‹ Le Livre des 400 auteursChapitre 17 sur 41 · VIEILLES CARTES PEINTES ATTRIBUÉES A C.RINGONNEUR · texte numérisé non relu

VIEILLES CARTES PEINTES ATTRIBUÉES A C.RINGONNEUR

ï.4\ -:ir^TWM.

Des cartes de cette espèce ont bien pu servir à l'amusement du roi Charles VI, quand ii était réduit à l'état le plus triste et le plus malheureux de la vie. Il est facile de concevoir que, môme dans un tel état d'abrutissement, des cartes diversement coloriées peuvent offrir quelque attrait à un espiit affaibli , tandis qu'un huit de cœur, un neuf de carreau, ne présentent aucune espèce de distraction , si on ne peut y joindre les combinaisons mathématiques qui maintenant les rendent si précieuses aux joueurs.

Le plus ancien exemple qu'on puisse citer d'un jeu de caries est celui qui fut peint en I392,par Jacqnemin Gringonneur, pour le roi Charles VI. On a souvent rapjjorlc l'article du compte de Poupard, mais on n'a jamais décrit ces précieuses cartes. L'abbé de Longuerue est le seul qui en ait parlé.

« J'ai vu chez M. de Gonicres, dit-il, un jeu de cartes telles qu'elles étaient dans leur origine. Il y avait un pape, un empereur, les quatre monarchies qui combattaient les unes contre les autres, ce qui a donné naissance aux quatre couleurs. Elles étaient longues de sept à huit pouces. »

La dimension rapportée , les figures du pape et de l'empereur , le nuin du possesseur, font facilement reconnaître le jeu dont une partie se trouve maintenant à la Bihliotlicque nationale. Elles ont été peintes avec grand soin , sur un fond doré rempli d'ornements formés par de petites lignes, en points légèrement enfoncés dans la pâte sur laijuelle Tor est appliqué; elles sont entourées d'ime bordure en argent, où se voit aussi un ornement également en points, le même répété sur toutes les cartes, et figurant un ruban ou une bande de papier étroite, roulée autour d'une baguette. Quelques parties de broderies sur les vêtements sont rehaussées d'or, tandis que les armes et armures sont couvertes d'argent, en grande partie oxydé par le temps, comme cpIiiï df la bordure. Aiiriino

inscription, aucune letlie, aucun numéro n'indiquent ia manière d'ai ranger les caries. Un autre ouvrage anglais, auquel nous empruntons les grands dessins qui ornent cet article, les reproduit en tetalitj;, et fait le bonheur dessalons hrihinniques.

Ces cartes, d'un si haut intérêt, ont été recueillies par M. de Goignières, qui a formé sa colleclion à la lin du dix-septième siècle. Leur richesse, leur beauté, la perfection avec laquelle elles sont exécutées, doivent faire penser, en effet, qu'elles ont été destinées à ramusemcnî d'un prince ; et nous avons seulement à regretter de ne savoir que par tradition que ce sont les caries de Charles VI, sans savoir comment elles sont parvenues au zélé collectionneur que nous venons de nommer.

La grandeur de ces cartes varie de quatre lignes sur la hauteur, et de trois sur la largeur. ?sous n'en possédons que dix-sept. En voici les noms : le fou, l'empereur, le pape, les amoureux, la fortune, la tempérance, la force, la jnslice, la lune, le soleil, le char, l'ermite, le pendu, la mort, la maison-Dieu, le jugement dernier.

Nous croyons devoir enl retenir nos lecteurs d'un acte qui prouve que l'art de fabriquer les cartes avait déjà pris une grande extension en Europe au milieu du quinzième siècle. Nous en donnons la traduction d'après l'italien de Zani :

« Cejourd'hui, 1 1 octobre 1441. Comme il paraît que l'art et la fabrication des caries qui se font à Venise sont lombes dans une décadence totale, et cela à cause de la grande quanlifé de cartes à jouer et de figu-

it'S peintes qui se loiil hors de Venise, il est ordonné el slalué que, désormais, il ne pourra être introduit dans ce territoire aucuns travaux du susdit art , imprimés et peints sur toiles ou sur papier , comme qui dirait aussi cartes à jouer, et quelque autre chose que ce soit dudit art, fait au pinceau ou imprimé, sous peine de saisie des objets introduits, et de trente livres douze sous d'amende, etc. »

Il est bien démontré, par ce décret, qu'en 1441 on taisait des caries à Venise, qu'on en fabriquait aussi dans d'autres pays, que ces cartes étaient imprimées et peintes. On doit en conclure aussi qu'elles étaient gravées sur bois, puisque l'impression de la gravure sur métal iH' fut découverte que onze ans plus tard, en 1452.

