes, et tous autres jeux q'ii ne cheent pas à exercer nos dits subjels à fait cl usaige d'armef à la défense de notre dit royaume.
€ Nous avons fait mettre notre scel à ces présentes lettres. Donné en notre hostel du Saint- Paid lez-Paris, l'an de grâce mil trois cent soixanteneuf, et de notre règne le quint. »
Si les caries ôtaieul déjà inventées en laco , l'usage apparemment en
était peu répandu; aiilrenient elles auraient été désignées dans une ordonnance aussi dclaillée. Ne serait-on pas l'onde à croire que ce serait au moment oîi tons les jeux venaient d'être si formellement défendus, qu'on aurait eherclié à en imaginer de nouveaux, dont le nom ne se trouvait pas compris dans la liste que nous venons do voir, et auxquels il était par conséquent possible de se livrer sans encourir la rigueur des lois ? Aujourd'hui la rigueur des lois ne s'applique qu'aux caries bizautées qui sont saisies grâce à la surveillance de l'autorité.
Plus tard, le prévôt de Paris rend une ordonnance, en date du 22 janvier 1397 , par laquelle il est fait défense aux gens de métier de jouer les jours ouvrables à la paume, à la boule, aux dés, aux caries et aux quilles. C'est donc dans un espace de vingt-huit ans, entre 1369 et 1393, que doit être placée l'invention des caries à jouer, ou du moins leur introduction en France.
Bullet, Leinecken, Betinelli, l'abbé Rives, ont cherché à démontrer que la France, l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne devaient être considérées comme le berceau de cette invention; Singer a voulu revendiquer une part pour â' Angleterre.
Les cartes, comme lout ce qui tient aux arts, ont une origine italienne. C'est à Venise ou cà Florence que les Grecs réfugiés de Conslantinople les ont d'abord fait connaître. Suivant toute apparence , elles n'ont été considérées d'abord que comme un moyen d'éducation , et c'est pour cola sans doute qu'elles ont reçu en Italie le nom do noibis , jeu d'enfants. En effet, les premières cartes étaient réellement un moyen d'inslruclion , un jeu agréable pour les enfants ; elles représentaient les figures des divers états de la vie, les muses, les sciences , les vertus, les planètes; il n'était pas alors question de points, de nombre. Les cartes étaient donc lout simplement un jeu instructif, amusant.
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VIEILLES CAKTËS PEINTES ATTRIBUÉES A (iUlNGOMlNËUR.
LA lAJJSE.