ELIE BERTHET
KUGENE PELLETAN. JUBIN^L<
Le Cliev al.
FRAGMENTS D'DISTOIRE XATURELIE.
Le groupe des Carnivores digil igrades se compose des animaux les moins sanguinaires de cette tribu ; aussi leurs dents sont-elles moins tranchantes que celles des Vermiformes. Cette tribu se compose du genre Cliien ; ce genre comprend deux espèces: les Chiens et les Renards. Ces animaux sont , en général , de laille moyenne; leur proportion annonce la force et l'agilité. Leur histoire est une des plus intéressantes que puisse offrir l'étude des animaux.
Le sous- genre des Chiens, proprement dit, se compose des Chiens ordinnires et des diverses espèces de Loups; il se disiingue de celui des Renards par la queue, qui est, chez ce dernier, plus longue et plus touffue, par la forme du museau, et surlout par la disposition de la pupille. Chez les Chiens, de même que les autres animaux diurnes, celte ouverture est circulaire, taiidis que chez les Renards elle prend, en se contractant sous l'influence de la lumière, la forme d'une fente : particularité qui est caractéristique des animaux nocturnes. La grande sensibilité de l'odorat dans quelques races de Chiens les doue d'un instinct qui n'est le partage d'aucune autre espèce d'animaux. Les Chiens ont aussi l'ouïe trèsfine et la vue excellent'; ils aimont à se nourrir de chair corrompue, mais ils mêlent des végétaux à leur nourriture animale.
La variété de l'espèce des Chiens est fort nombreuse; j'indiquerai celles qui offreîil le plus d'intérêt.
Le Chien de berger est la souche de dix-sept variétés. Ce Chien, transporté en France, en Angleterre, est devenu le Dogue; des Chiens courants sont sortis les Brjiqiics, les Bassets, les Ep;igneuls, les Barbets. Les Cliicns de berger se sont répandus maintenant daiis toutes les parties du monde; au C;ip, l'on rencontre encore dcscomp.'igiiies nombreuses de Chiens sauvages; mais ils ne se laissent approcher qn'avec beauconp de peine, et dans l'état de domesticité mîme ils montrent tant de cruauté qu'on renonce à les élever.
Le Cliien de bciifer.
Parcourons quelques variétés do ces animaux uilcre^sant'?, que l'homme a associés, pour ainsi dire, à ses travaux. Avec quelle intelligence ce Chien de berger, par exemple, devient le gardien des troupeaux que le pâtre indolent a conliésà sa garde! avec quelle pétulance on le voit courir, dans tous les sens, autour des moutons réunis en masse, pour s'assuier que tons sont à leur poste, qu'aucun ne s'est échappé; comme ses regards vigilants se promènent sur le gionpe confié à ses soins! Tandis que d'un coup de dent il f.iit rentrer la brebis insouciante qui s'égare, il aboie après celle (pii veut s'échap|ier; s'il suit la marche du troupeau, il semble un commandant de bataillon qui maintient l'ordre dans ses troupes et ne permet pas que les lignes décrites pour la marche soient d'un pouce dépassées. Courant, criant, haletant, il dirige renscmble. Il n'est pas de serviteur auquel on aurait prescrit son devoir, d'heure en heure, de mi-
Tï\\\o. en minute, qni jùt \o remplir avec le zèle de cet animal (lcvon(^, ce Cliien (lui se iloime loule la) eine,ct qui iralleiui, pour récompetise tic sa journée lal)oricu>c, qu'iui [teii de uoiuiilure au coucher du soleil, et un peu de paille pour se re|)Oser cl dormir jusqu'au moment où la voix de son maître viendra le réveiller.
Parlons aussi de ce Cliien, si utile, si étonnant dans son courage, si parfail dans les services qu'il rend , sentinelle posée sur les côtes, comme pour é|iier les mallieuis, cl venir, avant tout antre secours, offi ir sa protection aux naufragés. On en voit qui portent en [)leine mer des cordages pour secourir ies victimes.
Le Uiii;u Uc Xcrc-Kiii^e
Ces Chiens merveilleux tiennent à l'espèce dont Pline a fait une descrintion si [joétiiiuo, sous la dénomination de Chiens d'É[iire. Ces Chiens, qui savent conibaltre contre des lorienls en fureur, se précipitent avee courage sur les brigands qui vieniicnt attaquer leur maîlie. Leur dévouement ne connaît ni crainte ni obstacle. Lorsqu'il s'élance à la nage pour sauver des imhfféieuts, c'est toujours à la voix de l'homme qui est son oracle, son maître; à celui à qui il a voue sa vie, sa force, son intelligence. Le Chien de Terre-Neuve vil avec son maître dans une intimité qui cxisttî bien peu entre l'homme et son égal.