Les jeux de cartes ont été plus d'une fois l'objet des anathèmes de l'Eglise. On raconte qu'en 1423, saint Bernardin de Sienne j.rononça sur les degrés de Saint-Pétrone, à Bologne, un discours qui exerça une telle influence sur les auditeurs , qu'on brûla sur la place , en présence des magistrats, les dés, les totons, les carte?, et même les tables sur lesquelles on se livrait à ces jeu.x. Aujourd'hui, la république, qui a respecté tant d'habitudes, a laissé la monarchie dans le jeu de piquet ; c'est à peine si quelque enthousiaste s'aperçoit de ce dernier refuge de la couronne.

Charles VILLAGRE.

Maladie de MiUevoie.

m mm m millevoïe,

C'était iui iiiois de bupleiubie 18 15.

La grande avenue du bois de Vincenues était illuminée pur un de cei couchers de soleil splendides que le pinceau de l'artiste ne pourra jamais reproduire , tant le Créateur y a semé de liunièies imprévues et d'auréoles éblouissantes.

Un jeune homme, pâle et rêveur, se promenait dans l'une des rontreallées.

Il écoutait le bruissement des chênes agités par le vent du soir, et dont le feuillage , comme celui de la forêt antiqHe , semblait murmurer à son oreille des paroles mystérieuses. Parfois un rayon d'or, glissant par une éclaircie de verdure , s'arrêtait sur le front du penseur et lui prêtait un éclat sublime. On devinait une de ces âmes enthousiastes que le spectacle des beautés de la nature transporte, et qui s'élèvent, sur les ailes de la poésie, jusqu'aux plus hautes régions de l'extase.

Millevoye, — car c'était lui qui venait demander à l'air pur de la campagne la guérison du mal impitoyable auquel il devait succomber l'année

«uivanle, — fut tuiil à coup distrait de sa rcvpiie par un bruit de pas qui se faisait entendre à quelque distance.

Il eut à peine le temps de tourner la tête, qu'une jeune femnne, d'une ihise très-élégante , le frôla de sa robe de soie.

Elle traversa vivement le sentier, sans prendre garde ;tu salut profond dont le promeneur crut devoir honorer son passage, et se perdit sous la profondeur du bois comme une appai ition fugitive.

Revenu de sa première surprise, iMillevoye s'élança du côté où la dame venait de disparaître; mais il ne put la rejoindre, et fut tenté de croire qu'il avait été le jouet d'une hallucination ou d'un songe.

Quelle est cette fennne ? Pourquoi n'a-t-elle pas daigné répondre à son salut, quand la politesse la plus vulgaire lui en faisait un devoir? D'où vient qu'elle traverse ainsi le bois sans être accompagnée, et surtout à mte heure tardive où la nuit peut la surprendre ?

Le poêle ne pouvait résoudre aucune de ces questions.

Jl retourna, le lendemain, sous les mômes ombrages, et au premiôi pas qu'il fit dans le sentier de la veille, il aperçut la dame mystérieuse, assise au pied d'un chêne et lisant un livre qui semblait profondéraenl l'émouvoir.

Mais, 4 l'approche de Millcvoyc, elle se lève et s'cnfuil avec uaa précipitalion si grande, qu'elle oublie son livre sur le gazon.

Le poêle le ramasse ; il regarde 0 surprise ! c'est un volume de sot

œuvres ; le signet a été mis à ce passage du poërae de Y Amour maternel:

La mère sait aimer, c'est toute sa science.

J'en allcstc un seul mot par le cœur inspire.

Une mère perJil son enfant adoré.

Son cligne et vieux pasteur sur sa vive souffrant*

Versait le baume heureux d'une douce éloquence :

Ranimez, disait- il, un courage abattu;

Du pieux Abraham imitez la vertu :

Dieu demanda son lils, et Dieu l'obtint d'un père...

" — Ah 1 Dieu ne l'eut jamais exigé d'uue mèrel «

On devine l'émotion de Millevoye. Son cœur battait d'un secret orgueil.

L'inconnue s'était entuie du cô!é de Nogeut-sur-Marne. Il la suivit de loin , décidé à satisfaire à tout prix la curicsité dont il n'était plus le maître.

Un quart d'heure après, il avait Irrivers^ le bourg à la suite de la fugitive. Il la vit se diriger vers l'église , entrer dans le cimetière et Sâ précipiter, éperdue, sur une tombe.

C'était la tombe d'un enfart,

Millevoye, regarrlant le livre qu'il tenait encore à la main, devina pourquoi l'inconnue avait marqué ce passage :

« Ah ! Dieu ne l'eût jamais exiei' d'une mère ! »

Le sacristain passait en ce moment. Millevoye l'arrêta pour l'interroger cl obtenir de lui quelques détails sur cette malheureuse femme . qup la perte de son enfant jetait dans un si profond désespoir.

— Hélas ! Monsieur, répondit le brave liomme, elle vient ici , chaque matin, apporter un bouquet sur cette fosse, où elle reste étendue des heures entières, comme si elle attendait la mort à son tour!

— Son nom ? demanda le poëte.

— La baronne de Pontis.

— N'est-ce pas la veuve d'un général de l'Empire , et n'habite-tellepas le village de Fontenay-sous-Bois, à une lieue d'ici?

Le sacristain répondit affirmativement et ajouta :

— Pluie ou soleil, neige ou vent, tous les jours elle quitte son château pour venir sur le mausolée de son fils. Voilà dix-huit moi- que cela dure.

— Pauvre mère! dit Millevoye en essuyant une larme.

— Vous pleurez, dit le sacristain... Ah! si la baronne pouvait seidoment pleurer comme vous !

Le jeune homme le regarda d'un air surpris.

— Sa douleur est effrayante , Monsieur : jamais une larme ! Aussi les médecins disent qu'elle en deviendra folle.

— Pauvre mère! pauvre mère! répéta Millevoj^e,

Puis tout à coup , se frappant le front comme saisi d'une inspiratÎAn soudaine ;

— File pleurer?^ ' s'écriiî-t-ll , |e h sativeraî ?

11 eiiUaiim le sacrislaiii lioia du cmitjlièru , le buppliuiil d'ùLie discittt. Celui-ci prit rengagement de se taire, et l'on convint d'un r»inde»-vous pour Id soir même, quand la baronne aurait quitté la lomb*.

Fidèle à sa visite quotidienne , la mère désespérée s'agenouillait le lendemain , comme chaque jour , d.nis le cimetière de Nogent , lorsqu'elle aperçut au milieu d'un bouquet de roses, déposé, la veille, sur le marbre funèbre, un papier à demi entr'ouvert.

Surprise et le cœur palpitant , elle se baisse , prend le billet, l'ouvre et Ut ce dizain , que semblait lui envoyer du haut des cieux l'ange qu'elle avait perdu : '

Les Ueuis dout chaque jour lu pares mon toiuLHii* Perdent leur fraîcheur et leurs charmes; Daigne les mouiller de tes larmes,

Tu les verras repiviit'in' un l'-clat tout nouveau.

Plenré ! et'demande à la prier»

La consolation dernière QiM laisse de la mort l'inexorable loi.

Pleure! et que ma tombe arrosée

De ces larmes, douce rosée, Garde, jusqu'au retour, quelque chose de toi!

La baronne jeta un cri, son sein se gonfla, des sanglots éclatèrent, et le marbre de sa tombe fut baigné de ses pleurs.

Elle était sauvée ! !

Le talent du poète avait été plus fort que la science des médecins , il avait su faire vibrer cette fibre du coeur qui amène les larmes. En se relevant, la baronne aperçut derrière elle un homme à la physionomie douce et mélancolique, dont les larmes répondaient aux siennes , entouré de tous ses proches que le sacristain avait fait avertir. L'heureuse famille embrassait Millevoye.

— Au nom du ciel, Monsieur, qui êtes-vous ? s'écriait-elle en tombant à genoux.

— L'auteur de ces vers, répondit l'inconnu en tirant de dessous son manteau le volume oublié la veille sur le gazon.

La pauvre mère comprit tout et se jeta dans les bras de Millevoye, qu pressait en même temps l'heureuse famille de la baronne, prévenue pour la distraire.

Ce fut le plus doux, mais, hélas! le dernier triomphe du poëte!

A la chute des feuilles, sa mère pleurait à son tour sur sa tombe.

Eugène db MIRECOURT.

/fr/l^Kà*— "

PORTRAIT DE PIERRE LEROUX (l).

Pierre Leroux a mis au frontispice d'un de ses ouvrages ces paroles de saint Paul : Ftiivram civitatem inquirimvs. a Cherchons la cité future. »

Saint Paul avait pour boussole la foi , la foi qui devait le conduire k la cité future ; il connaissait le but ; il marchait résolument avec la logique de sa croyance.

M. Pierre Leroux cherche aussi celle cité future, mais il ne sait vers quelle partie de l'horizon il doit porter ses pas. Il n'a pas la foi de l'apôtre ; il a sur les yeux le lourd handeau (hi scoplicisme; aussi sa marche est-elle floltnnle el incerlaine, send)lal)ic à celle de Tavcugle.

Comme le dont" est dans son cœur et le ronge, il voit le doute partout; à ses ypux tout est erreur et niciisonge.

Il annonce une foi iKuivcllt'; il cherche . comme il l'a écrit, la cité future; mais celt(! elle fuit (levaiil lui: il ne Ta Ironvc pas..., il ne la trouvera jamais, car le flambeau de la foi lui mampie au milieu des ténèbres où flolle sa pensée. J. BWEY^AT^ docteur en droit.

(t) Les opinions émises pir les auteurs cilés dans ce livre., QUELLES QU'ELLES SOIENT, (cor FMtant pefkouuelics.

P4^THÉ0I\i CARICATIRAL DES Ér.RI\AI>S CÉLÈBRES.

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