Il est une autre espèce de Chiens qui semble vouée à l'humanité souffrante, et [>hicée sur la terre pour aider, dans leur zèle si digne d'admiration, les religieux du mont Sainl-liernard, auxquels saint Bernard de Menlhon légua ses volontés bieul'.iisaiites.
On sait que le couvent dit Hospice Saint-Bernard est situe au sommet du montS.iin'.-Bernard, entre la Suisse cl l'Italie; ce couvent est à huit mille pieds au-dessus de la mer. La température y descend , en hiver, à près de vingt degrés au-dessous de la glace, et les avalanches s'y succèJent fréquemment. La lèg'e du couvent ordonne que, cha(pie jour, deux moines, quelle que soit la i igiicur tlu temps, iront pai cou ir, durant toute la journée, les deux roules qui conduisent, l'une aux fionlières de l'Jlalie, l'aulre au V.d.iis. Un Chien ai'couipagne chacun de ces deux religieux dans leurs excursions. Ces Qùcus, U'uiiC foi ce c.vlraordiiiuii'c , soûl de la lace du
Dogiie; leur taille est élevée; leurs membres vigoureux leur permettent de supporter une longue faîigue. Lorsque, par l'odorat, le Chien apprend qu'une viclime est enfouie sous la neige, il enfonce son large museau dans cetlft neige gincôe, la bouleverse en tout sens jusqu'à ce qu'il puisse pénétrer et retirer la viclime qu'il y cberclie. Leur vivacité, dans cette besogne, égale letu' force et leur adresse. Ce Chien n'a |)as toujours besoin d'être guidé pour remplir le devoir qui lui est imposé: on le voit sortir seul de l'habitation, rester absent des journées entières, et revenir qiielqi.iefois portant sur son dos des voyageurs mourants.
Parlons aussi d'un Chien non moins intéressant que celui du monl Saint- Bernard.
Le Chien des Esquimaux.
Dans les pays voisins du cercle polaire, cbez les Esquimaux, las- Chiens servent au labourage, et lorsque les labours sont finis, on les attelle comme bêtes de somme. Chez les Bnsses, chez les Indiens d'Amérique, ils ont souvent le même sort; mais nulle part ils ne sont plus mallieureux que clicz les Esquimaux, où la nouriilure, rare pour les hommes mêmes, le devient davantage pour les animaux. Ils attendent leur maigre pitance avec une admirable patience, et acceptent, à la fin d'une journée laborieuse, avec résignation, ce qu'on leur donne; mais ils sont sensibles aux mauvais traitements. Les hommes de ce pays, rustres et sauvages, ne savent se faire obéir que le fouet à la main; quelquefois les Chiens se révoltent et soutiennent avec leurs maîtres des combats sanglants. Mais avec quelle douceur ces pauvres animaux consentent à traîner des fardeaux énormes sur les neiges glacées, qu'ils franchissent avec une agilité et une perspicacité remaïqnabîes ! Entraînés loin de leur haîtilation, i! n'est pas lare, au retour, que les chemins «oient couverts de neige de f;içon à ne pouvoir plus en reconnaître h
trace; eh bien! ces Chiens ont une liabilelé surprenante pour la découvrir, et, sans s'égain-, ramt-ner le tiaitieau à la m;iison.
Dans ce pnys glncé, le Cliieii rrm|ilare le Renne, que les Esquimaux mén.tgent comme leur [irineipale ressonrrc. A l\iiile. tic Icuis Chiens, les Esquimaux se procurent, pcuihut la saison de la chasse, tout ce qui leur est nécessaire. Ts ne poin raient, sans ces animaux adroits et courageux, réussir à ilompler les reiuies, les ours et le veau matin, sous sa retraite glacée. A la distance d'un demi-quart de lieue, ces Chiens intelligents aperçoivent la Irace des animaux qu'ils doivent attaquer. Leur ardeur est incroyable; quoique allelcs à un trahieau chargé de butin et d'hommes, on a peine à les contenir.
Nous arrivons aux Chiens dont les uns sont utiles au comm.erce du gibier, et sont pour nos fashionables un objet de luxe et d'amusement. Je parle des Chiens de chasse; c'est le Chien courant, d'où descendent le Chien œuchaut, le Chien terrier, le Chien d'arrêt, et tous les Chiens qui sont disposés, par leur organisation, pour la clr.<;?<^.
Le thicn de chaise.
L intelligence des Chiens chasseurs est tellemeri reconnue, que les hommes qui se vouent à cet exeiciee fout de leur Chien leur comi)agnon indispensable. Il est impossible do chasser sans Chien ni avec Iruil ni avec plaisir. Que de chasseurs reviendraient au logis les mains vides, si Tayeuu ou Milot n'étaient venus à leur aide! L'éducation de ces animaux et le perfectionnement de leurs races ont été l'objet de longs travaux et de bien difficiles recherches.
Après les Ciiiens utiles viennent en foule ces races dégénérées qui, sous le prétexte qu'elles sont petites passent pour être gr?cien>';s • ;^.îi;-
manx inutiles à lenrs maîtres et miisihlcs aux étrangers, qui prennent dans !a maison du riche la portion d'arnnents (pie le pauvre aurait droit d'y trouver à sa place : variété animale, qui pnil donner chez la bête l'idée de la sottise; n'étant pas as'^cz slupides pour rester étrangers à tout, et pas assez intelligents pour faire cpiclque chose d'ulilo. Il fiiut ranger, dans les espèces qui déshonorent en quelq'.ie sorte le geiu'e Chien, les Bichons, les Levrettes, les É|)agneuls, les Cailins et les Danois.
]l est encore un Chien qu'd faut ici signaler comme rendant de vrais services : c'est ce vienx Barbet aux longues soies noires frisées; malpropre de sa nature, il est vrai, se faisant clîasser des salons où la jolie Levrette trouve un carreau de soie pour reposer, mais qui se réfugie chez le [lanvre et l'aveugle, devient son ami, son guide, son compagnon de misère et d'infoi tune, sait supporter la f.iim près de celui qu'il aime; qui, l'hiver, lui sert de couverture en s'ctendant sur ses pieds glacés comme pour le réchauffer; qui partage ses fatigues et sa honte, eu parcourant les rues et s' arrêtant poiu^ demander l'aumône.
Le Luiip.
Le Loup, comme umus l'avons dit, est une autre espèce de fous-genre Chien ; il se distingue des Chiens domestiques par sa (pieue, (pi'il ne porte pas de même. Cet animal a deux pieds environ de haut et trois pieds de long, il est de couleurs mélangées, noire, brune et verte.
Le Loup a bcancoup de force, surtout dans les parties antérieures du corps, dans les muscles du cou et de la màrhoire; il porte un mouton avec la gueule sans le laisser toucher à terre, et court eu même temps plus vile que les bergers, en sorte «piil n'y a que les Chiens qui puissent l'at'.eiudre el lui l'aire lâcher pri e. H mord cruellcuicnl, et tonjoius avec d'autant [)îus d'acharnement quon lui résiste misins; car il prend des précautions avec les animaux qui peuvent se dclcndre. Il craint pour lui ,
ne se bal que par nércssité ci jamais par un monvcmrnt de courage. Loisqn'oii le tire ri. (|uo la halle lui a cassé ()uc'(iiie rnemlire, il crie, et crpeiidani , l()rs(|ii'oii l'acliève à coups de bâloii, d ne se p'ainl pas comme le Chien; il csl plus dur, moins sensible, plus rohnslo; il est iMCiitiguble, et c'est iieut-êlre, de tous les animaux, le plus dillicile à forcer à la course.
Le l.oiip prcfciT. la chair vivante à la chair morte, et cependant il dévore les charognes les plus infectes. Il sent de loin les émanations des corps morts (jue le vent lui apporte. Il aime la chair humaine, et peutêtre, s'il élail le plus fort , n'en mangeiail-il pas d'autre.
I.e Chacal ou Loup doré, qui se trouve dans la partie chaude de l'Asie et de l'AlViipie, rcssomlile, par ses mœurs et par sa conformation, au Chien domesli(ine, bien plus que le Loiqi commun. Cette es|)cce, moin.s sauvage, se laisse a|)privoiser, mais son naturel féroce se réveille à la moindre occasion; ces Loups font quelquefois, dans les champs isolés, l'office de chien de garde ; et quelquefois aussi leur instinct n'est pas assez parfait pour distinguer des étrangers les habitants du lieu, ce qui fait qu'on préfère souvent le chien paeificpic à cet animal redoutable.
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le second sous-genre du genre Chien comprend les iRenards. Ces animaux ont le même système de dentition que les Chiens; mais ils ont la tête plus large, le museau plus pointu, la queue plus longue et plus touffue, et n'ont avec le Chien aucune analogie dans le caractère. Le Renard est sauvage et insociable : animal noctmne, il paraît la nuit dans les basses-cours poiu' y tout délruire, il y met tout à mort. Il se creuse un terrier à l'entrée des bois voisins des fermes ou du village; de sa demeure il entend le chant du coq, guette ainsi l'instant propice pour la chasse qu'il veut faire cha(pie jourj l'entrée de son terrier est fermée de la manière la plus sage et la plus ingénieuse pour la dérol)er à tous les yeux; sa conduite avec sa femelle, lorsqu'elle porte ses petits, est digne d'intérêt. Tout le temps qui précède la naissance des yietits, la femelle reste au terrier, calme, tranquille, se reposant de tout soin. Le mâle va seul à la